CHAPITRE 13

Chapitre 13  -

 

1.

Cet instant où les bras de Greg se referment sur moi, je l’ai attendu tout au long de cette journée marathon.

J'appréhendais depuis longtemps de mettre en mots ces vieilles hantises - jusqu'à ce cauchemar qui m’a montré que j'étais au pied du mur.  Je ne veux plus de Victoric surgissant au milieu de mes nuits. En capturant l’essentiel de ce passé, j'espère le circonscrire, lui interdire désormais d’entrer par effraction dans mon horizon, quel que soit l’heure.

J’avais conscience que ce serait un processus douloureux et amer - Greg en serait la récompense, s’il était disponible. Le soulagement. Je pense qu’il a senti d’ailleurs ce que je vivais. Ne m’a-t-il pas dit dans son email que j'étais “dans mes souvenirs” aujourd’hui ?

Pendant ce court moment d’attente près de la porte d'entrée, j’ai essayé de relativiser ce que j’allais éprouver. C’était le retour au quotidien, non le réconfort ultime auquel je prêtais presque une sorte de magie. J’allais forcément être déçue de ne pas trouver dans son étreinte les émotions océaniques que j’imaginais. Il y aurait la joie de le revoir et probablement la déception douce-amère de la tranquille réalité d’une fin d'après-midi. Et ce serait très bien.

Mais je me trompais.

Être dans les bras de Greg, la tête posée sur sa poitrine, m’apporte le moment de plénitude auquel j’aspirais sans, raisonnablement, l'espérer complètement. Quand il me serre contre lui, c’est comme s’il accueillait tout ce que je suis, ce qu’il sait et ce qu’il ne devinera jamais, et toutes ces parties de moi, même les plus inavouables, se voient donner dignité et droit d’exister. Toutes méritent d'être consolées. Les morceaux disparates qui me composent sont accueillis avec douceur et compréhension.

Je pourrais laisser ce moment se poursuivre pour l'éternité mais je l’interromps pour devancer une possible lassitude de celui qui m’entoure de ses bras.

  • Merci d'être là… dis-je rapidement en me dégageant, sentant un instant sa barbe contre mon visage.  

 

  • Mais bien sûr, bien sûr… répond-il.

Je veux briser l'émotion dont je suis si pleine et je remarque d’un ton léger :

  • C’est de la cannelle que je sens ? ou est-ce mon imagination ?

Greg rit. Nous nous dirigeons vers la cuisine tandis qu’il me répond :

  • Oui sans doute… j’ai essayé de faire un gâteau, ça n’a pas été un succès total.  

Il s’assoit sur un des hauts tabourets. Je lui propose une boisson et nous voilà chacun un verre de thé glacé à la main. Je pose la main sur la poignée du frigidaire.

  • Un gâteau ? Quel genre de gâteau ?

 

  • Katherine m’a demandé d’en faire un, c’est une recette facile que je faisais quand j'étais petit. Un gateau que tu fais avec un yaourt qui te sert a tout mesurer. 

 

  • Le gâteau au yaourt ?

 

  • Oui, tu connais ?

Je ris.

  • J’ai dû l’apprendre enfant, moi aussi… C’est une recette internationale, apparemment ! Tu n’es pas très content du résultat ?

Greg pousse un soupir et lève les yeux au ciel devant sa propre inconséquence.

  • J’ai ajouté trop d'épices. Je mettais toujours un peu de cannelle dans le temps…

 

  • Ça me paraît une bonne idée …

 

  • Oui, mais là, j’en ai mis trop. Tu sais, la nourriture à Saint Quentin était tellement fade, je suis allé trop loin dans la direction opposée. J’ai mis aussi de la vanille, un peu de cumin, du gingembre, de la coriandre… le résultat était immangeable.

 

  • Je crois que quand on aime cuisiner, on passe par là, à un moment ou à un autre. C’est une étape nécessaire, initiatique, quasiment…

J’ouvre le frigidaire, j’ai faim soudain.

  • As-tu diné ?

Greg répond :

  • Non… mais je ne voudrais pas que tu te sentes obligée…

 

  • C’est moi qui t’ai demandé de venir ! Je n’ai rien mangé de la journée, quasiment. Est-ce qu’une grande salade composée, ça t’irait ?

Greg acquiesce et reprend, tandis que je commence à sortir un concombre, une laitue et des tomates du frigidaire :

  • Katherine me disait qu’elle aimerait bien une tranche de ce gâteau, dont elle se souvenait, avec son café… je lui ai demandé “mais pourquoi ne pas demander à Max? Elle te ferait un gâteau délicieux en un rien de temps”. Ta cuisine me manque, les dîners que tu nous préparais étaient si bons…

Je souris sans rien dire.

  • Alors Katherine a répondu : tu sais, Greg, notre famille a réussi à survivre et à se nourrir pendant des générations alors même que Max n’habitait pas la maison voisine !

J'éclate de rire.

  • Ta sœur est vraiment drôle ! dis-je en découpant de fines lamelles d’oignon rouge.

 

  • Explique-moi, qu’est-ce qui se passe entre vous ?

De mon couteau, je montre Fury en train de boire dans son bol.

  • Voilà le coupable… Lui ou Guimel…

En quelques mots, je lui explique le problème du bail et du chat de trop. Greg pousse un soupir et secoue sa tête.

  • Non, ce n’est pas vrai, elle veut t’expulser pour ça ??

 

  • Je crois qu’elle y voit un problème de principe. Amy va m’aider à trouver un autre appartement.

Greg sursaute, me regarde, stupéfait et soudain désemparé.

  • Tu vas déménager ?

 

  • Si je pars, je n’irai pas loin. Et peut-être que Katherine va changer d’avis d’ici-là.

 

  • Tu veux que je lui parle ?

 

  • Ecoute, je ne voudrais pas que ça crée un problème entre vous….

Greg réfléchit.

  • Amy est au courant ? Et Jackson ?

 

  • Amy attend que la “hot date” soit passée pour en parler à Jackson.

Greg fait pensivement tourner le verre de thé entre ses doigts puis lève les yeux vers moi avec un sourire un peu embarrassé.

  • Je vais laisser la jeune génération s’occuper de ça… Ils ont plus d’influence que moi sur ma sœur. Surtout Jackson. Mais je ne veux pas que tu partes. Même quand on ne se voit pas, je sais que tu es là… ça fait une différence pour moi.

Je hoche la tête, je ressens la même chose. En ce moment même, sa présence, notre conversation me font redevenir un être humain du 21ème siècle… Et si j’ajoutais un pamplemousse à ma salade ? J’ai aussi un avocat qui doit être mûr.

Mon téléphone interrompt la découpe des tranches de pamplemousse. Un texte de Jackson. Greg me voit le lire et étouffer une exclamation. Je lui tends mon appareil et il lit à son tour.

“Barbara est lactose intolérante. Qu’est-ce que je fais ?”

  • Lactose intolérante, réfléchit Greg à haute voix. Ça veut dire que…

 

  • Oui, pas de sauce béchamel ou de crème brûlée à cause du lait …

Je reste songeuse un instant, et envoie un message à mon tour.

“Peut-elle manger du fromage à pâte dur, comme le Comté ?”

Quelques instants d’attente avant la réponse : “oui”. Je souris à Greg et appelle Jackson.

 

 

2.

Assis côte à côte sur le divan, Greg et moi partageons un silence un peu inconfortable. Nous convergeons vers un moment où, je l'espère, nous serons ensemble. Mais nous stationnons dans la zone du “pas encore”. Une attente frustrante et délicieuse.

  • Ces petits gâteaux au chocolat que tu nous as fait comme dessert… quelle merveille… murmure Greg.

 

  • Tu as vu ? C’est facile à faire, et rapide. Ce n’est pas plus compliqué que le gâteau au yaourt ! Tu devrais faire la surprise à Katherine un de ces jours. Elle aime le chocolat ?

 

  • Oh oui. Mais elle ne peut pas en manger beaucoup, ça lui donne des migraines.

Moment de silence. Greg prend ma main, embrasse la paume comme il l’a fait quelques jours plus tôt et replie mes doigts dessus.

  • Je vois Carol demain dans l'après-midi, dit-il. Elle m’a appelé tout à l’heure. Elle avait une drôle de voix. Elle a peut-être l’intention de… d’en terminer avec notre relation. Elle vient peut-être de rencontrer quelqu’un… ?

 

  • Ça serait bien…

 

  • Oui, ce serait idéal, quelque chose de mutuel.

Il a l’air sérieux et triste en disant cela. L'inquiétude me gagne et prend les devants.

  • Tu vas peut-être te rendre compte que tu ne souhaites pas te séparer d’elle ? Je comprendrais, tu sais.

Greg se tourne vers moi, surpris.

  • Oh non ! C’est fini… je te l’ai dit, même si tu n'étais pas là, ce serait fini. Je n’ai plus de… de curiosité vis à vis d’elle, d’envie d'être avec elle. Mais je me sens… coupable, je crois. Elle m’a aidé quand je suis sorti de prison. 17 ans, c’est long ! J’ignorais tant de choses du quotidien du 21eme siècle. Manipuler un ordinateur, par exemple… A St Quentin, nous pouvions utiliser les traitements de texte mais pas aller sur internet… Alors je ne savais pas comment envoyer un email, aller voir ma boite de réception, utiliser Google… On a fait tout ça ensemble.

Il reste silencieux un instant. J’envie Carol d’avoir vécu ces découvertes avec lui.

  • Mais, poursuit-il, a quoi ça rimerait de rester avec elle par culpabilité ? Ce serait invivable. Et injuste pour elle comme pour moi. Elle mérite d’avoir un mec qui l’aime, non ?

J’approuve d’un large mouvement de tête.

  • Absolument ! Mais il y a seulement quelques jours, tu me disais que vous vous complétiez… Et le jour d’avant, quand vous étiez chez moi, j’ai bien senti cette complicité entre vous. Alors je me dis…

Je fais un mouvement de balancier de la main pour lui montrer que son opinion de Carol pourrait évoluer à nouveau. Il secoue la tête et se met à rire.

  • Oh Max… si tu savais… si tu savais tous les arguments que je me suis répété ces dernières semaines pour me convaincre de rester avec Carol… Toutes ces constructions mentales pour ne pas admettre la réalité : je ne voulais pas la quitter parce que, à part elle, je n’ai pas grand monde qui veuille de ma compagnie. La plus grande partie de ma famille m’a rejeté… Quand j’ai été arrêté pour le meurtre de Mike et écroué, deux de mes frères m’ont écrit la même semaine pour me dire qu’ils coupaient les ponts. Que je n'étais plus leur frère, et que je n’entendrais plus jamais parler d’eux.

Il émet un petit rire amer.

  • Ils ont tenu parole ! Heureusement, eux sont là… (il fait un geste vers la cloison). Mais ils ont leur vie… Et les amis que j’ai, que j’avais à l'époque, je préfère ne pas renouer.

Greg se laisse tomber sur les coussins du divan avec un soupir et se masse les sourcils derrière ses lunettes.

  • C’était si différent à St Quentin... Ce n’est pas une vie facile, mais j’avais des amis, on s’aidait… Depuis que je suis sorti, la solitude, ce n’est pas simple... Quand j’étais détenu, je suivais toutes les formations qu’ils proposaient, chaque fois que quelque chose de nouveau arrivait, j’étais le premier à m’inscrire. Certains de mes amis ne voulaient pas le faire, mais je partageais ce que j’apprenais… C’est ce genre de choses que je racontais dans mes lettres à Marion, la mère de Mike, quand on a commencé à s'écrire. Je voulais lui montrer que je faisais de mon mieux pour… pour mûrir, pour changer, pour que la mort de Mike ne soit pas vaine… Elle me lisait avec beaucoup d’attention, me répondait avec plein de questions, de conseils, ça m'aiderait tellement de la sentir aussi intéressée par ce qui m’arrivait. C’est un miracle, vraiment, sa générosité d’esprit. Mike me l’avait dit, des années plus tôt.

Il s’interrompt soudain, comme s’il avait laissé échapper quelque chose malgré lui.

  • Mike, le jeune… ?
  • Mike, oui, ma victime…

Greg pousse un profond soupir.

  • Je n’en ai parlé à personne parce que… je ne veux pas qu’on pense que je suis schizophrène ou… bipolaire, je ne sais pas. Mais bon, à toi, je peux le dire. Parfois, je vois Mike, il me parle. Nous discutons.

Je lui souris.

  • Je vais te dire, je te crois sur parole. Parce que je discute avec ma petite s… Emilie, la petite fille, depuis sa mort. Parfois, elle me donne des conseils, elle me met en garde et le fait est… elle a raison, en général. Cela fait des années !

Greg approuve mes paroles d’un lent hochement de tête.

  • Exactement. Il sait des choses que… que je ne peux pas savoir. Je veux dire, l’explication la plus simple, c’est que nous les voyons parce que ça nous fait du bien, mais c’est une projection de nous-mêmes, n’est-ce pas ? Alors comment expliquer qu’ils sachent des choses que nous, nous ignorons ? En tout cas, c’est le cas pour Mike. Une fois, j’ai parlé à un psychiatre qui était venu à St Quentin. Je ne lui ai pas dit que c’était moi, je lui ai parlé de la confidence d’un autre détenu… (il sourit) Je ne pense qu’il ait été dupe, mais bon, peu importe… Il m’a dit que… nous n’avons pas conscience de ce que nous savons. Et nous imaginons que Mike… ou Emilie… nous font des révélations alors que c’est notre inconscient qui nous parle. Qui sait des choses que nous ne savons pas que nous savons. Mais alors…

Greg s’avance un peu sur le divan, parlant soudain plus vite.

  • Alors, comment expliquer que justement Mike me dise une des premières fois que je l’ai vu, alors que j'étais au trou, à l’isolement après une bagarre - c’était avant St Quentin - que sa mère allait m'écrire, et que finalement elle me pardonnerait ? C’est arrivé des années plus tard. Je ne pouvais pas l’imaginer ! Comment expliquer qu’il m’ait prévenu que j’allais être transféré dans une autre prison ?

Je regarde ses mains sombres aux longs doigts fins - les mains de sa sœur, les mains de ses neveux - qui esquissent des mouvements en suivant le rythme de ses paroles et, un instant, j’imagine ces mains la posées sur moi. Pourtant, ces rêveries soudaines sont rares chez moi.

Quand j’ai dit à Jackson que le sexe était surévalué, c’était exactement ce que je pense. La mécanique sexuelle est une sorte de plomberie qui, le plus souvent, ne fonctionne pas très bien mais à laquelle les gens accordent une importance hors de toute proportion ; certains y mesurent même leur valeur.

J'éprouve une certaine indifférence sur le sujet mais, je dois le reconnaître, quand un homme pour qui j’ai de l’affection me retrouve sous un drap, vulnérable, sans aucun vêtement pour se dissimuler, je ressens une émotion, un attendrissement. Le moment que j’attends, que j'espère, a lieu après toute notre gymnastique humaine. Le moment de détente et de tendresse qui suit…

  • Alors je sais ce que pensent les sceptiques, poursuit Greg. Ils pensent que j’ai fait dire à cette vision de Mike ce que j'espérais. Quitter cette prison d’enfer. Un pardon de sa famille. Je le comprends ! C’est peut-être ce que je penserais, si j'étais à leur place. Mais voilà, Mike est quelqu’un d’autre que moi. Très différent. Ce n’est pas moi qui parle avec moi-même.  C’est une évidence…

J’acquiesce énergiquement, comme pour compenser ma distraction.

  • C’est ce que j’ai ressenti depuis le premier jour avec Emilie, dis-je.

Nous partageons un instant de silence. En prononçant le nom d’Emilie, le long récit que j’ai composé aujourd’hui s’impose à moi à nouveau.

  • J’ai fait ce que tu m’as conseillé, dis-je. J’ai écrit ce qui m’est arrivé - enfin, la situation dont je t’ai parlé.

 

  • Tu es courageuse ! Ça a dû être très dur.

 

  • C’était difficile… mais pas exactement comme je le prévoyais. J’avais oublié tant de choses. Enfin, pas vraiment oublié, plutôt mis de côté. J’ai l’impression que d’avoir tout écrit me donne plus de maîtrise sur mes émotions, une vue claire sur ce passé. Mais j'espérais que je me sentirais mieux … Pour le moment, je ne vois pas de différence.

Ces simples phrases entraînent un sentiment d’oppression. Je pousse un profond soupir. Greg me regarde gravement avec ses yeux perspicaces. Sa main se pose légèrement sur la mienne.

  • Il ne faut pas que ça te décourage, c’est rarement immédiat, dit-il. Tu vas sentir un soulagement, mais ce sera progressif. La, tu dois être encore très près de ce que tu viens d'écrire.  

 

Il a totalement raison. Il sait tant de choses. Je veux apprendre.

 

  • Explique-moi pourquoi, dans ces crises de panique, c’est important de parler du présent, du jour ou du lieu où nous sommes, ...

Greg reste silencieux un instant avant de répondre.

  • Un de nos professeurs l’expliquait avec une comparaison… Tu vois ce qu’est un disque vinyle, tu sais, avant l'arrivée des CD ?

 

  • Greg, je suis à peu près de ton âge… Bien sûr que je me souviens des disques vinyles !

De fait, ces disques me paraissent encore tout récents et je suis étourdie à la pensée que les CD sont eux-mêmes en train de devenir obsolètes. Mais attention à rester crédible dans ma chronologie. Je prends soin d’ajouter :

  • Ma mère me laissait écouter ses disques, quand j'étais petite.

 

  • Parfait. Donc tu visualises les plages, sur le disque, et les sillons…

 

  • Oui, tout à fait.

 

  • Alors imagine ta vie représentée sur un disque vinyle, de la même façon. Les plages représentent les différentes étapes de ta vie…  Si une étape est particulièrement traumatique, bien que tu continues ta vie, tu vois, le saphir continue à lire les plages suivantes, mais parfois, saute et retourne sur la plage du traumatisme. Donc tu te retrouves plongée dans la peur et la souffrance intenses de ce passé, comme si c’était ton présent. Alors, rappeler le lieu et le moment où nous sommes, ça aide le saphir à retourner sur la plage où il devrait se trouver…. J’explique ça très mal…

 

  • Non, pas du tout, je te suis. Je vois bien le disque vinyle…. Et les différentes plages. J’ai remarqué aussi… quand tu me parlais, au milieu de ma crise, tu commençais toujours par me demander la permission, pour tout ce que tu faisais. Je me suis demandé… pourquoi ?

 

Greg me sourit.

 

  • Qu’en as-tu pensé ? Ça t’a agacé ? Ou…

 

  • Ça m’a surpris. J’ai apprécié, je crois, que tu tiennes compte de mon avis, bien que je ne sois pas dans mon état normal.

 

Il reste un instant silencieux, regarde Fury qui dort à ses pieds, sa petite tête posée sur le flanc de sa sœur.

 

  • Oui, c’est très important. C’est toi qui décides qui tu veux près de toi. C’est ton espace. En prison, c’est encore plus vrai ! Cet espace vital… c’est la seule chose qu’un détenu possède.

 

Il sourit brusquement et ajoute :

 

  • Évidemment, la toute première fois que j’ai essayé de parler à un détenu qui n’allait pas bien, j’ai oublié de le faire. Ça n’a pas traîné. Il n’était pas très loin de moi… (Greg se recule un peu) un peu comme nous, là. C’était un type très fort. Il m’a donné un coup de poing dont je me souviendrai toujours. En plein dans l’œil…

 

Il enlève ses lunettes, me montre son œil gauche, qui me paraît intact et semblable en tous points à son œil droit.  Leur couleur me rappelle celle des châtaignes, comprenant une note d’acajou.

 

  • Je me suis retrouvé à l’infirmerie, puis à l'hôpital. Le coup avait été tellement violent, ils ont cru que j’allais perdre mon œil. C’était très douloureux - peut-être la douleur physique la plus intense que j’ai jamais vécue. Finalement, à la surprise des médecins, tout a cicatrisé vite et bien. Mais c’était une sacrée piqûre de rappel sur l’importance de demander la permission de parler à quelqu’un en pleine crise.

 

Je m’approche de lui et, sans rien dire, j’embrasse sa paupière gauche, un petit baiser, du bout des lèvres. Puis sa joue, appréciant le contact avec sa courte barbe. J’aime son odeur. Il sourit et m’entoure de son bras, m’attire près de lui. Nous voici face à face. Il murmure :

 

  • Il s’en passerait des choses sur ce divan… si….

 

Pendant un instant, ni lui ni moi ne bougent. L'émotion du moment m’engourdit, avec la crainte étrange que tout mouvement de ma part puisse créer l'évaporation de cette magie, peut-être un accès de colère subit de Greg, je l’imagine soudain me jeter au sol comme une poupée en chiffon, ou je ne sais quel autre désastre. Il a posé sa main sur mes omoplates, je sens la chaleur de ses doigts et leur léger mouvement me fait frissonner. En un instant, Greg est debout.

 

  • Je voudrais tellement… dit-il en s'éclaircissant la voix. Mais c’est important que…

 

Il fait un geste de la main comme pour écarter quelque chose, le mettre de côté. Il veut rompre avec Carol avant que quelque chose de physique ne s'ébauche entre nous, je le sais. Je me lève moi aussi.

 

  • Tu as raison.

 

Emilie me l’a bien dit, Greg a besoin de se sentir un “mec bien”, a good guy.

 

3.

 

Nous faisons quelques pas vers la cuisine, lui se dirige vers ce que les américains appellent pudiquement la “powder room”, comme si l’endroit n’avait pas d’autre fonction que d'être le lieu où les dames retouchent leur maquillage, moi j’ouvre le frigidaire et accueille avec plaisir la fraîcheur qui en émane.

 

Un moment plus tard, il me rejoint avec un sourire embarrassé, reprenant sa place sur le tabouret haut.

 

  • Tu n’es pas en colère ? demande-t-il.

 

Je pose devant nous deux tasses dans lesquelles j’ai mis quelques cuillerées de sorbet au gingembre et lui sourit en retour. Sa question me surprend, car je craignais sa mauvaise humeur.

 

  • Bien sûr que non.

 

Je déguste le sorbet - une réussite, soit dit en passant. Je m’y suis prise à trois fois, mais là, l’équilibre entre le goût piquant de la racine et le miel est parfait. Leila, ma chef pâtissière du temps de l’Oursin, pourrait me jeter ce regard admiratif - presque surpris - qu’elle avait quand j'élaborais quelque chose de délicieux qui sortait des sentiers battus.  Greg déguste sa portion en mentionnant juste que le froid lui fait du bien. Cela m’amuse. Il s’extasie devant un croque monsieur, mais là, il ne rend pas compte qu’il est en présence d’un chef d’œuvre. Ce n’est pas en prison qu’il a pu éduquer son palais, évidemment… 

 

  • Je pensais à Jackson, dit-il sans transition. Je pensais… je ne comprends toujours pas pourquoi tu m’as préféré à lui.

 

  • Je n’ai pas… Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. Je ne vous ai pas comparés. Je… Lui, c’était évident qu’il ne pouvait pas être autre chose qu’un ami. Il est trop jeune.

 

  • Tu lui as dit qu’il n’avait pas assez souffert… ?
  • Ça a l’air très injuste, dit comme ça… Mais c’est vrai. Je suis quelqu’un de compliqué. J’ai un passé… Ce que je t’ai confié, c’est une toute petite partie. Je le trouve adorable, Jackson. Mais je ne pourrais pas lui parler comme je peux te parler. Il est comme un petit frère pour moi.

 

  • Et tu te rends compte qu’il est le père de deux enfants ? Il vit sa vie, complètement relax, avec ses deux enfants sous le bras, et tout le monde autour de lui fait des pieds et des mains pour l’arranger, babysitter, tout pour que ses projets, ses aventures, que sais-je encore, puissent s'épanouir comme des fleurs au printemps… Il trouve ça totalement normal ! A la limite, il te fait l’honneur d’accepter ton aide ! C’est un peu agaçant, parfois.

 

Il reste silencieux un instant avant de poursuivre.

 

  • C’est lui qui est venu me chercher à ma sortie de prison. Il m’avait rendu visite, avec Amy, au cours des années, donc je savais ce qu’il devenait, mais là, quand on s’est retrouvé tous les deux, sur le trottoir devant la prison, j’ai réalisé à quel point il était… adulte, responsable, et puis, oui, un père de famille ! Alors que moi, j'étais face à ce monde qui avait tellement changé. C’est comme s’il était devenu l'aîné.... Partager sa chambre, ce n’était pas une transition difficile après la prison. Et j'apprécie qu’il me fasse confiance avec ses enfants. Ça, ce n’est PAS quelque chose que j’ai appris à St Quentin ! Il a tellement de succès, dans tous les domaines, Jackson, regarde, comme avec cette Barbara ! Toutes les femmes sont éblouies quand elles le voient… Sauf toi, apparemment.

 

Il guette ma réaction. Après un instant, je me décide.

 

  • Tu vois, ce que je pense est très égoïste. Je suis contente que tu ne sois pas Jackson. Je suis désolée de ce que tu as vécu, toutes ces années en détention, mais en même temps, tu ne pourrais pas me comprendre aussi bien si cela t’avait été épargné.

 

Il hoche la tête lentement, comme s’il examinait mes paroles et les trouvait acceptables. Il me semble même qu’il se détend.

 

  • C’est ça qui me donne de l’espoir, dit-il finalement. Que je puisse être devenu plus… un homme de valeur. Un homme meilleur. Que finalement tout ce parcours tellement absurde ait un sens. Toute ma famille, ceux que j’ai revus, me voient comme celui que j'étais avant. Je vois Katherine, aux aguets, se demandant si je vais recommencer à me droguer. Je vois George me donner des conseils pour rester sobre. Elmira, sa femme, me recommande des sponsors qui peuvent m’aider à résister à la tentation. Mais est-ce qu’ils savent seulement ce que j’ai fait, pendant toutes ces années à St Quentin ? J'étais celui à qui on demandait d'être le sponsor de ceux qui arrivaient. Je veux dire… ils sont tous très gentils, et comment pourraient-ils oublier l’adolescent que j’étais ? Mais un peu de confiance, quand même ! Marion, la mère de Mike, me connaît mieux que ma propre famille ! C’est elle qui m’a encouragé pour la mise en liberté. Elle m’a dit : tu es prêt. Ma famille ne s’attendait à ce que je sorte. Ça les rassurait, que je sois enfermé. Je ne leur manquais pas. Je ne manquais à personne.

 

Il pousse un profond soupir en repoussant la petite tasse vide, avant de poursuivre.

 

  • Maintenant, j’ai ma vie à construire… Tu sais, cette image de la piscine de l’autre jour ? Quand tu me disais que j’apprenais seulement à nager ? J’y ai repensé. En fait, à St Quentin, c’est comme si j’avais appris à nager dans une piscine, et là, je me retrouve dans l'océan. Je connais les mouvements, mais l’environnement est tout différent, imprévisible. Les deux personnes qui ont eu confiance en moi, qui m’ont donné cet espoir, c’est toi, et Libby. J’ai commencé à faire du yoga avec Libby, je cherchais un endroit pas trop cher où pratiquer, et quand j’ai commencé à la connaitre, j’ai eu ce déclic… comme avec toi, que je pouvais me confier. Elle a vu ce que je savais faire, m’a demandé de la remplacer quand elle n’est pas disponible, ce qui arrive assez souvent… J’en ai parlé à Amy qui était si tendue et surmenée. Elle est venue avec moi et tout de suite, a partagé mon enthousiasme pour Libby. Elles sont devenues très amies. Je crois que Libby se sentait un peu seule, elle n’habite pas Tacoma depuis très longtemps. C’est bien tombé. Quand j’ai commencé à aller régulièrement aux services, le dimanche, je me suis dit qu’il fallait que je lui parle de mon passé, je ne voulais pas qu’elle l’apprenne par quelqu’un d’autre. Je lui ai demandé rendez-vous. Je lui ai raconté mon histoire, et elle est venue s’asseoir près de moi - elle était derrière son bureau au début - pour me montrer, je crois, qu’elle était à mes côtés. Elle m’a dit que le moment venu, je pourrais partager mon récit avec d’autres, que certaines histoires ont un pouvoir de guérison pour ceux qui les écoutent. Ça m’a touché, qu’elle pense que je puisse avoir un effet positif sur d’autres.  Je craignais de perdre sa confiance mais, comme avec toi, je crois que le fait de lui parler nous a rapprochés. Tu sais qu’elle était médecin, avant ?

 

  • Libby ?

 

  • Oui, elle a été médecin pendant plusieurs années, et puis elle s’est rendu compte qu’elle était… comment dit-elle ça… elle était appelée à s’occuper d’un autre type de guérison.

 

  • Mais elle a quel âge ? Elle a l’air toute jeune.

 

  • Je dirais… notre âge. La trentaine… ou une jeune quarantaine…

 

Je souris en pensant à Sylvie. Une rockeuse qui m’avait donné des complexes sur mon propre parcours. Prends ça, Max, c’est l’octave au-dessus : médecin et pasteure ! Pourtant je me sens à l’aise avec Libby. J’ai envie de la protéger, ce qui est mon instinct habituel quand j’éprouve de l’affection pour quelqu’un. Je pense à la façon dont elle me tenait la main en riant quand j’évoluais - ou tentais d’évoluer- en hauts talons, puis dans la voiture d’Amy, de retour du show de Jackson. Je la visualise, décidant de s’asseoir aux côtés de Greg pendant qu’il lui parle. Elle accompagne et soutient les voyageurs que nous sommes. Je n’avais pas tort de l’imaginer guide de haute montagne.

 

  • Tu viens demain à Trinity ? me demande Greg. Ecouter Libby prêcher ?

 

  • Oui ! On peut y aller ensemble ?

 

  • J'espérais que tu dirais ça !

 

Greg descend de la chaise haute, il se prépare à partir. Je l’accompagne à la porte d’entrée, prenant Guimel dans mes bras au passage. Je ne veux pas qu’elle sorte. 

 

  • Ce que Libby a fait pour toi, dis-je, t'écouter de cette façon, c’est ce que tu as fait pour moi, quand je t’ai parlé de ce qui m’est arrivé. Ce n’est pas facile à raconter, mais je crois que c’est encore plus difficile à entendre.

 

Greg s’immobilise si soudainement que je trébuche presque. Il me regarde et je perçois son émotion soudaine.

 

  • Je voulais te dire. Mais je ne savais pas comment. Je ne veux pas en parler. Mais je veux juste que tu saches. Ce que tu as traversé… Moi aussi… Je sais ce que tu as traversé. 

 

Il me regarde et je comprends. Il espère qu’il n’aura pas besoin de dire un mot de plus. Mon rythme cardiaque s'accélère.

 

  • Je suis vraiment désolée…

 

Il m’entoure de son bras et me serre fort contre lui, plus fort qu’il ne l’a jamais fait. Je ne veux pas m'écarter en ce moment crucial mais j’ai du mal à respirer et je commence à trembler. Heureusement, son étreinte se relâche.

 

  • Demain, reprend-il poursuivant la conversation précédente comme s’il ne s’était rien passé, ça te va si on part vers 10 h ? Le service est à 11 heures mais j’aime bien être en avance.

 

  • 10 heures, c’est parfait.

 

Je peine à reprendre souffle mais je fais bonne figure. Il se penche vers moi et, comme il l’avait fait de retour de Owen Beach, il pose un rapide baiser sur ma bouche. Il me sourit.

 

  • Bonne nuit, Magicienne.
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Yannick
Posté le 23/06/2020
Coucou!
Je préfère ce chapitre aux précédents, je le trouve plus « complexe ». Ce Greg, à la fois fort et fragile, qui aide et a besoin d’être aidé, est un personnage intéressant. La petite touche sur Jackson, pas de la jalousie mais presque, rajoute à cette complexité.
La comparaison des « anges-gardiens » est sympa aussi, j’espère que tu arrives ensuite à la raccrocher au reste de l’histoire.
Par rapport à mes gouts, ces aspects un peu complexes sont plus intéressants que les passages cuisine ou famille de chats qui sont, parfois, un peu trop long (c’est une critique très personnelle).
En dernier, il me manque toujours un fil conducteur. Dans le passé, il y a cette terrible histoire d’enlèvement et de viols répétés, mais, en même temps, on se dit qu'en plusieurs siècles d’existence, elle a du en voir d’autres. Dans le présent, ce qui prend le dessus est l’histoire d’amour entre Max et Greg, et je me dis que c’est léger par rapport à la richesse du récit. J’aimerais bien une énigme plus forte, un objectif, une quête, quelque chose qui fasse qu’on se demande comment elle va s’en sortir ou si elle parviendra à son but.

Quelques détails :
Je ne pense qu’il ait été dupe, mais bon, peu importe : ne pense PAS
la situation dont je t’ai parlé: Parlée
le saphir continue à lire les plages suivantes : le saphir ? j’ai toujours entendu dire le diamant, je m’aperçois qu’il existe les deux ! Merci.
on part vers 10 h ? Le service est à 11 heures : tu peux écrire 10h ou 10 heures, mais je pense qu’il vaut mieux toujours l’écrire de la même manière.
annececile
Posté le 24/06/2020
Merci beaucoup pour ton commentaire! Tes remarques me font reflechir d'une facon tres fructueuse sur la construction de l'histoire, et la facon de faire se cotoyer le passe et le present (pas encore tout resolu mais bon, je pense fort!) et aussi dont l'intrigue se developpe dans le present. Merci!
Zoju
Posté le 07/05/2020
Salut ! Comme pour d'autres chapitres, je pense que tu en as publié deux en trop. ;-) Maintenant passons au texte ! On découvre un peu mieux les sentiments de Max dans ce chapitre. De ce côté aucun problème. Là où j'ai plus de mal, c'est en ce qui concerne Greg. Je suis un peu du même avis qu'Emilie (la petite sainte). Il veut être un homme bon, peut être trop bon. Toutefois, je ne sais si c'est le personnage qui veut ça, mais j'impression qu'il cherche toujours à s'expliquer, un peu comme Jackson (Un air de famille) mais contrairement à lui il n'utilise pas l'humour. J'ignore d'où me vient ce sentiment, mais je lui trouve un peu un côté plus lamentation. C'est peut être dans le ton qu'il emploie. Le personnage de Greg est intéressant, mais j'ai parfois du mal à le saisir. Est-il naturel ? J'ai parfois le sentiment qui se comporte comme si parfois il cherchait à jouer un rôle un peu comme Max, mais qu'il arrivait à le faire avec moins de subtilité. Ou peut-être est-ce parce que justement il est trop honnête et que cela le fait passer pour un sorte d'enfant un peu naïf. C'est un peu ce sentiment que j'ai de Greg. Il me fait penser à un enfant un peu naïf sinon spontané. Je trouve que la partie où il évoque sa sortie et ses liens familiaux intéressants. Cela apporte une autre dimension au personnage. Désolé si c'est un peu confus, mais j'écris mes pensées au fur et à mesure qu'elle arrive. En tout cas, je suis curieuse de connaitre la suite. Courage :-) PS : En ce qui concerne le texte en tant que tel, je trouve les monologues de Greg plus facile à lire que lors de sa première confession. Max aurait-il déteins sur lui ? C'est plus fluide.
annececile
Posté le 07/05/2020
Ce que tu me dis de Greg m'interesse beaucoup ! Son passe est bien plus lugubre que celui de Jackson donc oui, evidemment, ce qu'il raconte s'en ressent mais je n'avais pas pense que ca puisse donner cette impression de complainte. C'est eclairant et ca aide d'avoir ca en tete. Les americains ont tendance a s'analyser et a parler d'eux de facon spontanee et candide. En tout cas, je prends note de la facon dont tu le percois. Merci !
Zoju
Posté le 08/05/2020
En fait, quand j'écris qu'il se plaint, je trouve une note de plainte dans le ton qu'il utilise. Il ne se plaint pas à proprement parlé. J'ai peut-être ce sentiment dans le fait qu'il souhaite que l'on lui pardonne et dans cette manière d'expliquer. C'est assez compliqué d'expliquer. Je ne connais pas trop le comportement américain et c'est sans doute pour ça que j'ai un peu du mal avec le personnage de Greg. La mentalité est différente chez les européens. C'est probablement dans le fait que j'ai sans doute dû fusionner la spontanéité et la plainte. Max et Greg ont tous les deux raconté leur histoire, mais l'on fait de manière différente. Greg était le coupable et Max était la victime. On a toujours plus de difficulté à ressentir de l'empathie pour le coupable. Et en un sens, on peut comprendre pourquoi Greg tente à s'expliquer. Le fait qu'il revienne toujours avec la mère de Mike est peut être un moyen, une preuve pour lui de dire que si la personne la plus à même de le haïr lui pardonne, les autres peuvent le faire aussi. Je ne sais pas si mon ressentit est très clair. Peut-être que je me goure complètement. ;-)
annececile
Posté le 08/05/2020
Non, je te suis tout a fait et tu es dans le vrai. Le pardon est un theme sur lequel Greg sera amene a reflechir et parler. Et c'est vrai qu'il y a une certaine ambivalence chez lui, il ne se sent pas digne d'etre pardonne et en meme temps, il a recu ce pardon et ca fait partie de l'elan vital qu'il ressent pour continuer sa vie. Je crois aussi que ce que tu dis des mentalites sont tres differentes selon les pays. Les americains n'ont pas ce cote sceptique et cynique que j'ai souvent observe chez les francais. Ils parlent d'eux d'une facon candide, presque naive parfois. Ca m'a surpris parfois.
annececile
Posté le 08/05/2020
Et merci de m'avoir signale que j'avais publie le chapitre 3 fois! C'est bizarre, je ne l'ai pas fait par erreur, c'est comme si ce que j'ai telecharge s'etait demultiplie sans que je le vois...
Zoju
Posté le 08/05/2020
C'est vrai qu'en Europe, on est plus frileux. En Belgique, on est parfois dans l'autodérision. En tout cas, je le fais avec plaisir :-)
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