Jour 33 : Illusions

Vendredi 17 avril 2020, 13h / La semaine dernière, j'ai lu le premier volet de la saga : La passe-miroir. J'en suis ressorti émerveillé tant l'univers construit par l'autrice est foisonnant, tant Ophélie, le personnage principal, est attachante et authentique, tant le scénario tient le lecteur en haleine. Chaque page est une surprise généreuse et ce livre est à ranger parmi les gourmandises du genre merveilleux à avaler d'un trait. Je n'en dis pas plus à ce sujet car je n'ai pas vraiment d'habileté pour chroniquer les livres. 

Il va sans dire, cependant, que ce livre m'aurait marqué différemment si je l'avais lu dans un contexte différent. Les livres se réécrivent en fonction des lecteurs, et les lecteurs changent en fonction des environnements dans lesquels ils vivent. Lire en période de confinement change nécessairement le regard que vous avez sur les textes. Les enjeux d'une œuvre ne peuvent exister que si l'on prend en compte le contexte d'écriture et de lecture ; sans cela il n'y a pas d'histoire ni de raison pour la raconter ou pour la lire...

Ce qui m'a marqué dans la lecture des Fiancés de l'hiver, c'est l'existence d'un clan nommé : Les mirages. Leur pouvoir magique réside dans leur capacité à créer des illusions à partir de peu d'éléments. Ainsi, un espace froid et hostile devient chaleureux et accueillant, un pot de terre se transforme en vase en porcelaine et une bicoque devient un château. Une grande partie du sel de ce roman tient dans ces illusions car beaucoup de déclarations et de confidences sont faites, elles-aussi, de faux-semblants : les conseils, les pactes, les promesses... Très peu de choses sont sincères dans cette histoire et charge à Ophélie de se débrouiller avec tout ça pour survivre.

Les illusions sont une mise en garde ; autant dans le monde d'Ophélie que pour le nôtre.

Je me demande si, d'une certaine manière, le monde d'avant n'était pas une espèce d'illusion généralisée. Notre confort, notre technologie, notre mode de vie étaient déraisonnables au regard des ressources que la planète peut nous fournir, au regard des personnes asservies par ce système. La pandémie actuelle agit comme un révélateur de nos vanités contemporaines. Quel était le sens de cette société consommant sans cesse et tout le temps ? À quoi cela servait-il, si ce n'était : calmer nos angoisses ? Ce mode de vie où les biens étaient forts et les liens fragiles, n'était-il pas, en fin de compte, le cache-misère d'un vide spirituel qui nous étreignait tous ? La réalité de notre monde et de notre condition nous a soudainement explosé à la figure ; il s'agit désormais de tout reconstruire sans détourner le regard dès qu'une complication se présentera, nous n'avons plus le droit à ce genre de facilité. Ce virus a fait chuté bien des costumes et bien des masques d’apparat. Il nous met face à nous-même ; la vérité est là, dure ; nous ne pouvons plus y échapper...

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