Wish I didn't

Ce jour-là, je n'ai pas arrêté de l'énerver, de la rendre furieuse. Quand elle me clashait, j'en rajoutais une couche, mais c'était une habitude entre nous, c'était loin d'être véritablement volontaire, d'être une envie de ma part de lui faire du mal. Non, mais ce jour là était le jour pendant lequel j'étais destiné à la faire sortir d'elle, à l'emmerder.

J'étais avec mes copains, et à vrai dire, je n'ai pas vraiment fait attention à elle. Je ne faisais jamais vraiment attention à elle. Pas assez, en tout cas. Mais vous savez ce que c'est. Ce n'était "qu'une amie", et au lycée, on est bête, on ne fait attention qu'à nos copains garçons, quand on en est un aussi. Et puis, avec elle, je passais tout mon temps à me disputer. C'était un rituel qui ne cessait jamais. On peut dire que c'est la raison pour laquelle on est devenus amis. Ce sont nos conflits qui nous ont rapprochés.

J'adorais la contredire, et inversement, mais sans pour autant qu'aucun d'entre nous ne se vexe jamais. Enfin, c'était un peu comme un contrat qui n'avait jamais été dit, indicible et implicite.  Ensemble, on riait beaucoup, de tout et de tout le monde, mais rien ne changeait jamais vraiment rien à nos liens amicaux. Nous étions proches, mais certains de mes amis passaient et étaient toujours passés en priorité, avant elle. 

Ce jour là, elle avait utilisé toutes ses cartes pour attirer mon attention. Peut-être avait-elle besoin de parler ? En tout cas, elle n'allait pas bien, et ça se voyait. Tout le monde autour de moi le faisait remarquer. Mais je ne voyais rien. J'ai préféré parler avec les autres, me désintéresser de chacun de ses appels au secours que, jusque là, j'avais toujours reconnus et identifiés.

Après plusieurs minutes à essayer de me parler, au comble de l'énervement, elle est partie. Partie sans le moindre regard, en faisant tomber chaque chaise, chaque objet qui se trouvait sous sa main. Elle était à bout de nerfs, et je ne l'ai réalisé que lorsque les copains me l'ont fait remarquer, en estimant que j'avais dépassé les bornes.

Quand je l'ai recroisée plus tard, elle m'a tout simplement ignoré. Et bien sûr, j'en ai fait de même. La fierté masculine, un vrai fléau. A la fin des cours, je suis parti sans l'attendre, même s'il était notre habitude que chaque soir on faisait un bout de chemin ensemble, qu'il y ait eu une dispute ou pas, pour ne pas être seul, pour faire la paix, pour parler de nos journées. Et c'était ainsi depuis deux ans et demi. Mais pas ce soir-là. J'étais seul, et les regrets commençaient à grandir en moi.

Sur le chemin pour rentrer chez moi, je lui ai envoyé un message depuis mon portable. Message auquel elle n'a pas répondu. J'ai pensé que c'était parce qu'elle m'en voulait encore. Les femmes sont têtues et susceptibles, c'est bien connu. En rentrant à la maison, je me suis connecté sur Facebook pour l'attendre et discuter avec elle, comme tous les soirs. Elle n'était pas connectée.. Je me suis dit qu'elle voulait vraiment m'éviter, et qu'elle se mettait en hors-ligne, ou bien qu'elle m'avait bloquée. Il faut bien avouer que c'était un comportement puéril. Et que moi, j'étais un vrai con.

C'est d'ailleurs sur cette note très positive de moi-même que je me suis endormi. Le matin, en allant au lycée, je ne l'ai pas vue avant d'entrer dans nos classes respectives. Elle avait déjà séché les cours auparavant, bien que ce ne soit rare. En vérité, ça n'arrivait vraiment que lorsqu'elle n'avait pas le moral et qu'elle avait l'impression que le monde lui tombait sur la tête. C'est là que j'ai compris que quelque chose n'allait vraiment pas. Et j'ai commencé à éprouver une culpabilité immense, me sentant comme un mauvais ami envers elle. Alors, lui ai envoyé un nouveau message.

«Je suis vraiment désolé, je suis un idiot. Désolé de m'être mal comporté. Sincèrement. Si tu veux, on peut aller discuter à la pause autour d'un chocolat chaud dans la boulangerie d'à côté ? Je suis disponible que pour toi !»

Mais j'ai su plus tard que je n'aurais peut-être jamais de réponse. En effet, le proviseur est entré dans nos classes, nous demandant de rester assis, la nouvelle qu'il avait à nous annoncer était plutôt dure. Ses mots me frappèrent en pleine poitrine. C'était sur ma tête que le monde venait de tomber.

«Une de vos camarade a eu un accident. Elle a été renversée par une voiture. D'après ce que l'on sait jusque là, elle était un peu dans un état second, et le conducteur n'a pas réagi assez vite en remarquant qu'elle traversait. Selon lui elle était apparemment bouleversée, et bien, que ça n'excuse pas l'accident et l'erreur du conducteur, elle l'était trop pour faire attention à la route. D'après lui, elle courrait en pleurant. Elle est actuellement dans le coma. Les docteurs sont plutôt pessimistes..» Puis il m’a regardé droit dans les yeux avant d'ajouter.

«Elise était votre amie, n'est-ce pas ?»

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Ohana
Posté le 23/04/2021
Bouh <3 Allez je me lance dans ton recueil !
J'ai tendance à faire autant de commentaires "au feeling" que de commentaires plus construits autour de la forme et du contenu, n'hésite pas à me dire ce qui te convient ou pas !

J'aime beaucoup te lire ** Ton style est fluide, c'est intéressant et puis même si la fin est un peu prévisible, ça reste très émouvant !

"C'était sur ma tête que le monde venait de tomber." => J'aime beaucoup la reprise !!

"Elise était votre amie, n'est-ce pas ?" => Je ne sais pas si c'est voulu mais goooosh l'utilisation de l'imparfait, comme si elle était déjà morte, c'est super froid de la part du proviseur !

Commentaires plus précis :
ps : évidemment, chaque remarque faite est une suggestion, tu en fais ce que tu veux <3

"chacun de ses appels au secours que jusque là, j'avais toujours reconnus et identifiés." => Une petite virgule à ajouter avant "jusque là" !

"je lui ai envoyé un message à l'aide de mon portable" => je remplacerais "à l'aide de" par "avec"

"suceptibles" => "susceptibles"

"Que c'était un comportement puéril." => Je proposerais de rajouter la répétition "Je me suis dit", ça rajouterait un petit style et ne casserait pas le rythme !

"D'après les témoins, mais aussi le conducteur, elle ne regardait pas ou elle allait et qu'elle courrait en pleurant." => J'enlèverais cette partie parce qu'elle rend le dialogue assez mécanique ! Ou de trouver un moyen de faire comprendre aux lecteurices que l'état dans lequel elle était a contribué à l'accident !

Voilà voilà !
MelaisHidden
Posté le 23/04/2021
Oyyy, merci pour ton commentaire !

Tout a été retravaillé volontairement ! Au début, c'était un "Est", et puis... :smirk: Je pensais que le proviseur était un peu là comme pour faire comprendre que bah, c'était son "ami" et qu'il a rien fait pour elle. Mais bon, ça en vrai, M. Le Proviseur ne le sait pas, seul le lecteur peut bien imaginer ce qu'il veut !
De toute façon, elle n'est pas dans un super état, c'est une certitude, tout le reste, notamment son futur, c'est un flou total !

Merci encore pour ton commentaire ! Et de tes petites remarques, elles sont prises en compte ♥
Baelfire
Posté le 15/11/2020
Aaaah ces feels tout du long et la fin D:
Mais oui effectivement, comme dit un autre commentaire, ça fait réfléchir. Des petites choses peuvent avoir de lourdes conséquences, même quand on pense jamais à mal. Néanmoins, on a tous des jours où on n'a pas envie d'être disponible et tout .... Parfois c'est de la faute à pas de chance D:
Bref, c'était intéressant et bien triste !
MelaisHidden
Posté le 15/11/2020
Merci de ton petit mot ! J'avoue que je pensais pas que ça se ressentirait tellement que c'était lié au fait de petites actions qui nous paraissent anodines que tout pouvait changer en un instant et... Je suis vraiment satisfaite que ça se ressente plutôt bien !

Merci de ton petit commentaire ♥♥
Rimeko
Posté le 20/09/2020
Mais non on ne renverse pas ses personnages comme ça :((
Cette tranche de vie est prenante, on sent très vite qu’il va arriver quelque chose de mal à Élise et que le narrateur va s'en vouloir longtemps de ne pas avoir été là quand il fallait. Ça fait réfléchir sur l'importance des petits gestes :/
C'est bien écrit dans l'ensemble, j'ai juste deux petites remarques :
- "je lui ai envoyé un message à l'aide de mon portable" -> p'têt pas besoin de préciser pour le portable, ça alourdit inutilement
- pourquoi mettre les dialogues en gras ?
MelaisHidden
Posté le 21/09/2020
Je modifierai pour le téléphone ! Merci de ton commentaire.
Je sais pas c'était déjà en gras a l'époque (lointaine) où je l'avais écrit, et par réflexe, j'ai laissé ainsi ! Mais oui c'est aussi quelque chose que je peux modifier !
Herbe Rouge
Posté le 18/09/2020
Cette histoire mérite encore quelques relectures et corrections, mais j'ai vu qu'elle était en réécriture donc je suppose que ça va venir :)
J'aime bien lire des tranches de vie de ce style.
MelaisHidden
Posté le 18/09/2020
Haaaa merci ! Je viens de voir grâce à ton petit message qu'en fait, je n'ai jamais posté la version corrigée ! Alors qu'elle était faite le weekend dernier ! J'espère que ça te plaira !
Merci de ton petit commentaire en tout cas, ça fait plaisir !
Herbe Rouge
Posté le 19/09/2020
Ah ben oui, c'est clairement beaucoup mieux, merci ! :)
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