Vous devez disposer d’une autorisation

Notes de l’auteur : Bonne lecture !!

Si tous les membres du groupe avaient envisagé de protester face à la demande d’Aby, personne n’avait osé le faire. Ils avaient besoin d’un vaisseau puissant et hybride et cette fille, aussi bizarre fût-elle, était capable de leur fournir (gratuitement ?) ce dont ils avaient besoin. Ce n’était pas le moment de se la mettre à dos. Sans se concerter, tous considéraient déjà la possibilité de partir sans elle au dernier moment. Après tout, ils n’avaient rien promis.

« Il vous faut donc un vaisseau hybride si vous voulez parvenir à cette page avant que votre ami ne soit irrémédiablement bloqué dans le côté virtuel de la force… Vous savez que c’est illégal de construire ça ? »

Tous se regardèrent, cherchant à déterminer si elle plaisantait. Aby, qui fouillait dans son bric à brac en même temps qu’elle leur parlait, marqua une pause et se tourna vers eux.

« Enfin illégal pour nous. Le gouvernement délivre quelques autorisations. Vous savez ce qu’est un vaisseau hybride au moins ? »

Il y eut un silence gêné. Robin interrogea sa jumelle du regard : elle était pilote bon sang ! Ne devrait-elle pas le savoir ? Raphaël s’y connaissait, lui, puisqu’il les avait emmenés voir Aby. C’était la seule qui maîtrisait cette technologie dont ils avaient besoin.

« Je pense qu’une petite explication s’impose, dit-il en regardant ses amis avec malice. Ils n’ont pas encore compris pourquoi tu es la meilleure…

— C’est fâcheux en effet. D’autant que je vais avoir besoin d’un peu d’aide. Allons-nous installer confortablement pour parler. »

Aby insista pour qu’ils fassent un feu de camp. Elle avait déjà fait mille choses aujourd’hui et fatiguait. Si elle devait faire une séance de vulgarisation scientifique, elle avait besoin d’être assise au chaud, sans tout son bazar pour la déconcentrer. C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent à ramasser des bûches pour nourrir le brasier.

« Je pensais que ce bois ne pouvait pas prendre feu, commenta Ludivine en tirant sur une branche pour la déloger. Ce n’était pas le but de cette forêt ?

— C’est le cas mais seulement en ce qui concerne l’écorce. Ils n’ont pas réussi à modifier assez leurs gènes pour ignifuger tout l’arbre.

— Mais que va-t-on en faire alors ?

— Les éplucher. »

Ludivine lâcha sa branche et se sentit stupide. C’était donc pour ça qu’Aby avait demandé de grosses bûches et non pas des fagots. Les bras chargés, ils revinrent près de l’atelier où Aby, avec un drôle d’instrument qu’elle avait certainement fabriqué elle-même, retirait l’écorce du bois avant de les balancer sur le tas qu’elle avait devant elle.

« Maintenant qu’on est tous bien installés les gars, je vais vous expliquer à la fois pourquoi votre vaisseau va nous faire risquer la prison et pourquoi je veux absolument partir avec vous. »

Aby ôta une nouvelle fois ses culs de bouteilles qu’elle avait chaussés pour se protéger des éclats de bois et découvrit deux yeux bleus. Telle une maîtresse face à un groupe de garnements, elle ne dit pas un mot avant d’obtenir le silence. Puis, elle commença son explication. 

La spécificité du vaisseau qu’elle voulait construire était sa capacité à se télécharger, en entier et avec ses occupants, en version numérique, pendant son voyage. Cette possibilité lui permettait de voyager à la fois physiquement grâce à son moteur et numériquement, en se servant des liens internet. 

« Avec une bonne carte de l’espace, mise à jour des dernières positions des pages, ce système permet de gagner plusieurs années-lumière.

— Pourquoi risque-t-on la prison avec ce système, demanda Albane, pas franchement emballée par cette perspective.

— Pour pouvoir nous télécharger alors que notre vaisseau a déjà quitté l’Université, il nous faut une borne de téléchargement à bord de notre vaisseau. Or, comme vous le savez parfaitement, c’est interdit d’avoir sa propre borne ! »

Ils avaient tous eu des cours, alors qu’ils étaient plus jeunes sur les raisons de cette interdiction. Si chacun pouvait se télécharger de n’importe où, à n’importe quel moment, il serait trop facile d’échapper à la police après avoir commis un crime. Les lieux de téléchargement étaient des endroits très contrôlés, seulement des institutions publiques. Les étudiants de l’Université avaient un pass pour leurs études et ne pouvaient se télécharger qu’à partir des ordinateurs scolaires. 

« Comme la loi ne nous permet que de sortir et d’entrer dans le monde virtuel par le même point, avoir le téléchargeur dans le vaisseau nous permettra de passer sans soucis d’un état à l’autre pour avancer au plus vite dans l’espace.

— C’est une théorie ça, précisa Albane. Personne ne sait si un point virtuel peut réellement nous télécharger dans le monde réel après avoir lui-même été téléchargé. Ce n’est pas sûr que ça marche.

— Je l’ai déjà plus ou moins testée illégalement. Ça fonctionne », affirma Aby.

Albane n’était pas convaincue mais ne dit rien, intriguée par cette affirma. Avaient-ils une meilleure option ?

« Comment vas-tu construire le vaisseau ? Comment allons-nous financer la construction ? Combien de temps cela prendra-t-il ?

— C’est toi qui poses les questions, commenta Aby en regardant Albane avec un petit sourire. Tu es la cheffe de cette petite meute. »

Elle leur exposa le plan en détails, comme si cela faisait des années qu’elle y réfléchissait. Le prototype numérique du vaisseau était déjà prêt sur son ordinateur. Elle en rêvait depuis si longtemps ! Pour le financer, pas de problème : les imprimantes 3D n’avaient besoin que des matières premières pour pouvoir fabriquer et agencer les pièces. Elle pensait avoir largement ce qu’il fallait dans son entrepôt avec les objets qu’elle avait pu récupérer à mesure des années, y compris les métaux précieux comme l’or qui servait à imprimer les circuits.

« Vous en avez de la chance ! J’ai même les cuves de carburants ! Ne me demandez pas comment je les ai eues. Un bon enquêteur ne révèle jamais ses sources. Votre projet est à portée de main. Tout ce qu’il me fallait, vous l’avez : des pilotes aussi à l’aise dans le monde physique que dans l’univers virtuel et une bonne raison d’aller dans l’espace. »

Plus personne n’avait l’intention de lui fausser compagnie avant le décollage. Elle les avait convaincus.

Pendant qu’ils célébraient son intégration dans l’équipe, Albane jeta un coup d’œil sur le site où se trouvait Eloann et cette autre personne. Celle-ci était toujours en chargement et ne semblait pas pouvoir se stabiliser. Alors que son ordinateur continuait de mouliner à chaque tentative de connexion, son portable lui afficha immédiatement un message d’erreur : “Page en cours de chargement - contacter le modérateur”. Ce site devait être ancien, du moins son adresse, et n’avait jamais été aménagé. À tout hasard, elle appuya sur le lien “contacter le modérateur” qu’on lui proposait. C’était un peu l’équivalent d’une bouteille à la mer. Qui allait bien pouvoir recevoir son message ? Le serveur avait sans doute été abandonné depuis longtemps. Elle fit tout de même un rapide message pour expliquer la situation et tenta tant bien que mal de participer aux réjouissances…


 

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