VI/ La nuit qui nous recouvre

Se tenant debout sur la plus haute tour du bastion, Elden admirait le crépuscule. 

Silencieux dans la fraîcheur du soir, immobile face aux vents, les couleurs lui paraissaient plus belles encore qu’il s’agissait probablement du dernier crépuscule qu’il pourrait contempler.

La lueur orangée du soleil couchant perdait petit à petit du terrain face à la pénombre de la nuit. D’ici à peine une heure, les ténèbres envahiront son monde, encercleront le fort elfe, couvriront la forêt et les plaines environnantes.

Elden le savait bien : l’ennemi attaquera la nuit tombée. Il n’aurait su l’expliquer : un frisson glacé qui coulait dans son être; une lourdeur dans l’air; toutes ses années d’expériences lui avait permis de bien connaitre cet instant étrange, surnaturel, où tout s’immobilisait. Le calme avant la tempête.

— Vous n’êtes pas facile à trouver, mon commandant.

Elden ne se retourna même pas. Il avait bien perçu la tension sourde dans la voix de son interlocuteur, et soupira :

— Vous devriez vous préparer, Inquisiteur. La nuit s’annonce difficile.

— Je ne suis pas ici pour me battre, répondit Elarwin avec un ton qui pourtant ne cachait pas son hostilité.

Elarwin se tenait à quelque mètres du Commandant. Même s’il ne pouvait le voir, Elden pouvait bien deviner la posture de l’Inquisiteur : droit, les poings serrés, le visage aussi glacé que le vent. 

Elarwin perça le silence d’un ton sec :

— Le saviez-vous ?

— De quoi parlez-vous ?

— Vous le savez bien. Je parle de la prisonnière. Pourquoi tous les soldats sont persuadés qu’il s’agisse de la princesse ?

— Cet imposteur vous occupe bien trop l’esprit à mon goût.

Elarwin ne put répondre. Elden se retenut de sourire et poursuivit :

— Les terroristes vont attaquer. Bientôt. Ne vous fatiguez pas à me demander comment je le sais. Je vous conseille de vous armer, ou alors de vous barricader je ne sais où. Le cachot me semble être une bonne idée. Ou alors considérer une retraite stratégique : vous pouvez passer par la petite clairière.

— Cessez de plaisanter ainsi mon commandant, dit Elarwin en se rapprochant d’un pas. Je veux juste savoir une chose. Êtes-vous responsable de la torture d’Adélaïde ?

Cette fois-ci, ce fut Elden qui ne put répondre. Adélaïde ? Il mit quelques secondes à comprendre qu’il s’agissait de la prisonnière. 

Elden se retourna, voulant regarder l’Inquisiteur. Celui-ci était bien comme il l’avait imaginé, hormis son uniforme peu soigné, ses cheveux décoiffés, son souffle court, son front perlant de sueur. Il n’était pas commun de voir un Elfe de son rang aussi peu présentable.

— Vous voulez vraiment le savoir ? finit par répondre Elden. Vous vous inquiétez vraiment de son sort. Je trouve cela amusant, étant donné la situation dans laquelle plusieurs dizaines d’Elfes comme vous se trouvent.

— Je ne fais que mon devoir.

— Et je suis sûr que le Conseil sera heureux d’apprendre votre professionnalisme.

Le vent souffla plus fort, hurlant une complainte inaudible et faisant claquer les vêtements des deux Elfes. Le crépuscule mourant éclairait d’un orange vif ces deux personnes face-à-face, l’un souriant, l’autre menaçant.

Puis Elarwin se retourna et partit sans un autre mot, sans un au revoir. Elden dirigea à nouveau son regard en direction du crépuscule. Quelque chose parasitait ses pensées : ce n’était pas l’attaque imminente, ni la perspective d’une défaite sanglante, ni l’Inquisiteur, ni la prisonnière.

Elden aurait bien voulu fumer sa pipe une dernière fois.

 

 

Autour de lui, le bastion elfe prenait vie. Les soldats s’armaient, les épées étaient polies, les carquois remplis, les armures mises, les esprits déterminés.

Une ligne d’archers se tenait debout sur les remparts, surveillant tous les alentours, évitant de laisser le moindre angle mort. Certains fantassins assistaient les archers, communiquant les ordres, leur apportant du matériel. Un autre groupe discutaient au milieu de la cour centrale.

Elarwin traversa tout cela avec un regard d’acier : il ne put s’empêcher de comparer tout cela aux derniers spasmes d’une bête mourante. 

Il aurait voulu rejoindre ses quartiers, pour préparer ses affaires et… Elarwin s’arrêta. À dire vrai, il ne savait pas quoi faire ensuite. Si le commandant disait vrai, les rebelles allaient attaquer le bastion. Même si cela ne le plaisait pas, Elarwin ne pariait pas sur la victoire des Elfes.

Fuir ? Par la forêt ? Dans cette région si hostile aux Elfes, et plus encore aux Inquisiteurs ? C’était soit ça ou combattre, et Elarwin n’avait non seulement aucun espoir dans la victoire des Elfes, mais il était particulièrement conscient du mépris général des soldats à son égard. Ses opinions sur la torture d’Adélaïde étaient bien connues. 

Si je combats avec eux, ils seront autant mes ennemis que les combattants humains. Comment sommes-nous tombés si bas ? pensa Elarwin alors qu’il quittait la cour. 

Je n’ai pas le choix.

 

 

Adélaïde fixait le poignard posé sur la table en face d’elle. Elle pouvait clairement distinguer son reflet déformé sur l’acier poli de la lame.

Adieu, Ma Dame, lui avait dit l’Inquisiteur d’un ton faible, attristé presque. Ni lui ni Adélaïde ne se faisaient d’illusions : certains soldats elfes ne la laisseraient certainement pas vivre ni mourir facilement. Et Elarwin ne pouvait rien y faire.

Comme s’il ferait quelque chose pour moi s’il en était capable, se dit Adélaïde, presque honteuse. Il ne restait plus qu’elle, le poignard et un sentiment désespérant d’échec. Il ne restait plus qu’une chose à faire.

Adélaïde prit le poignard, jugeant la lame argentée. Après des années de guerre, elle était bien familière avec le prodigieux tranchant du fer elfique. Certains prétendait qu’on ne sentait nulle douleur mais au contraire une sensation paisible que tout était enfin fini.

Le fil de la lame s’approcha lentement de son poignet. Un mouvement, et tout sera reglé.

Elle entendit des bruits de pas dans le couloir qui se rapprochaient rapidement. Elle reconnut la démarche, et quelque chose étincella dans son esprit. Ce n’est pas encore fini.

 

 

Le soldat Aeryn entra rapidement, sachant qu’il n’aurait pas beaucoup de temps. Le bastion allait probablement tenir encore quelques heures si les terroristes humains étaient cléments. Aeryn jaugea le cachot, ses parois épaisses et poisseuses, puis la prisonnière qui attendait sans rien dire dans un coin de la pièce.

Il était assez jeune, de corps comme d’esprit. Aeryn était un officier comme il en existait tant d’autre : idéaliste, s’engageant avec l’espoir d’aider son pays, pour ensuite s’embourber dans un combat sans signification et sans importance. Avec pour seul devoir sa servitude, avec pour seul récompense une mort sans gloire. 

Et comme de nombreux autres soldats, Aeryn en était parfaitement conscient : il avait pleuré des nuits durant après avoir admis ce fait. 

Il s’approchait lentement, savourant le moment, dégainant une courte dague rouillée. Sa tristesse s’était alors muée en un sentiment d’injustice, de frustation, de haine brûlante, qui ne demandait qu’à jaillir même pour un court instant. 

Maintenant très proche d’Adélaïde, il commenta d’une voix qu’il cherchait à rendre la plus terrifiante possible : « Ne vous inquétez pas, Votre Seigneurie. Vos soldats viennent vous sauver. Il vous faut juste tenir encore quelques instants.

— Écoutez, vous n’avez pas besoin de faire ça, répondit la femme d’une voix tremblante.

— Je suis bien d’accord.

— Alors…

— J’en ai juste envie. »

Aeryn était maintenant juste en face d’Adélaïde. Celle-ci tremblait, acculée contre le mur, les mains dans le dos, le regard baissé. Pour la première fois depuis des années de campagne, Aeryn se sentit puissant. Euphorique, il pointa de sa lame la porte du cachot. 

— Ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas le seul qui vous tiendra compagnie… 

Ce fut tout ce qu’il réussit à dire avant qu’Adélaïde ne se jette sur lui et que les deux tombèrent au sol.

Le souffle coupé, l’esprit figé par la stupeur, Aeryn n’hésita qu’une seconde : ce fut bien assez pour qu’Adélaïde presse sur sa gorge un long poignard aiguisé.

Le tranchant du poignard entailla légèrement le coup du soldat demeura le plus immobile possible. 

— Lâche ton arme, ordonna l’humaine d’une voix froide.

Aeryn obéit.

 

 

— Le  voilà, mon Commandant. Il se dirigeait là où vous nous l’aviez indiqué. Il prétend qu’il s’était perdu.

— Vous pouvez le lâcher. 

Les deux soldats elfes se regardèrent, puis cessèrent d’agripper les bras d’Elarwin. D’un air superbement ennuyé, l’Inquisiteur éppousseta ses manches, fusillant du regard le général Elden qui se tenait à quelques mètres devant lui, imperturbable.

Autour d’eux une quinzaine d’archers se tenaient prêts, l’arme à la main, le regard inquiet. Ils toisaient tour à tour l’Inquisiteur, le Commandant, puis la vaste plaine qui s'étandait devant le rempart. La nuit tombait, et le bastion était constellé de torches. Il sembait être le seul foyer de lumière assiégé par la nuit boisée.

Un silence surnaturel s’abattit, uniquement dérangé par les chuchotements, les cliquetis d’armes et les bruits de pas de soldats provenant de la cour intérieure, de l’autre côté du rempart. Puis Elarwin cingla : 

— Qu’est-ce que cela signifie ? Vos soldats m’ont sommé de venir vous voir sans me laisser le choix. J’exige une explication.

— Vous allez vous battre avec nous. Nous avons besoin de tous les hommes disponibles.

— Je suis un Inquisiteur, pas un soldat.

— Vous êtes un Elfe. Défendre votre race n’est-elle pas une bien belle cause ?

— Vous ne saviez plus ce que vous dîtes. Croyez bien que le Conseil recevra mon rapport et…

— Cessez votre numéro de fonctionnaire bafoué, ça ne prend pas. Vous saviez pourquoi j’ai posté des soldats à cet endroit ?

Elarwin savait très bien. Des soldats avaient été postés devant sa chambre et devant l’escalier menant à la petite clairière de sortie. Elarwin les avait remarqués trop tard. 

C’était un test de loyauté. Soit il défendait le bastion soit de sa volonté propre, soit de force. Elden sourit, mais ses yeux étaient faits de métal :

— Vous savez ce que vous êtes ? Un traitre à votre race. Vous êtes plus inquiets de votre propre sort que ceux de tous les soldats ici. Vous me dégoutez, Inquisiteur. Vous étiez même prêt à abandonner votre chère humaine ! Je vous exécuterai sur-le-champ si…

— Ils arrivent ! 

 Le cri se propagea tout au long du rempart, couvrant tout le fort. Elden fit volte-face, puis se figea, regardant dans la même direction que tous les autres soldats.

Une constellation de lumière était apparue à une centaine de mètres du rempart, sortant de la forêt. Une myriade de torche allumées, dessinant une ligne lumineuse qui s’approchaient lentement du fort elfe. Un son de tremblement retentit : les bruits de pas d’un large groupe, les cliquetis de plusieurs armures, le roulement mécanique d’une machine destructrice.

L’armée était là, en nombre plus grand que n’aurait pu le définir Elden. Les soldats commencèrent à brandir leurs armes. Elarwin serra les poings, remarquant qu’on ne faisait plus attention à lui. Quelqu’un dans la cour hurla :

— Arrêtez ! 

Dans ce contexte, une simple voix de soldat n’aurait pu arrêter à elle seule toute la mécanique meurtrière qui se mettait en place. Sauf qu’il ne s’agissait pas d’une voix de soldat, mais celle, féminine, forte, autoritaire, d’une princesse. Elden et Elarwin ne purent l’ignorer.

Sur le seuil de la porte, à l’autre extrémité du rempart se tenaient un soldat Elfe en sueur, le regard paniqué, tout le corps immobile sous la terreur et le déshonneur. Un très mince filet de sang coulait de sa gorge, là où un poignard entaillait impitoyablement sa peau. Derrière lui se tenait la princesse Adélaïde. Vétue d’un uniforme elfe, couverte de sueur et de poussière, les cheveux en bataille, son regard perçant couvrit les soldats elfes qui remarquaient un à un sa présence, puis elle se tourna vers la ligne de soldats ennemis qui se rapprochaient de plus en plus. 

Il n’y avait plus de temps à perdre :  

— Écoutez-moi, vous avez encore une chance de vous en sortir ! Laissez-moi parlementer avec eux !

— Pour nous trahir, c’est ça ! hurla un des soldats.

— Tu vas nous vendre et les laisser nous massacrer !

— Silence ! » 

Aeryn laissa échapper un petit cri lorsqu’il sentit la lame s’appuyer sur sa gorge. Les soldats se turent, puis se tournèrent lentement vers le Commandant. 

Celui-ci se contenta alors de soupirer, puis se tourna vers Elarwin et lui chuchota :

— Vous la connaissez mieux que nous tous. Peut-elle vraiment discuter avec les terroristes ?

— Oui.

— Vous m’aviez pourtant dit qu’elle n’était pas la princesse.

— J’ai changé d’avis.

— Si on arrive à se sortir de ce merdier, Inquisiteur, je jure de vous tuer de mes propres mains.  

Elden se tourna alors vers Adélaïde et s’approcha lentement d’elle.

— Vous avez mon attention, princesse. Comment vous voulez-vous argumenter avec eux ?

— Donnez-moi un cheval et laissez-moi les rejoindre.

— Pour après les regarder tous nous massacrer ? Je ne crois pas, non.

— Envoyez-moi avec des soldats. Un couteau sous la gorge si cela vous arrange.

— Bien trop risqué. Avant tout cela, donnez-moi une preuve que vous êtes la Princesse. 

— Demandez-le à votre Inquisiteur…

— Je ne lui fais pas confiance.

— Moins que moi ?

— Vous avez cinq secondes. 

Le Commandant fit un signe à un soldat. Celui-ci bandit son arc vers Aeryn et Adélaïde. 

Aeryn lança vers Elden un regard suppliant. Adélaïde regarda le Commandant, puis Elarwin.

Celui-ci lui retourna un regard désespéré : il savait que le soldat allait tirer, peu importe s’il touchait Aeryn ou elle. 

Adélaïde hésita, regarda à l’autre bout du rempart. La ligne d’ennemis s’était encore rapprochée.

— Écoutez Commandant. Je vais vous dire quelque chose que je n’ai pas dit à Elarwin.

— À la bonne heure. Qu’est-ce donc ?

— Le plan d’attaque de ce soir. Un plan que ne devrait pas savoir une simple espionne.

Adélaïde finit sa phrase en lâchant Aeryn et le poussant à terre. Elle mit ses mains en l’air, le visage déterminé, fixé sur l’archer qui l’avait en joue.

Elden la jaugea d’un air impassible, et de longues secondes s’écoulèrent.

Le Commandant hocha lentement la tête, et le soldat à côté de lui débanda son arc. Adélaïde continua :  

— Cela ne vous a pas échappé : les résistants sont bien plus nombreux que vous. Pourquoi prendre la peine d’attaque la nuit ainsi sans chercher à se dissimuler ? Pouquoi avoir attaqué quelques jours plus tôt, vous alertant de leur présence ? C'est une diversion et un piège. Nous seulement le grand nombre de torches vous font croire qu’ils sont plus nombreux qu’ils le sont en réalité, mais en plus une deuxième unité plus petite vous attaquera à revers, là où vos défenses sont les moins concentrées.

— N’importe qui avec un minimum d’expérience militaire aurait pu le déduire.

— C’est aussi pour cela qu’ils ont précédemment tiré au canon. Je sais quelle pièce d’artillerie ils utilisent. C’est un nouveau modèle qui était encore en construction avant que je me rende. Non seulement cela a servi à la tester mais également à vous terrifier, à vous faire redouter l’attaque et à concentrer toutes vos forces là où vous verrez le gros des forces ennemies apparaitre. Le canon est redoutable, mais ils n’ont que très peu de munitions. Ils essaieront de vous battre avec un seul tir, voir aucun. Il ne fait aucun doute qu’ils enverront un émissaire pour vous sommer de vous rendre. Si vous refusez, ils tiront un coup à l’endroit où vous êtes le moins préparé, et vous poseront un ultimatum. Ils prétenderont avoir une grande réserve de munitions. J’étais là lorsque nous avions envisagé cette stratégie.

— Aviez-vous des preuves de vos dires ?

— Un messager devrait bientôt arriver.

Ils se tournèrent tous à l’unisson et regardèrent au-delà des remparts. La ligne ennemie s’était arrêtée à une cinquantaine de mètres. 

Un silence passa, mortel, immobile. Adélaïde continua de fixer les Résistants, déterminée. Elden lâcha alors un long soupir. Le soldat visa Adélaïde de son arc, le bandant à nouveau.

Tous remarquèrent alors qu’une petite flamme se sépara de la longue armée humaine et se rapprocha rapidement du rempart. Arrivée à une dizaine de mètre du rempart, tous constatèrent qu’il s’agissait d’un cheval galopant à toute vitesse et monté par un chevalier en armure.

Celui-ci finit par s’arrêter à quelques mètres des remparts, et tonna : « Elfes ! Je suis le chevalier Miland, au service direct de sa majesté Adélaïde Arris, héritière légitime du Royaume de Melcénie ! Vous êtes dépassés en nombre, en arme, en force ! Rendez-vous, et aucun mal ne vous sera fait ! »

 

 

Ses mots s’apesantirent sur l’esprit des soldats. Certains paniquèrent silencieusement, d’autres chuchotèrent avec véhémence, quelqu’un hésitèrent à tirer directement sur l’émissaire. 

Elden dissipa l’agitation d’un simple regard glacé et impérial. Il rejoignit alors le bord du rempart, jaugeant le chevalier Miland qui attendait en silence.

Elarwin rejoignit rapidement le Commandant :

— La princesse a dit la vérité. Rendons-nous Commandant. Nous n’avons plus le choix.

— Dîtes-moi encore une fois ce que je dois faire et je vous arrache la langue.

— Je vous en prie, nous sommes dans le même camp. Nous avions une chance de nous en sortir vivant et vous le savez. 

Elden darda sur l’Inquisiteur un regard étrange, perdu entre la lassitude, l’amusement et la rage. Il lui chuchota d’une voix doucereuse : « Vous ne comprenez pas ? »

Sans lui laisser le temps de répondre, Elden se tourna vers le chevalier Miland et héla :

— Que voulez-vous de nous, humain ?

— Ouvrez vos portes ! Que tous vos soldats lâchent leurs armes et sortent un à un. 

— Est-ce tout ?

— Oui.

— Et quelles sont vos preuves que vous ne nous massacrerez pas tous ?

— Je le jure sur mon honneur de chevalier. De plus, vous savez aussi bien que moi vous n’avez aucun espoir de survie si vous acceptez le combat !

Elarwin s’attendit à voir le Commandant soupirer, ou s’enrager, ou demeurer impassible. Ce fut pire : le visage d’Elden se traversa d’un sourire carnassier. A-t-il un plan ? Le chevalier a-t-il dit quelque chose d’étrange ? 

Le Commandant se tourna vers Adélaïde : « Je vous en prie : vous avez tout le loisir de parlementer avec votre chevalier. Prenez tout votre temps. »

Adélaïde s’approcha lentement, interdite, le regard perdu. Aucun soldat Elfe n’essaya de l’arrêter. Elarwin regarda tour à tour la princesse puis le Commandant qui ne cessait de sourire. L’Inquisiteur réfléchit.

Et il comprit. 

Le chevalier Miland n’a jamais mentionné la princesse.

Adélaïde ne remarqua pas le regard affolé d’Elarwin alors qu’elle rejoignit le bord du rempart, penchée pour regarder le chevalier Miland. Elle se racla la gorge puis héla d’une voix autoritaire :

— Chevalier Miland ! Je suis la Princesse Adélaïde Arris. Je vous assure que les soldats Elfes se rendront comme vous le demandez. En échange, je vous ordonne que vous les épargnez comme vous l’avez assuré.

— Je ne sais pas à quel jeu vous jouez, hurla Miland en retour, mais vous me faîtes perdre mon temps ! La princesse Adélaïde commande la Résistance à plusieurs kilomètres d’ici !

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Zosma
Posté le 29/03/2021
Bonjour !

Alors déjà, je trouve ton histoire très intéressante (j'en suis déjà au chapitre 6 quand même !), ton écriture est fluide, ça se lit bien, et tes personnages sont intrigants, avec du caractère.
Ce qui m'a attiré au début c'est le côté huis-clos mais on l'abandonne finalement assez vite (peut-être un peu trop vite et pas assez poussé à mon goût mais bon :p). J'ai donc hâte de voir comment et vers quoi tout ça va évoluer ! Surtout avec cette fin de chapitre où j'étais "oh oh oh, qu'est-ce que, hein, quoi ??? Est-ce que ça fait partie du plan ? Pourquoi il y a deux princesses ?" Bref x)
J'aime aussi tes dialogues dans le sens où à chaque fois ce sont deux personnages qui se confrontent (comme Adelaide et Elarwin ou Elarwin et Elden), après ils sont parfois peut-être un peu trop explicatifs mais c'est pas si choquant. Le climat de guerre est super bien géré aussi, on se représente bien les choses !
Ah oui, il y a aussi deux-trois coquilles qui trainent par-ci par-là mais c'est comme ça, ça arrive. Par exemple "Les Le bastion allait probablement encore tenir..." dans la partie avec le soldat Aeryn. Et un peu après tu as mis idéalisté au lieu d'idéaliste. Voilà, si ça peut t'aider :)
En tout cas, continue comme ça, je vais de ce pas lire la suite !
Le Saltimbanque
Posté le 29/03/2021
Wouah, merci beaucoup pour ce super commentaire !

Je suis très content que les personnages te plaisent. Et oui, tous les dialogues sont pratiquement des duels avec des mots à la place d'épées. Tous les enjeux en découlent, avec pour inconvénient négatif beeeeeeaucoup de "je t'explique la situation, installe-toi bien".

L'enjeu de toute cette nouvelle était d'essayer d'écrire deux contradictions : faire de la fantasy épique en huis-clos et rendre des dialogues explicatifs excitants.

Le huis-clos a rapidement montré ses limites malheureusement... Je n'ai pas trouvé le moyen de continuer l'histoire en restant dans ce cachot !
J'avoue que je suis surpris : je pensais vraiment que la partie huis-clos allait rebuter tous les lecteurs. Je pensais que j'étais le seul à aimer cela.

J'espère que la suite te plaira !
Zosma
Posté le 30/03/2021
Ah oui, ce côté contradiction je l'avais pas vu mais maintenant que tu le dis ! Un vrai défi et pour le coup tu t'en es bien sorti

Pour le huis-clos je suis d'accord, c'est assez piégeux à écrire et on à vite peur de tourner en rond et d'ennuyer le lecteur. Mais bien maitrisé ça peut être très bon ! J'ai pas l'impression que ce soit vraiment quelque chose qui rebute (mais peut-être que je me trompe) et justement, c'est ce qui rend ton histoire originale.
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