Vérité

Augustin, assis dans l’un de nos salons, sourit. Garance, assise à sa droite, remue son café. Seul le bruit de sa vaisselle perturbe le silence. Elle savoure l’effet que l’annonce du Duc a sur moi.

 

Le Duc, installé sur un fauteuil en soie, un livre à la main affiche une expression neutre, malgré sa décision aberrante. Je respire, garde mon calme. Ces gens n’ont aucune pitié, à m’attaquer, comme ça, avec leur stupidité, dès le matin. 

Mais j’aurais dû m’en douter, lorsque le Duc me convoque, ce n’est jamais sans arrière-pensée. 

 

Mon regard bascule d’Augustin à la peste. 

 

Tout cela ressemble d’ailleurs à une blague de mauvais goût. Il y a quelques jours encore, Augustin professait son amour immortel pour Garance et ce matin qu’entends-je ? L’annulation de leurs fiançailles au profit des miennes et celle Augustin ? Non, non, je n’oserais pas briser leur rêve ! 

 

— Tu sais Roselynd, me répond la Garance, le désir se tarit lui aussi. Et entre nous il ne subsiste qu’une certaine forme de tendresse, rien de plus.

 

Si la peste est dans le coup, c’est mauvais. 

 

— Tant bien même, Garance. N’est-il pas étrange de changer de future épouse de manière si abrupte ? Pour revenir à sa première fiancée qui plus est.

 

— N’y voyez rien de curieux ma fille, intervient le Duc. J’ai moi-même eu cinq fiançailles avec seulement trois femmes différentes. Vous devez apprendre que ce qui nous semblait absurde hier peut nous être indispensable aujourd’hui. 

 

Monsieur le Duc de Harriott, vous n’êtes pas un exemple. 

 

— Mais il ne s’agissait jamais de sœurs. Je crains que cette situation n’attire que le ridicule sur la maison d’Harriott. 

 

Il me jette au visage un rire forcé, je dévisage le père de Roselynd avant de continuer :

 

— Je vais devoir refuser, même si la demande vient de vous.

 

Le Duc reste silencieux quelques secondes, Garance cache son sourire derrière une main, elle semble presque choquée, mais les yeux de Créa, qui se plissent dans une expression moqueuse, la trahissent. Raeka jusqu’alors étendu au pied de son mage se lève d’un bon souple pour me fixer. Kadara intercepte son regard, l’air se gorge d’azote, s’alourdit comme avant l’orage.

 

— Vous refusez ? 

 

Il détache chacune de ses syllabes, comme s’il avait du mal à en saisir le sens. 

 

— Je suis une adulte, c’est mon droit.

 

Je tente de m’exprimer d’une voix calme, mais malgré moi, elle se saisit d’un tremblement sur les dernières syllabes. Pourquoi ressens-je un tel besoin de m’expliquer ? 

 

— Oh, bien sûr que vous êtes adulte. Aussi vais-je vous parler, non pas comme ma fille, mais comme un mage de l’empire. Êtes-vous prête à me contrarier ? Surtout, êtes-vous capable d’en assumer les conséquences ?

 

Malgré son ton d’un calme olympien, sa réplique ne laisse planer aucun doute sur la menace qu’elle porte. Suis-je prête à abandonner le nom de Harriott ? Mon statut d’héritière ? Ma solde de cadet me permettrait de louer un logement dans les quartiers populaires, à moins que je choisisse de m’installer dans les dortoirs de l’ordre. Et même je ne compte pas finir mes jours au sein de cette famille, peut-être je ne crois pas qu’il soit le bon moment pour la quitter. Le Duc est un mastodonte, si je ne suis plus sa fille, aussi douée que je sois, devenir l’ennemie d’un homme si puissant conduirait ma carrière et ma réputation dans une sorte de cul-de-sac. Dois-je donc me résoudre à obéir à l’ordre du père de Roselynd ? Rien que l’idée d’être fiancée à un type pareil irise mon poil, celui de Kadara et même les ombres s’agitent dans un coin de mon esprit. Si je le déteste ? Je n’irai pas jusque là, mais je le méprise. Peut-être dois-je accepter cette proposition le temps de trouver une autre issue ? 

 

Ne t’abaisse pas à ça. 

 

Si ce type meurt, tu n’auras pas à l’épouser !

 

Et puis je refuse de laisser croire au Duc que je le crains d’une façon ou d’une autre. Je dois trouver une solution différente, qui me permettrait d’obtenir ce que je souhaite, sans rien concéder, mais quoi ? 

 

— Cette union n’apporterait rien à nos maisons. Et je préférais en épouser un autre. 

 

Je peine à articuler ces quelques mots. J’ignore s’ils sont les meilleurs, mais ils ont pour mérite de provoquer une réaction. Face à moi, les visages rougissent, les sourcils se froncent. Une réponse unanime et exploitable.

 

— Si vous pensez à Lord Glenn, vous pouvez oublier mon enfant. Je ne serais pas étonné qu’il annonce ses fiançailles dans les jours prochains. 

 

La réplique du Duc coupe mon momentum. Il cite un alibi séduisant, mais pour convaincre les Harriott et Augustin, j’ai besoin de quelqu’un de plus accessible.

 

— Lord Glenn n’est pas le seul homme de l’empire. 

 

Ma remarque laisse mes interlocuteurs silencieux. Je le deviens moi aussi.   Prendre la parole maintenant serait une erreur. Garance ouvre la bouche, mais d’un geste son père l’arrête. Il parle alors, lentement comme si ses mots pouvaient le blesser. 

 

— Et cet autre homme de l’Empire, à quelle famille appartient-il ? 

 

Je n’ai pas d’amis, quelques fréquentations et peu d’hommes parmi elles. Un nom. Il me faut un nom, n’importe lequel, ça n’a pas de réelle importance. 

 

— Dois-je vous répondre ? Votre décision me semble bien arrêtée. 

 

Le Duc sourit, serein, se tourne vers Augustin, dont le visage blanchit à vue d’œil. Le père de Roselynd ignore la supplique dans le regard du jeune mage et les yeux ferrés dans les miens, me réplique :

 

— L’union entre la maison de Sebour et celle de Harriott a été déterminée avant même votre naissance. Il m’est impératif de savoir qui vous fait aller à l’encontre de la volonté de deux duchesses. 

 

Si le ton de la formulation paraît charmant au premier abord, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une invitation des plus aimables. Le regard intense de Raeka me le confirme. 

 

Je me réfugie encore dans le silence, mais je ne pourrais pas utiliser cette astuce indéfiniment. Fuir ? Non, la solution me semble éphémère. 

 

— À quelle famille appartient-il ?

 

Bien que la phrase soit tournée comme une question, elle ne laisse en réalité aucune place à une autre forme qu’une réponse.

 

— De Berruce. 

 

Garance se lève d’un bon, la rage déforme ses lèvres et ses poings manquent de briser la table à côté d’elle.

 

— Laisse Elio en dehors de ça ! 

 

J’ignore si j’ai utilisé le meilleur nom ou le pire. Bien entendu, je ne pensais pas à ce fameux Elio, mais à son frère, Raphaël. Ce mage existe trop loin de moi, le désigner ne me serait pas venu à l’esprit naturellement. Je souris. Peut-être que la peste prend cela comme une provocation puisqu’elle avance d’un pas menaçant. Le Duc s’exprime, s’il s’adresse à moi, c’est Garance à la réaction la plus forte. Elle se fige, glacée, effrayée par un danger que je ne perçois pas. 

 

— Vous parlez de Lord Raphaël. 

 

À la remarque du Duc, Garance se détend visiblement avant de se perdre dans un rire moqueur. 

 

— Lord Raphaël ? Elio me raconte qu’il passe ses nuits à pleurer, c’est un faible. 

 

Son jugement tombe comme la lame d’une guillotine, sans pitié, mais aussi erronée. 

 

— Tu te trompes.  

 

Je ne ressens pas le besoin d’élaborer, ils ne me croiraient pas. Le père de Roselynd croise le regard d’Augustin, il sourit de son appréhension.

 

Je me lève.

 

— Si vous voulez bien m’excuser, je dois me rendre à la tour rouge. 

 

Je ne fuis pas. Les minutes passent et l’heure de ma prise de poste avance.
 

— Loin de moi l’idée de vous retenir, s’amuse le Duc.  

 

Si la moquerie ne m’échappe pas, je préfère l’ignorer. Je m’incline sans un mot de plus, avant de quitter la pièce. 

 

J’arrive à la tour rouge avec quelques minutes de retard. J’avance d’un pas rapide vers les étages. Si seulement le père de Roselynd ne s’était pas amusé à perdre mon temps avec ses non-sens ! Dans mon ascension, je croise la générale Lux Gamar, en pleine discussion avec le commandeur, qui pour une raison que j’ignore, à oublier de revêtir son uniforme du Lys. Je crois qu’elle me remarque avant moi, puisqu’elle vient à ma rencontre, me salue sans noter mon retard. D’un geste de la main, elle m’invite à la précéder au bureau du commandeur, où elle me rejoindra plus tard. 

 

Derrière elle, Lord Glenn me tourne déjà le dos et s’éloigne.

 

Soit. 

 

Alors que je m’apprête à toquer à la porte du commandeur, je retiens mon geste. Lord Glenn et Lady Alexandra absents, la pièce doit être vide. 

Une erreur, je m’en rends compte qu’une fois celle-ci ouverte. 

Lady Lise si trouve. 

 

Elle ne m’a pas vue, pas encore. Elle est accroupie devant l’un des canapés, les yeux perdus sur Lord Glenn qui y dort profondément. 

Je ne comprends pas, que fait-il ici ? Il accompagnait Lady Alexandra, je l’ai vu. De mes yeux. Pourquoi passe-t-elle ses doigts dans les cheveux de l’endormi, avec une telle béatitude. Non, je comprends pourquoi. Je devrais fermer la porte du bureau, toquer, attendre. Ouvrir. Et surtout ignorer cette scène. Je recule, percute Kadara qui se tient à quelque pas derrière moi. Malgré ma maladresse, j’ai encore le temps de…

deux orbes bleus me fixent. Puis quatre. Les yeux de Nasha d’abord, depuis la table basse sur laquelle il s’est allongé. Puis ceux de Lady Lise, d’abord éclaircis par la surprise, puis assombris par la colère. Elle se lève, d’un bon, saisit le bâton posé à ses pieds. Fonce vers moi. Elle va m’attaquer. Corps à corps ? Non. Elle se contente de me bousculer pour sortir de la pièce. 

 

Peut-être ai-je fait une erreur ? En tout cas, je me retrouve dans une situation quelque peu gênante, sûrement haïe par une personne qui ne m’apprécie déjà pas. 

Kadara entre la première et s’installe au pied d’un canapé, s’allonge et ferme les yeux. J’hésite à la suivre, quelque chose, un malaise, le sentiment d’être épiée et une obscurité antinaturelle me clouent les pieds. Je force un pas en avant, puis un autre. Je devine d’où vient mon mal-être. Tout semble éteint, les lumières des vitraux ont perdu leur magie et les plumes qu’ils invoquent. 

 

On devrait ressortir, Kadara.

 

La louve ne s’est pas assoupie, mais préfère m’ignorer. Elle ne comprend pas ma logique. La porte est déjà ouverte, on lui a demandé d’attendre ici, elle accepte la validité de l’ordre, puis s’exécute. J’avance encore de quelques foulées. Lord Glenn dort à poing fermé. Je suis certaine de l’avoir vu dans le couloir… Un frère ? J’ignore tout de ses origines. Mais s’il s’agissait d’un frère en visite, pourquoi venir le voir directement ? Je rends les armes et enjambe les quelques pas qui rejoint le fauteuil auprès duquel la louve est déjà allongée. Dans sa précipitation, Lady Lise a laissé son chapeau. Je crois ne l’avoir jamais vue sans son couvre-chef. Sa figure s’avère aussi banale que je l’imaginais. Mais je comprends pourquoi elle cache son visage. Ses yeux ne sont que franchise, ils révèlent ses émotions, plus que mille mots le pourraient. Et lui, regardez-le dormir ! Se doute-t-il qu’une de ses subordonnées l’aime ? Je laisse échapper un soupir. Que faire de cette information ? Kadara ignore mes questions. 

 

— Qu’avez-vous fait de Lady Lise ? me demande la voix fatiguée du commandeur. 

 

Que répondre ? 

 

— Elle s’est absentée.

 

Je ne mens pas, et si je le fais, ce n’est qu’un pieux mensonge.

 

— Voilà qui ne lui ressemble pas.

 

Il se redresse, s’étire. Cherche sa paire de chaussures avant de l’enfiler. Ses yeux s’arrêtent sur le chapeau de son lieutenant, ils s’y perdent quelques instants, puis se tournes vers moi.

 

— Que faites-vous là ? 

 

Je lui parle de ma rencontre avec Lady Alexandra, puis hésite. Dois-je demander des précisions sur son double ? Mais déjà il ne m’écoute plus, il se lève, ramasse au passage la veste de son uniforme qui traîne au sol. Il la jette sur son bureau pour se diriger vers une carafe, remplie d’un liquide ambré, un sirupeux, pour en servir deux verres avec des glaçons. Il en dépose un devant moi, avant de retourner à sa place. 

Il y plonge les lèvres. De l’alcool, dès le réveil ? Vraiment ? Je récupère le breuvage, la porte à mes narines. L’odeur me pique le nez. Une gorgée et c’est ma langue qui prend feu. 

 

— Mon Dieu ! Comment pouvez-vous boire ça dès le matin ! 

 

Il repose son verre.

 

— « Mon Dieu » ? répète-t-il.

 

Je me mords à l’intérieur des lèvres. Si le concept de « dieux » n’est pas inconnu aux impériaux personne en ses terres ne les invoque, on préfère jurer avec le nom de l’Empereur fou. D’autres cultes que celui d’Elo existent, mais nous vivons sous l’égide d’un théocrate. Le regard du commandeur s’agrandit et un sourire craquelle son visage. Il ressemble à un chat, prêt à jouer avec sa proie. 

 

— J’ignorais que l’héritière de la maison de Harriott était déiste. 

 

— Je ne crois en aucun Dieu, je réponds. 

 

Il avale une nouvelle gorgée de son tord-boyaux, mais ne me quitte pas des yeux. Je me laisse tomber sur mon dossier. Lui, pose son verre, reste silencieux. Je ne prendrais pas la parole. Kadara se lève pour s’asseoir, elle descend un regard froid sur le Commandeur. Lui, peu impressionné par la louve, reprend sa boisson et ouvre la bouche :

 

— Bien entendu. Sinon, pourquoi certains d’entre eux veulent vous tuer. 

 

Me tuer ? Des « déistes » ? Je ne…

 

— Des déistes ? Je pensais qu’on les nommait « braconniers ». 

 

Il hausse un sourcil, rit et continue :

 

— Ils sont les mêmes. Qui d’autre se hasarderait à défier la loi d’Êlo ?

 

Cela me semble en effet être une explication plausible. Mais je hausse les épaules et poursuis :

 

— Cela aurait pu être n’importe qui. Quels sont les ordres du jour ? 

 

— Vous vous trompez Lady Roselynd. 

 

Il pousse son verre loin de lui, je voulais simplement changer de sujet et il refuse de se laisser prendre. À la place, il continue sur sa lancée :


 

— Tout porte à croire que ces braconniers vous visaient, vous semblez avoir un lieu religieux avec eux. De là, à imaginer que tout est lié, il n’y a qu’un pas. 

 

— Peut-être… je réponds avec prudence.

 

— J’y pense. Vous aussi, étiez prête à contrevenir à une subjugation. 

 

Je me redresse, mes doigts s’enfoncent dans la mousse du fauteuil, il n’oserait pas…

 

— Si nous rattachons toutes ses informations…

 

—  Absurde ! 

 

Je me suis levée d’un bon et ma voix s’est enrouée malgré elle. Kadara agitée par mes émotions s’est avancée pour se placer sur ma gauche, presque collée à moi. 

 

— Bien sûr, reprends le commandeur alors que ses doigts parcourent ses lèvres, mais l’on pourrait se faire de bien mauvaises idées. 

 

— Je ne crains rien, fais-je en me rasseyant, on se rendra rapidement compte qu’il n’existe aucune vraie preuve pour appuyer votre théorie.

 

— Sont-elles nécessaires ? 

 

Le tribunal populaire n’en a jamais besoin. Je tourne mon regard vers Lord Glenn, qui espère une explication avec une patience inattendue.

 

— Est-ce un chantage ? 

 

Il refuse de répondre. 

 

— Que voulez-vous de moi ?

 

— Je ne souhaite rien venant de Roselynd de Harriott. De vous par contre…

 

— Oh, vous êtes prêt à mentir pour que je confirme votre fantaisie ?

 

— Mentir ? Moi ? Ou cela.

 

Quel étrange sens moral. Si son but était de me faire avouer grâce au chantage, il aurait pu inventer les pires crimes, n’importe quoi, qui auraient remis en doute la parole d’un commandeur ? Mais il a préféré attendre que de toutes petites choses s’alignent…

 

Vouloir empoisonner sa sœur ? Petite ?

 

Elle n’est pas ma sœur. Et puisqu’elle n’a pas été empoisonnée...

 

Bien sûr…

 

Qu’importe. Mettons-nous d’accord : Lord Glenn à une ligne de conduite assez particulière.

 

 

— Je vous préférais hier soir.

 

Ma réplique, amère, à au moins le don de le faire sourire. Choix. Ultimatum. Que faire. Mes solutions sont nombreuses, mais chacune d’elles me fait perdre quelque chose. 

Je pourrais rester assise ici. Continuer de nier. Et demain, Roselynd de Harriott deviendra une ennemie du culte. Noble, commerçants, roturier… Peu souhaiteront encore s’adresser à moi. 

Je pourrais rester ici et avouer. Dans ce cas… quoi ? Je transformerais en bête de foire ? Serais-je exécutée ?

Je pourrais me lever, partir, ne rien dire. Je perdrais alors mon seul appui financier en dehors de la maison de Harriott et je serais prisonnière du Duc. Ensuite ? Si je refuse d’épouser Augustin, je deviendrais l’ennemie d’un homme tout puissant. Une peine plus lourde que la mort. Mais si je me marie, cela ne reviendrait-il pas à me soumettre au père de Roselynd ? 

De toutes ces propositions, j’élimine la première. Se relever d’un tel stigmate me semble impossible. Le Duc et le Commandeur ont tous les deux une arme pointée vers moi, je ne peux qu’en surveiller qu’un seul, la question est de savoir à qui je tourne le dos. 

 

 — Oh, vous pensez que je suis une impostrice ? Et qu’aurais-je fait de la vraie Roselynd.

 

— Elle est toujours là, répond-il avec un doigt vers moi. 

 

Il en sait beaucoup trop. Il ne peut pas être tombé si près de la réalité par hasard. Je me lève, me dirige vers la sortie, m’arrête. Je devrais remettre ma démission. 

 

Kadara reste immobile. 

 

Tu devrais lui dire la vérité. 

 

Ou épouser l’Augustin et le tuer pendant son sommeil, le Duc serait si fier de toi ! 

 

 « la question est de savoir à qui je tourne le dos. » 

 

Le Duc me poignarderait sans hésiter. Lord Glenn, peut-être pas. Je me retourne, m’incline dans une parodie de révérence. 

 

— Bien, entre ma réputation et votre vérité, je préfère la seconde. 

 

Il secoue la tête, d’un geste de négation.

 

— Ce ne sont pas des aveux. 

 

Kadara se tourne vers moi, ses pensées s’éloignent et je perçois qu’un bourdonnement qui fait légèrement trembler la salle. Une menace ? Non, le commandeur en semble tout aussi étonné, les oreilles de Kadara remuent, mais loin d’être agitée, je ne ressens chez elle qu’un calme chaleureux.

 

— Comment avez-vous compris ?  

 

La voix de Kadara interrompt les vibrations et laisse un moment de silence. Kadara, pourquoi ? Reste muette, mais je sens une confiance absolue dans ses actions. 

 

Passer la surprise, il répond :

 

— On m’a… guidé 


 

Une autre personne connait mon secret ? Ou s’en doute ? Qui ? Quelqu’un qui connaitrait suffisamment Roselynd ? 

 

— Qui vous a…

 

— Qu’êtes-vous ? me coupe le commandeur. 

 

— Cessez de parler de moi comme cela. 

 

— « Comme cela » ? répète-t-il

 

— Comme si j’étais une chose ! 

 

Il ouvre la bouche, prépare une réponse, mais la retient. Je reste debout, figé. J’attends une réaction, n’importe laquelle, mais aucune ne vient. Kadara se réinstalle au pied d’un fauteuil, s’allonge. 

La porte du bureau s’ouvre derrière moi, Lady Alexandra y apparaît, d’abord, suivie de près par Lady Lise, la tête nue. La Générale s’immobilise, la bouche pleine de questions, mais qu’elle avale. Lady Lise, elle ignore toute la tension de la pièce, pour se diriger d’un pas décidé vers son chapeau qu’elle vise sur sa tête.  

 

— D’ailleurs, finis par dire Lady Alexandra, félicitations pour vos fiançailles Lady Roselynd.

 

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Zlaw
Posté le 19/10/2022
Hello Pandasama !


Je commence par un point de détail absolu, mais j'ai vraiment bien aimé la tournure sur l'irisation du poil, parallèle pyrotechnicien au hérissement du poil chez le commun des mortels. J'ai pensé que c'était une petite erreur d'homophonie à la première lecture, mais en fait non, c'est un trait de pur génie. =D

Sinon, c'est une chapitre fort en tension que tu nous livres là ! Si j'étais dans un siège pour lire, j'aurais été au bord tellement j'étais stressée. Entre l'échange avec le Duc, puis celui avec le Commandeur, c'est presque trop de stress pour mes coronaires fragiles. Tu sais faire monter la pression !

L'idée de mariage convenu me dégoûte déjà de principe. Et encore plus avec l'ombre de cette punaise de Garance derrière, et avec cette mauviette d'Augustin pour encore bien aggraver la situation. Erk. Je ne sais pas si c'est réglé, mais j'espère bien. Pauvre Roselynd ! Est-ce que Raphaël va jouer le jeu ? Est-ce que ce sont des fiançailles de Roselynd avec lui dont Lady Alexandra parle à la fin, ou bien de ses fiançailles avec Augustin, le Duc de Harriot ayant finalement complètement ignoré sa volonté ? C'est terrible et affreux et j'attends le verdict avec impatience ! Ah, dans une société où les femmes peuvent pourtant être tout autant capables de magie que les hommes, on se demande pourquoi il y a quand même des archaïsmes de ce type. (Ça colle à l'ambiance, hein, là je me révolte de manière purement subjective. Côté narration, rien à redire de ma part. ^^)

Quant au commandeur... Je ne vais pas le cacher, je n'y comprends pas grand chose. Cette histoire de doubles m'a désorientée. Un dans le couloir et l'autre dans le bureau, endormi et qui boit de l'alcool dès le réveil ? Est-ce que ça expliquerait son comportement sans cesse changeant avec Roselynd ? Est-ce réellement juste une histoire de jumeaux ? Ou bien est-ce qu'il y a un lien avec sa créature, celle qui rend fou ? Est-ce que ça pourrait être une créature miroir, qui prend la forme de son subjugateur ? Ça pourrait éventuellement expliquer que personne ne l'ait jamais "vue". Mais est-ce qu'on ne repèrerait pas que le double est une créature ? J'ai hâte d'avoir des réponses !

On a confirmation de la réaction de Lady Lise le jour du bal, ça c'est plutôt clair, mais curieusement, le Glenn dormeur paraît au courant, ce qui est contraire à la question que se pose Roselynd. Sans sembler embarrassé, il paraît clairement savoir qu'elle était là à son chevet. Dormait-il réellement ? Ça semble quand même particulièrement audacieux de la part de la mage d'aller lui caresser les cheveux pendant qu'il dort. Certes, en général les gens frappent avant d'entrer, mais c'est aussi surtout qu'il pourrait se réveiller. Et pourtant, elle donne quand même l'impression de faire ça en douce, à son insu. Bizarre. Je me demande où ce fil rouge va mener.

Aussi, une présence se manifeste pendant l'interrogatoire de Roselynd, mais on n'en sait pas plus (ou alors je manque de perspicacité, possible aussi). Kadara semble approuver, en tous cas. On a aussi un doute sur la façon dont le commandeur a su pour sa situation. Est-ce que ces deux détails sont liés ? D'un côté je serais presque contente que Roselynd lui fasse confiance (il est un peu temps qu'elle ait des alliés, je n'ai de cesse de le répéter ^^), de l'autre elle me donne la pétoche avec toutes les potentielles retombées terribles de se voir démasquée. Double tranchant. Et puis on ne sait pas si c'est réellement le commandeur ou pas, ou quel commandeur c'est s'il y en a plusieurs. J'ai vraiment été déboussolée, en fait, j'espère que c'était l'idée sur cette scène. ><

Ah, et j'ai bien aimé le petit lapsus du "Mon Dieu", aussi. C'était très bien joué. Mon frère m'a raconté une fois que les agents infiltrés ne se font avoir que lors d'une douleur extrême, qui les ramène à leur langue maternelle. Je suppose qu'un alcool fort dès le matin a un effet similaire.


Voilà, encore un commentaire un peu en vrac de ma part, mais toujours un très bon moment pour moi de voir apparaître les Lumières d'Êlo dans mon fil d'actualités, et d'ensuite me plonger dans un nouveau chapitre. Merci à toi !
À bientôt ! =)


Petit ramassage de coquillages :
- "des miennes et celle Augustin" -> "celles d'Augustin" (les fiançailles)
- "Et même je ne compte pas finir mes jours au sein de cette famille, peut-être je ne crois pas qu’il soit le bon moment pour la quitter." -> Il y a quelque chose qui est bancal dans cette phrase. Il manque peut-être un "si" et un "que" ?
- "Lady Lise si trouve. " -> "s'y"
- "ils s’y perdent quelques instants, puis se tournes vers moi." -> "se tournent"
- "Sinon, pourquoi certains d’entre eux veulent vous tuer. " -> "voudraient"
- "avoir un lieu religieux avec eux" -> "un lien"
- "Je transformerais en bête de foire ?" -> "Je me transformerais"
- "je ne peux qu’en surveiller qu’un seul" -> "je ne peux en surveiller qu'un seul"
- "Je reste debout, figé." -> "figée"
- "son chapeau qu’elle vise sur sa tête" -> "visse"
- "D’ailleurs, finis par dire Lady Alexandra" -> "finit"
Pandasama
Posté le 19/10/2022
Salut Zlaw !

C’est toujours un plaisir de lire tes commentaires ! Comme ils sont toujours très complets, ça me permet de savoir ce que j’ai réussi à transmettre ou pas et je dois dire, comme pour des trucs importants, tu tombes souvent pas trop loin de la réalité, ça flatte mon égo. Alors du coup, j’aime bien !

Après pour les fiançailles... oui, l’empire à des côtés très archaïques, surtout dans ce genre de sujets ! Frustrant n’est-ce pas ?

Comme toujours, merci de ta lecture, en espérant que la suite te plaira !

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