V/ Un poignard et le silence

— Veuillez m’excuser, Inquisiteur, de ne pas avoir pu converser avec vous plus tôt. Les circonstances obligeaient mon attention constante.

— Ce n’est rien.

Elden et Elarwin étaient assis face-à-face, séparés d’un bureau sommaire, assis sur des chaies en bois ordinaires au milieu d’une pièce assez triviale. Si Elden avait été absent Elarwin n’aurait jamais deviné que cette pièce était le bureau d’un commandant elfe.

Elden lisait rapidement les notes de l’interrogatoire d’Adélaïde. Il était d’un sérieux qui surprenait Elarwin. On pouvait le comprendre, tant la nuit passée avait été compliquée. Un des murs du bastion avait été percuté par un tir de canon ennemi. Toute la structure déjà miteuse avait été fragilisée. Un deuxième tir d’une égale précision a achevé de former une large brèche dans le rempart, laissant tout un flanc à découvert.

La réplique des Elfes avait été rapide. Elden avait organisé une première ligne de fantassin pour défendre la brèche, avec une deuxième ligne d’archers les soutenant depuis le haut du rempart. Tout les soldats restant avaient travaillé toute la nuit durant pour reboucher l’ouverture.

Les ennemis, eux, n’avaient tenté aucune autre attaque. La nuit les avait avalés, eux et leur puissance destructrice, aussi rapidement qu’ils étaient apparus. 

Elden avait ordonné une surveillance rigoureuse aux alentours du bastion. Il avait rarefié les patrouilles, ne voulant pas disperser ses forces dans une région hostile face à un ennemi invisible. Malgré tout un groupe d’Elfes dissidents s’étaient réunis à son insu et étaient partis dans la forêt, là d’où provenait le tir d’artillerie. Ils étaient une vingtaine, dont les meilleurs soldats du bastion parmi eux. Ils ne sont pas revenus.

Elden soupira.

— Nos effectifs se composent encore de quarante-cinq soldats, dont douze qui sont trop jeunes ou trop vieux pour se battre efficacement. La brèche a été rebouchée, mais si les ennemis peuvent encore employer la même puissance de feu…

— Pourquoi ce genre d’attaque d’après vous ?

— Nos ennemis ne peuvent être que les terroristes humains melcéniens. Ainsi je ne vois que trois options, répondit laconiquement Elden. D’une, ils voulaient nous pousser à lancer plusieurs patrouilles et nous assaillir un par un. La disparition des imbéciles supporte cette théorie.

Elden pointa du doigt les notes des interrogatoires.

— De deux, je pense que cette attaque était un plan monté à l’improviste. Selon la princesse les chefs terroristes étaient sur le point de se réunir tout en complotant les uns contre les autres. Peut-être était-ce une tentative de gagner en popularité ou peut-être était-ce juste une démonstration de force.

— Et quelle est la troisième option ?

— La pire : une diversion.

Il n’y tint plus : le Commandant sortit de sa poche sa pipe en bois, l’alluma, puis tira une longue bouffée. C’est à ce moment qu’Elarwin comprit l’épuisement général d’Elden, et décida de ne pas lui reprocher ce nouvel affront à la courtoisie. Soufflant un épais nuage de tabac, Elden continua d’une voix atone :

— Peut-être le but des terroristes est ailleurs. Peut-être désirent-ils submerger réellement toute la région, attaquant les zones plus fortes en priorité. Cela supposerait que les terroristes ont assez de puissance de feu et d’effectifs pour lancer une opération d’une telle ampleur. J’ai envoyé une demande de renfort directement au Conseil mais je ne pense pas que nous serions leur priorité.

— Et quelle option pensez-vous être la plus probable ?

— La deuxième option. Laisser passer une telle opportunité d’attaque… si j’avais été à leur place j’en aurais profité. 

Elden s’arrêta, pensif, le regard toujours rivé sur les documents, les sourcils froncés.

— Cela dit je fonde mon jugement sur les dires de la prisonnière. Ainsi je vous le demande à nouveau : Inquisiteur, pensez-vous toujours qu’il s’agit d’un imposteur ?

— Pourrais-je essayer ? 

Elarwin l’Inquisiteur pointait du doigt la pipe d’Elden. Celui-ci demeura silencieux un court instant, puis il sourit et donna sa pipe. 

— Je pourrais penser que vous essayez de gagner du temps, mon cher ami Inquisiteur, commenta Elden.

Sans rien dire ni hésiter, Elarwin tira une longue bouffé de la pipe puis recracha la fumée sur le visage du Commandant.

— J’ai encore de nombreux doutes, finit par répondre Elarwin. Mon principal problème étant qu’une princesse, et même une princesse humaine, ne pourrait consentir à se rendre, se faire violenter aussi honteusement puis se faire enfermer dans un tel taudis. C’est impossible : toute leur éducation de luxe et d’orgueil leur en empêche.

— Ainsi vous préconisez toujours…

— Cependant, de nombreux détails ont troublé ce jugement. La prisonnière a non seulement donné beaucoup de détails crédibles mais, en plus, elle m’a fait part de nombre d'idées et opinions sur la situation de l’armée et des Humains. Jamais n’aurais-je pu imaginer un espion si incisif et audacieux.

— Puis-je ? demanda Elden en pointant la pipe du doigt.

Elarwin la lui rendit. Elden en tira une autre bouffée, fixant l’Inquisiteur en face de lui, ne souriant plus. Ça, Elarwin l’avait bien remarqué. 

— Je vous comprends votre hésitation Inquisiteur, mais je n’ai plus de temps à perdre et vous non plus. Répondez-moi en réfléchissant bien, car de votre réponse dépend les vies de mes soldats. Pensez-vous que la prisonnière soit une princesse ? 

— Je vous ai déjà répondu non. Je ne reviens pas dessus.

La pipe se brisa dans la main du Commandant. Le son de la fracture résonna étrangement dans la pièce, imprégnant les deux Elfes. Malgré tous ses efforts pour se retenir Elarwin déglutit, se sentant de plus en plus à l’étroit dans ce bureau spartiate. Elden, lui, demeurait impassible, même lorsqu’il contemplait les débris pitoyables de sa pipe adorée.

— Mes excuses, commenta-t-il simplement. Je ne sais pas ce qui m’a pris.

Sans attendre de réponse, le Général se mit à relire les notes de l’Inquisiteur. Il était si sérieux qu’il semblait avoir l’oublié la présence d’Elarwin qui osa demander :

— Quels sont vos prochains plans ?

— Attendre. Consolider nos défenses. J’avais de l’espoir pour la prisonnière mais elle ne m’est plus d’aucune utilité dorénavant.

— Attendez : il est vrai qu’elle ne peut plus être utilisée comme otage mais elle connait encore énormément d’informations valables sur nos ennemis.

— Je ne peux croire les mots d’un imposteur, repliqua le Général en tapant de la main les documents. Mon expérience m’a appris que des informations falsifiées sont plus dangereuses que les armes ou les soldats. Tout ce qui sort de la bouche de notre princesse est nocif et je n’ai pas le luxe de garder un prisonnier ici.

— Donnez-moi trois jours et je saurais tout de l’armée rebelle.

Elarwin se tenait droit, fier Inquisiteur, le visage barré de son sourire mielleux professionnel. Il tenait ses mains derrière son dos. Elden connaissait ce genre de posture : ceux qui procédait ainsi cherchaient en général à cacher le tremblement incontrôlé de leurs mains. 

Elden ne réfléchit pas plus d’une seconde :

— Les terroristes peuvent lancer une nouvelle attaque à tout moment. Je ne peux consentir que vingt-quatre heures. Passé ce délai nous l’exécuterons.

Elarwin comprit qu’il ne pourrait pas tirer une seconde de plus : c’est tout ce qu’il espérait. Il savait bien que trois jours étaient un délai trop grand et avait juste espéré que le Commandant ne soit pas trop difficile.

Ils n’avaient plus rien à se dire. Elarwin quitta le bureau d’un pas calme mais rapide, sans aucune salutation, tandis qu’Elden se perdait dans la contemplation morose de sa pipe brisée.

 

 

Bien que cela lui déplaise, Adélaïde fut forcée d’admettre que l’uniforme lui allait très bien. 

Elle avait hésité toute la nuit, puis le dégout de ses haillons l’avait emporté sur sa fierté et elle avait fini par enfiler les vêtements prêtés par Elarwin. Cela lui avait aussi permis de s’occuper l’esprit.

Ces bruits de détonation… Elle avait fini par reconnaitre le fracas distinctif de ces canons uniques, de production à la fois elfique et humaine, aussi mobiles que dangereux.

Cela signifiait que l’armée rebelle était proche. La sienne ? Avant de partir, Miland et Orland lui avaient assuré qu’ils feraient profil bas, de ne pas chercher un combat sans issue en partant à sa rescousse. Elle ne voulait pas être sauvée. Elle ne devait pas l’être.

Alors une autre armée ? Celle de son frère ? Adélaïde savait qu’il allait la rejoindre, mais penser qu’un tel serpent tiendrait ses promesses… Ou alors quelqu’un d’autre ?

Elle se figea quand elle entendit des bruits de pas dans le couloir. Adélaïde ne pouvait s’y tromper, quelqu’un arrivait, quelqu’un à la démarche familière. Elle en fut désagréablement surprise : l’Inquisiteur était en avance. Elle s’assit à sa place habituelle, réfléchissant à toute vitesse, préparant ses réponses.

La porte s’ouvrit en grand avec fracas et quelqu’un entra dans le cachot d’une démarche raide. Cette personne se rapprocha d’Adélaïde, s’arrêtant juste à côté d’elle, debout, la regardant de haut. 

Il ne s’agissait pas d’Elarwin.

L’intrus lui prit l’épaule de sa main droite et, par une violente torsion, la renversa brutalement par terre. Projetée contre le sol froid, Adélaïde ressentit une douleur éclatante au niveau de son épaule. Elle ouvrit la bouche pour hurler, mais l’intrus l’en empêcha par un violent coup de pied dans la machoire qui poussa Adélaïde comme une poupée de chiffon jusque dans un coin du cachot.

Percée de mille douleurs, Adélaïde ne pouvait plus rien voir, rien ressentir, rien entendre. Elle se recroquevilla par réflexe, protégeant tant bien que mal son visage et son ventre. Ses membres tremblotants ne furent qu’un piètre bouclier face à une avalanche de coups puissants, perçants, incessants.

Une frappe à l’abddomen, et Adélaïde cracha du sang ; une frappe au visage, et Adélaïde fut projetée contre la paroi rocheuse ; un coup de pied, et Adélaïde ne bougea plus.

Lorsque l’intrus n’entendit plus la respiration sifflante d’Adélaïde il s’arrêta aussi soudainement qu’il avait commencé. Il regarda Adélaïde, petite masse humaine frissonnante et étalée à même le sol rugueux. L’intrus se pencha, se rapprochant du visage d’Adélaïde, et lui chuchota d’une voix douce, aux accents mélodieux typiquement elfiques :

— Ne croit pas que ça sera rapide, putain de princesse. Tes soldats ne viendront pas t’aider. Je vais te faire souffrir autant qu’on a souffert. Je vais te faire souffrir jusqu’à te rendre folle. Je reviendrai, et je ne serai pas seul. 

 

 

Elarwin pénétra dans l'atmosphère étouffée du cachot et y trouva ce qu’il avait redouté. 

Adélaïde était assise, bien à sa place, l’attendant fermement comme si elle l’avait entendu arriver de loin. Ce qui frappa Elarwin ce n’était pas le fait qu’elle portait l’uniforme elfique. Ce n’était pas le fait qu’elle était couverte de bandages et de mixture verdâtre qui dissimulaient avec peine ses blessures atroces ; ce n’était pas le fait que ses yeux étaient rougies par les larmes.

Non, ce qui le frappa était le léger sourire qui perçait le coin de ses lèvres ainsi que sa posture fière et heureuse des personnes qui se pensent victorieuses. Adélaïde rayonnait. 

— Bonjour Inquisiteur, le salua Adélaïde.

— Bonjour ma Dame.

S'asseyant sans un mot, Elarwin ne put s’empêcher de penser qu’il vivait l’interrogatoire le plus difficile de toute sa longue existence.

— J’ai quelques questions à vous poser, commença Elarwin. En premier lieu, pouvez-vous me dire d’où viennent ces odieuses blessures ? Je peux vous assurer que je ferais tout en mon pouvoir pour faire punir les responsables, comme j’aurais du le faire il y a longtemps.

— Aucune importance, répliqua Adélaïde d’une voix allègre. Non seulement je n’ai toujours pu distinguer aucun visage, mais en plus toute la garnison fera front commun pour vous en empêcher. Mais ne leur en voulez pas : je n’ai aucun désir de revanche.

À ces mots Elarwin sentit tout son corps se crisper. D’agacement ? D’effroi ? Lui-même ne saurait le dire.

— Pourquoi ma Dame ?

— Je suis étonnée que vous me posez la question, répondit Adélaïde avec un regard sincérement surpris. D’une part, je ne m’attendais aucunement être épargnée en me rendant ici. D’autre part, j’ai atteint mon objectif, et rien ne saurait me rendre plus heureuse.

Il ne s’agissait plus d’une simple crispement : Elarwin constata que ses mains frissonnaient. Et il savait pourquoi : il avait peur. Peur de ce qu’il devait dire. Peur de ce qu’il devait faire.

Euphorique, Adélaïde ne le remarqua pas. Elle poursuivit, aveuglée par une joie qu’elle n’avait pas ressenti depuis fort longtemps :

— Le soldat qui est venu ici m’a appellé « Princesse ». Et a même mentionné mes soldats ! Depuis plusieurs semaines que je suis ici et que les soldats me torturent ils m’ont traité de  tous les maux, mais jamais ainsi ! J’ai alors compris pouquoi : vous aviez dit à votre supérieur que je suis la Princesse ! Cela s’est répandu, embrasant encore plus la haine des soldats à mon égard mais peu importe ! Le Commandant de ce bastion va devoir contacter le Conseil Elfique et… Vous tremblez, Inquisiteur.

Elle ne pouvait plus l’ignorer : Elarwin ne souriait ni ne la regardait plus. Il avait le visage baissé, tourné vers ses deux mains crispées et tremblantes. Cela surpris tant Adélaïde qu’elle cessa immédiatement de jubiler comme une idiote. Le spectacle d’un Inquisiteur qui perdait ses moyens était surnaturel. Adélaïde ne put comprendre vraiment pourquoi, et redouta le pire.

Dans le cachot un silence glacé se fit, dans lequel chacun avait l’étrange sentiment qu’un simple mot mal choisi pouvait briser l’autre. N’y tenant plus, Adélaïde se résolut à faire ce qu’elle n’aurait jamais osé : le consoler.

— Je vous comprends. Que les Elfes soient capable de tels agissements… vous révolte. Sachez que cela est un mal nécessaire et…

— Je lui ai dit que vous n’êtes pas la princesse.

Le silence s'abattit comme une guillotine. Adélaïde se tut, le regard et l’esprit hagards. La simple phrase prononcée par Elarwin pénétra dans sa tête comme un poignard dans la chair. Une horrible idée germa et grandit en son for intérieur, lui glaçant l’âme. Elle ne bougeait plus, ne pensait plus. 

Ce fut Elarwin qui brisa le silence :

— Voici ce que j’ai dit au commandant : vous n’êtes rien de plus qu’un espion. Si le mot s’est répandu que vous êtes la princesse, alors je ne vois que deux possibilités. Soit le Général a lui-même communiqué cette information trompeuse soit la rumeur s’est elle-même développée parmi les soldats poussés au désespoir par l’attaque des terroristes.

— Vous lui avez dit que je suis un espion, parvint à articuler Adélaïde. Pourquoi ?

— Peu importe mes raisons. Vous êtes en danger, et vous ne pouvez que vous en sortir…

— Qu’en vous disant tout sur la Rébellion ?

— Oui. J’ai obtenu un sursis de 24 heures avec le Général. Vous devez tout me dire sur les effectifs et moyens de la Rebellion.

— Comment pourrais-je savoir tout cela si je ne suis qu’un espion ?

Elarwin s’arrêta de parler, conscient alors d’un léger changement chez son interlocutrice. Une certaine froideur dans sa posture, son regard, le ton de sa voix. 

Tout révélait sa haine brûlante qu’elle ressentait pour lui. Non, se corrigea Elarwin, pour tous les Elfes.

— Alors il s’agit justement de votre chance pour prouver votre identité : dîtes-moi tout et je ferais ce que vous désirez depuis le début.

Adélaïde prit une large inspiration, réfléchissant à toute vitesse. Ce n’était pas aisé, de par la douleur qui torturait son corps et la rage indicible qui contaminait son esprit.

— Je n’ai qu’un seul problème avec ce marché, Inquisiteur, finit par dire Adélaïde.

— Lequel ?

— Vous.

— Que voulez-vous dire par-là ?

— Je ne peux pas vous faire confiance. Tout cela n’est qu’un odieux stratagème que vous avez planifié vous-même.

— Ma dame, soyez sûre que…

— Tout me parait clair. Vous aviez envoyé les soldats me torturer ainsi. Vous aviez fait en sorte que je sois toujours considérée comme une insignifiante espionne. 

— Ma dame, je vous en prie…

— Et votre numéro d’inquisiteur outragé par la torture me poussait à vous faire confiance. Pour que je vous dise tout. Oui, je vois bien qu’un fois que vous saurez tout vous me laisserez croupir ici. Peut-être prendrez-vous plaisir à me savoir torturée.

— Vous ne savez plus ce que vous dîtes. Je vous en prie, nous n’avons pas beaucoup de temps…

— Depuis que je suis ici vous n’avez jamais cru que je puisse être la princesse, répliqua Adélaïde en se levant.

— Comment pourrais-je vous croire ? répondit Elarwin d’une voix soudainement plus perçante. Comment pourrais-je croire une personne aussi contradictoire ? Vous me prétendez que les officiers Orland et Miland sont vos plus proches conseillers, mais vous ne savez même pas les raisons de leur mystérieux accord ! Vous ne cessez de me dire que vous voulez sauver votre armée, et pourtant vous les abandonnez en vous rendant ici ! Nul ne pourrait croire qu’une personne comme vous serait digne de confiance, et encore moins digne d'être une Princesse !

La réponse fut instantanée. 

Elarwin fut d’abord si surpris qu’il ne ressentit la douleur avec quelques secondes de retard. Une sensation de brûlure qui couvrit sa joue. Puis la sensation, plus brûlante encore, de sa fierté bafouée.

Une humaine venait de le gifler. Lui. Un Inquisiteur. 

Même Adélaïde, passé le court instant de rage, fut aussi surprise qu’Elarwin. Elle recula légèrement, attérée par ce qu’elle venait de faire. 

Elarwin réagit plus rapidement. Il agrippa les cheveux d’Adélaïde et plaqua brutalement son visage contre le bois de la table. De son autre main il sortit un poignard de sa poche et appliqua le tranchant de la lame sur le gosier d’Adélaïde.

Tout cela ne prit que quelques secondes. Il aurait fallu encore moins de temps que cela pour égorger Adélaïde. Elle ferma les yeux et attendit. Que la lame fende sa peau. La sensation de coupure, suivi de celle, pire encore, de son sang chaud qui se répandrait sur la table. Les secondes s’écoulèrent lentement. Tout demeura pétrifié dans ce cachot, tout demeurait figé dans un silence de mort. Rien ne se passa.

Elarwin éloigna lentement le poignard. Il le remit dans sa poche, puis se rassit normalement. Après quelques instants d’hésitation, Adélaïde fit de même. Les deux étaient de nouveau face-à-face, comme si rien ne s’était passé. Sauf qu’aucun n’osait regardait l’autre.

— Je suis navré. Je n’aurais pas du me comporter ainsi, s’excusa l’Elfe d’une voix monocorde. Voudriez-vous répondre à mes questions ?

Adélaïde ne répondit pas, alors Elarwin reposa la question. Adélaïde lui rendit le même silence haineux, le même mutisme hostile. Sans se défaire, Elarwin lut rapidement ses documents puis posa quelques questions. Certaines sur les effectifs de l’armée, certaines sur leur puissance de feu, quelques unes sur les proches conseillers d’Adélaïde. Celle-ci ne prononca pas un mot, et Elarwin finit par se taire lui aussi. Puis l’Inquisiteur rassembla ses documents, se leva et partit en direction de la porte du cachot.

C’était fini.

Puis, alors qu’il entrouvrait la porte, Elarwin se retourna, rejoignit la table, sortit à nouveau son poignard et le posa juste en face d’Adélaïde.

Celle-ci contempla le poignard tandis qu’Elarwin ajouta simplement :

— Prenez cela comme vous le voulez. Adieu ma Dame.

Elarwin se retourna et quitta enfin la pièce, laissant derrière lui Adélaïde, le silence et le poignard.

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