Une larme de cristal

Les guides songeaient à nous mener aux abords de la Cataracte, un endroit dont beaucoup avaient entendu parler sans jamais l’avoir vu. Les neiges et glaciers du Seigneur Tonnerre donnaient naissance au plus impressionnant fleuve du Norzan : l’Erja, fils de notre Dieu. Son cours descendait des plus hautes cimes, se gorgeant de neige fondue pour finalement déverser sa masse monstrueuse dans un gouffre profond. De là partait la vallée de l’Erja, qui se divisait ensuite en défluents de taille modeste. L’hiver, la Cataracte n’était qu’une vaste colonne de glace ; on ne comptait plus le nombre de valeureux s’étant lancés dans son ascension, sans succès. 

Un village de trappeurs s’était établi auprès de la Cataracte, les environs offrant une protection naturelle contre la plupart des dangers qui hantaient ces montagnes. Loups et lynx boréaux, Trolls et Follets ne s’y aventuraient pas. Avec un peu de chance, les armées du Sud abandonneraient leur conquête bien avant d’avoir atteint les contreforts du Seigneur Tonnerre, découragés par le climat et la rudesse des montagnes. Peut-être alors pourrions-nous rentrer, un jour, voir les ruines de Lansterne.

Deux semaines de marche nous séparaient encore de notre destination. Les conditions n’allaient pas en s’améliorant : la chaleur de l’été déclinait plus vite que nous l’aurions souhaité au crépuscule du mois de Thermidor. Le froid, plus que la menace du Sud, était devenu notre ennemi. Les feux se multipliaient lorsque nous dressions le camp ; malgré cela, beaucoup tombèrent malades, d’autres se blessèrent en abattant des arbres, en pistant le gibier. Une femme mourut en couche et emporta son enfant avec elle. Les jeunes avaient des airs faméliques, les plus âgés peinaient à suivre la cadence.

Ronan veillait à ce qu’Artenos et moi ne manquions de rien. Si ma propre condition me laissait indifférente, je m’inquiétais davantage pour mon père qui n’en laissait rien paraître mais s’épuisait jour après jour.

Puis vint la neige.

Malgré nos prières, les flocons se mirent à tomber en fin d’après-midi, un jour où nous nous trouvions fort heureusement à couvert. Elle tomba sans discontinuer cette nuit-là, et également le lendemain. Nous attendîmes, protégés par la forêt engoncée entre deux pans escarpés. L’aube suivante, je fus tirée du sommeil par un craquement sur ma droite, aussitôt suivi d’un juron. J’ouvris les yeux et me redressai pour découvrir Ronan, dont l’approche supposément discrète avait tourné court. Son souffle dessinait des volutes dans l’air figé. Un arc pendait dans son dos, un carquois à sa ceinture.

« J’ai pensé qu’on pourrait aller chasser, chuchota-t-il en s’accroupissant à mon côté. Les empreintes sont bien visibles dans la neige. Il est encore tôt, si tu préfères te reposer…

- Non, c’est une bonne idée. Allons-y. »

Je m’emmitouflai dans ma cape, ajustai mon aumusse ainsi qu’une étole de renard que le fils du forgeron avait dénichée par miracle. Comme de très nombreuses femmes, j’avais cessé de porter robes et tuniques en laine. Nous avions récupéré çà et là de larges braies tenues par des cordons, doublées de fourrure. Un vieil homme m’avait offert les bottes de cuir de son fils, décédé alors que leur groupe tentait de rejoindre le nôtre.

« Les morts ont pas besoin de bottes, m’avait-il dit avec un rictus amer. Nous, les vivants, on doit faire notre possible pour que d’autres meurent pas et toi, tu vaudras rien à la chasse avec de tels godillots. »

Je tâchais de réchauffer mes doigts gourds. Ronan et moi avions décidé, après avoir découvert des traces fraîches à bonne distance du camp, qu’il était inutile de crapahuter davantage dans la neige. Le fils du forgeron était donc parti sur la piste, espérant tomber sur les chamois et parvenir à les rabattre sur moi, invisible à l’abri d’un bosquet de sapins. Je tenais mon arc, flèche encochée.

Le ciel était uniformément gris et n’avait que peu gagné en luminosité depuis notre départ. Je remuai les orteils au fond de mes bottes trop grandes, soufflant un nuage de buée au-dessus de ma tête. Nous débutions désormais le mois de Fructidor – plus bas dans la vallée, les journées étaient chaudes, les nuits agréables. Je chassai de mon esprit l’image de vergers regorgeant de fruits odorants, les belles soirées d’été à écouter les trouvères jouer dans le centre-bourg. Enfouissant mon menton dans ma pelure de renard, j’attendis.

Je vis soudain un chamois sauter hors du bois, une centaine de pieds en amont. Il s’enfonça dans la neige avant de bondir de plus belle, sa course folle l’éloignant de moi. Pestant contre ciel et terre, je me dégageai du couvert des arbres. Si je parvenais à atteindre les rochers en contrebas, je pourrais le tirer tandis qu’il filait sur le flanc de la montagne. Courant maladroitement dans l’épaisse couche immaculée, je touchais au but lorsque le sol se déroba sous mes pieds. Je m’affalai avec un cri étouffé dans la neige. Mon carquois se renversa dans ma chute, éparpillant son contenu alentour. Pire que tout, je sentis une violente douleur exploser au niveau de ma cheville. Le souffle coupé, j’écartai la neige de mon visage et basculai sur le côté pour me recroqueviller sur ma jambe blessée.

« Luna ! »

Ronan courait à ma rencontre, sautillant comme un dahu dans la neige qui lui arrivait au-dessus des genoux. Je tâchai de me relever en ignorant les élancements de ma cheville.

« Tu es blessée ?

- Non, ça va. Une foulure peut-être, rien de grave. Aide-moi juste à me relever. »

Sans attendre, Ronan me souleva de terre. Je laissai tout d’abord mon poids reposer sur ma jambe gauche, regagnant peu à peu mon équilibre. Je pouvais presque clopiner sans qu’il ne me soutînt. Le fils du forgeron était d’ailleurs trop occupé à se morigéner pour m’empêcher de faire quelques pas hésitants.

« On n’aurait jamais dû venir ici seuls. Et moi qui t’ai entraînée…

- Ce n’est pas ta faute si je ne tiens pas debout.

- Je vais te porter jusqu’au camp.

- Hors de question, répliquai-je, sans appel. Artenos va croire que je suis brisée en mille morceaux. Je peux marcher. »

Quelques pas hésitants le lui prouvèrent. Je pouvais au moins prétendre ne pas souffrir, bien que chaque pas manquât m’arracher un gémissement. Ronan secoua la tête, exaspéré devant tant d’obstination. Il entoura ma taille de son bras et me hala sur le chemin du retour.

Un trajet qui me parut durer une éternité mais que j’aurais souhaité prolonger d’un ou deux millénaires lorsqu’Artenos apprit la nouvelle et vint nous trouver. Une guérisseuse était déjà à l’œuvre sur ma cheville, gonflée et légèrement violacée.

« Elle n’est pas cassée, affirma-t-elle enfin, mais il faudra la maintenir si tu veux qu’elle se remette rapidement.

- Je vais chercher de quoi fabriquer une attelle, proposa aussitôt le fils du forgeron.

- Pourquoi diable êtes-vous partis sans prévenir quiconque ? me demanda alors le Conteur d’une voix blanche.

- Pour chasser, comme bien d’autres, répondis-je, sur la défensive. Nous ne comptions pas aller si loin. J’ai bêtement glissé en voulant abattre un chamois. Je suis désolée, ce n’est qu’un…

- Te rends-tu compte qu’il n’y a pas que des chamois dans ces montagnes ? À deux, vous ne faisiez pas le poids contre un Troll, Luna.

- Personne n’a vu de Troll depuis presque dix ans, répliquai-je.

- Ce n’est pas le propos.

- Je suis désolée, répétai-je donc, faute de mieux.

Artenos poussa un profond soupir avant de poser ses mains noueuses sur mes épaules.

« Luna, tu as toujours fait preuve d’une grande maturité et je te fais aveuglément confiance. S’il te plaît, n’agis plus inconsidérément. Que deviendrais-je, si je devais te perdre ?

- Tu ne me perdras pas à cause d’une cheville foulée. Je suis bien plus coriace.

- Promets-le-moi.

- C’est promis. »

Un sourire de bon augure m’apparut en réponse. Je ne m’estimais pas tirée d’affaire pour autant et, pour me souvenir de mon serment, j’allais être condamnée à boitiller quelques jours durant. Ronan fit quant à lui amende honorable auprès d’Artenos et me fabriqua une béquille. Heureusement pour moi, les guides convinrent qu’il était plus raisonnable d’attendre que le ciel épuisât momentanément ses réserves de flocons avant de reprendre notre route. Sédentarisés pour quelques jours, nous attendîmes donc.

La neige décida finalement d’aller recouvrir d’autres contrées. Elle disparut, ne laissant qu’aux endroits ombragés des plaques d’un blanc sale. Il fut décidé de reprendre notre route, pressés par le désir d’atteindre au plus vite la Cataracte – les rations s’amenuisaient et les hurlements des loups se faisaient insistants. De nouveaux rescapés nous avaient rejoints, portant notre groupe à un peu moins de deux cents âmes. Nos campements s’étendaient sur une distance confortable et nous ne prenions plus la peine de passer inaperçus, mais le froid et la maladie guettaient toujours. Des conflits commencèrent à éclater. Nous ne partagions pas les mêmes origines et si certains s’en accommodaient, d’autres finirent par régler leurs différends à coups de poings. À mesure que nous gravissions les pans escarpés des pieds du Seigneur Tonnerre, l’atmosphère au sein du groupe, à l’instar des nuits, se refroidissait.

Je ne boitais presque plus mais Ronan refusait toujours de me voir quitter le convoi le jour, le camp la nuit. J’essayai plusieurs fois de lui faire comprendre qu’un père me suffisait mais ce damné forgeron faisait la sourde oreille.

Ce soir-là, le ciel était dégagé. De l’éperon rocheux sur lequel nous avions décidé de passer la nuit, nous avions une vue imprenable sur la vallée. Tandis qu’au loin ondulaient des collines aux faîtes arrondis, les crêtes élevaient leurs sommets acérés de chaque côté de l’éperon. Au-dessus d’une mer de brume se détachait une sphère d’un rouge flamboyant, le soleil à son crépuscule. Artenos et moi nous étions assis sur un rocher, admirant en silence la beauté sauvage du panorama. Les rumeurs du camp nous parvenaient d’en bas, atténuées par le petit bois que nous avions traversé pour parvenir jusqu’à notre observatoire. Je m’étais adossée à la pierre, jambes croisées devant moi, et me serais probablement assoupie si le Conteur ne s’était brusquement éclairci la voix.

« J’aimerais que nous parlions, si tu veux bien.

- Tout dépend du sujet, répondis-je avec légèreté. S’il s’agit du fait que je souhaite retourner chasser, je pense que…

- Non, c’est une toute autre chose. Je m’étonne que tu ne l’aies pas remarquée. C’est ma foi assez étrange d’évoquer ce sujet en de telles circonstances, mais j’imagine que ça n’en est pas moins nécessaire. Je suis ton seul parent, ou du moins ai-je été accepté en tant que tel, c’est donc à moi que revient cette tâche. Je sais que tu apprécies Ronan… »

Le vent se leva, balayant ma somnolence. Je distinguais désormais très nettement le sujet de la conversation.

« … et bien sûr, si la guerre n’avait pas frappé à notre porte, les évènements auraient sans doute été différents. Mais enfin, la situation est ce qu’elle est. Je tenais à te dire que malgré les difficultés auxquelles nous faisons face, je connais quelques personnes qui n’oublient pas la, les… eh bien, les règles de bienséance. Je crois que certains membres de notre communauté trouvent votre relation inconvenante.

- Depuis quand l’amitié est-elle répréhensible ? rétorquai-je froidement.

- Comprends-moi, je ne veux pas que certains se permettent de médire de ma fille. Tu es toujours jouvencelle, ma Luna, et Ronan n’est pas marié – les Dieux soient loués, par ailleurs. Je crois simplement qu’il serait, disons, judicieux que vous preniez quelque distance le temps que les choses s’apaisent. Vous pourrez ensuite continuer à vous fréquenter sous de meilleurs auspices, lorsque nous aurons atteint la Cataracte. Tu sais que si cela ne tenait qu’à moi et que, si ce jeune forgeron était venu me trouver, je lui aurais donné ma bénédiction très volontiers.

- Tu vas vite en besogne. Il n’en a rien fait et je ne compte pas qu’il en soit autrement.

- Voilà une certitude énoncée avec un bel aplomb qui ne manquera pas de ravir toutes les jeunes filles esseulées du convoi, ajouta le Conteur avec un petit rire. Bien, l’affaire ayant été close avec brio, passons au dîner. »

J’acquiesçai sans grande conviction, mais il n’en fallut pas plus à Artenos pour quitter ce terrain glissant. Il avait beau être savant, homme d’arts et de lettres, les femmes et tout ce qui leur était lié avaient toujours constitué pour lui une sorte de mystère : le Conteur n’avait pas pris d’épouse, sans pour autant délaisser le plaisir charnel que lui procurait certaines accointances, et se satisfaisait de m’avoir en tant qu’unique héritière.

Artenos attrapa la besace à ses pieds et la souleva de terre. La bandoulière usée par des années de frottement choisit cet instant pour céder. Je me hâtai de récupérer son contenu avant qu’il ne dévale en contrebas, laissant à Artenos le soin de jurer contre pareille camelote. L’étrange petite bourse de cuir avait elle aussi glissé hors de la besace. Je la ramenai avec le reste et la présentai à Artenos.

« Sais-tu ce dont il s’agit ? demanda-t-il à brûle-pourpoint, sans pouvoir cacher son trouble. Non ? Bons Dieux, j’imagine que le moment est venu. »

Je lui tendis la bourse qu’il tritura tout en cherchant ses mots – un fait suffisamment inhabituel pour être relevé.

« Ce qu’il y a là-dedans, vois-tu ma douce, c’est ton héritage. Pas celui que j’aurais aimé te léguer et qui est parti en cendres, non ; celui de la femme qui t’a mise au monde. »

Je ne pouvais détacher mon regard de lui. Je connaissais l’histoire de ma naissance mais quelque chose me laissait entendre qu’un chapitre nouveau allait s’y ajouter.

« Je t’ai déjà raconté, commença le Conteur, lorsque ta mère est apparue un soir d’hiver, en début d’année. J’ignore pourquoi mais c’est à ma porte qu’elle a tambouriné. Je l’ai découverte sur le perron, gelée et à demi-consciente. Elle serrait une main sur son ventre aussi rond qu’une pleine lune, son beau visage tordu par la douleur, sur le point d’accoucher. Ses cris ont alerté le voisinage ; elle était faible et délirait, balbutiant des paroles décousues. De son discours nous apprîmes qu’elle se nommait Aryan, mais impossible d’en savoir davantage sur ses origines. Puis tu es arrivée, Luna, et ta mère s’est éteinte quelques secondes après avoir posé les yeux sur toi – des yeux pleins d’amour, je puis te l’assurer. Nous étions bouleversés. Qui était cette femme venue de nulle part et qu’allions-nous faire de l’enfant ? Tu le sais, bien sûr, j’ai proposé de t’élever comme ma propre fille malgré le peu d’expérience que j’avais en la matière. J’aurais pu te confier à une famille dont la mère allaitait mais… mais je n’ai pas pu. Je me suis senti lié à toi dès l’instant où je t’ai vue, petite créature sans défense, si frêle et qui vagissait pourtant si fort, ajouta-t-il avec un sourire affectueux. Tu sais comme les gens du Nord se méfient des étrangers, je n’ai jamais douté d’avoir fait le bon choix en te gardant auprès de moi. En revanche, le mystère reste entier en ce qui concerne celle qui t’a donné la vie. Tout ce dont je me souviens, c’est de l’avoir entendue parler, avant de perdre connaissance… »

Le Conteur s’interrompit, les sillons de son front creusés par la tristesse et le doute.

« … parler d’un collier, reprit-il après un instant. J’ai alors remarqué qu’elle portait autour du cou un pendentif monté sur une chaîne si fine qu’elle paraissait presque transparente. J’ai décidé de le conserver pour te le remettre un jour. Pardonne-moi de ne pas te l’avoir donné plus tôt, je ne saurais l’expliquer, mais j’avais le sentiment qu’il n’en était pas encore temps. »

Le Conteur me prit la main et y déposa la bourse en cuir. Je tirai doucement sur le lien, retournai la pochette et laissai glisser dans ma paume ce qu’elle contenait. Une chaîne pareille à un long cheveu d’un gris sombre, aux maillons d’une finesse incroyable. Puis je fis jouer entre mes doigts le pendentif, une pierre semblable à une larme, translucide, dure et froide, de la taille de la dernière phalange de mon auriculaire. Je la scrutai, la retournai, la soupesai. Enfin, perplexe, je passai la chaîne et me tordis le cou pour contempler le petit cristal sur la fourrure de ma cape.

« Qu’en penses-tu ? demandai-je au Conteur, dont l’expression demeurait indéchiffrable.

- C’est ravissant. Je n’ai pas eu le temps de connaître ta mère, Luna, mais elle voulait de toute évidence que ce collier te revienne.

- Merci de l’avoir gardé pour moi. Ne te reproche pas de ne pas me l’avoir donné plus tôt, il… tombe à point nommé. »

Je ne pouvais me débarrasseur du sentiment, curieux mais puissant, d’avoir toujours su au plus profond de moi qu’il manquait quelque chose à mon existence.

Et ce quelque chose, je venais de le retrouver.

J’attendis longuement que le sommeil m’emportât, cette nuit-là. Pelotonnée sous ma cape, le dos contre celui d’Artenos déjà assoupi, je serrais dans mon poing le pendentif, caressant sa surface polie. Son contact m’apaisait. Était-ce parce que je le savais appartenir à ma mère ? Elle m’avait manqué parfois, lorsque je voyais mes camarades courir dans les jupons maternels, apprendre de leurs génitrices des secrets qu’Artenos ne soupçonnait pas de la gent féminine. Je gardai le lien ténu avec la femme qui m’avait mise au monde au creux de ma main, paupières closes, et perdis le fil de mes pensées pour sombrer dans une torpeur bienvenue.

Un cri lointain me tira de mes rêveries. J’ouvris les yeux sur la noirceur de la nuit, cherchant un repère auquel accrocher ma conscience. J’aurais dû apercevoir la lueur des feux alentours mais je ne distinguais que ténèbres, ténèbres et silence. Un sentiment de panique m’envahit tandis que je me redressai en hâte, ne sentant ni terre ni roche sous mes paumes mais ce qui ressemblait plutôt à un drap de mauvaise facture. Je clignai des yeux, étourdie, essayant de refouler mon angoisse. J’avais la désagréable sensation de n’être plus à l’ombre du bois ; était-ce un mur de pierre face à moi ?

Je fus soudain percutée par une force formidable. Le souffle coupé, je me sentis dégringoler dans un puits sans fond. Je voulais hurler mais le cri mourut dans ma gorge serrée.

Je m’éveillai en sursaut.

L’aube colorait déjà le ciel de mauve et chacun empaquetait ses affaires en vue du départ. Lentement, la réalité reprit ses droits. Artenos m’avait laissée dormir, occupé à superviser le départ en compagnie de Vegir et des guides. Je fis volte-face lorsqu’un sifflement retentit dans mon dos. Ronan vint s’agenouiller à mon côté, d’abord jovial puis tout à coup soucieux :

« Grands Dieux, on croirait que tu viens de croiser un mort. Es-tu malade ?

- Wenlod soit loué, ce n’était qu’un cauchemar, répondis-je en essuyant la sueur froide de mon front. Il paraissait si réel…

- On dit que lorsqu’on raconte ses cauchemars, ils ne peuvent pas revenir nous hanter une seconde fois. Je suis tout ouïe.

- Cela n’avait rien de vraiment effrayant, quand j’y repense, avouai-je à mi-voix. J’avais la sensation de ne plus être ici et, lorsque j’ai commencé à discerner l’endroit dans lequel je me trouvais, quelque chose m’a frappée.

- Frappée ?

- Oui, comme si… commençai-je en cherchant une métaphore qui parlerait au forgeron. Comme si une charge d’auroch m’avait renversée. Je tombais ensuite dans une chute sans fin, je ne pouvais rien faire.

- Intéressant, convint Ronan avec un sourire, mais je ne pense pas qu’il y ait matière à s’inquiéter. De toute manière, on n’a plus d’aurochs depuis belle lurette. Tu es revenue parmi nous, c’est l’essentiel. Debout maintenant, ou tu vas manquer le départ. »

Je pris le temps, dans la journée, de relater au fils du forgeron ma conversation de la veille avec Artenos. Dissimulé derrière une hilarité de façade, Ronan se livra bien plus que je ne l’avais escompté :

« Tu vois, avant qu’on entende parler du Sestan, mon père et Fanghar, le tanneur du Vieux Faubourg, avaient conclu un marché. Je devais avoir onze ans, peut-être ? Ils ont décidé que j’épouserai la fille aînée de Fanghar. Elle aurait hérité, via notre union, de la forge et de tout ce qui s’y rattache. Moi, j’y aurais gagné du cuir et des peaux à ne plus savoir qu’en faire. C’était un bon pacte, je crois. Les choses ont bien changé depuis, évidemment. Il n’est plus question de mariage tant qu’on n’aura pas recouvré ce qu’on a perdu. Il faudra reconstruire la forge à la Cataracte, des fourneaux, fabriquer les outils, bâtir de nouvelles demeures… pareil en ce qui concerne Fanghar, qui a perdu toute sa marchandise. Sa fille ne serait qu’une bouche à nourrir pour nous, plus encore si elle devenait grosse. La décision de mon père de rompre le marché a vexé le tanneur, lui qui pensait bénéficier de notre protection et de notre aide à la Cataracte. Comme sa fille ne m’aura pas, j’imagine qu’il préfère me voir seul plutôt que, eh bien, plutôt qu’avec toi. »

Je crus déceler une note douce-amère dans le rire de Ronan, un léger rougissement de ses joues qui n’avait rien à voir avec le froid. Je l’observai alors qu’il taillait un épieu, un sourire au coin des lèvres. Oui, Ronan ferait sans nul doute un bon mari.

Je pourrais lui apprendre à lire et à écrire. Nos vies seraient rythmées par le souffle lent et ardent de la forge qu’il tiendrait avec son père, avec les fils que je lui donnerais. Cette éventualité occupait-elle ses pensées ? Sûrement. Nos escapades finiraient par se faire moins innocentes, la chasse un simple prétexte et peut-être un jour finirais-je par l’embrasser, lassée de le voir hésiter. Ce n’était pourtant pas une fausse mélancolie qui emplissait mon cœur à l’évocation de ce futur éventuel. Je répondis malgré tout à son regard, essayant de comprendre pourquoi je ne pouvais me résoudre à une telle vie.

J’appris à Ronan l’existence du collier, que le forgeron admira longuement. Nous occupâmes le temps que prit la traversée d’une gorge étroite à imaginer plusieurs vies, toutes plus palpitantes et tragiques les unes que les autres, à Aryan, ma mère. Pourquoi était-elle arrivée à Lansterne, pourquoi avait-elle choisi la demeure d’Artenos, qui était-elle, d’où venait-elle, qui pouvait bien être mon père ? Ronan me voyait en princesse perdue, un espoir que j’avais moi-même nourri étant enfant. Quelle fillette n’aurait pas rêvé d’un destin grandiose caché derrière un départ difficile ?

† † †

Ronan et moi avions pris l’habitude de marcher à l’arrière du convoi pour aider les moins vaillants. Cet après-midi-là, le forgeron portait une fillette ravie sur ses épaules tandis que j’aidais l’aînée à soutenir leur grand-mère. Des rumeurs faisaient état de notre avancée et d’aucuns affirmaient qu’une petite semaine seulement nous séparait encore de la Cataracte.

« Tant mieux, parce que je ne supporterai pas ça davantage, maugréa l’aïeule dans un souffle.

- On y sera tantôt, confirma Ronan qui ne se départait jamais de son optimisme.

- Et nous serons en sécurité, ajoutai-je en guidant mes rescapées entre deux rochers. Le Sestan ne nous poursuivra pas si loin dans les montagnes. »

Le passage étant trop étroit pour que nous marchions de front, je passai la première et attendit de l’autre côté. Alors que la fille indiquait à sa grand-mère le chemin que j’avais suivi, je vérifiai que le collier était bien à sa place, à mon cou. Je tirai la fine chaîne de sous mes couches de laine bouillie et lin usé à la trame, ouvrant la main sur le pendentif. Satisfaite, je m’apprêtais à le glisser à l’abri lorsqu’un détail retint mon attention. D’ordinaire parfaitement translucide, une ombre à peine perceptible obscurcissait son cœur. Vérifiant qu’il ne s’agissait pas d’une impureté, je l’élevai à la lumière pour constater avec surprise que l’ombre s’épaississait, ondulant et se dissipant comme une goutte d’encre tombée dans l’eau. La pierre transparente devenait rouge sang. Plus que le simple reflet de la chaleur émise par mon propre corps, elle semblait produire la sienne et devenait brûlante. Je ne pouvais pourtant ni la lâcher, ni en détourner le regard.

Je perdis brusquement pieds et me retrouvai plongée dans l’obscurité. Ma vue tardait à se préciser. Je distinguai des troncs élancés, un sous-bois dans la pénombre, des silhouettes humaines. Leurs mouvements étaient lents, déformés, les sons altérés, perçus comme de lointains échos. Désorientée, je voulus faire un pas en avant et mon pied se prit dans ce que je supposais être une racine. Vacillante, je lançai mes bras à la recherche d’un quelconque secours, heurtai durement le sol. Le choc et la douleur, eux, étaient bien réels. Je tentai de me relever à grand peine, comme si mon corps ne m’appartenait pas, lorsque je ressentis une force extraordinaire me repousser. Les os de mon crâne étaient à deux doigts de se rompre, me laissant aveugle et aphone, avec pour seul désir celui d’être soustraite définitivement à cette emprise.

Une main solide se referma alors sur mon bras ; une autre plus douce effleura ma joue. Une vive clarté à travers mes paupières me fit gémir. Je roulai sur le côté, essayant de me dégager.

« Luna ! Luna, écoute-moi ! »

Je cessai aussitôt de gesticuler et ouvris péniblement les yeux. J’étais à terre et le fils du forgeron me retenait, son air inquiet me pressant de questions. Les jeunes filles étaient en retrait mais leur grand-mère tenait ma main serrée dans les siennes. Lorsqu’elle vit que je reprenais conscience, elle écarta les cheveux de mon visage dans un geste maternel.

« Tout va bien, ma fille.

- Luna, par tous les Dieux, tu t’es évanouie !

- Non, répliquai-je faiblement, j’étais dans une forêt, il y avait d’autres personnes, et je suis… j’ai trébuché, je crois, et…

- Il lui faut recouvrir ses esprits, m’interrompit la vieille femme en me couvant d’un sourire bienveillant. Nous sommes tous exténués. Wilma, va demander quelques morceaux de pommes séchées à Van, je sais qu’elle en a encore.

- Je vais bien, je vais très bien, affirmai-je avec davantage de force, prenant appui sur Ronan pour me relever. C’était juste un… une faiblesse passagère. »

L’aïeule acquiesça, insistant tout de même pour que je mange avant de repartir. Ronan me réserva un regard qui laissait entendre que je ne le duperais pas aussi aisément.            

Artenos, quant à lui, me gratifia d’un supplément d’attention. Le Conteur m’offrit sa ration du jour, à croire que celle du forgeron ne suffisait pas. Heureusement pour moi, je n’inquiétais réellement que ces deux-là ; le reste du convoi avait déjà fort à faire avec son lot de blessés. S’agissait-il pour autant d’un malaise ? Ronan et Artenos le croyaient dur comme fer mais je n’étais pas si catégorique. C’était autre chose. De tout ce que j’avais ressenti durant ce laps de temps que je ne parvenais pas à définir précisément, perdre conscience n’en faisait pas partie. À l’inverse, jamais je n’avais tant lutté pour comprendre ce qui m’entourait, y trouver un sens.

La clef du mystère était en ma possession : le collier, bien que ni Ronan ni Artenos ne fussent parvenus à la même conclusion. Mais comment savoir ce qui m’attendait de l’autre côté du seuil ? Je comptais garder le secret quelques temps encore, essayer de percer à jour cette énigme avant qu’il ne me soit retiré. À cette pensée, je sentis mon étrange héritage diffuser une douce chaleur.

Toi non plus, tu ne veux pas que nous soyons séparés, n’est-ce pas ? Tu as mis longtemps à me parvenir, je veux en apprendre davantage sur toi. 

J’attendis la nuit pour réaliser l’expérience que j’avais en tête. Dissimulée sous ma cape, je pris le pendentif chaud entre mes doigts et me concentrai sur ma respiration ; je ne devais pas laisser cette force, quelle qu’elle soit, m’entraîner contre ma volonté.

De longues minutes s’égrainèrent. J’avais fermé les yeux. J’inspirai, expirai doucement. Puis enfin, comme une illusion tout d’abord, qui ne fit que se renforcer, je vis danser sous mes paupières les jeux d’ombres et de lumières de flammes. Les battements de mon cœur se firent plus soutenus, agités par un sentiment d’euphorie. Je ne pouvais voir de feu sous l’épais tissu qui recouvrait ma tête : pourtant je le voyais. Chose plus surprenante encore, je sentais sa chaleur sur ma peau. Grisée par cette sensation, je relâchai la tension que je m’efforçais de maintenir – un pied ici, dans mon corps, un autre là-bas. Je n’avais à vrai dire pas la moindre idée de ce qui me poussait à agir ainsi, une sorte d’instinct qui trouvait résonnance en moi. Je tentai un mouvement mais mes membres demeurèrent de marbre. Étais-je debout, allongée ? Impossible d’en être sûre. Je me sentais cette fois-ci étrangère dans un corps qui ne m’appartenait pas, qui ne m’obéissait pas. Et soudain, je la perçus.

Je n’aurais su l’expliquer clairement, mais j’avais la certitude de côtoyer une autre conscience. Comme si je me tenais, épaule contre épaule, auprès d’un parfait inconnu dont j’étais capable de percevoir le fourmillement de pensées, la détermination, la curiosité, la colère. Autant de sentiments qui se dessinaient autour de moi, une meute de loups décrivant un cercle dont leur proie marquait le centre. Menacée, je voulus me dégager et quitter la chaleur qui brûlait maintenant mon visage, en vain. Mon hôte avait compris que je me trouvais là et je n’étais manifestement pas la bienvenue. Je répétai mentalement une suite de paroles pour maigre barrière, lancée sous forme d’une prière qui peut-être ne serait jamais entendue : je ne te veux pas de mal, qui que tu sois, je ne te veux pas de mal, je cherche seulement à comprendre…

Mes muscles se détendirent alors, un soupir soulagé franchissant malgré moi mes lèvres. Je l’avais saisi aussi nettement que si le changement d’humeur avait émané de mes propres circonvolutions : l’autre cherchait tout comme moi à déchiffrer cette énigme, ma présence à ses côtés. Je le sentais perplexe, non plus agressif ; ondoyant, affluant et refluant comme une marée.

Puis tout disparu. Je battis des paupières, incrédule. Le froid avait remplacé la chaleur et j’eus beau me concentrer, je n’obtins aucune réponse. J’étais de retour dans mon propre corps ; où qu’il menât, le lien et sa passerelle étaient rompus.

Je devais m’admettre bien incapable de trancher entre peur et excitation. Le collier ne me donnait pas de visions, futures ou passées, mais me permettait – c’était à mon sens la seule explication plausible, de voir à travers les yeux de quelqu’un et de côtoyer ses pensées. Mon intrusion dans l’esprit étranger l’avait rendu confus ; ce n’était pas moi qui avais trébuché sur la racine l’autre jour, mais j’avais ressenti sa douleur parce que je partageais son esprit à l’instant où il avait touché terre.  

Je finis par me lever pour faire quelques pas dans le silence relatif du camp. Un vieil homme m’interpela, que je rassurai d’un signe.

Tout va bien.

Je tâchais de me souvenir de cette sensation singulière, de la conscience étrangère aux frontières de la mienne, inconnue, méfiante mais curieuse à la fois. Qui cela pouvait bien être ? Homme, femme ? Difficile à déterminer. Je m’arrêtai, aspirant à grandes goulées l’air glacé de la nuit. Ce que Ronan avait un jour déclaré sur le ton de la plaisanterie me revint alors en mémoire :

« Tu es peut-être la fille d’une enchanteresse, une princesse perdue héritière de pouvoirs oubliés qui n’attendent qu’un événement tragique pour se déclencher ? »

Cette idée me ravissait bien plus que je n’osais l’avouer.

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Réfabémol
Posté le 17/07/2022
Ah, donc le nom du chapitre désigne le pendentif ! J'aimerai pouvoir trouver de bons titres comme ça !

Sinon, on en apprend un peu plus sur Luna et son rapport aux autres. Visiblement, sa relation de quasi-flirt avec Ronan le fils du forgeron, lalilala ♪ (promis j'arrête cette blague), perturbe le Conteur de la tribu et, vraisemblablement, mais ce n'est pas mis en scène, la tribu elle même. Pourtant tout le monde est très gentil avec Luna et personne ne semble avoir de reproche à lui faire sur sa relation.

Bon, comme chacun sait, puisqu'il s'agit d'une quasi règle dans l'art du récit, son rêve est forcément prémonitoire de quelque chose. Mais de quoi ? Sa chute, sa perte de conscience, ou d'autres choses ? Suspeeeense !

J'aime le principe du collier qui semble être magique et qui lui envoie des signes interprétables. Peut être qu'elle sera un jour capable de les lire avec précision, ou alors il s'agit d'un collier de Tchekhov qui servira plus tard. Peut être qu'il la guide vers la fameuse elfe ?

Sinon, j'aime beaucoup la façon dont elle fomente vite fait sur Ronan. Dans sa tête tout est prévu ! D'abord, les enfants, la situation familiale, la forge, certainement aussi la couleur des peaux de bêtes devant la cheminée.
Mais elle ne s'occupe qu'après tout ça de prévoir de l'embrasser ! Elle prévoit même qu'il sera trop hésitant pour le faire !
Les femmes sont terrifiantes comme ça ! XD

Et en plus ça tease très fort à la fin du chapitre ! En effet on se pose les mêmes questions qu'elle ! Est-elle la fille d'une mage, une princesse, l'héritière de l'anneau unique ? Qui sait ?

Du coup me voilà forcé et contraint d'aller découvrir la suite demain dans le prochain chapitre !
J'ai hâte de rattraper mon retard, mais un peu moins de me retrouver sur un cliff hanger à devoir attendre le chapitre suivant ! X)

Bonne continuation à toi et à tantôt !
LouiseLysambre
Posté le 17/07/2022
Hello !

Effectivement, les titres des chapitres ont toujours un lien avec leur contenu (en principe !) ;) et puis, cette petite babiole va s'avérer suffisamment importante pour l'intrigue donc elle méritait son moment de gloire niveau titraille ! Je lis tes hypothèses avec plaisir, tu devrais bientôt avoir des réponses à la plupart de tes questions sur cet artéfact.

Tout pourrait effectivement être prévu avec Ronan, mais il y a une petite nuance à la fin de ce paragraphe - où elle dit qu'elle n'arrive pas vraiment à se dire que cette vie pourrait être pour elle. Ronan est un excellent parti mais... il y a quelque chose d'autre. Mystère, mystère !

Je te souhaite déjà une bonne lecture de la suite, le chapitre III est ma foi assez intéressant (de mon point de vue hyper objectif, bien sûr!) j'ai hâte d'avoir tes retours dessus :)

Merci encore et à bientôt !
Edouard PArle
Posté le 11/07/2022
Coucou !
Je suis un peu pénible mais je changerai bien ce titre de chapitre aussi mdr "Une larme de cristal" c'est très joli mais je ne comprends pas trop à quoi ça fait référence. Peut-être un truc du genre le pendentif ?
En tout cas, tu amènes pleins de nouveaux enjeux, notamment ce très intéressant collier. Le fait que j'ai bien accroché aux personnages donne du poids à toutes leurs interactions. Je suis même intéressé par la relation Ronan / Luna alors que je ne suis d'habitude pas hyper fan de romance xD Curieux de voir ce qu'ils vont construire ensemble ces deux là, j'imagine qu'il y aura quelques embûches / imprévus.
Le mystère des origines de Luna est aussi bien amené, j'espère que la résolution sera originale (j'ai des attentes vu ces deux premiers chapitres ahah)
Encore une fois, très très belle découverte, je risque de passer pas mal de temps chez toi ce mois-ci xD
Mes remarques :
"mais s’épuisait jour après jour. Puis vint la neige." je trouve la transition entre les deux perfectibles, peut-être mettre une phrase de liaison. Surtout que le "puis vint la neige" est super bien trouvé !
"Nous attendîmes, protégés par la forêt sombre engoncée entre deux pans escarpés." peut-être glisser une petite virgule pour aérer ?
"Le ciel était uniformément gris et n’avait que peu gagné" -> le ciel gris n'avait que peu ? (un verbe être et un adverbe de moins)
"bien que ni Ronan ni Artenos ne fût parvenu à la même conclusion." Ronan et Artenos = ils
Un plaisir,
A très bientôt !
LouiseLysambre
Posté le 11/07/2022
Hahaaaa, le retour!

Alors là pour le coup, la larme de cristal est une droite référence au collier, donc je pense que je vais le garder tel quel, c'est plus poétique je trouve :)

Héhé, tant mieux si on pressent quelque chose entre Luna et Ronan, on va dire que la narration va un peeeetit peu dans ce sens (même si Luna émet certaines réticences). Il va falloir attendre un peu pour en apprendre plus sur les origines de Luna, mais ça va venir progressivement - on va encore construire un peu la hype ;) j'espère que la suite te plaira autant !

J'ai bien pris notes de tes retours aussi sur la forme, merci encore !

À tout vite :)

SaltyMogui
Posté le 01/07/2022
Re-salut
Et bim, déjà beaucoup de profondeur apportée à ce second chapitre. On commence à pressentir la complexité du monde qui nous entoure et des enjeux qui se construisent autour de Luna. C'est cool, le rythme est très bon !
LouiseLysambre
Posté le 01/07/2022
Hello hello :)
Merciii pour ton avis ! Pour ces premiers enjeux, le collier se fait effectivement direct la part belle, l'élément déclencheur en chef - là où le premier chapitre laissait peut-être croire que la fuite désespérée l'était déjà en soi ;)
Maluca
Posté le 30/06/2022
Coucou,

Que de rebondissements dans ce chapitre deux ! J'aime toujours qu'on puisse sentir la complicité et l'amour entre Luna et son père, c'est vraiment beau dans un contexte un peu compliqué de la fuite. Et puis le fait qu'on voit la relation avec Ronan qui s'approfondit aussi, je me demande s'il va y avoir rapprochement :P mais en même temps Luna n'a pas l'air si intéressée que ça, d'après ce que j'ai compris ?

Et puis ce collier et le rêve, peut-être des pouvoirs qui attendent de se développer : c'est hyper intriguant, j'ai trop hâte de lire la suite !! J'aimerais bien en savoir plus sur la maman de Luna aussi, mais j'imagine que ça va venir un peu plus tard.

Les descriptions sont toujours aussi belles, sinon, et les dialogues, j'aime beaucoup quand c'est Artenos qui parle, c'est bien imagé comme j'imagine un Conteur pourrait parler.

En bref, j'arrête là mon commentaire mais pas ma lecture !!
LouiseLysambre
Posté le 30/06/2022
Bonjour bonjour !

Merci pour ton commentaire, je suis ravie que ce 2e chapitre t'ait plu, sur la lancée du 1er :) la relation Luna-Artenos est effectivement très importante pour moi, et pour la narration aussi finalement. Ils puisent leur réconfort chez l'un et l'autre, et cet amour inconditionnel, c'est vraiment leur force. Je n'en dirai pas plus pour Luna et Ronan haha il va falloir lire la suite ;)

Je te souhaite une bonne continuation vers le chapitre 3 !
Théa Chevêche
Posté le 22/06/2022
J'aime beaucoup, comme le premier chapitre.

Je trouve ça intéressant d'avoir fait mention des mauvaises relations qui s'installent parmi les rescapés, c'est un détail mais ça donne un côté réaliste, à mon avis. J'imagine les premiers élans de solidarité, puis la violence qui arrive parce que leur état de détresse dure trop et les pousse à bout...

Je suis passée par plein d'interrogations après que Luna ait obtenu son collier. Selon moi on sent que les événements étranges commencent sans en comprendre tout de suite la cause, et ça rend le tout mystérieux et captivant. Je n'ai pas tout de suite pensé au collier lorsqu'elle se réveille sur un "cauchemar", puis ça devient peu à peu plus évident qu'il a un pouvoir (sans savoir lequel et si Luna en sera victime ou actrice), et sa nature pose question. Bref, c'est mystérieux, j'ai envie d'en savoir plus.

Sinon, l'image de Ronan "sautillant comme un dahu" m'a fait beaucoup rire (je ne sais pas si c'était voulu).

Quelques petites fautes :
-"la chaleur de l’été déclinait plus vite que nous l’aurions souhaité au crépuscule du mois de Thermidor" : j'ai l'impression que la phrase est un peu longue, comme s'il manquait une virgule ou qu'elle pourrait être formulée différemment
- "Je ne pouvais me débarrasseur du sentiment"
- "Je tirai la fine chaîne de sous mes couches de laine bouillie et lin usé à la trame" : "de lin" ?

PS : J'ai commencé un roman de fantasy aussi, et... c'est rigolo, on a des expressions similaires par moment, par exemple "mer de brume", ou plus généralement le monde sombre et hivernal avec des mentions de créatures du folklore par-ci par-là (ah oui, et aussi l'expression "Bons Dieux").
LouiseLysambre
Posté le 22/06/2022
Re-bonjour Théa !

Et hop, un petit chapitre 2 terminé haha merci infiniment !

C'est vrai qu'en y songeant, je ne vois pas comment l'ambiance parmi un groupe de rescapés comme le leur peut garder son calme, sa bonne humeur - ils ont vécu des choses horribles et savent que ce qui les attend ne sera pas forcément hyper joyeux non plus. J'aime bien décrire des ambiances en demi-teinte, ça renforce toujours le côté réaliste selon moi.

On entre dans le vif du sujet avec le collier - c'est très chouette que tu aies vécu ce moment avec beaucoup de questionnement, c'est le but ! J'espère que la suite de l'intrigue te plaira autant ;)

Ronan a beau être forgeron, c'est un pitre - et donc oui, cette image là lui va particulièrement bien ! (j'adore le dahu, ça a toujours bercé mon enfance)

Trop bien pour tes propres écrits ! J'imagine que quand on se lance dans ce genre-là, on a tous plus ou moins tendance à avoir un peu les mêmes images/sensations en tête, du coup pas étonnant qu'on arrive sur des expressions similaires. En tout cas moi, ça me plaît toujours autant ces ambiances !
Maé
Posté le 14/06/2022
Hello !

Après avoir lu le premier chapitre je me suis donc lancée avec plaisir dans celui-ci qui ne m’a pas déçue. J’ai cru voir une faute ici : « Nos escapades finiraient par se faire moins innocentes, la chasse un simple prétexte et peut-être un jour finirais-je par l’embrasser, lasser de le voir hésiter. » Il me semble que cela devrait être « lassée » puisque c’est Luna qui s’exprime. Mais à part ce petit détail j’accroche à tout.

Ce chapitre nous emmène sur les traces du passé de Luna et une intrigue commence à se nouer. J’ai hâte d’en apprendre plus sur ce fameux collier et les pouvoirs qu’il recèle. Le principe de co-conscience (je ne sais pas si le mot est le bon mais je trouve pas mieux ^^) se comprend très bien, ce n’est pourtant pas un exercice facile de rendre clair et compréhensible un tel pouvoir.

J’aime beaucoup découvrir le folklore ou les références culturelles et ta manière de les revisiter. Ton univers apparaît avec beaucoup de clarté sans pour autant devoir insister sur d’interminables descriptions sans queue ni tête.

J’ai hâte de lire la suite ^^

A la revoyure !
LouiseLysambre
Posté le 15/06/2022
Salut salut !

Mais oui mais tu as tout à fait raison, ce "lasser" est absolument intolérable ! Je l'ai corrigé, merci pour tes yeux aiguisés, ce n'est pas faute d'avoir relu ce chapitre environ 8000 fois pourtant ^^

Tu as super bien résumé cette fameuse co-conscience, je crois que je n'aurais pas fait mieux ! C'est d'autant plus gratifiant que je me demandais si c'était bien clair - j'avais dû retravailler un peu ce passage suite aux retours de mes beta-lecteurs donc si maintenant ça fonctionne, c'est all good !

J'espère que ta plongée dans mon univers continuera sur cette lancée, merci encore pour tous tes gentils mots et à très vite !
JeannieC.
Posté le 13/06/2022
Hey coucou =D
Me revoici, et c'est toujours un plaisir de te lire :)
Si je devais avoir une petite remarque / interrogation, c'est sur les deux premiers paragraphes. Ils me semblent un peu détachés. Ils sont clairement là pour faire passer des infos, ça, pas de problème, mais qu'est-ce que ça peut générer à Luna comme pensées plus intimes à ce moment-là ? Quelles émotions et réflexions elle a qui justifient ces infos ou en découlent ?
Et une petite question que je me pose : "Pourquoi diable êtes-vous partis sans prévenir quiconque ?" > Simple interrogation, est-ce que le diable est une notion pertinente dans ton univers ? Vu que c'est de la fantasy, est-ce que dans leur culture il y a le diable pour que ça justifie cet emploi ?
Autrement, tout le périple dans ce rude hiver est immersif à souhait. C'est intense, la description de cette pénible marche, de la neige qui arrive, les malheureux qui tombent sous les assauts du froid, la maladie, avec la buée, la prise des vêtements aux morts, tout ça. Je ne sais pas si tu as déjà lu le poème d'Hugo sur la retraite de Russie, "L'expiation" je crois - les descriptions des militaires en proie au froid est assez dingue. Les engelures, les gens qui se congèlent vivants, ceux qui tombent et ne peuvent même plus se relever, les chevaux morts qui sont éventrés pour se réchauffer dedans. 'Fin bref, petite association d'idées ^^
Et wow, que de pistes intéressantes que le passé de Luna à travers les mots et révélations du Conteur. J'imagine un mystère autour de sa naissance et de ce collier, et me demande à quoi elle va désormais employer son pouvoir ! Super aussi, le passage autour de la blessure <3
A bientôt ! :D
LouiseLysambre
Posté le 14/06/2022
Coucouu !

Mille mercis pour tes gentils mots, je suis trop contente que le chapitre 2 te plaise !

Par rapport à tes remarques, c'est vrai que les 2 premiers paragraphes sont assez détachés, presque d'un point de vue externe. Je pourrais rajouter que Luna est curieuse à l'idée de découvrir la Cataracte, qu'elle a hâte (comme beaucoup) d'y être et de s'y trouver en sécurité. Pour ce qui est de l'ascension des montagnes, cette partie là est vachement importante, mine de rien (on le saura par la suite), donc là aussi je pourrais forcer sur le côté admiration / peut-être même l'envie de se dire qu'un jour, elle essaiera d'aller voir ce qui se trame de l'autre côté. En tout cas c'est vrai que, maintenant que tu le dis, y'a matière à rajouter deux trois pensées par là-dessus.

Pour le diable et les anges, j'en fais mention plusieurs fois, sans connotation religieuse. Je ne l'explicite par forcément dans la narration, mais un diable est une personne agitée/mauvaise/disgracieuse, un ange est une personne adorable/calme/agréable, davantage liés à des souvenirs de folklore local du Nord qu'au sens religieux qu'on peut en avoir de notre côté. Un diable serait un petit génie domestique malfaisant, un ange une nymphe qui aide les perdus à retrouver leur chemin. Mais c'est vrai (aussi) que ça peut porter à confusion, et j'avais hésiter à les employer. Si je trouve une autre alternative, je verrais pour remplacer, mais ç'pas facile !

Je ne connais pas "l'expiation" mais je veux bien croire, connaissant le monsieur, que c'est aussi immersif et hard à souhait haha :D

Je pense que je vais poster petit à petit la suite ici, en attendant les retours (fingers crossed) des maisons d'édition, donc tu me diras si tes hypothèses se sont vérifiées ou non ;)

Des bisous !
Vous lisez