Tempête de fans

Par Bleiz
Notes de l’auteur : Bonjour,
J'ai quelques doutes par rapport à ce chapitre, notamment s'il n'est pas trop ennuyeux à lire. Le titre n'est pas top non plus, je crains. Il manque quelque chose, je pense, mais je n'arriveras à mettre le doigt dessus. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et bonne lecture !

10 Octobre :

Il est regrettable que ma ponctualité ne soit pas partagée par tout le monde. Mon rendez-vous avec Charlotte était à 14 heures et celle-ci n’est arrivée qu’à 14 heures 15. Elle sait pourtant pertinemment que je déteste attendre ! Néanmoins, je n’ai rien laissé transparaître de mon agacement : quelque chose me disait qu’un simple commentaire désobligeant de ma part la ferait exploser sur-le-champ. 
Ça m’a fait tout drôle de la revoir. Nous ne nous étions pas vues depuis que j’ai eu l’idée de faire découvrir au monde ma formule mathématiques... sans parler de la légende qui s’est créée autour de mon succès au Loto. 
Elle était fidèle à elle-même aujourd’hui : jean déchiré, veste en cuir, bottes de motard, henné sur les mains et regard assassin. Du Charlotte tout craché ! En guise de geste de réconciliation, je me suis levée de mon banc pour aller à sa rencontre.

« S’lut Karlsen.

-Bonjour Marchand. Comment vas-tu ?

Elle fronça les sourcils, son nez se plissant, et ne dit rien. On ne peut pas dire qu’elle soit loquace d’ordinaire, mais là, je le sentais mal. 

« On peut aller prendre quelque chose à boire si tu veux, après tu pourras me dire pourquoi tu m’as fait venir ici.

-Pas la peine, on peut discuter ici. »

Je soupirais. Adieu mon chocolat chaud recouvert de crème, bonjour reproches non-mérités et assommants ! Je me rasseyais donc sur mon banc tandis que Charlotte se laissait tomber à côté de moi. Il y eut un moment de flottement au cours duquel elle semblait chercher ses mots. Visiblement elle ne les trouva pas, ce qui l’énerva et au lieu d’un discours poignant et bien construit, elle rugit :

« Pourquoi tu ne m’as pas prévenue, espèce d’idiote ?!

-Des lettres ?

-Oui, et de ta capacité à lire l’avenir surtout ! »

Là aussi, j’ai senti que c’était un moment crucial. Une simple révélation et en moins d’une minute, j’avais un nouvel allié. Mais soyons francs, lecteurs : si j’avais voulu me rendre la vie facile, cette histoire n’aurait jamais vu le jour.

« Comprends que c’est difficilement le genre de choses qu’on avoue.

-M’en fiche ! On est partenaires, non ? Tu aurais dû me le dire. Tu te rends compte de tout ce que ça change ?

-Ça change quoi ?

-On va devenir riches !!

-Je suis déjà riche, j’ai gagné au Loto, tu te souviens ?

-Ose me dire que tu n’aimerais pas gagner encore plus d’argent. Tout ce juteux business, ces défis à remporter... un empire à construire même ! »

Voilà pourquoi Charlotte et moi, nous passons plus de temps ensemble qu’avec n’importe qui. Nous nous comprenons, nous avons la même façon de penser, les mêmes intérêts... parfait pour de futures associées ! Je me surpris à sourire rêveusement. Au fond, c’était encore meilleur que ce que j’avais imaginé. Je nous voyais déjà, Charlotte et moi, tels deux Picsous nageant dans une piscine de monnaie -bien que faire le crawl dans des billets doit sûrement être plus simple.  

« Mmm.

-Ne me mmm pas ! Dis-moi plutôt ce que tu comptes faire à présent. Vendre tes visions ? »

Quand je vous dis que cette fille a un coup d’avance sur tout le monde. Je m’empressais donc de lui raconter la visite de Monier et les négociations qui s’étaient ensuivies. Et là, au lieu de me féliciter pour ma sagacité et mes qualités de businesswoman, Charlotte se claqua le front.

« Mais c’est idiot ce que tu as fait !

-Je te demande pardon ?! » m’insurgeais-je en la dévisageant de bas en haut.

« Bon sang Karlsen, t’es vraiment pas taillée pour les affaires. Tu aurais pu demander bien plus, le faire patienter, le mettre à ton service !

-Il était 7 heures du matin, je venais de me réveiller, j’ai fait ce que j’ai pu, » rétorquais-je, vexée.

Charlotte leva les yeux au ciel.

« La prochaine fois, appelle-moi, d’accord ? Je me chargerai de t’écrire un contrat digne de ce nom. »

Le début d’une vraie relation professionnelle. Avec une personne en qui j’avais confiance. Pour un peu, j’en aurais pleuré. Il est rare d’avoir quelqu’un sur qui on peut compter avec autant d’assurance que Charlotte Marchand. La pudeur m’interdit bien sûr de lui dire tout cela mais je crois qu’elle avait compris. Après tout, désormais, c’était mon agent. 

« On peut aller prendre quelque chose à boire maintenant ?

-Allons-y, sinon je sens que tu vas me casser les pieds. »

Nous nous dirigions vers un café propre aux grandes surfaces comme l’était le centre commercial quand Charlotte me demanda :

« Qu’est-ce que tu vas faire des maths ?

-Comment ça ?

-Ben... tu peux lire l’avenir et ça déchire, mais ta passion à toi, c’est les maths. Tu comptes laisser tomber ? »

Un frisson d’effroi me parcourut. 

« Jamais ! Jamais je ferais ça, c’est impossible !

-Ok, ok. C’était une simple question. »

Je me gardais de répliquer. Bien sûr, Charlotte ignorait que je n’avais même pas la possibilité d’arrêter les maths car celles-ci constituaient la base de mon pouvoir prophétique . Toutefois est-ce que j’allais pouvoir continuer mes travaux comme avant ? Sans doute que non. J’avais réussi un défi aussi ancien que l’existence humaine, dépasser les limites du présent, nul doute que plus d’un se serait arrêté là. Mais allais-je devoir m’arrêter là pour le bien de ma fable ? Lecteurs, c’est un problème sur lequel je ne m’appesantis qu’à présent que je retranscris ce moment. Pourquoi, me direz-vous ? Rien ne m’empêchait d’y réfléchir tout en marchant ou en discutant, mon cerveau est plus que capable d’accomplir une dizaine de tâches en même temps. La vérité est qu’alors que nous étions plus proche du café que jamais, un éclat de voix nous a fait sursauter :

« C’est elle ! C’est la devineresse ! »

Un garçon nous pointait -me pointait- du doigt, la caméra de son téléphone braqué dans notre direction. Il avait le regard un peu stupide et vague et les joues rouge d’excitation. Que mes lecteurs correspondant à cette description physique ne le prennent pas mal : je tiens juste à ce que vous visualisiez la scène au mieux. De plus, je suis sûr que ce pauvre garçon n’avait cette apparence qu’à cause de son âge. L’adolescence fait des ravages, ce n’est pas nouveau. Mais revenons à la scène, voulez-vous.

J’ai discrètement lissé ma robe du plat de la main. Première fois qu’on me reconnaît dans la rue, au moins de manière aussi frappante. Et pourtant, ce n’étais pas aussi satisfaisant que je l’avais espéré ? Je souris malgré tout de l’air angélique que je sais si bien imiter et m’approchais de lui :

« Bonjour. C’est moi, en effet, je...

-C’est trop cool ! Eh, tu peux me dire mon avenir ? »

Imbécile, va. Bien sûr que je peux, même pas besoin de sortir ma formule. Une simple addition suffit : une personnalité médiocre plus la délicatesse d’une paire de rangers en pleine tronche égalent à une vie misérable, vide de sens et de vraies relations d’amitié car qui voudrait d’un Australopithèque qui vous braque la lumière de son damné IPhone dans les yeux tout en vous braillant dessus ?!

« Je crains que ça ne se passe pas comme ça.

-Quoi, tu sais pas vraiment voir le futur alors ?

-Recule. »

Charlotte Marchand, héroïne de mon cœur et décidemment meilleure associée qui puisse être, venait de s’interposer. C’est une des choses que je n’avouerais jamais à haute voix mais à vous, lecteurs, je vous le confie : je lui envie parfois cette assurance. Surtout dans des moments comme ça. Qu’il est dur de ne pas rembarrer les gens pour protéger sa toute neuve célébrité ! Le garçon lui adressa un regard peu amène :

« T’es qui, toi ?

-Son associée. Et garde du corps.

-Pourquoi elle pourrait pas me lire mon avenir ? Elle veut pas, c’est quoi le problème ? »

Le ton commençait à monter. Il fallait que j’intervienne... 

« De quel droit oses-tu menacer l’oracle des dieux, malandrin ? »

C’est pas moi qui ai dit ça. La foule autour de nous avait grossi et visiblement l’un des curieux avait décidé de jouer les chevaliers blancs. Je me tordais le cou pour voir le mystérieux justicier ; une grand-mère au chignon blanc, armée d’une canne, s’écriait d’une voix stridente :

« Cette enfant est une envoyée d’Apollon, la nouvelle Pythie ! Montrez-lui tous le respect qu’elle mérite !

-Elle a raison, » s’exclama quelqu’un derrière nous.

« C’est une vieille folle, rien de plus ! La petite n’a sans doute même pas de vrais pouvoirs, c’est juste une vaste blague...

-Pas du tout ! Les Illuminatis sont derrière toute l’affaire, voilà la vérité ! »

La grogne montait autour de nous à toute vitesse. Chacun y allait de son commentaire, partageait son avis, braillait dans les tympans de son voisin pour lui expliquer qu’il avait tort. La tempête de leurs opinions crépitait dans le public et soudainement j’étais le spectateur. Les joues se gonflaient et lâchaient leurs tourbillons d’air et de mots qui se cognaient les uns dans les autres. J’étais perdue dans la contemplation de ces fronts rougeauds et des échauffourées qui naissaient quand une main captura la mienne.

« On se casse ! » siffla Charlotte en m’entraînant à sa suite. 

Échapper à la foule ne fut pas une mince affaire. J’esquivais une baffe pour mieux me prendre un coup de genou dans les côtes et Charlotte manqua de mordre un malheureux qui avait eu la mauvaise idée de s’attaquer à elle ; je crus également entendre quelques hypothèses prédisant que mes visions était l’annonce de l’arrivée prochaine des extra-terrestres ou bien que je fusse en vérité un agent du complot reptilien. Mais rien n’était sûr au milieu de ce brouhaha. 
Je ne me souviens plus comment nous sommes parvenues à sortir de la bagarre, encore moins du centre commercial. Courbée en deux, tentant sans succès de reprendre mon souffle, j’analysais à toute vitesse ce qui venait de se passer tandis que Charlotte brandissait un poing menaçant en direction des ombres qui se battaient toujours :

« Bande de malades, va ! C’est de la folie. »

Elle se retourna vers moi, encore fulminante. 

« Je me demande si c’était une bonne idée, ton affaire. Annoncer comme ça que tu vois l’avenir, c’est pas sans conséquences...

-Évidemment que non ! » me récriais-je. « L’argent, la célébrité, des portes ouvertes vers la longévité historique, les voilà tes conséquences. Après tous les efforts que j’ai fournis, ce n’est pas quelques illuminés qui vont m’arrêter. »

Mon assurance sembla rassurer mon associée qui me répondit d’une voix légèrement apaisée :

« Si tu le dis.

-Mais oui ! » insistais-je en époussetant le bas de ma robe. « Rappelle-toi ce que tu disais plus tôt : toi et moi, on va créer un empire ! 

-C’est ça. Tu comptes faire quoi ?

-Quoi, maintenant ? Rentrer chez moi sans doute, je commence à avoir sacrément faim. »

Charlotte me claqua l’arrière du crâne en s’exclamant :

« Je parlais de notre business ! C’est quoi ton plan ? »

En voilà une bonne question. Comme vous vous en êtes sûrement rendu compte, lecteurs, malgré mes débuts très organisés, cela faisait quelques temps que je me contentais de voguer au fil de l’eau. Je réfléchis un instant avant de lâcher :

« Je ne sais pas trop. Je ne croyais pas vraiment arriver jusque-là... Pour un temps, asseoir ma réputation. » 

Je grimaçais en repensant à la scène au centre commercial. Il fallait à tout prix faire taire les soupçons avant d’envisager quelque étape suivante.

« Et tu vas faire ça comment ? » demanda Charlotte en m’emboitant le pas.

« En laissant mon don éclater à la face du monde, ma chère ! Prédire des évènements publics, travailler pour de grandes entreprises... du moment que ça rapporte et que les gens comprennent que les résultats du Loto n’étaient pas un coup monté, tout me va. »

Je pensais vraiment ce que je disais, lecteurs, et je le pense toujours. Vous savez la vérité et, de ce fait, savez aussi que je suis vraiment en mesure de prédire l’avenir. Pas comme le public l’entend mais les faits sont là. Douter de moi est absolument inacceptable et j’entends bien le leur faire comprendre !
Le reste de la journée s’est déroulé tranquillement. Une fois à la maison, j’ai couché sur la papier une poignée d’idées pour la suite de cette aventure. Je vous en parlerai dès que j’aurai des résultats.
 

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Sylvain
Posté le 19/01/2022
Coucou!

Je ne vois pas pourquoi tu avais peur que ce chapitre soit ennuyeux, il est très agréable à lire.
En ce qui concerne Charlotte, elle ne colle pas complètement à l'image que je m'étais fait d'elle dans les chapitres précédents.
Je suis étonné de la voir chercher ses mots au débuts, ou de la voir hésiter plus tard en se demandant si c'est une bonne idée. Je la voyais plutôt comme quelqu'un qui n'hésite jamais et qui a tout planifié en amont. Je l'imaginais entrer directement dans le vif du sujet en expliquant à Karlsen comment elles allaient agir: plan de financement, marketing, placement en bourse etc etc.
A la fin, elle demande à Ingrid quel est son plan. Je trouve que ca ne colle pas trop avec quelqu'un qui a toujours un coup d'avance.
Le passage avec les fans est très sympa, j'aime beaucoup l'allusion aux Illuminati^^

A bientôt
Bleiz
Posté le 22/01/2022
Bonjour !
J'avais peur qu'il soit ennuyeux car je sais que des évènements plus importants arrivent après, donc je crains en comparaison qu'il ne soit un peu lent. mais je suis ravie que tu le trouves agréable ! Tu as un peu raison pour Charlotte, j'essaye de trouver un équilibre entre son caractère assez enflammé et son côté plus manager et amical envers Ingrid. Je note tes remarques !

À bientôt :)
Edouard PArle
Posté le 03/01/2022
Coucou !
Ce chapitre ne m'a pas ennuyé du tout. Il est court et distille des indices sur la problématique du succès que va rencontrer Ingrid. C'est celui que j'ai trouvé le plus amusant depuis le début de l'histoire (je t'ai mis mes passages préférés dans les remarques). J'ai beaucoup aimé le passage avec la vieille dame et les fans hystériques.
Le titre colle bien avec ce qui est raconté donc je suis un peu étonné de ta note d'auteur.
Mes remarques :
"Nous ne nous étions pas vues" -> plus ?
"tels deux Picsous nageant dans une piscine de monnaie" très parlant comme image ahah
"Imbécile, va..." Ce paragraphe est génialissime xD
Un plaisir,
A très bientôt !
Bleiz
Posté le 03/01/2022
Bonjour,
Merci pour tes remarques ! Je suis contente qu'il t'ait fait rire, j'ai aussi pris beaucoup de plaisir à l'écrire. C'est juste que, par rapport au coeur de l'intrigue qui arrive plus tard, je me demande si je ne prends pas trop de temps, même si ces chapitres sont nécessaires. Quant au titre, je me suis rendue compte que mes chapitres étaient trop longs. Donc je dois les couper et trouver de nouveaux titres juste avant de les publier ici x) D'où mon inquiétude !
À très bientôt !
Edouard PArle
Posté le 03/01/2022
Je vois pour les titres, celui-ci ne m'a pas semblé dérangeant.
A très vite (=
sifriane
Posté le 27/12/2021
Salut Bleiz,
Le titre est marrant, et ce chapitre n'est pas du tout ennuyeux, il fait très réel je trouve. Le suspense est bien là, on se demande comme Ingrid va bien pouvoir se dépatouiller avec tout ça.
A bientôt
Bleiz
Posté le 27/12/2021
Salut Sifriane,
Merci pour ton commentaire ! Je suis contente que ça te plaise. Tu vas voir, la façon dont Ingrid va gérer les choses va être surprenante pour le moins (en tout cas, j'espère) :)
À bientôt !
Benebooks
Posté le 16/12/2021
Je n'ai absolument pas trouvé ce chapitre ennuyeux, il est tout aussi fluide que le reste ! Ce genre de chapitre avec moins d'actions et/ou de suspense est de toute façon nécessaire dans une histoire. Voir comment les gens réagissent face à cette devineresse est une étape obligatoire ^^
Bleiz
Posté le 16/12/2021
Merci pour ton retour, ça me touche beaucoup que l’histoire te plaise! C’est vrai que c’est une étape obligatoire, mais j’ai peur parfois que ce genre de passage soit trop lourd. N’hésite pas à me dire si tu trouves d’autres incohérences ou petits défauts !
Vous lisez