Syndrome : Solitude

Notes de l’auteur : Je me suis laissée allée à un essai un peu flou, après plusieurs mois sans avoir rien écrit. J'ai essayé de ne pas trop aborder le vif du sujet des handicaps mentaux, parce que ça reste quelque chose de très complexe, mais pour connaître certains de ces troubles et les trouver assez peu exploités, j'ai eu envie d'écrire quelque chose sur un de ces maladies. Alors... Je n'étais pas du tout partie sur ça, à la base, mon cerveau a dit "nope", et voilà avec cette petite histoire courte..

J'espère qu'elle vous plaira, et je prends d'ailleurs tout commentaire du moment qu'il est constructif !

Tour à tour, je les avais regardés. Ils ne semblaient pas s’en rendre compte, mais chaque mot qu’ils employaient me brisaient le cœur. Peut-être avaient-ils pensé que je ne les comprenais pas ? Chaque parole qu’ils s’envoyaient, l’air de rien, pour se blesser l’un et l’autre me faisait l’effet d’un coup de poignard, taillant en pièce chaque espoir que j’avais sur l’avenir. 

Papa criait sur Maman, en lui disant qu’elle n’avait jamais rien su faire de bien, que même le ménage était toujours raté. Il lui hurlait qu’elle n’était qu’une pauvre fille, et que sans lui, elle n’aurait jamais été quelqu’un. Qu’elle aurait pu crever la bouche ouverte, sans lui, personne ne l’aurait aidée. Maman n’avait de cesse de pleurer, et essayait en vain de sécher ses larmes d’un revers de sa manche. J’avais eu de la peine pour elle, jusqu’à ce qu’elle lui rétorque qu’elle n’avait jamais été heureuse à ses côtés, et que rien n’aurait enlevé le sentiment d’être passé à côté d’une vraie vie. A côté d’avoir des enfants normaux. Ces mots avaient résonné dans ma tête pendant des semaines. 

Qu’étais-je, pour eux ? Je me sentais humilié par le fait qu’il n’arrêtaient pas de m’oublier dans l’équation. Pensaient-ils vraiment que je ne comprenais pas ? Je ne parlais pas, c’était une chose des plus certaines mais… Je n’en restais pas moins une personne normale. Et puis, dans leur dispute, papa avait frappé maman. Elle était tombée sous la violence du choc. Je m’étais jetée sous elle pour la rattraper, mais je suis tombée à mi-chemin. J’ai cru que je mourrais. Quand j’ai rouvert mes petits yeux, le haut du cou de maman était en sang, et elle ne bougeait plus. Et papa était parti.

J’avais essayé d’alerter les voisins, mais en me voyant à leur porte, certains avaient simplement soupiré. Il fallait dire qu’ils ne m’aimaient pas vraiment beaucoup. J’étais la bizarrerie, qui s’exprimait en faisant de drôle de bruits, qui riait sans raison. Mais là encore, je n’avais pas réussi à exprimer la crainte dans mes expressions. Il aura fallu que j’aille taper chez la vieille dame qui me gardait de temps en temps quand papa et maman travaillaient. Elle était venue avec moi, et en entrant, elle avait prononcé un mot qui m’avait fait des frissons dans le dos, bien que personne ne l’avait remarqué. “Morte.” Elle avait appelé la police, et expliqué la situation.
«Je ne sais pas où est le père. Il est injoignable. Mais la petite est atteinte du Syndrome d'Angelman, à un niveau assez important. Elle ne contrôle ni ses émotions, ni ses gestes… Elle pourrait très bien avoir causé ça. »

J’aurais pu paniquer quand elle avait dit ça. Mais mon cerveau n’avait pas correctement enregistré. Tout comme il avait peut-être déformé mes souvenirs. Je me souvenais de la colère, de la tristesse, de la peur et de l'inquiètude. Du reste, tout était flou. Elle avait raison. ça aurait très bien pu être moi. Après tout, je ne me souvenais pas clairement. Est-ce que j’avais touché Maman ? Est-ce que papa est parti avant ou après l’accident ? Sans lui, on ne le saura jamais. Et moi, je ne saurais jamais, et ne pourrais ni parler pour dire la vérité aux enquêteurs, ni me souvenir exactement de ce qu’il s’est passé. Mais je ne comprenais pas une chose : désormais, je serais seule.

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Baelfire
Posté le 15/11/2020
Déjà pour un enfant, maladie mentale ou non, c'est toujours très dur d'assister aux disputes des parents. Souvent mis de côté, alors qu'ils voient et comprennent beaucoup de choses. Ce sont toujours eux qui souffrent le plus au final.
La mémoire aussi ... Certains mots sont violent et même enfant, on les retient. Il peut y avoir beaucoup de séquelles .... Le poids des mots hein.

C'était vraiment intéressant de voir le problème du point de vu de la personne qui est malade. Honnêtement à la fin du texte, j'ai eu un sentiment d'injustice, je n'avais pas compris qu'il y a également un réel doute sur le fait qu'elle soit "coupable". Je pensais vraiment qu'elle était accusée à tort et qu'à cause des propos, elle doutait d'elle même. Jusqu'à que je lise les commentaires ... On ne connait pas bien tous les handicapes physiques ou mentaux !

Merci pour ce texte !
MelaisHidden
Posté le 15/11/2020
Oui, les disputes des parents peuvent être très violentes dans le développement des enfants, et parfois, un simple geste de violence "banale" comme de renverser une chaise ou un livre, ça peut être traumatisant (en dehors du bruit que ça cause).

Réaliser être l'objet de la dispute, c'est sûrement le pire, et plus dur encore à retranscrire...
Dans ces moments là, les enfants oublient souvent beaucoup de choses pour se protéger, mais la mémoire est trompeuse, et peut même effacer des souvenirs positifs, s'ils sont liés à ce qui leur fait du mal...

Comme je disais, c'est une maladie très complexe, parce que la personne n'est pas totalement consciente de ce qu'elle fait ou pas, et il y a d'ailleurs beaucoup de procédés qui sont mis en place ces dernières années pour pouvoir "transcrire les mots" des personnes ayant différents handicaps mentaux, notamment ceux qui privent de l'usage de la parole et de la capacité de s'exprimer à l'écrit ou par le langage des signes. Mais c'est assez incertains, et comme ils n'ont pas du tout la même perception que nous... souvent c'est plus un ressenti qu'un souvenir qu'ils peuvent exprimer via ces procédés donc... Peut-être que toujours, elle vivra avec le doute :(

Merci à toi pour ce commentaire ♥
Rimeko
Posté le 14/11/2020
Coucou Melais !
Euh, effectivement, t'as pas fait dans le joyeux là... c'est horrible de voir cette scène à travers ses yeux, de constater l'agacement des voisins alors que...
Deux petites coquillettes : "Il lui hurlais (hurlait) qu’elle n’était qu’une pauvre fille [...] personne ne l’aurait aidé(e)"
Un beau texte sur un sujet dont on ne parle pas assez, surtout autour de l'attitude des parents, du poids que ça met sur leur couple, mais sans tomber dans le "oh les pauvres parents d'un.e enfant handicapé.e", donc bien joué ! Au départ je pensais que la petite était autiste d'ailleurs, j'avais jamais entendu parler du syndrome d'Angelman...
MelaisHidden
Posté le 14/11/2020
Coucouuu !
Haaa, merci pour les deux coquillettes, c'est corrigé ! Je t'avoue qu'à la base, j'étais partie pour un nouveau OS "faites le avec le sourire" (le premier n'est jamais sorti..) et je sais pas comment, en me laissant écrire, j'en suis arrivée à ça pour parler de ce syndrôme.
Je connais beaucoup moins l'autisme, et je trouve qu'il est souvent banalisé, rendu pas du tout comme on peut le sentir au contact de ceux qui ont le syndrôme de Down et... Je voulais pas encore plus risquer de grossir certains traits.. Même pour Angelman, j'ai préféré parler rapidement des handicaps.

Je sais que c'est horrible comme vision, mais d'ailleurs, on ne saura jamais si c'est le papa ou elle qui aura eu un geste trop fort, et qui aura fini de tuer la maman.. La brutalité, parfois même dans les gestes les plus doux, c'est le lot du quotidien dans cette maladie, et ça me tenait à coeur de le montrer, mais tout en douceur..
Rimeko
Posté le 14/11/2020
"Faites-le avec le sourire"... ?
Oui c'est sûr que l'autisme est souvent mal représenté, avec des personnages généralement orienté "surdoués en science" (et masculins la plupart du temps...)
Ah moi j'étais sûre que c'était le père qui l'avait tuée, tiens...
MelaisHidden
Posté le 14/11/2020
C'est un défi qui m'a été lancé lors d'un stream d'une autrice que je suis ! On a fait un sprint d'écriture, mais à l'époque, je n'avais pas mon histoire ! Et en gros, le thème imposé était "faites le avec le sourire". J'ai écrit une nouvelle et demie sur ce thème, mais aucune des deux ne me plait vraiment bien xD

oui, alors que le syndrôme de Down touche aussi les femmes, et ça n'est pas forcément un rendu de "surdoué en science".

En fait on ne saura jamais si c'est en essayant de surprotéger sa mère qu'elle a eu un geste brusque qui l'a fait se cogner mortellement, ou si c'est la chute liée à la gifle. Mais c'est vrai que souvent, comme les réactions des enfants d'Angelman sont plus brusques et violentes, surtout inattendues on aura plus de facilité à dire "ha, c'est sûrement elle, elle a du avoir un accès de folie" <----- ce que j'ai déjà entendu plus d'une fois..
Rimeko
Posté le 15/11/2020
C'est toujours inspirant les exercices d'écriture !
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