Supermassive black hole

Notes de l’auteur : Bonne lecture !

“Les trous noirs numériques sont causés par l’effondrement d’une base de données sur elle-même”, écrivit Albane dans le chat.

« On s’en tape de ses explications !, rugit Gaylor. C’est pas une encyclopédie dont on a besoin maintenant ! »

Albane avait vu l’activité de ses camarades se stopper sans qu’elle en connaisse la raison. Puis, elle avait vu des lettres de ses propres instructions se déplacer dans le chat pour former : “Nou alon ver trou noir”. Si elle avait eu le réflexe de taper une explication, ce n’était pas tellement dans le but d’informer ses camarades sur l’état de la situation mais plutôt pour clarifier ses propres idées. Il fallait que ses amis quittent la page au plus vite mais pour cela, elle devait leur faire gagner du temps.

“Continuer de taper le code source d’Eloann, je m’occupe du trou noir”, écrit-elle. Elle espérait que ses amis l’écouteraient. Pendant ce temps, il fallait qu’elle arrêtât la page au plus vite. Dans un premier temps, elle ajouta un maximum de liens pour stopper sa course dans l’espace en la raccrochant à d’autres pages. Avec un peu de chance, cela suffirait pour les maintenir hors de danger.

« Il faut aller plus vite !, cria Aby à Raphaël qui faisait toujours les aller-retours.

– Je ne peux pas faire mieux ! »

Il était déjà dégoulinant de sueur et à bout de souffle.

« Gaylor, il faut que tu portes tout seul la page pour que je puisse aller aider Raphaël, commença Lina. Dès que j’ai fait un aller-retour, je reprends ma place et tu me relais. »

Le jeune homme acquiesça malgré l’effort que cela lui demandait. Ils n’avaient pas le choix.

Soudain, la page s’immobilisa net.

« Albane nous a raccroché au reste du web ! cria Ludivine avec joie.

– Nous continuons de nous rapprocher du trou noir. »

En effet, malgré les liens qui les reliaient à présent au reste du monde et qui empêchaient qu’ils continuent à dériver, l’ancienne base de données continuait de les entraîner vers elle. Ils étaient trop proches, là où son champ d'attraction les tirait assez fort pour contrer les effets des liens.

Albane tapait à une vitesse folle sur son clavier mais se rendit compte que tous les liens qu’elle pourrait ajouter ne suffiraient pas à encrer la page avec assez de force pour qu’elle sorte de la sphère d’aspiration du trou noir. Il fallait à présent qu’elle créât une quantité importe de d’informations numériques pour le “nourrir” afin qu’il n’aspire pas trop ses amis.

La base de donnée cherchait sans cesse de nouvelles données à aspirer pour ensuite les compresser jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Rien ne ressortait plus du trou noir une fois qu’une donnée y était entrée. Par contre, la vitesse de transfert du trou noir était constante. Elle ne pouvait pas dépasser la vitesse de la fibre optique. En fournissant des données à aspirer, Albane ralentissait le transfert de la page vers le trou noir. Ses mains laissaient des traces de sueur sur les touches de son clavier. Ses joues irradiaient de chaleur et le stresse lui coupait le souffle.

« On y est presque ! » s’écria Ludivine.

Albane téléchargeait des films en HD au bout de la page, des musiques au hasard, des photos. Elle évitait les fichiers textes, trop légers.

Aby plaça le dernier morceau de code source et lança la recherche. Rien ne se produisit.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi ça ne fonctionne pas. »

Albane était désemparée, devant son ordinateur. Elle continuait de télécharger des données mais elle même n’était pas aussi rapide que la fibre optique et le trou noir gagnait du terrain. Elle activa micro et, tout en continuant ses manipulations pour leur faire gagner du temps, elle leur envoya une note vocale. Sa voix chevrotait :

« Si j’arrête d’ajouter de la donnée, vous serez engloutis par le trou noir. Les liens que j’ai ajouté sont déjà inutilisables. Ce sont des liens hypertextes tous bêtes, ils n’auront pas la puissance de vous faire quitter la sphère d’influence du trou noir. Seul le moteur de recherche aurait la capacité de le faire. »

Tous les membres de l’équipage étaient désemparés. Ils voyaient la fin s’approcher et restaient impuissants. Un bruit sourd comme une suite de coup de tonnerre tonnait à présent autour d’eux. Le son ne circulait pas dans l’espace mais le courant qui les parcouraient remplaçait les ondes sonores. C'était grâce à lui qu'il parvenait à se parler. Ils s'échangeaient des données. Ce bruit signifiait que des morceaux entier de page se détachaient avec fracas et tombaient dans le trou noir.

« Pourquoi ça ne fonctionne pas ?!

– Peut-être qu’Eloann a trouvé un moyen de retrouver son ancien code source, cria Aby pour couvrir le brouhaha. C’est un garçon plein de ressources ! Il a réussi à sortir du darknet, alors pourquoi pas ?

– Il faut tenter ! C’est notre dernière chance.

– Quelqu’un le connaît par cœur ? »

Ludivine et Lina se regardèrent. Il leur semblait qu’elles étaient capables, en partant du code source le plus récent, de retrouver de tête l’ancienne version.

« Jetez des données au trou pour nous faire gagner du temps pendant qu’on change de place les caractères. »

Raphaël, Gaylor et Aby se saisirent les lettres du chat entreprirent de les lancer vers la gueule du trou noir. La grande masse noire qui ressemblait à une fosse béante se rapprochait inexorablement. De temps à autre, un ordre de Lina ou de Ludivine fusait.

- Ramenez-nous un 5 ! Il en manque un dans le code.

« Ce serait le moment idéal pour avoir terminé, hurla Gaylor en voyant le bout de la page sur lequel il se tenait quelques instants plus tôt se décrocher et être emporté. »

Lina, sa masse de cheveux volant autour de son visage et le battant comme sous l'effet d'un vent déchaîné, venait justement de mettre le point final, ou en l’occurrence le ex.//29Mg? final au code. Sans attendre que les autres ne se tiennent prêt, elle activa la recherche. 

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