Subjugation

Soyons clairs. Je ne fuis pas. Je me replie. Je... oui… oui. Je serais idiote d’affronter la bête face à face. Je dois… réfléchir… Me cacher. 

Je cherche une ombre, la première, celle d’un arbre… Oui, celle d’un arbre fera l’affaire. Je…

 

Le loup...

 

FUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUISFUIS
 

... Marche… Devant moi.

 

Il va te tuer ! Te-tu-er ! TU-ER

Du haut de ces deux mètres, il avance. Lentement. Ses foulées puissantes s’enfoncent dans la terre humide. Il ouvre le pas à un défilé de flammes qui vitrifient le sol en quelques secondes... avant de disparaître dans un souffle. Je m’empare de mon fusil et le braque dans sa direction. Mes bras tremblent... si fort… Viser. Viser. Viser. Mon doigt se pose sur la gâchette. 

 

Le loup s'arrête, se tourne vers moi. Me voit-il ? Non, c’est impossible… Pourtant, j’ai l’impression que ces yeux d’un bleu à l’aura étrange se plongent dans les miens. Sa truffe hume l’air, s’approche de moi. La chaleur de son souffle me fouette le visage. Je fléchis, me recroqueville. Mon arme retombe mollement sur mes jambes. 

 

Ce regard…
 

Kadara lève brusquement la tête, ses oreilles s'agitent. Il recule alors de quelques pas puis bondit, pour s’évanouir dans un nuage de poussière. 

 

Et… quoi ? 

 

Quoi ? Le loup à disparu et... que me reste-t-il ? 

 

Un… échec ? Ai-je échoué

 

J’essuie la sueur froide qui mouille mon visage. L'adrénaline retombe et la douleur se réveille. Une souffrance bien vide de sens…

Je révoque la magie qui m’enveloppe. 

 

Je vais me lever, je dois me lever… J’ai juste besoin de quelques minutes…

 

— Dois-je vous raccompagner au camp ? 

 

Le commandeur réapparaît pour m'attaquer de sa voix moqueuse. 

 

— Je ne me souviens pas avoir crié, Lord Glenn.

 

— Et pourtant…

 

Ignorons-le. Je… 

 

— Aucune honte ne réside dans l'échec. 

 

Cette phrase, qu’Augustin n’aurait pas reniée, m'agace. Je me relève d’un bon. Ce n’est pas une question de « honte », mais de conséquences. Si je rate ma subjugation, que nous arrivera-t-il ? Que m’arrivera-t-il ? 

 

Mes pas me conduisent sur les lieux de la scène que je viens de fuir. 

 

Je ne rencontre qu’un terrain noirci, vide et silencieux, recouvert par une pluie de cendres. Mes chaussures font craquer le sol lissé par la chaleur.

La terre sinistre, aplanie sur plusieurs kilomètres, se présente comme une voie toute tracée vers les montagnes. Je m’agenouille, balaie la poussière d’un geste de la main. Je peux presque voir mon reflet sur le sol d’obsidienne, mais ce qui accroche mon regard...

 

Un crâne figé, ici, à jamais. 

 

En voilà, un beau tapis rouge de sang et noir de suie, un voile qui recouvre des morts vides de sens… Pourquoi l’as-tu déroulé, Kadara ?

 

Ces cadavres… Cette attaque envers le loup blanc… Pourquoi ?

 

Tu n’as pas le loisir d’y penser ? Non ? 

 

Bien sûr que si. La route est encore longue, jusqu’à Kadara. Dois-je oublier que je marche sur des dépouilles anonymes ? Dois-je négliger ces défunts comme j’en ai omis d’autres ? Dois-je…

 

Que feras-tu, face à Kadara ? 

 

Je n’en sais rien, je n’en sais fichtrement rien ! Ne pas mourir ? Me battre ? Me reprendre ! Je dois me reprendre ! Je me connais... Je… Avancer. Pour l’instant…

 

Je marche de longues heures, ne m'arrête qu’au crépuscule. Je ne m’attendais de toute façon pas à vaincre le loup blanc en une journée. 

Je m’écarte de la voie noire, cherche un abri avant que l’obscurité totale ne recouvre la forêt. Une fois trouvé, je récolte des branches mortes et si je crains d’abord à allumer un feu, la température qui au-dessous de zéro, finit de me convaincre. 

 

Avec du bœuf séché pour seul repas, je jette un bout de bois dans le brasier. J’ai l’impression que les flammes, pourtant vives, peinent à me réchauffer. Et… un bruit sourd. Je saisis mon fusil et… hésite. 

 

Et si c’était quelque chose de… 

 

Non ! 

Je m’enfonce dans les fourrés. 

 

Pas de loup, pas de braconniers. Juste une enfant. Une petite fille effrayée, tremblante, qui se recroqueville sur le tronc d’un arbre. Même si elle souhaite fuir, elle est bien trop affaiblie pour bouger. J’avance, en réaction, elle se roule en boule. La demoiselle ne doit pas avoir plus de six ou sept ans, mal vêtus, mais bien nourris. Blessée…

Je retire ma cape et la place sur ses épaules. Ses bras et son visage sont griffés, comme si elle avait fui quelque chose. Du sang séché salit ses cheveux noirs. Ses plaies ne me semblent pas mortelles, son hypothermie, elle, la met dans une situation critique.  

 

Que fait-elle ici au milieu de nulle part ? S’est-elle retrouvée malgré elle entraînée dans des combats ? Je crois… un village se trouve à quelques kilomètres à l’est. Vient-elle de là-bas ? Je la prends dans mes bras, je la réchauffe grâce à la magie. Elle referme ses petites mains autour de mon cou, alors que je la ramène près du brasier.   


 

— Lord Glenn ?  

 

Seul le vent me répond.

 

— Lord Glenn, quelqu’un ? 

 

Rien. M’a-t-on abandonné ? Sont-ils accaparés par autre chose ? Une enfant isolée, une créature en pleine frénésie meurtrière, un village, les soldats du Lys occupé… Une fille blessée et acculée… C'est beaucoup...

Je lui caresse le dos. 

 

— Que fais-tu ici, Petite Pousse ? 

 

La demoiselle me contemple, comprend, mais ne me répond pas.

 

— Où se trouvent ton papa et ta maman ? 

 

Un hurlement à la mort déchire la nuit. Je me lève, l’enfant entre mes bras. Le cri vient d’en face, à quelques mètres, tout au plus. 

La fillette se contorsionne, son regard en cherche l’origine. Je la pose et me place devant elle. Je sens ses petites mains qui s'accrochent à mon pantalon. Tant qu’elle reste derrière moi…

 

Des yeux bleus, ronds m’observent. 

Kadara se fraye un chemin entre les arbres, il semble… plus calmes. Même si les flèches qui percent son flanc doivent l’agiter. 

 

Je braque mon arme et la bête s'arrête à quelques pas de moi. Je n'ai pas la naïveté de croire que je lui fais peur… Mais sa blessure doit le rendre prudent… Donc…

 

Perdue dans mes pensées, je ne remarque qu’à la dernière minute que les mains de la Petite Pousse a lâché ma jambe. 

Elle court droit en direction du loup, droit en direction de la mort. Je… J’avance… Je précipite à sa suite pour la rattraper. Mes doigts manquent son épaule de quelques centimètres. Je lève les yeux vers Kadara qui bondit en avant… C’est trop tard, beaucoup trop tard… si… Si seulement mes bras étaient plus longs, si seulement…

 

La petite pousse perd l’équilibre… Mon fusil… Non, je suis beaucoup trop instable pour réussir mon tir... J'invoque les flammes et…

La fillette rencontre la poitrine de la créature et y enfonce sa tête. Délicatement, l’animal magique pose son museau sur son épaule. 

 

Un rire nerveux me parcourt et me plie en deux. Le récit de Kadara ! Comment ai-je pu oublier Le récit de Kadara ? Le loup blanc ne fait pas de mal aux enfants humains…

 

La bête lève les yeux vers moi. Je… Me voilà dans une situation bien gênante… Suis-je censée le combattre ? Où dois-je le laisser partir et rater ma chance ? La fille… Pas question de me battre devant elle contre une créature qui tient le rôle de sa mère adoptive. 

 

La Petite Pousse, insensible à l’ambiance comme les enfants peuvent l’être, fait demi-tour et s’installe devant les flammes et tend ses mains potelées vers elles. 

La cape semble lui plaire puisqu’elle se roule dedans et frotte ses joues sur la fourrure. 

Mais mon attention revient rapidement vers Kadara. J’ai décidé de ne pas l’attaquer, mais ce n’est pas pour autant qu'il ait pris la même décision.

 

Le loup m’observe de ses yeux bleus hautains. Il tourne son regard vers l’enfant et s’assoit en sphinx, plaçant ses pattes avant de part et d’autre de l’enfant. 


 

« Tu devrais fuir. » 

 

La voix de Kadara, dans mon esprit, me surprend. Les créatures parlent, mais elles ne s’adressent rarement à d’autres personnes que leurs mages. 

 

« Je me souviens de toi. Enfin, de l’autre toi. Cette fois, tu seras celle qui mourra. »

 

Le loup sait ! En un regard, il a compris… Comment ? 

 

« Je ne prends aucun plaisir à tuer. Mais si je dois, ainsi soit-il. » 

 

Ses yeux saphir appuient la menace. Dois-je fuir ? Ah ! Bien sûr que non. Je ne le supporterai pas une deuxième fois. Si je m'enfuis, je me détesterai jusqu’à la fin de mes jours...

 

« Ainsi soit-il. Attendons que l’enfant dorme. » 

 

Je me lève et désigne les flèches enfoncées sur son flanc. Je suis presque certaine de voir la gueule de la bête se déformer en une sorte de sourire. 

 

« Es-tu sûre ? »

 

Les créatures ne meurent pas, ce n’est pas pour autant qu’elles sont insensibles à la douleur. 

Mais je ne gagnerais pas parce que mon adversaire était affaibli…

 

Qu’est-ce que tu fais idiote ? 

 

Kadara me laisse le défaire des flèches qui le meurtrissent. La petite pousse ne tarde pas à sombrer dans un sommeil profond. D’un geste étudié, Kadara la récupère entre ses crocs, sans la blesser, ni la réveiller et ouvre la marche.Le lieu que la créature choisit pour notre combat n’est autre que cette terre brûlée, celle que j’ai fuie, celle où le loup a tant tué…

Kadara pose la Petite Pousse à la lisière du sol noir, invoque une flamme près d’elle, puis me regarde. Je dépasse la louve et… 

Louve ? 

 

... me retourne. 

 

Mon arme est chargée, ma magie me pique le bout des doigts. La créature me fait un signe de la tête, elle me laisse le premier coup. Mon pied frôle un crâne, calciné… Quel présage funeste ! Je braque mon fusil et tir. La détonation résonne dans le vide. Kadara l’évite dans un moment si vif que mes yeux ne peuvent l’interpréter. Un battement de cil et la louve se déplacent instantanément à ma droite, tout griffe dehors, prêt à détacher le haut de mon corps du bas. Mes pensées réagissent plus vite que moi. 

 

La nuit est notre royaume.

 

Les ombres entravent la créature, sa pâte, à demi levée, semble retenue par une toile noire. La pression… de la magie pèse sur mon âme et ma chair. Cette simple magie m'empêche de bouger, de réfléchir de… Mon propre esprit tremble, secoué par un séisme mental. Mais je dois…

 

Kadara crache du feu dans ma direction m’obligeant à reculer et à lâcher mon emprise. Mon adversaire a compris : ce n’est pas dans son intérêt de rester dans la pénombre. Sept étoiles apparaissent au-dessus de lui, éclairant comme des soleils… Mais ces invocations ne sont ni des soleils ni des étoiles. Mais des météores de flammes pures, dont la clarté balaie les ombres et qui, dès qu’elles toucheront le sol, en finiront avec moi. 

 

Fuis !!

Où ? 

 

Je me recroqueville par réflexe, bien consciente que…

 

Le brasier qui frappe la terre me rappelle les bruits d'une bombe. Et lorsque je lève la tête, surprise d’encore respirer, indemne. Je remarque que quelque chose me protège… Une barrière composée d’alvéoles colorés qui…
 

Un sifflement. Une lumière bleutée venant de l’arrière fonce vers moi et me frôle, réduisant en morceaux la magie qui me gardait. Le choc me propulse à terre. La suite… Je crois que la louve tente d’intercepter cette lueur, mais… elle lui transperce la patte gauche avant pour attaquer derrière elle. 

Je me relève. Le sol tangue. Kadara hurle. J’avance. La terre inégale... la lumière azur qui vacille pour se transformer… Une flèche… Une flèche fichée dans ma cape. 

 

Ma cape, dans laquelle la petite dort...

 

Je me laisse tomber… Par… quelle idiote ! Je… Garance ne fait pas de cadeau par pure gentillesse…

 

J’avance, le visage de la Petite Pousse reste figé dans une expression de surprise. 

 

Sans vie.

 

C’est ma faute, elle est morte à cause de moi. Parce que j’ai été trop stupide pour comprendre que l’autre peste…

 

Ils vont crever. Ils vont y passer. La patte valide de Kadara me plaque à terre et me maintient immobile par la poitrine.

 

«QUI ?»

 

La voix de la louve fait trembler tout mon être. L’image qui se forme dans mon esprit lui répond. 

Kadara lève la tête et hume l’air et se tourne vers son membre blessé. Elle guérira. Mais en combien de temps ? Assez pour qu'une archère ait le temps de fuir. Elle a besoin d’une source de magie, rapidement, pour se reconstituer. La suite se produit sans mots, sans aucun son. Juste une compréhension, des intérêts qui s'alignent. La même peine maternelle. Le même désir ardent de vengeance. L’air… Non… tout s’échappe de moi. Ma magie, mes souvenirs… une partie de mon âme… fuient avant d’être remplacés. 

Les blessures de la louve disparaissent… Là où la colère seule l’habitait, je ne rencontre maintenant que le calme et un sentiment de révélation. Kadara me jette sur son dos et me laisse à peine le temps de m’accrocher à ses poils avant de bondir. Elle atterrit dans un silence parfait. Devant nous, l’archère. Attachée. Trois soldats en rouge, supervisé par Lord Glenn et Lady Alexandra, la maintiennent en sol. 

 

Elle ne va pas s’en tirer comme ça ! Je pose le pied à terre, avance de quelques pas, mais Kadara me coupe la route.

 

Quoi ? Ne souhaites-tu pas ta vengeance toi aussi ? 

 

«Dois-je exercer mes représailles comme tu l’as fait par le passé ? Sur des pions impuissants ?» 

 

Le regard azur de la créature se plonge dans le mien. Un œil que je fuis.

 

«Ma vengeance aura lieu, mais selon mes propres termes.»

 

Kadara fait demi-tour, elle n’a pas à m’expliquer qu’elle retourne à côté de la Petite Pousse… et qu’elle a besoin de ce moment… Seule. 

 

— Eh bien, s’étonne Lord Glenn, je vous imaginais déjà morte. 

 

— Vous me décevez, Lord Glenn. Moi qui pensais avoir votre confiance absolue.

 

— J’ignore ce qui a pu vous faire croire cela.

 

L’archère mise debout par les gardes ne me quitte pas des yeux. La surprise et le dégoût marquent son visage. 

 

— Ce n’est pas moi que tu as tué. 

 

Elle ne mérite pas d’en savoir plus. Les soldats l’emmènent. 

 

— Par Êlo, vous avez réussi ! s’étonne Alexandra. Vous avez défait le loup blanc !

 

— Je... ne l’ai pas vaincu…

 

Cette constatation me frappe. 

 

— Évidemment, vous pensiez réellement battre un être quasi millénaire, qui produit plus de magie en un jour que vous en toute une vie ? Même moi n’ai pas cette prétention, et je suis Lord Glenn. 

 

Cette remarque me paraît d’une logique cruelle. Lady Alexandra pousse son supérieur. 

 

— La subjugation possède quelques subtilités... Et ce qui est vrai pour certaines créatures ne l’est pas pour les cents nommées... tente-t-elle d’expliquer.

 

Son commentaire a du mal à remplir son objectif. 

 

— Nous allons vous laisser… conclut-elle, en le bousculant une nouvelle fois le commandeur, avant de lui chuchoter quelque chose sur un ton agressif. 

 

Cependant, l'attention de cet homme semble portée sur quelque chose d’autre.

 

— Nous allons récupérer cette cape. Me lance-t-il avant de disparaître dans un éclair de lumière. 


 

Kadara ne revient que le soir.

 

Au camps, les nobles présents m’attendent dans l’une des plus grandes tentes, lorsqu’on me remarque ils sortent, reste bouche bée devant Kadara. En contraste, l'acclamation qui suit m’assourdit. Les invités scandent mon nom, ils applaudissent et dansent. Je n’arrive pas à me joindre à l’ambiance festive. 

 

Perchée sur le loup, mon œil croise celui de Garance. Je lui briserai bien le cou. Maintenant. Pour la première fois, quand elle me regarde, son visage est déformé par la peur et la colère. 


 

Oui ! 

 

«C’est bien que je sois ta créature.» Intervient Kadara, sans en dire plus.

 

Je descends de son dos. La louve pose sa tête, mon épaule me retient quelques secondes… Une pensée non verbale traverse mon esprit. Une idée de calme… Et lorsqu’elle me laisse partir, je me dirige vers la peste… Non, la meurtrière. 

 

— J’ai réussi, Garance ! 

 

Je la prends dans mes bras, avant qu’elle ne puisse répondre et je lui chuchote : 

 

— Tes jours sont comptés. 

 

La révélation doit être soudaine pour elle. 

 

— Qui êtes-vous ? articule-t-elle entre ses dents. 

 

— Je suis ta sœur, Roselynd ? Tu ne me reconnais pas ? Serais-tu en train de devenir... folle ?

 

Je garde sa main dans la mienne lorsque j’annonce :

 

— Je tiens à remercier chacun de vous pour votre présence ici. J’aimerais également profiter de cela pour faire état de certaines choses. Notamment certaines rumeurs…

 

L’assemblée, avide, se pend à mes lèvres… je serre les doigts de Garance.

 

— Je ne suis ni folle ni faible. De même, je suis flattée que l’on m’accorde certains... pouvoirs… sur certaines... personnes. Mais je suis un mage d’Êlo, la fille d’un duc, un double éveillé. Je n’ai pas besoin de ce genre de machination.

 

Ahaha ! Oui ! C’est tellement pas toi...

 

«Ce n’est pas ce que j’ai compris…»

 

Kadara a du mal avec le sarcasme…

 

— Il n’y aura malheureusement, il n’y aura pas de bal en mon honneur de ma subjugation.

 

Personne ne croyait à ma réussite et rien n'est prêt. Aucune cérémonie ne se prépare en trois jours, comme le veut la coutume.

 

— Que racontes-tu Roselynd ? intervient le Duc. Tu es ma fille et mon successeur. Bien sûr un bal aura lieu. Excusez les mots maladroits de mon enfant, les festivités seront reportées. Ma maison doit régler certaines affaires avec la guilde. 


 

Héritière ? Moi ? Vraiment ?

 

Il lance un regard dans notre direction, mais c’est Garance qu’il observe avec dédain. Aurait-elle perdu sa grâce ?

 

Le retour au château me semble irréel. Eux montent leur carrosse, moi, Kadara. Lorsque je jette des œillades, je vois le Duc parler à sa fille. Il paraît calme, mais la tête baissée de Garance me dit que ses mots sont loin d’être tendres. Clarisse intervient, de temps à autre, mais elle se fait toujours rabrouer. 

 

Arrivé, le Duc annonce qu’il repart en direction de la guilde.

 

Pour ma part, je monte directement dans ma chambre. L'adrénaline retombée, je me sens épuisée. Kadara se place d’autorité sur mon lit, qui sous son poids finit de s’écrouler. Je prends à peine le temps de retirer mes chaussures pour ensuite poser ma tête sur son corps. Elle s'enroule autour de moi. La tiédeur de ses poils rend les couvertures inutiles. Dans un demi-sommeil, j’entends le loup gémir. La peine est partagée.

 

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