Soirée

Par Rimeko
Notes de l’auteur : Simplement un petit texte écrit en musique... J'avais pas trop d'inspiration alors j'ai puisé dans une de mes séries préférées, et j'offre un cookie à celui ou celle qui trouvera laquelle :P

Soirée

 

L’horizon formait une fine ligne incandescente au-dessus du grondement de la mer.

Le soleil avait déjà basculé par-delà le bord du monde, mais ses derniers rayons leur parvenaient encore. Ils ourlaient d’or quelques nuages égarés dans le ciel assombri, jouaient avec la transparence de leurs verres et miroitaient sur les courbes de sa longue robe.

« Tu es déjà allé de l’autre côté ? interrogea-t-elle d’un ton badin avant de porter sa coupe à ses lèvres.

— Tu sais bien que non. »

Elle lui coula un regard par-dessous ses cils, puis son regard revint se fixer droit devant elle.

« On devrait. »

Il secoua la tête, soupira assez fort pour qu’elle l’entende.

« Je ne peux pas.

— Qui l’a décrété ? s’entêta-t-elle, son accent du Sud un peu traînant encore accentué par les vapeurs de l’alcool.

— Ton père.

— Il est mort.

— Tu le sais, moi aussi. Eux, non – et par « eux », j’entends le reste de ce putain de continent ! »

Elle retira la main sur lequel il venait de renverser une partie de son verre, l’amena à hauteur de son visage, la considéra d’un air curieux. Les gouttes glissaient le long de ses doigts, de la courbe de son pouce, suivaient la fine cicatrice pâle qui l’ornait, se perdaient dans ses bracelets. Elle en lécha une d’un geste vif.

« Il serait temps qu’ils l’apprennent, dit-elle en détachant ses mots. Il serait temps qu’ils nous considèrent comme ils devraient. »

Elle avait baissé un peu la tête, ses mains devant elle sur la rambarde en une position qui rappelait une garde de combat. Ses pieds légèrement écartés et sa fine musculature apparente confirmaient cette impression de dangerosité. Ses yeux noirs brillaient d’une étincelle qu’il ne connaissait que trop bien. C’était dans ces moments-là qu’elle lui faisait presque peur. Il tendit la main vers elle, n’osant pas encore vraiment la toucher.

« Danica…

— Je retourne à l’intérieur. »

Il voulut la retenir par le bras, elle se détourna brusquement, se dégageant de son étreinte, si vivement que ses ongles à lui laissèrent des traces sur sa peau ambrée. Il la regarda s’éloigner, vacillant très légèrement sur ses hauts talons, sa coupe comme oubliée au bout de son bras. Il savait qu’il ne pourrait pas l’arrêter. Il avait déjà essayé.

À travers le léger brouillard de l’alcool, son monde tournait de quelques degrés de trop à chaque fois qu’il bougeait la tête. Il sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine, à ses oreilles. La fine silhouette de Danica venait de disparaître dans la foule des invités, à plusieurs mètres de là, et pourtant il lui semblait encore entendre les éclats de sa voix par-dessus le brouhaha de la fête. Lui restait seul, bercé par le son de la mer derrière lui et le léger bruissement du vent.

Il s’adossa à la rambarde, reprit une gorgée de champagne. Des images du passé dansaient devant lui, devant le noir de la nuit et la lumière lointaine de la salle. Loin au-dessus de sa tête, les Orbitales envoyaient spasmodiquement leurs lumières éthérées déchirer le ciel. Il ne put s’empêcher de lever les yeux.

Il revoyait Danica, sa silhouette fine enserrée dans son tailleur bleu nuit, dressée au milieu de ce salon d’un blanc quasi immaculé. Par la fenêtre, le regard portait loin au-dessus des arbres, par-delà le lac, jusqu’à la silhouette en ombres chinoises de la capitale à l’horizon. Le canapé en cuir clair, les murs d’un délicat crème, les vases en porcelaine. Il avait aimé cet endroit, y avait aimé Danica pour la première fois.

Peut-être aussi la dernière.

L’image s’était imprimée sur sa rétine. La jeune femme se tenait au milieu du salon, très droite, peut-même légèrement cambrée, son bras levé bien droit devant elle. Son arme ne tremblait pas. Elle avait ce regard qui lui faisait peur.

À ses pieds, rouge sur le blanc du sol, s’écoulait lentement le sang de son père.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vylma
Posté le 07/04/2020
Je suis déçue, je n'ai strictement aucune idée de quelle série ça peut être inspirée :/ (en même temps je n'en regarde pas beaucoup)

Je me suis encore fait avoir, j'ai imaginé avec les premiers paragraphes que l'histoire se déroulait dans un monde médiéval-fantasy (p'tite ambiance GOT avec le sentiment de luxe inspiré par la vue, les verres de vin, et une robe qui ne semble pas anodine), alors que la fin indique clairement que c'est contemporain.

Je me demande bien qui pouvait être le père pour que son fils n'ai pas le droit de partir crapahuter n'importe où, que sa peut-être bru râle à propos du titre que le fils aurait du hériter, et que personne ne se soit rendu compte de sa mort. C'est très intriguant tout ça. Une sorte de roi, ou de dieu dans une société futuristique ultra surveillée ?

Je note aussi que le combo beauté de la fille / dangerosité / vin / luxe me fait penser à la figure du vampire, mais c'est peut-être parce que j'ai vu le film Jupiter il y a peu.

Et l'image de la phrase "à travers le léger brouillard de l’alcool, son monde tournait de quelques degrés de trop à chaque fois qu’il bougeait la tête" et toute jolie (degré d'alcool / degré géométrique c'est pas mal ça).
Rimeko
Posté le 07/04/2020
Coucou !
La série c'est Altered Carbon, qui est aussi une trilogie de livres - qui sont mieux, d'ailleurs, mais Danica (la femme de ce texte, donc) n'existe vraiment que dans la série, et je la trouve très classe, voilà :P C'est très librement inspiré par contre.
Ah oui c'est de la SF normalement xD Après c'est écrit au fil de la plume donc je visualisais pas grand-chose au début, ça me surprend pas plus que ça que tu te sois "trompée" !
Bon et du coup dans ma tête l'homme est l'amant de Danica, qui a tué son propre père, et il ne peut pas partir parce que c'est une société dictatoriale, voilà. (Là j'extrapole carrément par rapport à la série, c'est pas un spoil si jamais xDD)
J'ai pas vu le film Jupiter, ça parle de quoi, à part de vampires ?
Pour la phrase, c'est vraiment la sensation que j'ai quand j'ai trop bu haha, contente que ça plaise en tous cas.
Vylma
Posté le 08/04/2020
Ah d'accord, je ne connais cette série que de nom ^^'
Le film Jupiter ne parle pas directement de vampires, mais certains personnages en portent toute la symbolique (style, physique, lieu de vie, et quelques autres bricoles), ça m'a plutôt marqué.
C'est un film des sœurs Wachowski (celles qui ont fait Matrix), sorti en 2015 mais qui est passé plutôt inaperçu j'ai l'impression. Je n'en avais pas entendu parlé avant que mon copain ne me le montre ^^'
Pour le présenter vite fait, c'est de la SF/action/aventure très américain d'un côté mais qui aborde plein de sujets intéressants de l'autre même si ce n'est pas parfait. Perso, j'y ai pensé un moment après l'avoir vu :)
Vous lisez