Savoirs

Les couloirs de la tour de la fée dragons sont agencés avec élégance, décorés par l’or et l’ivoire. Des antiquités protégées par des cages de verres bordent les allées : des livres, des dagues, des artefacts variés qui me rappellent ceux de la guilde de la magie. 

 

J’y suis Lady Alexandra et ses deux autres aides, les frères de Duras, grand, blond et identique jusqu’à leurs créatures, Uriel et Ariel, les papillons jumeaux. Une réunion s’y tient, un événement mensuel qui rassemble les commandeurs des ordres. On m’a confié la charge de documents tandis que les de Duras transportent une valise en bois noir chacun. Lumiel, posée sur ses épaules de son mage, tourne parfois la tête vers nous et nous fixe les yeux ronds. Kadara me suit, presque machinalement. Le désintérêt qu’elle porte à notre tâche contamine presque, elle préfère, semble-t-il, s’arrêter de temps à autre pour étudier les antiquités du couloir. Si nous sommes en avance et Lord Glenn l’est plus que nous, il nous attend déjà sur l’une des terrasses du premier étage de la tour d’or. 

 

Son regard décent en contrebas et même sans voir, le bruit des lames quis’entrechoquent, les étincelles et les clameurs m’indiquent assez clairement qu’il observe une joute. Lady Alexandra puis les jumeaux le rejoignent, aussi je m’autorise un œil. Deux soldats roux, vêtus de blanc se battent en duel. D’autres de leurs camarades les encouragent. Même si l’affrontement semble amical, leurs créatures ne sont pas impliquées, aucun des deux combattants, un homme et une femme ne retiennent leurs coups.  L’épée embrasée de l’homme tranche se heurte au bouclier de la femme. Elle, rétorque d’un coup de lance qui frôle la joue de son adversaire, avant de le faire reculer d’une gerbe de flammes. 

 

— Votre sœur ? me demande le commandeur.

 

J’acquiesce. Même à distance, comment ne pas reconnaître sa chevelure ardente, ses mouvements précis, agressifs et son implacabilité d’assassin ? Je ne connais pas son opposant, mais il se défend bec et ongle. Peut être qu’il manie la magie avec plus de maladresse que la Garance, mais ses coups d’épées placées pour tuer compensent largement ses lacunes. 

— Laquelle de vous remporterait un duel ? me demande Lord 

Glenn. S’il devait avoir lieu bien sûr.

 

Je sens un sourire narquois dans l’inflexion de chacun de ses mots. Un œil sur son visage me confirme mon impression. 

 

— Moi. Évidemment. 

 

Il accueille ma réponse avec un rire qui me laisse perplexe. Se moque-t-il ? Il n’en a pas l’air, je ressens autre chose dans ce rire. En même temps, comment aurais-je pu répliquer autrement ? Je suis une mage de l’empire pleine de fierté. Des clameurs ramènent mon attention en contrebas. La passe s’est terminée en un instant et les soldats de la Fée-Dragon applaudissent à s’en arracher les mains. Je n’imaginais pas qu’un duel amical puisse déchainer tant de passions. Garance, au sol, dans une posture qui affiche une vulnérabilité affectée, défaite, lève les yeux vers son adversaire. L’homme lui tend la main, d’un geste galant, pour l’aider à se relever. Kadara me confirme ce que je suspecte déjà : elle a volontairement perdu le combat. Ah, quelle déception ! J’ignore si les spectateurs, ou même, son opposant s’en sont rendu compte, tout semble indiquer le contraire. Ainsi donc, la peste est capable de mettre son orgueil de côté pour flatter l’égo de quelqu’un ? Le commandeur claque la langue et se redresse. Ses yeux tombent d’abord sur l’homme, entouré par les félicitations de ses camarades, puis sur Garance à ses côtés. 

 

— J’espère simplement que vous n’êtes pas aussi idiote qu’elle, crache-t-il. 

 

Il fait demi-tour, pour retourner au sein de la tour, les autres le suivent en premier et je m’apprête à faire de même lorsque je remarque la créature de l’adversaire de la demi-sœur. Un cerf aux bois de feu : Kahel le conquérant, la couronne ardente,l’un des cents nommés et subjugués par l’un des mages des terres d’Harriott les plus en vogue de notre époque : le fameux Elio de Berruce. Il ressemble à Lord Raphaël avec quelques années en moins évidemment, mais aussi plus droit de posture.Ainsi donc, le petit frère de Lord Raphaël fait partie de la garde de l’empereur ? Je savais déjà qu’il évoluait dans l’entourage de la demi-sœur. Je me doutais que leur lien devait être au-delà de l’amitié lorsqu’elle m’a si gentiment demandé de lui céder mes droits de subjugation, mais l’aime-t-elle au point de prendre l’apparence d’une fleur fragile ? Cela fonctionne-t-il pour les mages d’Êlo, si focalisé sur la puissance ? Peut-être que cela marche pour lui ? Augustin connaît-il l’existence de ce rival ? Tant de questions, qui auront leurs réponses un autre jour, pour l’instant on attend autre chose de moi. 

Notre groupe passe à travers un portail, gardé par deux soldats pour atteindre le sommet de la tour où se trouve le bureau de Lord de Monte-Font. Dans le vestibule, patiente déjà Lord Ruliz, commandeur de l’Obsidienne, son général et deux de leurs aides, mais aussi Lady Dorea de Lunavel, à la tête de l’ordre de la baleine. Elle explose de rire à un commentaire qu’il lui fait. De sa voix, enrouée par le tabagisme, elle demande à une des femmes de son état-major qui l’accompagne de prendre note avant de remarquer notre arrivée. 

Elle salue Lord Glenn avec une tape sur l’épaule, elle se tourne vers Lady Alexandra, avant de s’inquiéter de savoir comme elle se porte la « vieille branche ». Lord Ruliz approche ensuite. Son apparence tranche singulièrement avec ceux des adeptes que j’ai côtoyés jusqu’ici. Il n’est ni grand, ni particulièrement imposant. Par ses longs cheveux noirs, j’apprends qu’il pratique la magie d’ombre, mais je n’en sais qu’à peine plus. Sa créature non nommée, une petite musaraigne, dort dans une poche sur sa poitrine, avec une indolence rare. Lorsqu’il ouvre la bouche, il s’exprime avec la vivacité d’un mort, sa diction s’éveille quand elle trébuche sur une syllabe.

Bien que plus âgé que Lord Glenn de quelques années, il occupe cette fonction depuis une dizaine de mois seulement. Avant cela… On ignorait jusqu’à son existence. Comment expliquer son arrivée à la tête de l’ordre d’obsidienne ? Certaines rumeurs parlent de ses liens avec l’Archiduchesse d’Umbra-Solis. Un fils naturel, dit-on. Pour un commandeur, il est une inconnue surprenante.

Il accueille notre groupe avec plus de retenue que la duchesse de Lunavel. Les portes du bureau de Lord de Monte-Font ne tardent pas à s’ouvrir. Lady Alexandra récupère les documents que je transporte, mais les deux valises des Duras, elles, sont confiées aux aides de Lord Ruliz, qui sortent de la pièce immédiatement après les avoir reçues. Les frères Duras et moi ne sommes pas invités à la réunion. J’ignore ce qu’il s’y joue, mais j’imagine que des sujets sensibles doivent y être abordés. 

 

Nous sommes alors abandonnés dans ce vestibule. Les jumeaux, plus habitués que moi, décident de me laisser seule avec la collection d’antiquités de la salle. J’ai le droit de quitter cette pièce, je crois. Je dois simplement être présente à la fin d’une réunion dont la durée ne m’a pas été communiquée… attendons ici. Kadara fait le tour de la pièce, comme si elle en était prisonnière, mais brusquement, elle arrête sa marche devant l’un des vases exposés, décorés de motifs que de ma position je n’identifie pas. En m’approchant, je discerne d’abord un lion de flamme : Rhaeka. Face à lui, se tiens une autre forme, une créature dont l’iconographie m’est obscure. Je ne maîtrise pas les règles plastiques qui avaient cours à cette époque de l’empire, mais j’ose croire que je connais suffisamment le livre d’Êlo pour les reconnaître. Par exemple,

Rhaeka prend toujours les traits d’un lion, montré de profil. La torche de sa queue, souvent représentée par trois losanges, est 

irrémédiablement dorée. Par contre, la forme qui lui fait face m’est totalement étrangère : une créature semi-humanoïde noire, ovoïde, dont les bras et les jambes sont liés par une bande blanche. Un masque osseux recouvre sa figure, seules deux encolures symbolisent ses yeux, mais ni bouche ni nez ne sont reproduits. 

 

J’observe tous les côtés de la poterie, sans trouver plus d’indices sur son origine ou son contexte. 

Kadara s’en éloigne la première, son esprit m’est fermé, mais son visage se déforme dans une expression que ces traits de lupins empêchent de l’interpréter avec justesse, 

mais ce doit être quelque chose entre la nostalgie et la tristesse. 

 

— Je ne connais pas cette créature, je pense en direction de Kadara. Ettoi ?

 

La louve me lance un regard en biais. 

 

Je l’ai rencontré autrefois. Elle n’existe plus.

 

« N’existe plus » ? Les créatures peuvent périr ? 

 

Non. Nous sommes immortels.

 

Sa certitude m’ébranle. Mais ce qui me frappe le plus c’est qu’elle ne semble pas reconnaître la dissonance de ses propos.Je n’aurai pas plus d’explications. Je m’installe sur l’un des fauteuils, attends. Je m’assoupis ensuite, puisque c’est une main posée sur une épaule qui me réveille. L’un des de Duras, j’ignore s’il s’agit de Karl ou de Gus, je suis incapable de les différencier. Je me lève d’un bon, lisse mes cheveux et mes vêtements. Pourquoi m’as-tu laissé dormir Kadara ? 

 

Les humains ont besoin de sommeil. 

 

C’est vrai, mais pas dans ces circonstances. Les commandeurs ne sont pas encore sortis de leur réunion. L’un des frères Duras ouvre la bouche et semble vouloir s’adresser à moi pour la première fois. Mais ses lèvres se scellent, à l’entrée des aides de l’Obsidienne. Comme s’ils attendaient leur retour et en avaient été avertis, nos supérieurs choisissent cet instant pour apparaître. La comtesse de Lunavel accompagnée de sa générale se dirige vers la porte d’une allure rapide sans un mot d’adieu. Lord Glenn et Lord Ruliz sortent ensuite en pleine conversation et s’arrêtent à quelques pas de nous. Ce dernier jette un regard sur nous puis se tourne vers l’autre commandeur. 

 

— À propos, de t-ta question, déclare soudain Lord Ruliz, je pense que Lady Ruschiel te dit la vérité. 

 

Lord Glenn hausse les sourcils en réponse. 

 

— Improbable ne veut pas dire impossible continue-t-il. Seule sa créature pourrait satisfaire à ta curiosité avec certitude. Ou peut-être seigneur Êlo lui-même

 

Les sourcils du commandeur se froncent, il tourne son regard vers Kadara, lâche un dernier soupir avant de saluer son interlocuteur. Lui hésite quelques instants. Lady Alexandra qui les suivait de quelques pas me remet la documentation dont j’avais la charge à notre venue. Notre retour à la tour rouge se fait presque dans le silence. Parfois Lord Glenn se penche vers sa seconde pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille et elle répond sur le même ton. Arrivée au quartier général du Lys, avant de me donner congé on m’envoie aux archives pour classer les dossiers que je transporte encore.Cette partie du Lys occupe une aile complète des bibliothèques, qui elles-mêmes, habitent trois étages. Ici, l’on trouve la littérature la plus pointue sur les créatures magiques. Kadara déambule dans les rayonnages comme elle se promenait dans une prairie. Une fois les documents remis à l’archiviste, je m’arrête sur le titre d’un des livres : l’histoire de Ruzim.volume I. 

 

... Une créature inconnue, l’empire et son retard technique, les Priria, une lignée disparue qui pourtant subsiste… 

 

Ce monde a tant de zones d’ombre. Mais ai-je le droit de les illuminer ? Je ne suis qu’une anomalie, un accident. Je dois garder une influence modérée, car je ne suis pas chez moi. Mais quel mal pourrais-je causer en satisfaisant ma curiosité ?

 

Je traîne dans les rayonnages. Je ne pense pas trouver quoi que ce soit sur les Priria ou même sur la technologie de l’empire ici… Mais par contre, sur les créatures magiques…J’espère tomber sur quelques informations en me référant aux titres des livres. Et ceux d’entre eux qui parlent de celles qui restent peu connues ou oubliées sont nombreux. Même si les créatures ne décèdent pas, il semblerait que certaines d’entre elles choisissent de vivre loin des humains, ou s’établissent dans des environnements qui les rendent inatteignables, comme les abysses ou à la limite de l’atmosphère terrestre. Ainsi ai-je découvert l’existence de Rielizau la baleine volante, dont le chant fait mourir les étoiles.  

 

Les livres s’empilent, les informations s’accumulent, aucune de celles que je cherche. Kadara s’est endormie au pied d’une étagère. Je m’étire. J’ignore depuis combien de temps je suis ici, pour maximiser l’espace d’archivage, la bibliothèque ne possède aucune fenêtre et la seule horloge se trouve près de l’entrée, à plusieurs rayonnages de là. Je récupère ma pile de livres pour les ranger quand Kadara se lève brusquement pour m’accompagner. Les étagères sont vides. Il me semble que quelques soldats y circulaient à mon arrivée. Mais à l’angle d’une armoire, je rencontre une forme perdue dans la lecture d’un tome. Le commandeur tourne les yeux vers moi, avant que je ne puisse faire demi-tour. Il remonte la paire de lunettes qu’il porte, range l’ouvrage qu’il consulte puis prends la parole.

 

— Vous êtes encore là ? s’étonne-t-il.

 

— Je voulais faire quelques recherches avant de partir, j’explique replaçant mes derniers livres. 

 

— Des recherches ? À quel sujet ?

 

J’hésite quelques secondes, je ne pense pas qu’il m’ait posé cette question avec autre chose qu’une curiosité légitime. Mais pour autant, je ne crois pas qu’il soit dans mon intérêt d’être honnête.

 

— J’espérais trouver une représentation de Sephiriel, après tout, nous ne voyons jamais votre créature. 

 

Si j’admets que ma remarque porte une pointe de provocation, je ne m’attendais pas à la réaction de Lord Glenn. Des yeux qui s’agrandissent, des doigts qui s’agitent. J’ai touché un point sensible. 

 

— Vous chercher en vain, répond-il avec un calme retrouvé. Vous n’êtes pas sans connaître l’un de ses titres.

 

— Sephiriel, le faiseur de fous, je récite. Même si l’on dit qu’il vole votre esprit de ceux qui le regarde, je ne peux m’empêcher que vous ou tous ceux qui l’ont subjugué avant vous devait être immunisés d’une manière ou d’une autre.

 

Il détourne les yeux et j’ai l’impression qu’il se force à répondre :

 

— Vous n’en trouverez aucune. Je peux vous l’assurer. 

 

Il reporte son attention aux livres que je viens de reposer. J’ignore ce qu’il lit sur la tranche de l’index des créatures rares de si extraordinaire, mais ce titre le ranime d’un certain éclat. 

 

— J’aimerais connaître votre nom, me lance-t-il, nonchalant.

 

– Roselynd de Harriot. Vous le savez pourtant.

 

— Votre vrai nom. 

 

Je ris malgré moi. Même si je désirais lui dire la vérité, je ne pourrais me présenter qu’avec l’identité de Roselynd. Dois-je évoquer celui que me donnaient mes ennemis avec mépris ? Je ne pense pas.

 

—  Êtes vous encore persuadé que je suis un sosie de Roselynd ? Vous êtes bien étrange. 

 

J’esquisse un mouvement, pour remplacer une mèche rebelle, mais il saisit mes doigts au vol. Ses mains sont rêches, calleuses, grandes et puissantes. Son geste, d’abord brusque, comme si empoignait au vol un serpent venimeux, s’adoucit ensuite, lorsqu’il enserre mes doits entre les siens. Ses yeux se plongent dans les miens. Je n’avais jamais remarqué jusqu’alors leur légère différence de couleur, à peine perceptible. 

 

— Je ne suis pas votre ennemi, souffle-t-il sans me quitter du regard. 

 

Sa voix se calme. 

 

— Commandeur, essayez-vous de séduire ? 

 

Il sursaute, comme si je l’avais frappé. Ses yeux se perdent quelques instantsavant de reprendre contenance. Il s’incline porte, ma main a ses lèvres et demande :

 

— La question n’est pas de savoir si j’essaye, si je réussis.Est-ce là l’unique moyen qu’il ait trouvé pour me faire cracher le morceau ? J’ignore si c’est brillant ou pitoyable. 

 

–  Non. Comment puis-je imaginer ? Vous, qui n’avez été que froid avec moi, pouvez être aussi tendre. 

 

Il se redresse, lâche sa prise et je retire doucement ma main. Les siennes recoupent le livre que je viens de déposer, pour en feuilleter quelques pages. 

 

— Moi qui croyais que vous m’aimiez, je suis extrêmement déçu.

 

Je retrouve ce ton sec, auquel il m’avait habitué jusqu’ici. 

 

— Vous aimer, je répète, pensive. 

 

— Vous vous trompez, Lord Commandeur.

 

— Vraiment ? s’étonne-t-il. 

 

J’hésite. Je dois choisir mes mots avec soin, mais comment convaincre un homme qui n’a jamais cru la moindre de mes paroles ? 

 

— J’admets. Si vous m’embrassiez là, tout de suite, il y a de fortes chances que je 

vous laisse faire. Mais vous aimer ? Non. Impossible. Je ne vous connais pas. 


 

Il referme d’un geste calculé le livre qu’il tient, avant de le remettre à son étagère. Il replie ses lunettes et les range dans une poche intérieure. Kadara se lève pour se placer derrière moi, avant de s’asseoir, son calme m’apaise. 

 

— Et puis, loin de moi l’idée de convoiter un homme déjà prit.

 

Si ses yeux s’agrandissent de surprise, il garde cependant le silence. Le commandeur avance une main vers ma gorge. Je recule. Il arrête son geste. Je me fige. Il la laisse retomber et après un rire, il déclare ;

 

— C’est la première fois que vous me dites la vérité, il me semble.

 

Le rouge me monte aux joues. De la colère.

Alors que tu es si honnête ! 

 

— J’ignore pour quelles raisons vous refusez de me croire, mais…

 

L’arrivée d’une troisième personne coupe ma réplique. La forme noire d’Augustin nous regarde avec surprise. Les bibliothèques et la plupart des archives du Lys sont libres d’accès à toute heure du jour et de la nuit, mais je n’imagine pas le fiancé de ma sœur y venir de sa propre initiative ? Peut-être a il été commissionné par l’un de ses supérieurs ? Il avance vers moi à grandes enjambées, me saisit par le poignet pour me faire reculer. Je perds quelques secondes, trop surprises pour réagir, mais une fois l’étonnement passé, je me dégage d’un coup sec. Mais déjà, Augustin ne fait plus attention à moi, son regard se plante sur celui du commandeur. Le $serpent à plume d’augustin s’extirpe de sa chemise, pour cracher en direction de Lord Glenn, comme face à un ennemi.En réponse, d’un revers de la main, le commandeur envoie la créature contre une bibliothèque lourdement fournie. Sous le choc, elle perd quelques livres qui s’écrasent sur le reptile. Augustin tourne lentement un œil vers son serpent immobile, sonné par la collision, puis le visage pâle et ne bouge que pour se replacer devant moi. Il maintient du mieux qu’il peut un regard braqué face à lui, droit sur le commandeur. Ce dernier scrute d’abord sa main avec surprise, puis Augustin.

 

— Autre chose, Lord Augustin ? demande-t-il, avec un rictus plaisant. 

 

— N-Non… bafouille-t-il pour toute réponse.

 

Lord Glenn acquiesce, sans départir de son sourire. 

 

— Dans ce cas, continue-t-il, veuillez m’excuser, mon travail m’attend.

 

Il se retourne, d’un mouvement souple, pour disparaître à l’angle d’une bibliothèque. Kadara se lève, elle repousse d’une patte les livres qui recouvrent la créature d’Augustin, s’arrêtent derrière moi et m’incite de son poitrail à faire un pas. Augustin esquisse un geste vers moi, mais fait demi-tour pour récupérer le serpent à plumes.

 

— Nous nous inquiétons pour toi Roselynd, m’explique-t-il après m’avoir rattrapé, tu tardais à rentrer. 

 

Au travers des premières fenêtres que je rencontre, je découvre une nuit bien avancée. 

Au-devant de la tour rouge, une voiture habillée des armoiries des Sebour attend. Une de grande taille, capable de transporter une créature du gabarit de Kadara. Augustin se précipite devant moi pour m’en ouvrir la porte. J’hésite. Kadara passe devant moi, me lance un œil rieur avant d’y entrer. Je la suis sans plus de réticence. Augustin s’assoit face à moi. Le long du chemin de retour il se contente de me scruter, un sourire aux lèvres dans un silence étrange.  Sous son regard, la demi-heure de route qui nous sépare du château Harriott se mue en de longues heures.

 

— Ah, nous sommes arrivés ! s’exclame Augustin.

 

Des feuilles ocre s’accrochent aux fenêtres, avant de disparaître dans une pluie d’étincelles. Elles réagissent à l’arrivée d’un véhicule inconnu et déterminent notre degré de menace. Elles doivent juger que nous ne sommes pas un danger puisqu’elles redeviennent paisibles assez rapidement. Le Duc apparaît au-devant du château au moment où notre voiture s’arrête. Il nous accueille seul, vêtu d’une tenue d’intérieur, un verre de vin à la main. À notre descente, il se permet une grimace et se dirige droit vers Augustin, qui s’écarte comme pour le laisser passer avant de comprendre qu’il est bien celui que le Duc cherche à atteindre. 

 

— Merci à vous de nous l’avoir ramenée Lord Augustin, vous n’imaginez pas quelle angoisse nous a saisis lorsque nous ne l’avons pas vue revenir. 

 

Il remue son breuvage, d’un geste presque inconscient. Puis, d’un geste brusque, il jette son bras autour des épaules d’Augustin, qui en réaction, sursaute d’abord avant de forcer un sourire.

 

— Il est tard, restez chez nous ce soir, nous préviendrons nos parents, bien entendu. 

 

Kadara pivote vers moi, tout aussi surprise que moi, alors que sans attendre de réponse de la part d’Augustin, il l’entraîne jusqu’à l’intérieur du château.Et avant d’y entrer, il tourne la tête dans ma direction. Un regard plein de flammes. 


 

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Zlaw
Posté le 20/06/2022
Hello Pandasama !


Tout d'abord, très agréable de voir Garance mordre la poussière, même si elle le fait exprès. Et tout aussi plaisant d'entendre Lord Glenn la dénigrer. Merci pour ces petits moments de vilaine jubilation. ^^

Tu nous offres aussi dans ce chapitre des créatures toujours aussi stylées et enthousiasmantes à découvrir, même quand elles sont associés à de potentiels antagonistes. Le cerf de feu en jette, mais j'avoue avoir aussi beaucoup apprécié l'idée de créatures jumelles pour des jumeaux. Comment s'est déroulée cette subjugation ? Ont-ils dû y aller ensemble, ou bien l'un après l'autre ? Est-ce que le second aurait dans ce cas eu le choix de sa créature tout de même ? Qu'arrive-t-il si plusieurs paires de mages jumeaux sont présents au même moment dans l'empire ? Intéressant concept. Et puis, des papillons, ça doit être tellement cool au combat. Une créature si petite et fragile avec des pouvoirs magiques lumineux, ça fait rêver. *o* La musaraigne endormie fait tout de suite moins peur, mais sait-on jamais, elle pourrait nous révéler des surprises, aussi peu farouche son mage semble également. Les ombres semblent inquiéter du monde, et si ça se trouve les créatures qui en sont issue sont simplement plus discrètes mais non moins dangereuses que les autres.

La poterie qui rend Kadara cryptique et nostalgique est intrigante. La description qui est faite du pictogramme inconnu n'y est pas pour rien. Quelque chose de sombre, avec des allusions disons squelettales. Une créature de l'ombre, peut-être ? Et le fait qu'elle n'existe plus malgré le fait que les créatures ne peuvent pas mourir, peut-être lui est-il arrivé quelque chose de transcendant ? Un changement si fondamental qu'on ne peut pas dire qu'elle est morte mais pas non plus qu'elle existe encore ? Ça ne semble pas être aussi simple que de se tenir à l'écart comme le font d'autres créatures. Vraiment mystérieux. Comme le souligne Roselynd plus tard, il y a beaucoup d'énigmes qui planent sur l'histoire de ce monde, et celle-ci s'ajoute à la pile. Auxquelles aurons-nous droit à une réponse ? Toutes tes petites graines sont bien semées, en tous cas, difficile de savoir ce qui est important ou non, ce qui est lié ou non ; on reste dans l'expectative. =D

Toujours des tas de mystères autour des agissements politiques, également, avec toutes ces réunions derrière portes closes et ces chuchotements entre dirigeants, mais là aussi, on aura sans doute des réponses en temps voulu. Je patiente. Après tout, Roselynd a déjà assez à gérer sans s'immiscer encore dans des affaires qui ne la regardent pas. Chaque chose en son temps.

Ensuite, je pense que ça ne te surprendra pas trop de savoir que j'ai beaucoup aimé la scène de la bibliothèque avec Lord Glenn. J'ai retrouvé l'inconnu de la fête foraine, l'espace d'un instant. Contente de savoir qu'il existe encore. Même si tout n'est pas gagné... La petite danse entre Roselynd est lui n'en est cependant pas moins savoureuse. Il semble convaincu qu'elle n'est pas Roselynd, et il semblerait que ça ne l'embête pas plus que ça, finalement. (Je pense aussi que c'est de ce sujet que Lord Ruliz parlait lorsqu'ils sont sortis de leur meeting, mais je peux me tromper.) Le commandeur est-il honnête en disant être du côté de notre narratrice ? Sa façon candide de lui demander son nom - son vrai nom - me laisse penser que oui, mais je ne suis pas un excellent juge de caractère. J'espère que oui.

Mention spéciale au passage où Roselynd répond à sa taquinerie sur le fait qu'il pensait qu'elle l'aimait, en disant qu'elle ne peut pas l'aimer si elle ne le connaît pas. Je trouve ça d'une sincérité parfaite. Marre de ces gens qui disent s'aimer à tout bout de champs après s'être rencontrés la veille. xD Et surtout, elle sépare le fait qu'elle le laisserait l'embrasser du fait qu'elle pourrait l'aimer. Je trouve honnête qu'elle fasse la distinction entre attirance physique et sentiment, qu'elle avoue sans complexe qu'on puisse démontrer une forme d'affection physique sans en avoir une émotionnelle encore. Je ne sais pas, ça me plaît bien.

Quand elle dit qu'elle n'oserait pas convoiter un homme déjà pris, je suppose que l'allusion est faite à sa cavalière du dernier Bal. Je note qu'il ne la détrompe pas. Néanmoins, aussi taquin il soit simplement ici, je doute qu'il serait allé aussi "loin" s'il était réellement engagé avec qui que ce soit. Mais peut-être que je lui prête trop d'honneur ? C'est à la fois agréable et frustrant, tout ça. ^^

J'ai aussi bien aimé sa surprise à l'interrogation sur l'apparence de sa créature. Une vision qui rendrait fou. L'a-t-il vue lui-même ? Ou bien fonctionne-t-il sans manifestation visuelle ? Ça impliquerait selon moi une subjugation particulièrement compliquée, ainsi qu'un lien particulièrement fort par la suite. Ça collerait avec la puissance du torrent/pilier de lumière qu'ils sont capables d'invoquer ensemble, en tous cas. Et puis, ça veut aussi dire que Roselynd n'est pas la seule à faire des cachotteries...!

L'arrivée d'Augustin à la fin était inattendue. Est-ce qu'il tient toujours à Roselynd, qui était sa fiancée avant que Garance ne le lui vole ? Si c'est le cas, il risque d'être bien déçu, puisque sa fiancée actuelle semble aussi avoir l'œil sur un autre homme que lui. Tant pis pour lui. Bien que son serpent à plume soit intéressant, il ne m'a jamais fait forte impression. Aucun des deux demi-sœurs ne lui conviendrait, à mon avis. Trop forts caractères, à présent. Et quoi qu'il en soit de ses états d'âme, j'ai trouvé vraiment très bizarre qu'il s'impose aussi ouvertement entre Roselynd et le commandeur. Je veux dire... c'est le commandeur. Il lui suffit littéralement d'un geste pour mettre le reptile ailé au tapis. Il n'use même pas de magie. Qu'est-ce qu'il espérait ? Et surtout, n'est-ce pas une faute d'étiquette ? Ça semble plus amuser Glenn qu'autre chose, mais c'est tout de même très excessif de la part du noblion. Hm hm.

On termine sur un regard foudroyant du père. Pourquoi a-t-il envoyé Augustin et ne s'est-il pas déplacé lui-même ? Et pourquoi est-il aussi outré par une simple brèche de couvre-feu ? Y a-t-il seulement un couvre-feu ? Qu'est-ce qui pourrait l'agacer d'autre ? Il ne sait pas où elle était, comment peut-il s'en agacer ? Affaire à suivre.

Et, je n'ai pas su où le placer dans mon commentaire mais je pense que ça mérite tout de même d'être relevé : les allusions de Roselynd à son monde d'origine, qui disposerait de techniques et technologies qui semblent manquer ici, ne passent pas inaperçues. Elle parle également de l'appellation que lui réservaient ses ennemis de son (premier) vivant. Je continue à me demander si elle vient de notre monde, ou au moins un similaire. De quelle époque ? Il devait y avoir une forme de magie, pour qu'elle soit bannie là où elle l'a été, mais de toute évidence les débordements sont possibles, puisqu'elle vient elle-même de traverser. Il me semble me souvenir qu'elle ne s'attendait pas à être punie par ce biais, là d'où elle vient. Mais d'autres mondes existent-ils ? Y aurait-il un intérêt à les explorer pour notre narratrice ? Fera-t-elle usage de ses connaissances passées pour parvenir à ses fins ici ? J'avoue que je ne saurais pas reconstruire quelque technologie actuelle que ce soit dans un monde semi-médiéval, mais elle a déjà prouvé être incommensurablement plus dégourdie que moi. ^^

Enfin voilà. Je suis toujours contente de retrouver un nouveau chapitre de cette histoire dans mes actualités. On avance à pas feutrés, avec des scènes de tous types, mais elles me plaisent toutes (même celles qui me frustrent, oui ^^). Je trouve que ça ne va ni trop vite ni trop lentement, tout simplement. On s'attarde suffisamment sur chaque chose, et je sais à quel point ça peut être un dosage subtil, donc j'apprécie d'autant plus. C'est toujours un très bon moment à passer pour moi. =)


À bientôt !
Zlaw
Zlaw
Posté le 20/06/2022
P.S.: j'ai séparé mes impressions de mon relevé de coquillages. =)

* "cage de verres" -> À moins que plusieurs types de verres soient utilisés, le singulier suffit pour le matériau.
* "les frères de Duras, grand, blond et identique" -> 'grands, blonds, et identiques'
* "posée sur ses épaules de son mage" -> 'les épaules de son mage' (ou 'sa mage', d'ailleurs, je ne sais pas quelle est la règle)
* "Le désintérêt qu’elle porte à notre tâche contamine presque, elle préfère, semble-t-il, s’arrêter de temps à autre pour étudier les antiquités du couloir." -> La ponctuation n'est à mon avis pas assez marquée entre 'presque' et 'elle préfère'. Je verrais un point-virgule. Mais je suis un peu obsessive. ^^
* "Si nous sommes en avance et Lord Glenn l’est plus que nous, il nous attend déjà sur l’une des terrasses du premier étage de la tour d’or. " -> La conjonction de coordination devant Lord Glenn est de trop. Une virgule suffirait.
* "Son regard décent" -> 'descend'
* "quis'entrechoquent" -> Espace manquante.
* "L’épée embrasée de l’homme tranche se heurte au bouclier" -> Soit un verbe est de trop, soit il manque un conjonction de coordination.
* "Peut être qu’il manie la magie" -> 'Peut-être'
* "mais ses coups d’épées placées pour tuer" -> 'ses coups d'épée placés' (à moins que plusieurs épées soient utilisées, auquel cas épées pourrait conserver le pluriel)
* "Laquelle de vous remporterait un duel ? me demande Lord Glenn. S’il devait avoir lieu bien sûr." -> Retour à la ligne excédentaire entre Lord et Glenn.
* "déchainer" -> 'déchaîner' (je m'efforce d'être une puriste des accents circonflexes ^^)
* "égo" -> J'aurais tendance à rester sur 'ego', puisque c'est du latin, mais il semblerait que l'accent soit accepté.
* "la couronne ardente,l’un des cents nommés" -> Espace manquante + pas d'accord au nombre cent à moins qu'il soit multiplicateur (il me semble)
* "plus droit de posture.Ainsi donc" -> Espace manquante.
* "Cela fonctionne-t-il pour les mages d’Êlo, si focalisé sur la puissance ?" -> 'focalisés'
* "avant de s’inquiéter de savoir comme elle se porte la « vieille branche »." -> 'comment se porte' (je suppose, sinon je ne comprends pas le sens de la phrase)
* "Face à lui, se tiens une autre forme," -> 'se tient'
* "Par exemple, Rhaeka prend toujours les traits d’un lion, montré de profil. La torche de sa queue, souvent représentée par trois losanges, est irrémédiablement dorée." -> Il y a 2 sauts de lignes inattendus dans cette phrase.
* "Kadara s’en éloigne la première, son esprit m’est fermé, mais son visage se déforme dans une expression que ces traits de lupins empêchent de l’interpréter avec justesse, mais ce doit être quelque chose entre la nostalgie et la tristesse. " -> Retour à la ligne excédentaire.
* "Ettoi ?" -> Espace manquante.
* "Je l’ai rencontré autrefois. Elle n’existe plus." -> 'rencontrée'
* "Non. Nous sommes immortels." -> 'immortelles', si on part du principe qu'il s'agit des créatures mentionnées juste au-dessus par Roselynd, même si évidemment elles sont aussi bien mâles que femelles et le masculin l'emporterait hors de ce contexte précis.
* "la dissonance de ses propos.Je n’aurai pas plus d’explications." -> Espace manquante.
* "Improbable ne veut pas dire impossible continue-t-il." -> Virgule manquante avant l'incise.
* "Ou peut-être seigneur Êlo lui-même" -> Point manquant en fin de phrase.
* "les dossiers que je transporte encore.Cette partie du Lys" -> Espace manquante.
* "comme elle se promenait dans une prairie." -> 'comme si elle se promenait' ou 'comme elle se promènerait'
* "range l’ouvrage qu’il consulte puis prends la parole." -> 'prend la parole'
* "Vous chercher en vain" -> 'cherchez'
* "Même si l’on dit qu’il vole votre esprit de ceux qui le regarde" -> 'l'esprit de ceux qui le regardent'
* "je ne peux m’empêcher que vous ou tous ceux qui l’ont subjugué avant vous devait être immunisés d’une manière ou d’une autre." -> m'empêcher de quoi ? + 'devez' ou 'devaient'
* "Êtes vous encore persuadé" -> 'Êtes-vous'
* "Ses yeux se perdent quelques instantsavant de reprendre contenance." -> Espace manquante.
* "Il s’incline porte, ma main a ses lèvres et demande :" -> Virgule mal placée ?
* "si je réussis.Est-ce là l’unique moyen" -> Espace (voire retour à la ligne) manquant(e).
* "Les siennes recoupent le livre" -> 'récupèrent'
* "il m’avait habitué jusqu’ici" -> 'habituée' (le ton est COI, c'est Roselynd le COD)
* "il y a de fortes chances que je vous laisse faire" -> Saut de ligne excédentaire.
* "un homme déjà prit" -> 'pris'
* "Le $serpent à plume d’augustin" -> 'serpent' + 'Augustin'
* "comme face à un ennemi.En réponse," -> Espace manquante.
* "après m’avoir rattrapé" -> 'rattrapée'
* "nous préviendrons nos parents" -> 'vos'
* "jusqu’à l’intérieur du château.Et avant d’y entrer" -> Espace manquante.
Pandasama
Posté le 27/07/2022
*Moi* : « Cette fois je réponds vite »
*aussi moi* : *un mois plus tard n’a toujours pas répondu*

Bref, bonjour, et désolée !

Sache que c’est toujours un plaisir de lire tes commentaires, ça me permet de voir des choses auxquels je n’ai pas pensé, mais aussi de voir ce que j’ai réussi. Je n’entrerais pas dans les détails, le spoil ce n’est pas bien, mais il y a des moments ou tu poses des questions pertinentes.

Sinon, ravie de voir que le passage dans la bibliothèque t’a plu, j’avais un peu peur qu’il soit maladroit et/ou un peu trop cliché...

Sinon, merci de ta lecture de tes corrections. Ton enthousiasme pour ma modeste histoire me fait extrêmement plaisir.

Merci
Pandasama

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