Salim

Notes de l’auteur : Chapitre 4, première partie.

ATTENTION, si vous n'avez pas encore lu la deuxième partie, ne lisez pas le commentaire de Lionne en bas de cette page.
J'ai redécoupé ce chapitre en deux car il était trop long pour Plume d'Argent. Son commentaire a été posté avant le redécoupage et risque de vous spoiler la deuxième partie du chapitre.
Or, il se passe beaucoup de choses et il y a des révélations importantes. Ce serait dommage.

Bonne lecture !

La caravane franchit enfin les portes de la Cité-Monde avec une heure de retard. Le convoi s’étire paresseusement sur plusieurs centaines de mètres, encadré par une trentaine de soldats du Guet et par un groupe de cinq Sorcelames montés sur des cavalins à l’allure majestueuse.

En tête de cortège, le capitaine chevauche une superbe bête aux écailles d’un vert scintillant qu’il a baptisé Opaline. Chez les cavalins, les femelles mesurent trente centimètres de plus que les mâles au garrot, ce qui donne l’impression que Dolan est un géant au milieu des autres Sorcelames. Derrière lui se trouvent les charpentiers qui ont la lourde tâche d’étayer les galeries des mines et de réparer les chariots dont les essieux se brisent régulièrement. Viennent ensuite les mineurs et excavateurs qui sont de loin les plus nombreux : ces Fangeux transportent sur leur dos des pioches et des pelles, des seaux et des lanternes ainsi que d’épais rouleaux de corde. Je me suis longtemps demandé pourquoi Fieryn Dolan nous oblige à voyager avec tout le matériel, jusqu’au jour où Syndra m’a expliqué que les pillards de la Dévoreuse viendraient s’en emparer si on l’abandonnait à proximité de Tys-Beleth. Il en va de même pour les charrettes de ravitaillement, jalousement gardées à l’arrière du convoi et tractées par de lourdes bêtes de somme. Elles contiennent les précieuses rations de nourriture, les tonneaux d’eau potable et l’huile dont nous aurons besoin pour embraser les lanternes et nous éclairer dans l’obscurité. Au retour elles serviront à transporter la récolte de gemmes d’éclat de la semaine. C’est justement à côté de ces chariots que je me trouve, accompagné de Syndra et des autres Trompe-la-mort. Pour la durée du trajet, le capitaine nous a confié le soin des montures de rechange qui commencent déjà à renâcler en grattant le sol de leurs sabots. Syndra est plus à l’aise que moi en présence de ces animaux qui me font une peur bleue depuis ma plus tendre enfance. Inutile de vous rappeler l’épisode de tout à l’heure dans l’enclos, Vipérine a bien failli me charger et me piétiner comme un insecte. Pourtant même au milieu de ces cavalins dont j’ai horreur, je me sens plus chanceux que le pauvre bougre qui voyage avec les Souterreux à l’arrière.

J’ai assisté comme tout le monde à la punition de ce soldat que le capitaine Dolan a fouetté avec sa Lame d’Arcane jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Pour un simple élan de gentillesse, une gourde d’eau distribuée sans autorisation, le Sorcelame l’a condamné à mourir à petit feu dans d’atroces souffrances. Soyons réalistes, cet homme n’arrivera jamais à Tys-Beleth en vie : il trébuche davantage qu’il ne marche, sa respiration est un râle d’agonie déchirant et si les Souterreux ne se relayaient pas pour l’aider à avancer, il serait déjà en train de cuire à plat ventre dans la poussière. Il faut dire que la chaleur du désert est particulièrement étouffante ce matin. L’air que l’on respire à l’extérieur d’Ambreciel est brûlant et sec, la poussière qu’il charrie lui donne un goût acide qui me saisit à la gorge. Devant nous la Grande Dévoreuse s’étend à perte de vue jusqu’à embrasser l’horizon. C’est une immense plaine aride découpée en plateaux séparés par de larges fissures, comme si la terre elle-même s’était brisée en mille morceaux sous le postérieur d’un géant. Ici le sol est un immense tapis de roche parsemé d’arêtes tranchantes et de crevasses où l’imprudent risque à tout moment de se fouler une cheville. Il est recouvert d’un sable rouge aux grains épais qui tanne la peau des voyageurs et s’infiltre dans nos yeux à la moindre bourrasque de vent.

Pour éviter que la caravane ne se perde, des jalons ont été installés le long de la piste qui mène à Tys-Beleth. Ce sont de grandes bornes en granit couvertes de caractères que je ne parviens pas à déchiffrer. Au centre, une cavité de la taille de mon poing contient une gemme d’éclat solidement enchâssée. On croise l’un de ces obélisques toutes les dix minutes de marche environ. Ils ont été créés par les Façonneurs les plus talentueux de la Cité-Monde pour protéger les voyageurs des tempêtes de roche. En cas de danger, il suffit du pouvoir d’un Sorcelame pour activer le sortilège qu’ils contiennent, ce qui crée un oasis de sécurité au cœur d’un bouclier magique infranchissable. Mais malgré l’existence de ces protections, il n’est pas rare qu’un convoi se retrouve piégé entre deux bornes dans le souffle ardent de la Dévoreuse. Heureusement le commandant Ravinel a eu l’année dernière une idée que tous les caravaniers utilisent désormais. À chaque départ d’Ambreciel, le Sorcelame responsable de l’expédition emporte avec lui un fauconnier et un couple de hurle-au-vent. Ce sont de grands oiseaux au plumage argenté qui tournoient paresseusement au-dessus du convoi en profitant des colonnes d’air chaud. Ils ont la particularité de sentir la force du vent changer à plusieurs kilomètres et ont été spécialement dressés pour alerter leur maître en cas de naissance d’un ouragan. Souvent lorsqu’un voyageur aperçoit le mur de sable qui s’élève à l’horizon, il est déjà trop tard : la présence de ces oiseaux-crieurs permet de gagner de précieuses minutes pour se mettre à l’abri près d’une borne de Façonneur.

« Je suis désolé pour tout à l’heure, dis-je à Syndra pour essayer de briser la glace entre nous. Je ne voulais pas te traiter de monstre. »

Mon amie m’ignore royalement et continue de marcher en scrutant le paysage. À côté d’elle, Vipérine la suit docilement avec le nez enfoui dans sa robe. Syndra n’a même pas pris la peine de lui passer une sangle autour du cou. La progression est lente, la chaleur nous harasse et la caravane se meut à une vitesse d’escargot. De temps à autres on entend le bruit strident d’un crache-sable sauvage qui termine sa digestion, suivi par l’apparition d’un geyser de poussière de plusieurs mètres de hauteur. Le son qu’ils produisent en recrachant les débris de roche par leurs narines rappelle le grincement d’une lourde porte en métal. Ils rompent la monotonie et le silence macabre du désert comme un coup de tonnerre et me font sursauter à chaque fois.

Dix minutes passent, interminables. Syndra ne semble pas décidée à sortir de son mutisme. Pour s’occuper, elle joue avec la cavaline qui trottine autour d’elle d’un pas guilleret.

« Tu ferais mieux d’attacher Vipérine avec les autres montures, dis-je. Si elle prend peur, elle risque de s’enfuir ou d’attaquer quelqu’un. »

Cette fois, la fille de Ballard se retourne et me foudroie du regard. J’ignore ce qui ne tourne pas rond depuis cette nuit mais elle est d’une humeur épouvantable. L’étrange phénomène qui la lie au capitaine Dolan s’est reproduit pendant que le Sorcelame fouettait le soldat tout à l’heure. J’ai vu avec horreur les vêtements de Syndra se tacher de sang, elle avait l’air de souffrir le martyr. Elle s’est même effondrée à un moment et j’ai eu très peur que les hommes du Guet s’en aperçoivent, mais Vipérine s’est placée devant elle comme un chien de garde pour la protéger. Tout s’est arrêté lorsque le capitaine a rengainé sa Lame d’Arcane : en quelques instants Syndra était sur pied et en pleine forme comme s’il ne s’était rien passé. À une exception près toutefois : les sillons argentés sur son bras gauche ont laissé une marque bien visible, comme si quelqu’un lui avait gravé des arabesques au fer rouge sur la peau.

Il y a autre-chose qui m’intrigue chez Syndra, ce sont les longs regards éloquents qu’elle ne cesse d’échanger avec le soldat supplicié. J’ai le sentiment que ces deux-là se connaissent, qu’ils partagent en silence un mystérieux secret. Mais je n’ai pas envie de me fâcher davantage avec elle, je ravale donc ma curiosité. Ce qui ne l’empêche pas de me moucher d’une réplique cinglante.

« Tu es devenu subitement un expert en cavalins, Salim ?! Non ? Alors évite tes remarques inutiles et laisse-moi m’occuper de Vipérine tranquille. »

Ce disant, elle sort de sa poche une pomme qu’elle a probablement volée sur un chariot et la glisse discrètement à l’animale qui s’en empare joyeusement. Je m’apprête à ouvrir la bouche pour protester mais le regard furieux de Syndra me dissuade de tout commentaire.

Soudain j’entends un bruit de sabot près de nous et un cavalin siffle en grattant la poussière. Je me retourne et me retrouve face-à-face avec une bête magnifique aux écailles d’un vert émeraude resplendissant. Sur le dos d’Opaline se tient le capitaine Dolan, vêtu de sa cuirasse de Sorcelame.

« Syndra ! Commande-t-il d’un ton impérieux. Venez ici, jeune fille. »

Syndra lui jette un regard intrigué et s’avance d’un pas méfiant. Mon cœur ne fait qu’un tour dans ma poitrine et l’inquiétude me gagne. Le capitaine l’a-t-il reconnue près de la halle des tanneurs lors de la poursuite ? Dolan attrape son poignet et la hisse sur le dos de Vipérine puis talonne sa propre monture qui se met doucement en marche. Ils s’éloignent tous les deux du sentier et de la caravane. Je frémis intérieurement : je déteste l’idée de laisser Syndra seule avec cette brute. Malgré le risque, je décide donc de les suivre à distance raisonnable pour entendre leur conversation. Si jamais le capitaine me voit, je pourrai toujours lâcher une sangle et faire semblant de courir après un cavalin en fuite.

« J’ai entendu parler de vous en bien ce matin, déclare Dolan. Le sergent Boc m’a raconté comment vous avez calmé Vipérine sans faire usage du fouet.

Syndra garde le silence, visiblement peu encline à entrer dans la discussion. Qu’importe, le soldat du Guet enchaîne :

- Vous avez noué une relation de complicité avec elle. C’est une bonne chose. Vous serez plus à l’aise sur son dos pendant le défilé.

- Le défilé ? S’étonne Syndra, sa curiosité éveillée.

- Bien sûr ! Vous et moi serons en tête de cortège pour traverser la Cité-Monde jusqu’au Palais d’Ambre. »

Il se tait un instant, un silence pesant s’installe entre eux. Je devine à son attitude que Syndra est mal à l’aise mais qu’elle refuse de rentrer dans le jeu du capitaine. Pour ma part, je pense hélas deviner où va mener cette conversation.

« Vous pouvez garder Vipérine si vous le souhaitez, reprend Dolan pour briser la glace. Je vous l’offre de bon cœur, cette sale bête ne m’a jamais aimé. Considérez-la comme votre cadeau de mariage.

Syndra se fige brusquement et lui jette un regard meurtrier. Sur ce coup-là j’aurais préféré me tromper. On dirait que ce gros porc répugnant cherche à convaincre ma meilleure amie de l’épouser. Non mais sérieusement, il a perdu la tête ?! Dolan passe ses journées à nous martyriser et il a l’âge d’être son grand-père !

- De mariage ? Répète Syndra d’une voix blême.

- Allons ma chère, ne soyez pas si renfrognée ! C’est un immense honneur que je vous fais, beaucoup de femmes rêvent de marier un Sorcelame ! »

Vipérine siffle et fait frémir ses écailles, elle ressent la nervosité de sa cavalière. Syndra se raidit et serre les dents, je vois avec inquiétude des sillons blancs apparaître autour de son poignet. L’image du corps écrabouillé de la milicienne me revient en mémoire, accentuant mes craintes. Il faut absolument qu’elle se calme avant que la situation dégénère.

« Tout est déjà prêt ! Poursuit Fieryn Dolan qui ne s’est aperçu de rien. Le commandant Ravinel m’a offert sa bénédiction. C’est la princesse Ceara en personne qui célébrera notre union. Dès que la caravane sera de retour à Ambreciel, mes servantes vous prépareront pour la noce. »

Syndra serre les poings à s’en bleuir les phalanges, je n’aimerais pas être à sa place. La pauvre donne l’impression d’être en plein cauchemar et je ne la comprends que trop bien. La simple idée qu’elle puisse épouser Dolan me donne envie de vomir.

« Mon père ne vous laissera pas faire ! S’exclame-t-elle d’une voix acerbe. Vous ne pouvez pas m’épouser de force !

- Détrompez-vous mon enfant, ricane le capitaine. J’ai rencontré Ballard hier soir et tout est arrangé ! En échange de votre main, je m’engage à doubler les distributions d’eau pour les Fosses pendant les six prochains mois.

- Et si je refuse ? S’écrie Syndra avec véhémence.

- La décision vous appartient, bien sûr. Mais je crains que dans ce cas, des centaines de Fangeux ne meurent de soif avant la fin de l’hiver. Sans parler de ce qui arriverait à votre pauvre père. »

Quelle ordure ! Voilà la raison pour laquelle il parait si confiant. Il s’agit d’un immonde chantage. Syndra baisse la tête, comprenant qu’elle a déjà perdu la partie. Des larmes coulent le long de ses joues, elle les essuie d’un geste maladroit. À côté d’elle, Dolan jubile de son pouvoir minable, il prend son pied en sachant qu’il est en train de briser sa vie. Un frisson d’horreur remonte ma colonne vertébrale, j’ai une furieuse envie de massacrer ce salopard. Est-ce possible ? Syndra va-t-elle vraiment épouser l’homme qui a tué mon père ? Ce type a quarante ans de plus qu’elle et c’est sans doute le pire enfoiré de toute l’histoire de la Cité-Monde !

Syndra n’en pense visiblement pas moins car les nervures argentées progressent dangereusement le long de son bras. Heureusement, le capitaine Dolan chevauche à sa droite et l’allure de Vipérine l’empêche de voir le scintillement magique sous le tissu de sa robe.

« Si j’accepte de vous épouser, demande-t-elle soudain, m’accorderez-vous une faveur ?

Fieryn Dolan acquiesce, il affiche sur son visage un sourire triomphant.

- Épargnez l’homme que vous avez torturé, capitaine. Je ne supporte pas d’entendre ses gémissements d’agonie. Soignez-le avec votre magie, accordez-lui votre pardon et je vous promets de me montrer enthousiaste au sujet de ce mariage. »

Le capitaine rechigne, quant à moi je ne peux retenir un hoquet de stupeur. Vipérine glousse et déploie ses écailles d’un air menaçant, mais Syndra l’apaise rapidement en lui flattant l’encolure. Est-ce qu’elle est sérieuse ? Elle serait prête à épouser Dolan pour sauver la vie d’un homme qu’elle connaît à peine ?! Je repense alors aux coups d’œil appuyés qu’elle échangeait un peu plus tôt avec le prisonnier. Non, cet homme n’est pas un simple soldat du Guet que mon amie veut aider par bonté d’âme ou par pitié. Elle le connaît depuis longtemps, elle a de l’affection pour lui. Lorsque le capitaine le fouettait devant l’enclos, Syndra était tétanisée. Mais pour quelle raison irait-elle jusqu’à se sacrifier pour lui ?

PROUSSHHHHHHT !

Le geyser d’un crache-sable fuse à côté de moi, il s’élève à une dizaine de mètres de hauteur. Je m’écarte prudemment pour ne pas recevoir une pierre sur le crâne et soudain la lumière se fait dans mon esprit.

Crache-sable. Incendie. Jerman&Sœurs.

Le condamné était sur l’esplanade de la banque quand Syndra a essayé de m’étrangler cette nuit ! C’est lui que le capitaine Dolan voulait étouffer avec sa Lame d’Arcane, c’est le soldat qui est arrivé en retard au moment de l’incendie. Autrement dit, à deux reprises lorsque Dolan a essayé de tuer cet homme, Syndra s’est mise à faire de la magie. Ça ne peut pas être un hasard.

« Je vous autorise à prendre soin du prisonnier, répond finalement le Sorcelame. S’il survit jusqu’à Tys-Beleth, je m’engage à lui fournir un guérisseur et à le réintégrer dans un détachement du Guet. Mais je n’utiliserai pas les pouvoirs de ma Lame pour le soulager de ses blessures, son châtiment était plus que mérité. En échange de cette faveur, vous me rejoindrez sous ma tente et vous comporterez comme mon épouse dès ce soir.

Il marque une pause, guettant sur le visage de Syndra un signe d’approbation ou de reconnaissance. Puis, comme mon amie ne réagit pas, il ajoute d’un ton agacé :

- Je vous laisse le temps d’y réfléchir, jeune fille. Mais ne tardez pas trop à me donner votre réponse. Ma patience a des limites. »

Il pique brusquement des deux, lançant sa cavaline au galop pour reprendre la tête de la caravane. Syndra reste là, incrédule et complètement abattue, perchée sur une Vipérine qui glousse pour lui remonter le moral. Je m’empresse de la rejoindre, j’ai un milliard de questions à lui poser et je suis bien décidé à lui arracher le fin mot de cette histoire.

« Pas maintenant, Salim. J’ai besoin d’être seule. »

Elle a l’air bouleversée mais sa voix est redevenue douce à mon égard. Elle passe sa jambe au-dessus de la croupe de Vipérine et met pied à terre. Son visage est baigné de larmes, elle l’enfouit dans l’encolure de la cavaline et pleure sans retenue.

« Quelle ordure, ce capitaine Dolan ! M’exclamé-je. Tu ne vas quand même pas céder à son chantage et devenir sa femme ?!

Mon amie ne répond pas, elle tourne vers moi un regard où brille une tristesse infinie. Avec stupeur, je constate que les filaments argentés ont remonté son bras jusqu’à son épaule et atteignent maintenant la base de son cou.

- Syndra ! Ta main…

Elle aussi s’en est aperçue. Sa main gauche toute entière est couverte d’arabesques multicolores qui pulsent sous sa peau comme un cœur battant, dégageant une étrange lumière qui se reflète tel un arc-en-ciel sur les écailles de Vipérine.

- Ce n’est pas grave Salim, dit-elle d’une voix résignée. Ça ne me fait presque plus mal maintenant. Je crois que je commence à m’y habituer. »

J’acquiesce pensivement mais sa réponse ne me convient pas pour autant. On ne sait absolument rien de cette chose qui se déplace sous sa peau ni des étranges dessins qu’elle laisse à la surface. En dépit de ses efforts pour me rassurer, Syndra semble toujours souffrir et ne contrôle rien du tout. Elle a plutôt l’air complètement perdue, déboussolée et terrifiée par ce qui lui arrive.

« Tout à l’heure dans l’enclos… dis-je en veillant à ne pas la froisser. On aurait dit que tu recevais les coups de fouet à la place du soldat. Mais c’est impossible, n’est-ce pas ?

- Non, Salim. C’est exactement ce qui s’est passé.

Elle marque une courte pause, cherchant ses mots pour m’expliquer au mieux ce qu’elle ressentait à ce moment-là.

- Je ne supportais plus de le voir souffrir. J’ai souhaité de toutes mes forces que ça s’arrête, quitte à prendre sa place. Mon bras est devenu très chaud et j’ai commencé à avoir horriblement mal au niveau du dos à chaque fois que le capitaine frappait. »

Je l’écoute avec effroi me raconter les effets de son pouvoir qui n’a pas seulement transféré la douleur du prisonnier vers elle. Ce que je découvre est bien plus terrifiant encore : quand Fieryn Dolan torturait cet homme, Syndra voyait à travers ses yeux et pouvait entendre ses pensées comme si elle avait pris possession de son corps. Une sorte de connexion magique s’est créée entre eux, pendant un bref moment ils n’étaient plus deux individus distincts mais une seule et même personne. J’ai du mal à comprendre ce que ça signifie, je n’arrive pas à imaginer que ma meilleure amie ait pu… quoi, au juste ? Fusionner son esprit avec celui de ce soldat ? Ça paraît complètement dingue !

« Cet homme du Guet, dis-je pour l’inviter à se confier davantage. C’est lui que le capitaine Dolan étranglait devant Jerman&Sœurs, pas vrai ? Quand tu as utilisé la magie pour…

Je laisse ma phrase en suspens, je n’ose pas mentionner la milicienne que Syndra a broyée comme un insecte. Les images me reviennent, elles me donnent franchement envie de vomir.

- Oui, c’était déjà lui », répond-elle à voix basse.

Je pousse un soupir de soulagement. J’avais raison depuis le début, Syndra n’est pas une Anormale ! C’est forcément ce soldat qui est doté de pouvoirs magiques ! Il lui a sûrement jeté un maléfice pour se protéger de la Lame d’Arcane du capitaine. Donc si je veux aider Syndra à guérir, je vais devoir forcer le prisonnier à annuler les effets de son sortilège. Mais comment ?

J’ouvre la bouche pour interroger mon amie sur ses liens avec le soldat quand soudain je suis interrompu par un cri d’oiseau strident. Syndra se fige et nous levons des yeux inquiets en direction des hurle-au-vent qui piaillent comme des fous, loin au-dessus de nos têtes. Je blêmis aussitôt et la fille de Ballard me lance un regard affolé : nous savons tous les deux ce que ces cris d’alarme signifient.

« Oh non… une tempête se lève !

- Vite ! S’écrie-t-elle. Il faut rejoindre la caravane ! »

Nous nous mettons à courir comme des fous et je prends soudain conscience que le capitaine Dolan nous a beaucoup trop éloignés du convoi. La longue colonne de Fangeux et de chariots qui s’étire sur le plateau est devenue minuscule. Les caravaniers ont décidé de forcer l’allure pour atteindre la prochaine borne avant la tempête.

« On ne les rattrapera jamais à temps !

- Grimpe sur Vipérine, elle peut nous emmener ! »

L’idée de Syndra est bonne. Je m’avance vers la cavaline d’un pas décidé. Mais dès que l’animale me voit approcher, elle déploie sa crête dorsale et fait crisser ses écailles d’un air menaçant.

« Tout doux ma belle ! Je ne vais pas te faire de mal, d’accord ? C’est Salim, tu te souviens de moi ? Je veux juste monter sur ton dos ! »

Je m’avance encore d’un pas, paumes ouvertes pour essayer de la rassurer, mais cette sale bête fait claquer ses mâchoires et siffle de contrariété. Je jette à Syndra un regard désespéré : si je n’avais pas brusquement retiré ma main, Vipérine m’aurait probablement arraché un doigt.

« C’est parce que tu as peur d’elle Salim, elle n’a pas confiance en toi !

- Facile à dire, tu as vu la taille de ses crocs ? »

À présent la cavaline renâcle nerveusement et gratte le sol de ses sabots. Je ne sais pas si c’est parce-qu’elle sent la tempête ou pour se préparer à me charger ; dans tous les cas il est hors de question que je m’approche davantage. Pourtant le temps presse : le ciel commence déjà à s’obscurcir et la caravane est presque devenue invisible sur le sentier.

« Sauve-toi, Syndra ! Monte sur Vipérine et va-t-en, tu dois trouver une borne de protection !

- Hors de question ! Je refuse de t’abandonner ici ! »

Un énorme grondement retentit dans notre dos, suivi d’une rafale de vent puissante qui s’engouffre sous ma tunique. Je me retourne et pousse une exclamation horrifiée : sous mes yeux le paysage de la Grande Dévoreuse a disparu, complètement avalé par un mur de sable immense qui s’élève jusque dans les nuages. Et qui déferle droit sur nous à une vitesse hallucinante.

« Salim, accroche-toi ! »

Nouveau fracas de tonnerre, j’ai l’impression que c’est la fin du monde. La force du vent est telle qu’il commence à soulever des pierres qui s’envolent dans le maelstrom. Je fais de mon mieux pour m’aplatir au sol et j’essaye de m’agripper à une souche de bois mort pour ne pas me faire emporter. À ma droite, Vipérine pousse un cri déchirant et se roule en boule autour de Syndra, déployant ses écailles pour tenter de la protéger. Merci ma grande, c’est vraiment sympa de me laisser me débrouiller !

Le vent redouble d’intensité et le mur de sable s’abat sur nous, plongeant soudain le monde dans un tourbillon de noirceur. Je continue de m’accrocher de toutes mes forces comme un naufragé sur son radeau mais je sens que l’ouragan est trop fort. Des cailloux projetés à une vitesse phénoménale me frappent de tous les côtés, lacérant mon corps de dizaines de coupures. Je ferme les yeux et je vois ma vie défiler, persuadé qu’une pierre plus grosse que les autres ne va pas tarder à me défoncer le crâne. Le rugissement du vent est une plainte sauvage à mes oreilles, les grondements du tonnerre sont des explosions qui me vrillent les tympans. La nature se déchaîne dans sa toute-puissance, les démons qui vivent dans la tempête sont en quête de proies à dévorer. L’air est à la fois chaud, acre et étouffant ; l’atmosphère saturé de poussière devient rapidement irrespirable. L’ouragan déferle sur nous comme une lame de fond inarrêtable, charriant avec lui des humeurs acides qui me brûlent la peau, emportant tout sur son passage.

« On ne survivra jamais à cette tempête ! Il faut qu’on trouve un abri ! »

Je m’égosille en vain pour que Syndra m’entende. Le souffle de la Dévoreuse dessèche ma gorge et emporte le son de ma voix dans sa tourmente. Des rochers et des morceaux de bois toujours plus gros passent autour de moi, charriés par l’ouragan comme de simples fétus de paille. L’un d’eux frôle ma jambe avant d’aller se fracasser un peu plus loin ; je me recroqueville davantage en priant Ran le Tout-Puissant qu’aucun de ces projectiles mortels ne me touche.

Soudain je sens avec horreur ma souche se déraciner.

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Peridotite
Posté le 30/01/2023
Coucou Oriendo,

Les deux persos se rabibochent après que le capitaine Dolan ait annoncé son mariage avec Syndra. Puis ils tombent dans une tempête de sable.

On en apprend plus le pouvoir de S qui semble connecté au pouvoir du voleur. À voir ce que tu nous réserves à ce propos 😊 La pauvre S est promise au mariage avec cette ordure, mais j’ai comme l’impression que la tempête va la sauver d’une manière ou d’une autre, donc ça va, je ne me fais pas trop de soucis pour l’instant.

J’aime toujours autant les descriptions des bêtes de ton monde.

Sinon, je trouve parfois les réactions des deux ados dures à suivre. Ils semblent super fâchés en début de chapitre, puis ensuite ça va, alors que j’imaginerais S sous le choc de la révélation de ses pouvoirs, puis choquée par la proposition de Dolan. Je trouve leur dispute pas assez spectaculaire pour qu’elle en veuille vraiment à Salim. Et je ne comprends pas bien pourquoi Salim est sur son dos à ce point, à la stalker et l’espionner. Je pense que ce serait éventuellement un point à resserrer.

Mes notes (comme d’hab) :

La caravane franchit enfin les portes de la Cité-Monde
> Encore ce « enfin » lorsque tes persos arrivent quelque part. Attention, je commence à penser que c’est un de tes tics d’écriture 😊

« plusieurs centaines de mètres »
> C’est juste d’utiliser le système métrique dans ton monde ? Si oui, c’est ok, sinon, il faudra checker (pour moi, l’un ou l’autre me va hein, je te dis juste ça cas où tu aurais une incohérence qui traîne)

« à la moindre bourrasque de vent. »
« d’une rafale de vent”
> Une bourrasque est forcément de vent. C’est un pléonasme. Pareil pour rafale plus loin.

« En cas de danger, il suffit du pouvoir d’un Sorcelame pour activer le sortilège qu’ils contiennent, ce qui crée un oasis de sécurité au cœur d’un bouclier magique infranchissable. »
> J’ai dû relire pour bien comprendre l’image.
Il y a plus simple et je pense que tu pourrais répéter certains termes/infos pour tout clarifier : « En cas de danger, un Sorcelame peut activer le sortilège contenu dans la gemme et ainsi créer un bouclier magique autour de la borne. »

« dans le souffle ardent de la Dévoreuse »
> Éventuellement rappeler ce qu’est la Dévoreuse ?

« et ont été spécialement dresses »
> Je virerais l’adverbe, tu me connais ^^ Je trouve qu’il n’apporte aucune précision et alourdi la phrase.

« pour se mettre à l’abri près d’une borne de Façonneur. »
> J’enlèverais le « près » : « …à l’abri d’une borne… »

« Mon amie m’ignore royalement et continue de marcher en scrutant le paysage. »
> La dispute n’était tout de même pas si intense. Je serais toi, je les ferais s’envoyer des vacheries, enfin quelque chose qui justifie leur querelle. Sinon, je trouve leur réaction démesurée. D’autant que la fille pourrait craindre qu’il ne la dénonce au lieu de bouder. Elle aurait donc tout intérêt de lui parler en fait.

« Le son qu’ils produisent en recrachant les débris de roche par leurs narines rappelle le grincement d’une lourde porte en métal. »
> J’aime bien tes descriptions des bêtes. J’aime bien les bêtes bizarres en fantasy, comme je te disais. Et c’est sympa dans ce chapitre aussi.

« Dix minutes passent, interminables.”
> Minute comme mètre avant, est-ce cohérent dans ton monde ? Ton perso a-t-il une montre au poignet ? Sinon, comment perçoit-il des minutes ? Je checke les incohérences dsl 😊

« J’ignore ce qui ne tourne pas rond depuis cette nuit »
> Pas vraiment : il suspecte qu’elle lui fait la gueule non ? Il s’est même excusé, 10 minutes plus tôt. Par contre, le lecteur ignore en effet ce qui ne tourne pas rond chez elle. Je l’aurais plutôt imaginé angoissée, soit parce que c’est la première fois qu’elle découvre ses pouvoirs. Et si elle avait déjà cette info avant, n’est-elle pas angoissée que son ami soit au courant et risque de la dénoncer ?

« qu’elle a probablement volée sur un chariot et la glisse discrètement à l’animale qui s’en empare joyeusement »
> Dis-donc, c’est une tempête d’adverbes dans ce bout de phrase : trois !

« Voilà la raison pour laquelle il parait si confiant. »
> « Il est si confiant » ? au lieu de parait ? (oui, je sais, c’est un détail de chez détail 😊)

« Syndra baisse la tête, comprenant qu’elle a déjà perdu la partie. »
> La deuxième partie de la phrase n’est pas nécessaire. C’est de la sur-explication à mon avis.

« À côté d’elle, Dolan jubile de son pouvoir minable, il prend son pied en sachant qu’il est en train de briser sa vie. »
> Je m’arrêterais après « jubile ». Je ne suis même pas convaincue de ton explication. Il peut aussi jubiler en imaginant son mariage futur avec elle ? Je laisserais donc ce point à l’imagination du lecteur.

« En échange de cette faveur, vous me rejoindrez sous ma tente et vous comporterez comme mon épouse dès ce soir. »
> Pas besoin de « se comporter comme son épouse », ça sera son épouse. Tu dis plus tôt qu’il souhaite l’épouser en rentrant des mines.

« Syndra lui jette un regard intrigué et s’avance d’un pas méfiant. »
« Syndra reste là, incrédule et complètement abattue, perchée sur une Vipérine qui glousse pour lui remonter le moral. »
> Pendant tout leur échange, je n’avais pas compris qu’elle était sur le dos de sa monture. Pour moi, elle allait à pied, la faute à cette première phrase que j’ai relevée ici, où elle fait un pas vers lui.

« - Ce n’est pas grave Salim, dit-elle d’une voix résignée. Ça ne me fait presque plus mal maintenant. Je crois que je commence à m’y habituer. »”
> Elle a pas peur que d’autres voient son bras. J’avais cru comprendre que ce n’était pas bien vu d’avoir des pouvoirs. À moins que je me trompe ?

« Elle a plutôt l’air complètement perdue, déboussolée et terrifiée par ce qui lui arrive. »
> Pourquoi ? Comment est-elle ?

« Une sorte de connexion magique s’est créée entre eux, pendant un bref moment ils n’étaient plus deux individus distincts mais une seule et même personne. »
> Au lieu de la virgule, je mettrais un point.

« « Oh non… une tempête se lève ! »
> Pas la peine de le dire, je pense qu’un lecteur attentif aura compris.

À part le chapitre de torture, je me sens embarquée dans l'histoire. Je me demande comment ils vont se sortir de cette tempête et je reviendrai donc lire la suite :-)
MrOriendo
Posté le 30/01/2023
Hello Péridotite !

C'est une agréable surprise de te retrouver ici, je m'attendais à ce que tu laisses Jaken de côté vu que tu n'apprécies pas forcément ce genre de lecture :)

Je suis content que les créatures te plaisent, moi aussi je les adore et j'ai passé beaucoup de temps à imaginer un monde peuplé de bêtes à la fois étranges, fantastiques et qui puissent faire sourire le lecteur.
Concernant le système métrique et la mesure du temps, le choix de conserver nos unités traditionnelles vient à la fois d'une facilité d'écriture et d'une volonté de ne pas trop perdre le lecteur non plus. Il y a déjà pas mal de choses nouvelles dans ce monde, l'avantage d'écrire "deux-cents mètres" par exemple c'est que le lecteur visualise tout de suite la distance. Mais je réfléchirai à la possibilité d'introduire des systèmes de poids ou de mesure différents, c'est vrai que ça peut être une bonne idée.

Aaah, les adverbes, je sais que tu les chasses et tu sais que j'ai tendance à en mettre un peu partout. Je trouve que parfois, certaines phrases paraissent nues sans eux ; à d'autres moments, je te rejoins et c'est vrai qu'ils peuvent alourdir le style. En tout cas, ça c'est un vrai tic d'écriture ;)
Le "enfin" et le "finalement" sont sans doute un deuxième tic aussi ^^
(J'en ai un autre, je ne sais pas si tu l'as déjà noté, c'est l'usage abusif de l'expression "un peu" :p)
Enfin bref, j'imagine qu'on a tous nos mauvaises habitudes quand on écrit, l'essentiel c'est de relire par la suite pour corriger tout ça ;)
Merci à toi de me les souligner !

Je prends note de toutes tes remarques, ça va me permettre d'alléger pas mal de tournures de phrases :)
Je suis content qu'abstraction faite du passage où Jaken reçoit le fouet, le scénario dans l'ensemble te plaise !
Il y aura malheureusement pour toi un autre chapitre avec de la torture plus tard. Elle t'apparaîtra sûrement moins "gratuite" que celle de Jaken, mais je pense que tu ne vas pas l'apprécier non plus.

Pour le reste, on en apprendra davantage sur les pouvoirs de Syndra et leur fonctionnement mais de manière progressive, toutes les révélations ne vont pas venir d'un coup ;)
Peridotite
Posté le 31/01/2023
Coucou,

Comme tu me disais que l'histoire ne prenait pas forcément un tournant YA, je me suis dit que j'allais m'aventurer pour voir la suite. Je me méfie de moi-même, car je risque de donner des commentaires négatifs sur un YA, car quand j'en lis un (publié), je ne fais que me plaindre, donc je n'en lis plus 😊

"Il y aura malheureusement pour toi un autre chapitre avec de la torture plus tard. "
> Nnnoooonn ! 😊

J'avais lu la suite dans la foulée, mais il faut que j'écrive le commentaire. Je te fais ça dans la journée.

D'ailleurs, je m'étais posé la question : depuis le début, pourquoi choisis-tu de te placer du point de vue de Salim qui semble juste assister aux émotions et actions de Syndra. Pourquoi pas Syndra directement ? Ce serait plus immersif, avec plus d'émotions non ? Qu'elle soit l'ancienne apprentie de Jaken, c'est une révélation, mais qui pourrait être faite directe dans le chapitre 2, non ? Pourquoi avoir gardé ça sous le coude ? Pour la peine, tu as même dû créer un spectateur aux aventures de Syndra ? D'autant que Salim ne fait qu'être sur son dos et l'espionner, ce qui ne le fait pas paraître sympathique (du moins pas pour moi).
Edouard PArle
Posté le 05/12/2022
Coucou !
Trop content de revenir par ici !
Je lisais rapidement 2,3 commentaires et j'ai vu qu'on te conseillait de parfois édulcorer dans les premiers chapitres. Mon avis : non surtout pas ! C'est parfait comme ça, l'humour est parfait (pas très objectif mais pensé ^^).
Sinon, je m'y suis remis facilement. Un chapitre intéressant surtout consacré à Syndra, j'avais raison de penser qu'elle allait avoir un rôle important à jouer. C'est un sacré personnage. L'image avec les filaments d'argent qui se développent sous sa peau était particulièrement forte.
Moins d'humour mais de quoi passer une agréable lecture, avec notamment le passage sur le mariage et le petit mystère entretenu sur l'homme blessé que Salim ne connaît pas. C'est bien fait.
La chute de chapitre est très bien, bon choix de coupure !
Un plaisir,
A bientôt !
MrOriendo
Posté le 06/12/2022
Hello Edouard !
Merci pour ton commentaire, ça fait plaisir de te recroiser aussi !

Je reçois beaucoup d'avis contradictoires concernant l'humour corrosif de Jaken, et j'avoue qu'après y avoir mûrement réfléchi, je penche plutôt pour prendre le parti d'assumer mon personnage tel qu'il est en me disant que c'est aussi une particularité de ce roman, que je m'éclate à écrire ce style et que ça ne pourra pas plaire à tout le monde quel que soit mon choix.
Donc je vais garder le cynisme et l'humour noir de Jaken tels qu'ils sont, et advienne que pourra.

Je suis content que ce chapitre te plaise, il s'y passe énormément de choses (y compris dans la deuxième partie, tu verras !) et l'histoire se met vraiment en marche. Syndra est de très loin mon personnage préféré actuellement (ça peut changer à mesure de l'écriture, mais pour l'instant c'est le cas), peut-être parce-qu'elle correspond davantage que Jaken à ce que j'ai l'habitude d'écrire donc je me sens plus à l'aise avec elle. En tout cas tu as raison, elle prend une importance grandissante et affirme un sacré caractère.
La scène où la magie pulse et se déplace sous sa peau n'est pas nouvelle pour moi, c'est un phénomène que j'ai déjà eu l'occasion d'écrire pour le Sildaros (dans un chapitre qui n'est pas encore publié sur PA), donc je savais à peu près où je voulais aller et comment je souhaiter représenter les choses. Si mes descriptions sont visuelles et renforcent l'intensité de la demande de Dolan, tant mieux !

À bientôt pour la suite ;)
Ori'
Neila
Posté le 02/11/2022
Coucou,
Je me décide à te laisser un petit com’, parce que j’ai quand avalé les chapitres en deux jours avec un certain plaisir, et c’est toujours bien de le faire savoir. Comme beaucoup de gens, je découvre ton histoire grâce aux HO, et je dois dire que c’est une bonne découverte ! L’humour et le personnage de Jaken sont les gros points forts, mais l’univers et l’intrigue sont pas en reste non plus, ça donne envie d’en lire plus.
Après, je vais être honnête, j’ai failli passer mon chemin en lisant le premier paragraphe. Comme l’a dit Nothe au premier chapitre (ouais, j’ai lu un peu les commentaires au passage ^^’, j’étais curieuse de connaître le ressenti des autres), ça m’a donné l’impression de tomber sur une caricature d’anti-héros edgy qui se la raconte. Alors, oui, Jaken se la raconte, mais l’histoire le remet vite à sa place et on se rend finalement compte que c’est juste une façade, un genre que le personnage veut se donner. Il me rappelle Flint dans Raiponce, qui essaye de se donner une image de voleur beau gosse mais qui est ni aussi doué ni aussi détaché qu’il veut le faire croire. :p
Tout ça pour dire qu’au final, le personnage fonctionne bien, la mayonnaise prend. Après, comme l’a souligné Nothe, je suis d’accord pour dire qu’il y a peut-être des insultes qui sont un peu de trop, surtout au début, qu’il vaudrait mieux attendre qu’on connaisse mieux le personnage avant d’agresser le lecteur. Genre, l’appel au suicide, ça y va peut-être un peu fort. xD
Par contre, ouvrir l’histoire avec Jaken qui insiste sur le fait qu’il est pas un chic type et qu’il abandonnerait ses alliés sans sourciller, si au début ça m’a fait rouler des yeux, rétrospectivement ça apporte quelque chose d’intéressant. Intéressant, parce que c’est précisément ce qu’il ne fait pas à la fin du chapitre 1, mais on apprend ensuite qu’il a bien abandonné sa précédente apprentie… D’un coup, tous son laïus prend un autre sens : est-ce que ce serait pas plutôt l’expression de sa culpabilité ? C’est glissé rapidement entre les blagues, mais il dit bien à un moment qu’il se déteste... Tu t’attardes pas dessus, tu tombes pas dans le pathos, et c’est habile ! Ça donne de la profondeur au personnage, ça montre que dernière cette belle couche d’humour et d’assurance, y aurait peut-être bien un cœur assez sensible, mais sans essayer de nous tirer des larmes. Le fait qu’il s’en prenne plein la figure aussi, ça le rend sympathique, là où il aurait pu être détestable s’il réussissait tout haut la main. Je suis désolée mais j’ai très envie de le surnommer Jaken-la-Poisse. xD
Sinon, si je pouvais te donner un conseil pour réduire un peu la taille du premier chapitre, ce serait d’enlever tout ce qui est exposition. Comme la description de l’organisation de la ville, ou les explications sur Tys-Beleth. Le chapitre 3 nous montre très bien en quoi consiste ces expéditions à Tys-Beleth, les enjeux et les dangers, pas besoin de l’écrire noir sur blanc, surtout au chapitre 1. Je pense que le fonctionnement de ton univers se dévoile de lui-même au fil des scènes, on comprend intuitivement pas mal de chose, parce que te fais un bon boulot à nous les montrer. Par exemple, les allusions répétées au fait que la rivière est super dégueux et Jaken qui se fait fouetter à mort pour avoir donner une gourde d’eau, ça montre à quelle point l’eau est précieuse et que les nobles s’en servent de monnaie pour tenir en laisse le peuple. Y a pas besoin de l’expliquer.
A part ça, rien à redire. Bon, j’ai pas dit grand-chose sur l’intrigue et les autres personnages, mais ce commentaire est déjà trop long. x’D Ce sera pour la prochaine fois.
Je lirai la suite avec grand plaisir !
MrOriendo
Posté le 02/11/2022
Hello Neila,

Merci pour ton retour ! Effectivement, le dialogue d'ouverture du premier chapitre est tout sauf anodin quand on comprend l'histoire de Jaken et de ses apprentis.
De manière générale je ne voulais pas tomber dans le cliché de l'anti-héros méchant et badass qui réussit tout ce qu'il entreprend avec un égo démesuré. Jaken a ce côté maladroit, poissard (et je valide totalement le surnom, au passage !) et sensible qui nous rappelle qu'en dépit de l'image de gros dur qu'il essaye de se donner, il reste humain avant tout.
Concernant les insultes et provocations envers le lecteur, je repasserai sans doute dessus au moment de la relecture pour édulcorer un peu, mais je ne veux pas non plus tailler trop dans le vif et faire perdre au personnage son humour incisif et mordant. Il faudra que je trouve éventuellement par quoi remplacer ce passage.

Effectivement, réduire les expositions dans le 1er chapitre permettrait sans doute d'alléger un peu cette partie du récit. Concrètement, quand le premier chapitre a été rédigé, c'était de l'improvisation totale et je n'avais encore aucune idée d'où cette histoire allait m'emmener. C'est quand la mayonnaise a commencé à bien prendre et que je me suis rendu compte que j'adorais écrire ce récit que j'ai travaillé mon scénario, revu pas mal de choses sur l'univers et la Cité-Monde, d'où le fait qu'effectivement a posteriori certaines explications du chapitre 1 peuvent paraître superflues.

En tout cas j'apprécie beaucoup ton commentaire très détaillé, ça aide vraiment à avancer. Merci !

A bientôt pour la suite et bonne lecture,
Ori'
LionneBlanche
Posté le 30/10/2022
Et re coucou ! Ah oui, j’ai des convictions, ça fait peur ! ^^ Je ne devais pas lire plus de trois chapitres par histoire… ^^

Je suis vraiment étourdi par le changement total de ton entre tes deux narrateurs. On a l’impression de lire deux histoires différents alors qu’il s’agit bien de la même. À la première personne, c’est essentiel, et cela prouve que tu as très bien travaillé la personnalité de tes personnages. Je l’ai rarement vu aussi bien fait, même dans des livres édités. Tu as là un très très bon point, n’en doute pas. Et puis c’est fluide, dans un cas comme d’en l’autre. C’est un plaisir de te lire.
Très astucieux les oiseaux crieurs et les bornes. Mine de rien, perdre tout un convoi d’un coup, même si individuellement, la vie d’un travailleur ne doit pas valoir très chère, ce doit être un rude coup.
Bon, ce n’est pas gagné pour le pardon de Salim, en tout cas. Surtout que la pauvre doit souffrir en plus d’avoir la trouille, ce qui ne la met pas dans les meilleures conditions… Hm… Elle ne garde donc pas de traces du fouet, intéressant, même s’il y a le contrecoup magique.
Oh purée, quand Dolan a emmené Syndra, j’ai eu super peur, pour le matin et aussi pour le fouet, les regards avec Jaken ! Mais limite, le mariage, avec ce monstre, c’était pire ! S’il apprenait seulement ce qu’elle peut faire… Oh mais quel fumier (désolé ^^), j’hallucine ! Il l‘a menace en plus, de laisser mourir les autres et de s’en prendre à sa famille ! Celui-là, si tu le tue, je ne râlerais pas… C’est horrible !!!
Ouille, Syndra joue avec le feu en plaidant pour Jaken. Il risque de demander pourquoi, son excuse et fragile quand on devine ce qui l’attends… Oh mais quelle ordure ! Sérieux ! :’( Salim ne tardera pas à comprendre pour Jaken : il est intelligent.
« Il pique brusquement des deux, lançant sa cavaline au galop pour reprendre la tête de la caravane. » Je ne comprends pas cette phrase.
Oh !!!! Épique la tempête ! ça s’est enchaîné à une vitesse folle, j’ai cru que Salim était mort ! Et puis la princes ! :O Quel retournement de situation ! le Façonneur ? Jaken ? Trois apprentis ? Salim, Do… Mince, j’ai oublié son nom. Syndra ? je n’ai pas tout compris, mais c’est sans doute normal… Ouah ! En tout cas, c’était ENORME ! C’est quoi un voleur d’éclat ? En tout cas, ça n’a pas l’air cool… ^^ :O Syndra aussi ! Pauvre Syndra, c’est vrai qu’elle en bave sacrément. Si tes perso prennent vie, c’est sans doute celle que tu devras fuir en premier ^^
C’est bien que Syndra se confie à Salim, ça l’évite de tourner en rond… Ah Jaken… Il n’y a pas à dire, ‘est la dernière des ordures… LOL, dire qu’il y croit ! ^^ Ah… Il a abandonné Syndra… Enfin… C’est ce qu’elle pense, mais est-ce vraiment le cas ? Oh mince, et elle l’aime, la pauvre:/
:O Mais c’est quoi ce clif ? c’est horrible !
Il était vraiment trop trop bien ce chapitre ! On passe par toutes les émotions, c’est super épique ! Je suis totalement fan ! ^^
Je vais avoir besoin d’un peu de temps pour me remettre. ^^
Mais j’attendrais la suite de pied ferme. Bravo, franchement, c’est top !
MrOriendo
Posté le 30/10/2022
Hello Lionne !

Merci pour ton commentaire, ça fait plaisir de te retrouver par ici aussi vite :)
Effectivement ce chapitre 4 est très dense, l'histoire se met en marche à grands pas et il se passe beaucoup de choses.
Si tu trouves déjà que Dolan est une ordure, sans vouloir faire de gros spoiler, tu n'as pas encore tout vu. Même moi quand j'écris, j'ai envie de lui fracasser la tête, c'est dire !
Pour le voleur d'éclats, effectivement on n'en sait pas davantage pour le moment, mais ça va arriver bientôt !

"Piquer des deux" c'est une expression qui signifie donner un coup d'éperons à sa monture pour la faire avancer, en l'occurrence le capitaine Dolan met sa monture au galop pour rejoindre l'avant de la caravane ;)

Je suis content que ça t'ait autant plu, j'avais presque peur justement que le chapitre soit trop dense en action et en révélations inattendues.

A très vite pour le 5eme :)
Ori
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