Retour de chasse

Par Pouiny

C'était une clairière peu enneigée, assez grande avec un cours d'eau très proche. Cet étrange trou dans la forêt était, selon les légendes, l'endroit où ours et loups avaient mené leur dernière bataille. Elle était au plus profond de la forêt, protégé ainsi des éventuels ennemis voulant s'attaquer aux petits de la meute.

Le clan de Svär faisait parti des plus grands existant. Son territoire s'étendait jusqu'à la fin de la forêt. Peu de loups pouvaient rêver d'un territoire aussi riche, dense et immense à la fois. Sa meute était constitué d'une cinquantaine de loups, ce qui restait incroyable, même pour le temps des loups. Svär n'avait que peu de fois rencontré d'autres loup. Sa forêt était considérée comme dangereuse depuis la nuit des temps, aussi peu de meute se pensaient assez forte pour le vaincre. Sa place de chef était donc importante, car il était l'équilibre de la forêt. Il se devait de prendre les bonnes décisions, au nom de sa meute mais également au nom de son territoire. Si il ne régulait pas leurs propres envie, leur territoire se ternirait. Une meute de loup trop grande est un danger pour tous, pensa-t-il alors qu'il se dirigeait vers leur refuge. Du coin de l'oeil il aperçut Mooie amener son nouveau protégé en sa tanière ; sans doute jugeait-elle bon de le tenir éloigné du regard du reste de la meute pour l'instant.

Si le clan de Svär était composé d'une cinquantaine de loup, seul une vingtaine d'entre eux participaient activement à la chasse. Les louveteaux, les anciens et quelques louves nourrices restaient au refuge pour le protéger d'une quelconque attaque. Certains jugeait cette décision comme une perte de moyen, mais le loup noir n'avais jamais fléchi à ce sujet. Néanmoins, si tous les loups ne participaient pas à la chasse, aucun secret n'existaient entre tous les membres de la meute, et chacun avait le droit de s'exprimer librement. Le loup noir n'avait droit qu'à la journée de répit ; à la nuit suivante, le désormais nommé Berin devrait se présenter à la meute. Peut-être demanderont-ils eux aussi, à ce que l'animal soit tué. Maussade, Svär s'installa au dessus de la pierre qui servait à la tanière de sa louve. Il observa ainsi sa meute et les réactions de ses louveteaux quand ceux-ci virent arriver autant de viande de la gueule des chasseurs. Ceux-ci posèrent ce qui restait de l'ourse dans la neige, attendant que leurs dominants mangent les premiers. La louve dominante était invisible. Svär n'aimait pas cette situation. Avec lenteur, il se redressa et descendit avec élégance ; ses mouvements fins et graves calmèrent les louveteaux à son approche. Svär était un chef respecté et craint de toute la meute, non sans raison. Sa taille et son poids était supérieur à la plupart des loups. Pour autant cette taille immense ne lui empêchait pas une discrétion sans pareil. Il était le type de loup à pouvoir écraser son adversaire et le tuer avant même que celui ci ne l'aperçoive. Pour autant, il n'abusait pas de ce pouvoir, il savait être juste. Personne ne lui demanda où était sa louve. Svär prit un morceau de viande et s'en alla tranquillement, avec la même prestance. C'était au tour des chasseurs de prendre leur part du repas. Ensuite les louveteaux et leurs nourrices mangeront, et en derniers seront les anciens. Svär connaissait ce rituel par coeur, et d'ordinaire aimait voir les louveteaux dévorer la viande sans aucun scrupule, mais ce jour là, il se dirigea lentement à l'intérieur de la tanière. Mooie tenait contre elle l'ourson, tel qu'elle l'aurait fait avec un de ses petits. Celui-ci ne bougeait plus, sans doute s'était-il endormi. Son oreille ouverte, à moitié arrachée, suintait de sang et de pue. La blessure n’était pas belle, mais sans gravité. Mooie la lavait et la soignait avec tendresse et attention.Svär s'allongea près d'elle en jetant le morceau de viande devant son museau. Celle-ci ferma les yeux.

« Je refuse, mon loup. »

Elle seule était autorisée à lui tenir tête. Svär insista.

« Tu ne vas pas te priver de viande en hiver. Aussi bonne chasseuse que tu es, tu ne tiendras pas longtemps le ventre vide.

– Nous avons dévoré sa mère, Svär. Des guerres ont débuté pour moins que ça.

– Il est trop jeune. Il ne se souviendra de rien. Peut-être qu'il ne se souviendra même pas avoir été un ours.

– Crois-tu vraiment que ce genre de choses peuvent se cacher indéfiniment ? Je refuse de prendre part à ce carnage.

– Comme tu voudras. »

Sans aucun état d'âme, il avala d'un coup sec le morceau de viande fraîche. La louve grise détourna la tête. Svär s'étira et déclara :

« Ne vaudrait-il pas mieux pour nous de le ramener auprès des siens ?

– Les ours ne vivent pas en meute, Svär. Ils n'auraient aucun scrupule à tuer un petit qui n'est pas le leur.

– Qu'en sais-tu ? Après tout, pour toi comme pour moi, c'est le premier ours que nous voyons.

– Les récits… notre mémoire…

– Tout cela pourrait être bien être faux. Quand j'étais plus jeune, on m'avait raconté que les ours crachaient du feu et pouvait écraser un loup d'une seule patte... »

Une lueur d'agacement passa dans les yeux bleu cristal de Mooie. Elle lui donna petit coup de museau dans le cou, presque tendre. Les yeux jaunes de Svär devinrent grave.

– La mort d'un ours sur notre territoire, cet ennemi inconnu… Est-ce que tu penses vraiment que tout ça est un danger pour la meute ?

– Je te connais bien, mon loup. Je suis sûre que ce spectacle t’as tout autant intrigué et inquiété que moi.

– Depuis tant de saisons, nous n'avions jamais aucune idée de ce qu'étaient devenu les ours. Les corbeaux nous disaient parfois les apercevoir sur des contrées lointaines. Il est impensable, avec les blessures qu'elle avait subit, qu'elle ait pu courir nuit et jour avant de mourir ici. Il ne peut y avoir qu'une raison possible, elle a été prise en chasse dans son territoire d'origine et forcée de fuir et de disparaître. Peut-être que cet ennemi la pourchassait, elle et les siens, depuis déjà bien plus de temps que nous l'imaginions.

– Si c'est le cas… Leur sang se serait éteint ?

– Je ne pense pas. Mais je ne pense pas que cette ourse soit leur seule victime. »

Le grand loup noir commença à faire les cents pas.

« Nous avons beau les mépriser, nous ne pouvons nier leur force. Pour ma part, je ne peux que les respecter, vu ce qu'ils incarnent. Ce nouvel ennemi mérite une attention particulière rien que pour avoir pu mener ainsi jusqu'à l'exil cette ourse, avec un petit qui plus est. Pourquoi l'ont-il fait ? Quels sont leurs buts ? Tant que nous le saurons pas, nous ne pourrons pas dire si nous courrons un danger.

– Svär…

– Cette nuit va se décider si cet ours intégrera la meute ou non. Si il l'intègre, beaucoup de questions vont se poser. Que doit-on lui enseigner ? Qu'avons nous le droit de lui dire ? Et si nous lui cachons son origine et son passé, comment faire en sorte que la forêt se taise ? Comment l'éduquer ? Nous devons prendre en compte que cette bête pourrait être capable de se retourner contre nous une fois qu'elle nous surplombera. Mais aussi, elle pourrait être également l'un des derniers représentant de son espèce. Comme tu me l'as signalé plus tôt, sa force pourrait nous être utile si jamais nous devions nous défendre de cet ennemi qui a tué sa mère.

– Le premier loup qui parlera, je lui ferais avaler sa propre langue. »

Les yeux de la jeune louve brillèrent de détermination. Svär s'arrêta, peu convaincu.

« C'est Le Temps des Loups qui est en jeu, Mooie. Regarde notre meute ; n'ayant personne au dessus de nous, nous nous engraissons, nous nous multiplions, et bientôt il y aura plus de loups que de faons dans cette forêt. Où est notre cohésion d'antan ? Où est donc notre union qui nous a permis de tout vaincre ? Où est donc passé ce qui nous reliait tous les un aux autres ? Comment affronter un pareil ennemi dans de telles conditions ?

– Nous sommes toujours là, Svär. La meute existe encore. Certes… les tensions entre nous sont de plus en plus fréquentes, mais... Nous sommes tous derrière toi. Nous te suivrons tous jusqu'à la mort, fusse-t-elle devant nos yeux. Nous sommes un peuple fier, mon loup. Tu te dois d'incarner la meute comme tu l'as toujours fait, et nous te suivrons. Je te suivrai. »

Tendrement, la jeune louve frotta sa tête contre la gorge de son loup. Touché, le grand loup noir lui rendit sa tendresse. Le soleil était déjà levé quand Svär quitta la tanière. L'ourson y fut confiné avec sa nouvelle mère tout le jour, pour autant ce n'eut pas l'air de le déranger. Ne voulant pas informer toute la meute avant la réunion de la nuit, Svär fit des allées et des venues à la recherche de la nourriture adéquate pour cet inconnu. Mooie veillait sur lui sans le quitter des yeux comme si il était un nouveau-né.

« J'espère pour toi que tu n'essayes pas de lui donner la viande de sa propre mère comme nourriture…

– Ne menace pas ton meneur ainsi, Mooie, prévint Svär avec amusement. »

Pour autant l'ourson refusa de manger tout le jour, même en changeant de viande. Les anciens de la meute voyaient Svär revenir tantôt avec un lapin, tantôt avec un lemming, tantôt avec un écureuil avec circonscription. Vers la fin du jour, épuisé, Svär s'allongea auprès de sa louve avec découragement. Mooie semblait bien plus étonnée qu'inquiète.

« Pourquoi s'obstine-t-il à ne rien manger ?

– Peut-être que cette bête-là n'est pas carnivore…

– Ce n'est pas possible, mon loup. Cela remettrait en question toute notre histoire.

– Vois-tu d'autres explications ? »

Mooie ne répondit pas. Aux aguets, elle se redressa brusquement, les oreilles dressé. Svär se redressa également, moins rapidement. Un loup à la démarche hésitante s'approchait de la tanière. Étant interdit tout autre loup que les dominants d'entrer à l'intérieur, Svär se dirigea vers lui d'un pas tranquille.

Le loup faisait partie des Anciens. Boitillant, couvert de cicatrices, il ne possédait plus qu'un œil vert ; l'autre était blanc, immobile, étrange. Il avait les oreilles cassées, trouées, presque rapiécées. En voyant arriver le loup noir, il se pencha en avant de manière respectueuse. Il était difficile de le confondre avec un autre.

« Äanstrij. Fit le dominant en s'approchant de lui.

– Svär. Nous te voyons faire les cents pas depuis l'aube. Nous nous demandions…

– Vous saurez tout cette nuit.

– Des rumeurs bien inquiétantes rodent dans le clan...

– Ce n'est pourtant pas ton genre de t'y intéresser.

– Notre Louve serait-elle souffrante ? Nous ne l'avons pas vu depuis son retour de la chasse.

– Non.

– Aurait-elle donc décidé de s'occuper d'un monstre… ? »

D'un seul battement de queue, le grand loup noir intima l'ordre à l'autre de se taire. Le loup rapiécé baissa la tête en signe de soumission.

« Je ne suis pas ici pour chercher querelle, Svär. Je suis trop vieux et trop faible pour combattre. Ne m'attaque donc pas. Pour autant, de ce que j'ai pu entendre, je puis peut-être t'être utile. »

Le loup noir se détendit. Äanstrij était un des doyens de la meute. Âgé et sage, il avait amassé bon nombre de connaissances ; son devoir était de les raconter aux louveteaux pour que la mémoire des loups ne s'éteigne pas. De ce qu'il savait, Äanstrij était déjà parmi les anciens quand lui-même venait au monde. Il avait la confiance de tous dans la meute ; calme et placide, il enseignait souvent aux louveteaux tout ce qu'il fallait connaître de la forêt, de la meute et des loups. Il savait subir avec calme les attaques amusées des tous-petits. Il était impossible d'imaginer tout ce qu'Äanstrij pouvait savoir.

« Tu es venu me voir pour m'apporter ton aide ? Fit Svär, restant toujours sur ses gardes.

– Je ne m'opposerais à aucun des projets de Notre Loup, Svär, peut importe mon opinion. Si tu empruntes un chemin, nous ferons tout pour le rendre moins sinueux. »

Le loup noir resta quelque temps perplexe, puis d'un mouvement de tête, intima au vieux loup de le suivre. D'un seul appel, Mooie comprit ce qu'il fallait faire et quitta le plus discrètement possible sa tanière avec le jeune ours.

Leur course séparée dura une bonne heure ; il se stoppèrent quand ils furent assez loin du clan. Svär et Äanstrij, ayant pris de l'avance, attendirent l'arrivée de la louve grise peu de temps. Celui-ci eut un tressaillement en voyant l'ourson.

« C'était donc bien ce que je pensais... »

L'ourson grondait doucement sans comprendre. Impossible pour les trois loups de savoir ce qu'il pensait de la situation. Svär se plaça a coté de l'ourson, face à l'Ancien.

– Tu es surpris ?

– Je ne pensais pas en voir un vrai un jour, d’aussi près…

– Nous avons décidé d'en faire un membre de notre meute, s'avança Mooie. Es-tu toujours prêt à nous aider ? »

Le jeune ours s'écrasa sur ses deux pattes arrières, comme épuisé. Prudemment, l'Ancien leva sa patte meurtrie au-dessus de sa tête. Avec un grondement amusé, il tenta de la saisir en levant ses pattes de devant.

– Ma foi, pourquoi pas… Était-ce pour lui, tout ce cirque de nourriture, Svär ?

– Pas moyen de trouver quelque chose qu'il mangerait. N'as-tu pas une idée, toi ?

– Ce n'est pas ainsi que doit parler un chef, Svär. »

Le vieux loup tourna autour de l'ourson, en proie à la réflexion.

« Je suis peut-être un peu trop désespéré, Äanstrij, mais rien de ce que j'ai pu lui apporter ne lui a convenu.

– N'avez-vous pas essayé de lui demander ?

– Impossible de le comprendre, intervint Mooie.

– S’il n'est pas possible de le comprendre, il sera difficile de l'intégrer dans la meute.

– Il est encore trop jeune ! Il nous comprendra avec le temps, tempera le loup noir.

– Sans effort de notre coté pour le comprendre, nous courrons droit à la catastrophe. Il ne faut pas oublier que ce n'est pas un loup.

– Il faut qu'il en devienne un, Äanstrij. Par n'importe quel prix. »

Comprenant qu'insister reviendrait à blesser le loup dominant, l'Ancien ne dit rien de plus. D'un seul coup se cambra en avant, se penchant en une position de chasse vieillie, il le regarda dans les yeux pour guetter la moindre réaction. Les yeux profondément noir de sa cible ne s'intéressait même pas à lui. Captivé par la nouveauté des paysage qu'il voyait, fatigué par le voyage, il ne semblait pas identifier le vieux loup comme un danger. Mooie se redressa de colère, d'un mouvement de la tête son loup l'intima l'ordre de rester immobile. D'un saut volontairement petit, comme celui d'un louveteau, l'Ancien se jeta sur l'ourson, comme pour jouer. Celui ci eut un cri de surprise, et tenta de repousser l'inconnu qui le tenait doucement entre ses crocs, se débattit avec force et s'éloigna. L'Ancien sauta de partout autour de lui, et l'ourson, comprenant enfin de quoi il en retournait, se jeta sur son adversaire. Le loup fit semblant de tomber et, allongé sur le dos, laissait l'ours s’asseoir sur son ventre, comme une proie. Svär eut un mouvement de recul ; bien que l'ancien faisait la même chose avec les louveteaux, il lui sembla plus indigne de se laisser dominer d'une telle façon.

« As-tu essayé de lui donner des baies ?

– Des baies ?

– Ou du poisson. N’importe quoi d’autre que de la viande rouge, à vrai dire…

– Pourquoi faire, fit Svär d'un ton hésitant.

– A vrai dire, avoua Mooie pour sa défense, nous étions parti du fait que les ours devaient être carnivore, vu qu'on les a chassé pour cette raison… »

L'Ancien laissa échapper une sorte de jappement.

« Si nous devions avoir des raisons purement pratique à tout ce que nous faisons, il n'y aurait jamais de guerre ni de bataille.

– Il est quand même bien plus aisé d'être le seul prédateur de son territoire ! S'exclama Mooie

– Bien entendu, évidemment. Mais des raisons bien plus superficielles peuvent l'emporter bien plus facilement. La fierté des loups. La peur face à la différence. Aussi, sans doute, la corne d'abondance que peut être un ours mort. »

Un silence se fit. Le jeune ours griffait en tout insouciance la fourrure du vieux loup, qui ne réagissait à peine.

– Il est dit dans les récits que les ours et les loups firent leur dernière bataille en cette foret sur le refuge que nous occupons actuellement. C'était en hiver qu'il se passa, car selon ce que je sais, les ours avaient du mal à se nourrir en hiver. Trop gros, leurs poils trop bruns dans la neige, il était facile de les repérer et de les encercler. A vrai dire, je ne pense pas que les récits soient vrais. Une grande batailles entre deux ennemis éternels, dans la mémoire commune, cela fait frémir, mais la réalité de cette époque devait être bien plus noire. Après tout, si on y réfléchit plus longuement, il est de notoriété commune qu'un ours vit généralement en solitaire, ou en couple pendant un temps. Pour autant, une grande bataille entre loups et ours impliqueraient que ceux ci se soient alliés. Hors, ce n'est pas possible, car il est également dit que nous, loups, avons créé les meutes pour gagner contre les ours.

– Tu remets en question la mémoire des loups, l'Ancien ? Gronda Svär.

– Il n'est pas à reprocher à ce que les loups souhaitent se mettre en valeur. Ce sont des contes qui réunissent les louveteaux, qui leur donne envie de rester dans la meute. Ce sont ces contes qui, depuis une éternité, créé la solidarité chez nos petits. Il n'y a aucun mal à cela. Je pense néanmoins que maintenant que nous ne sommes plus face au mythe de l'ours, mais à sa réalité, il serait bon de s'interroger.

– Où veux-tu en venir, coupa sèchement le loup noir.

– Pourquoi les ours se seraient réuni au même endroit ? Surtout que, vu la taille décrite par nos chasseur de l'animal, il semble improbable que des ours ait pu se réunir en masse dans notre clairière. La bataille n'a pas pu se faire contre plus de cinq ours je dirais. Une famille d'ours qui aurait trouvé refuge dans ce qui désormais vous sert de tanière ? Aujourd'hui, elle est étroite, mais il est possible de constater des pierres en masse sur les cotés. Peut-être qu'il y a eu un éboulement.

– Viens-en aux faits, Äanstrij. »

Celui ci se redressa, coinça l'ourson entre ses pattes. Celui-ci sembla presque prêt à s'endormir.

– Il est dit dans les récits que l'ours était vulnérable en hiver car sa corpulence et son poil le rendait trop visible pour ses proies aussi bien que pour ses ennemis. Nous avons donc peut-être monté la meute pour faire des embuscades. Dans tous les cas, les ours ont fui et selon, là aussi, ce que je sais, ils ont bien compris que l'hiver sous la neige n'étaient pas pour eux. Après avoir fui dans des pays plus au sud, ou la neige se ferait plus rare et le feuillage plus dense, ils auraient décidé de se cacher et de dormir dans un abri pendant tout l'hiver. Ne se réveillant que pour guetter une approche d'embuscade, dans une grotte ou il n'y aurait qu'une entrée pour ne pas se faire encercler, il dorment ainsi tout cet hiver maudit où ils ont été ainsi décimé par les loups.

– C'est un comportement de proie, commenta Mooie avec dédain.

– C'est un comportement qui a sans doute sauvé leur vie, continua Äanstrij. Toujours est-il que la vie d'un ours est sans doute devenue cyclique.. Ne chassant plus et ne bougeant qu'à peine en hiver, il ne doivent pas avoir le temps de chasser : ce serait une trop grosse perte de temps, d’énergie, en plus de les rappeler à leur vulnérabilité. Je ne dis pas qu’ils ne doivent jamais manger de viande : mais peut-être pas à cette période de l’année. Sans doute, plus probablement, à leur réveil et au début du printemps, si nous devons extrapoler nos suppositions. Durant les chaudes saisons, un ours est plus discret, plus fort, plus à son aise. Mais au temps que nous sommes aujourd’hui… Il ne doit certainement pas être inscrit pour lui de manger la viande que nous mangeons d’ordinaire.

– Si ce que tu dis est vrai, Äanstrij, pourquoi cet ours ne dort pas ?

– Tu connais les louveteaux, Svär. Ils n'écoutent pas même leur instinct de survie. Pour autant as-tu déjà vu un louveteau aussi peu réactif ? Même les plus fragiles d'entre nous ne savent pas s'arrêter de jouer. Celui-ci ne s'agite que si on l'oblige, et dès qu'il n'est plus sollicité, se rendort aussitôt.

– Ça a au moins le mérite d'expliquer comment sa mère à pu être tuée, grommela Svär. »

Le loup a l’œil vert se tourna vers sa dominante.

« Ne t'inquiète pas, il comprend parfaitement la situation. Parle lui avec des gestes plutôt qu'avec ta voix, car il lui sera impossible de reproduire un jour le langage des loups. Pour autant si nous arrivons à communiquer avec les corbeaux, il n'y a aucune raison à ce que ce soit impossible avec celui-là. »

La jeune louve acquiesça. D'un mouvement de queue, elle attira attention de l’ourson. Du même son que la dernière fois, elle murmura :

« Berin.

– Berin ? Répéta l'ancien.

– C'est ainsi qu'elle l'a nommé, expliqua Svär.

– Alors c'est sous ce nom qu'il devra être présenté à la meute. »

La nuit commençait à tomber. Il fallait pour les trois loups commencer d'urgence à rentrer pour la réunion de la nuit. Mooie répéta son appel, mais les yeux de l'ourson semblait devoir irrémédiablement se fermer. L'Ancien indiqua :

« Il n'ira pas plus loin. Il est encore jeune, en plus de ne pas être sa saison. Mooie, porte-le comme un de tes louveteau. »

La louve grise secoua la tête.

« Je ne peux pas faire ça. J'ai déjà essayé, je l'ai blessé.

– Il faut trouver un autre moyen alors.

– Je le porterais sur mon dos, annonça Svär. Il n'est pas encore très lourd, ça ne devrait pas m'être trop difficile. »

Les deux autres loups acquiescèrent. D'un mouvement de l'oreille, Svär leur demanda de partir. Il n'était pas digne pour un loup de laisser monter une autre créature sur son dos comme un vulgaire ruminant. Il l'était encore moins de la part du dominant.

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Nora Malorie
Posté le 12/04/2021
Ce chapitre est tout aussi bien mené que le premier ! Le style est toujours aussi bon et nous apprenons plus sur les différents personnages. J'ai hâte de voir comment le petit Berin va grandir au sein de la meute !
Pouiny
Posté le 12/04/2021
Merci ! :) Le dialogue est assez fluide, donc ? J'ai du le remanier un peu car j'avais peur qu'il donne trop d'informations ... ^^'
Nora Malorie
Posté le 12/04/2021
Les dialogues se lisent très bien, c'est parfait !
Pouiny
Posté le 12/04/2021
Merci beaucoup ^^
Vous lisez