Recrutement : Halsana

Par Mart

Le soleil commençait à peine à réchauffer le sable, mais déjà la journée s'annonçait agréable. Le seigneur Halsana était assis sur la plage, ses jambes bronzées croisées en tailleur. Bercé par le bruit du ressac et apaisé par le chant des oiseaux qui se cachaient dans les hauts palmiers, il pensait. Il réfléchissait à ses devoirs et au futur de son peuple. Dans ce havre de paix, la guerre semblait si loin… Pourtant, ce matin, un avis de recrutement lui était parvenu : le Bien se préparait à une invasion depuis le sud, et il était demandé à tous ses membres d'envoyer ses troupes vers la frontière.

Fayun secoua la tête. Il ne pouvait se passer d'aucun de ses guerriers. Ricardo le savait bien. Ils avaient récemment discuté du problème que devenaient les îles au nord du continent. S'il envoyait des combattants au sud, il était probable qu’ils rentreraient pour trouver leur foyer pillé ou détruit pendant leur absence.

Mais il ne pouvait pas rester les bras croisés. La Confédération demandait formellement son aide, et les traités commerciaux étaient vitaux à son peuple qui ne vivait quasiment que de la pêche.

Au loin, une forme brisa les remous calmes de l’ondée pour y replonger gracieusement. Fayun soupira. Comment les ordres qu'il allait donner pourraient-ils sembler autre chose qu'une punition à ses enfants envoyés à la guerre? Mais il n'avait d'autre choix viable. Le Bien aurait besoin des guérisseurs d'Halsana.

Fayun se leva à contrecœur. Il tourna le dos à la paisible mer et se prépara à affronter le courroux de ses épouses. Ses enfants obéiraient loyalement, mais leurs mères auraient du mal à les laisser partir. Il en était sûr ; lui-même avait le cœur brisé à l'idée de les envoyer vers un destin inconnu. Mais c'était nécessaire.

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– Comment peux-tu accepter que nos fils partent ainsi ? Ils ne savent rien du monde où tu les envoie !

– Calme-toi Maman, Papa ne le ferait pas s’il avait une meilleure option.

– Il n’a pas dû réfléchir assez alors !

Dismal était assis dans un coin de la cabane et écoutait sa mère et sa tante se disputer à propos de la décision dont son père venait de leur faire part. Il ne disait rien. Les enfants n’avaient pas à se mêler des affaires des adultes. Au mieux il serait ignoré s’il donnait son avis, au pire il se prendrait une gifle. Alors il garda pour lui-même son bonheur d’enfin découvrir une autre partie du monde. Il avait hâte que ses demi-frères et cousins rentrent pour en parler avec eux.

– Regarde-le ! Il rêve encore les yeux ouverts ! Ce n’est pas un soldat, pourquoi l’envoyer au Sud ?

– Tu es trop dure avec ton fils, Maman. Fils, va chercher tes frères et laisse-nous parler !

Dismal se leva sans rien dire et quitta la cabane. Il savait où il trouverait les autres. Il savait aussi ce qu’il trouverait en restant là. Ce qui l’attendait au sud par contre, il l’ignorait. Et ça, à ses yeux, ça valait toutes les perles du littoral.

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