Quelque chose d'enfoui dans les replis de la toile.

-     - Ce qu’il faudrait, Rob, c’est que je devienne un robot.

Pourquoi ?

- Je n’aurais plus à partager tout avec tout le monde ! Et puis je serais beaucoup plus efficace pour plein de choses, tu imagines, je n’aurais pas à dormir, ni à manger, je pourrais faire des plans et des modifications à longueur de temps, au final tu serais tellement perfectionné que tu serais plus humain que moi… Déjà, tu vas bientôt pouvoir parler, pour le moment on discute en pensée seulement, d’accord, c’est nul mais c’est impossible à trouver, un logiciel vocal, y’en a nulle part ! Mais tu vas voir, quand on ira dans cette boutique, oui parce qu’on ira physiquement, je ne compte pas juste la visiter pensivement, dans cette boutique d’antiquités je trouverai c’est certain, il y aura des CD et plein d’autres choses, et… Non, ne me pense pas les images ! Je veux découvrir par moi-même… Je les ai déjà pensées, de toute façon. Mais je suis sûre qu’il y a des trucs impensables, dedans, ce ne sont pas des antiquités pour rien, allez, j’arrête d’y penser sinon je vais tout voir, fais-moi penser à autre chose sois gentil… Tiens, passe-moi le stylo.

Tu vas penser ?

- On dit écrire, quand c’est avec un stylo. C’est comme penser, sauf que ça reste inscrit pareil pour toujours, que ça va beaucoup moins vite, et qu’il faut du papier, ou en tout cas un support qui y ressemble. Le papier, c’est totalement introuvable, parce qu’ « inutile », mais je m’en sors avec des cartons d’emballages. Regarde, là, j’écris « Robert ».

Elle s’applique, forme les lettres une à une sans les attacher, comme un enfant qui apprend à écrire, pour mieux se délecter de chaque petit trait, petit pont, petit rond. Puis elle griffonne à toute vitesse, tellement vite que ça en devient presque illisible. Robert photographie et mémorise. Il saura lire son nom, maintenant. Ou plutôt, il le reconnaîtra.

Robert, c’est moi.

- Oui, c’est ton prénom.

C’est toi qui me l’as pensé.

- Ouais, je te l’ai donné, parce que tu n’avais pas de prénom, tu avais un pseudo, une suite de chiffres et de lettres, trop longue à écrire, ennuyeuse à penser, sans aucun intérêt quoi…

Alors toi, ton prénom, c’est…

- Le mien ça s’appelle un pseudo, pas un prénom, on n’a pas de prénom sur la Toile, et c’est moi qui l’ai choisi en première classe. Je me rappelle, on était tous là à réfléchir, quand le maître penseur a donné un exemple, et tout le monde a pris la même chose, parce que personne n’avait d’autres idées.

Et toi, non.

- Bien sûr que non. Tu sais ce que c’était, l’exemple ? C’était « Toilien » et ils ont rajouté chacun un numéro différent. Je t’assure. Toilien. Rien d’autre.

Et… C’est nul ?

- Tout à fait, Robert. Je voulais t’installer un logiciel de jugeote, un de ces jours, mais on dirait que tu progresses très bien tout seul.

Tu as donc choisi autre chose comme pseudo.

- J’ai cherché très longtemps, j’ai farfouillé dans la toile, le maître penseur n’en pouvait plus, et j’ai fini par trouver, ils ont tous bien rigolé, les Toilien 1 2 3 4 etc., mais je m’en fichais. J’ai choisi « Elle ». Juste Elle. Et maintenant je me rends compte que Elle, ce n’est pas vraiment moi. Ce n’est pas ce que je voulais, ça m’embête.

Et tu ne peux pas changer.

- Non, on ne change jamais de pseudo. De toute façon, ce n’est pas essentiel, sur la toile personne n’a besoin de nommer précisément quelqu’un d’autre, tu vois ? Jamais besoin de préciser quoi que ce soit en pensée, tout est compris instantanément… Bref. En fait, j’aurais aimé que quelqu’un me donne un prénom, pas un pseudo. Comme les parents donnaient à leurs enfants avant, quand on n’était pas tous conçus par manip. Et en même temps, du coup, je n’aurais pas pu choisir. Mais ça devait être formidable, avant, de vivre avec son prénom, qu’on l’aime ou pas, il était à nous et rien qu’à nous, c’était le premier cadeau qu’on nous faisait. Et pour les gens qui nous connaissaient, ça devenait l’évidence même, on n’aurait pas pu s’appeler autrement. J’aimerais bien avoir un prénom qui sonnerait comme l’évidence même.

Robert ne répond pas, les discours de ce genre lui échappent encore un peu.

Pendant qu’elle parle, elle reçoit des pensées par flot constant, par vagues. Plein de gens réagissent à ce qu’elle dit. Et plein d’autres lui pensent qu’elle débloque, qu’elle finira à l’asile.

Il y a des gens qui passent leurs journées à ça, naviguer sur la toile, comme les geeks du XXIème siècle. On appelle ça des toiliens, mais ceux qui en font leur métier sont des penseurs. Ces mots n’ont aucune connotation péjorative. Par contre, nouveleur n’est pas toujours très bien vu, surtout par Elle. Les nouveleurs sont à l’affût de pensées neuves, de courants d’influence, d’idées qui se répandent sur la toile, de n’importe quoi susceptible d’intéresser les toiliens. Certains d’entre eux pondent parfois des trucs intéressants, à propos d’époques oubliées, comme cette histoire de parfum, mais dans leur grande majorité, les nouveleurs sont un peu comme les insupportables paparazzis du XXIème siècle.

Elle chante. Là encore, ce n’est pas normal. La musique pensive de la toile comporte des notes irréelles, des accords impossibles, des contre-uts démultipliés. Tout est possible sur la toile. Mais tout est imaginaire.

Vaut-il mieux vivre confortablement dans le rêve, entouré de ses amis, dans un univers fantastique mais irréel ? Ou bien se confronter à une réalité écrasante, se heurter à l’incompréhension des autres, se condamner à avancer seul, mais les pieds sur terre et en goûtant à la vraie vie ?

Elle a choisi.

- Ou bien alors, reprend-elle toujours en chantonnant, je devrais aller en prison. Là-bas, personne ne connaîtrait mes pensées.

Mais tu serais entourée de criminels, pauvre folle !

Tu es dingue, tu mérites bien d’y aller, en prison !

Je ne pense pas que les prisons soient réellement habitées. Ce n’est pas possible de couper la toile. Ils sont tués, j’en suis sûr.

Avec ce genre de raisonnement, tu t’offres un aller simple pour l’asile.

Tu as raison. J’en ai assez de partager tout avec tout le monde.

La toile est la base de notre société. Tenter d’y déroger, c’est la mettre en danger ! On devrait interdire ce genre de pensées.

Les réactions immédiates des toiliens. Recevoir en direct des centaines de réactions ne pose aucun problème. Le cerveau humain s’est adapté à la toile, et Elle parvient à suivre tout ce qu’on lui répond simultanément. Elle ne pense aucune réponse précise.

Elle envoie valser feuille et stylos, et ses gribouillages mordent la poussière.

- Je suis fatiguée, Rob.

Robert émet un sifflement aigu (seul son qu’elle est parvenue à lui installer). Comprend-t-il que derrière la fatigue physique dont elle parle, il y a autre chose ? Quelque chose de plus enfoui dans les replis de la toile. La fatigue de toujours dire non, toujours refuser le monde tel qu’il est, refuser de se fondre dans la masse, comme un électron libre qui se trouverait encore trop prisonnier. La fatigue de lutter seule. Robert est un robot très sensible, grâce à elle, mais il a encore besoin de quelques réglages…

- Demain, départ, décide-t-elle, déterminée. On va dans cette boutique. Je ne peux pas avancer si je n’ai pas ce support de diffusion orale. Tu pourrais aller attraper des fruits pour demain matin ? Oh, et regarde si tu ne peux pas récupérer des cagettes à légumes, je n’ai presque plus de carton. Ne fais pas de bruit en rentrant, je dormirai peut-être.

Robert, poliment, a attendu qu’elle finisse de transmettre physiquement ses instructions, bien qu’il les ait déjà reçues pensivement. Il fait une pirouette et file, mode mini-fusée activé, par sa trappe. Elle se penche à la fenêtre et lui crie inutilement : « Et recharge-toi cette nuit ! » sans craindre les protestations pensives de tout son immeuble.

Il fait chaud. Elle se déshabille lentement. Face à son miroir, elle se contemple. Ramène ses longs cheveux châtains, ternes et épais, sur ses épaules et en couvre ses seins. Plisse les yeux et tente un grand sourire. Jette un regard ironique sur ses dents du bonheur. Lève les bras et s’étire mollement. Chatouille son bedon.

Les critères de la beauté telle qu’elle était avant la grande connexion n’existent plus. On s’intéresse maintenant à la personnalité, à la beauté intérieure de chacun. Lorsqu’on tombe amoureux, c’est d’un esprit et non d’un corps.

Le désir existe, bien sûr. Les pensées qu’elle reçoit en ce moment sont suffisamment parlantes pour le prouver. Le désir dépend de l’apparence, mais les critères sont abolis. N’est-ce pas mille fois mieux ainsi ? Débarrassés des canons esthétiques qui leur ont pourri la vie pendant des siècles, les hommes et les femmes ont enfin la possibilité d’affirmer leurs préférences !

Un excentrique lui pense qu’il aimerait la peindre. Où a-t-il déniché de la peinture, celui-là ? D’aucuns lui conseillent de perdre du poids, d’autres d’en gagner, certains déplorent ses dents écartées, ou ses cheveux défraichis, et louent sa taille fine et ses hanches larges, ou ses lèvres charnues. Un nouveleur cite sa poitrine dans une étude sur les différentes formes du corps humain selon les origines ethniques.

Un homme aime son corps, la désire. Il lance un fantasme. Elle est encore plus dégoûtée par ces images et ces sensations pensées que par ce que l’homme imagine. Il l’imagine bien tranquillement dans son coin, sans l’inviter à y prendre part, il l’imagine tout en douceur et très simplement. Elle sait comment l’arrêter. Elle enfile rapidement son T-shirt large et son leggin en secouant la tête et en se concentrant sur les pensées d’un robot calculeur, dans un coin paumé d’Amérique. Elle compte avec lui, les virgules, les milliardièmes, les racines carrées et les équations à dix inconnues, consciencieusement, alors qu’elle est déjà perdue dans tous ces chiffres. Puis elle pense à toutes les opérations chirurgicales qu’elle pourrait se faire subir, pour ne plus ressembler à rien, un bout de plastique avec des organes au milieu. L’homme se calme.

Faire l’amour par pensée, elle l’a déjà fait. Il y a des gens qui correspondent physiquement à ce qu’elle aime, leur apparence parfaitement conforme à ses goûts. Mais elle ne veut plus, ne peut plus. C’est le même problème qu’avec toutes autres choses. Elle voudrait de la tendresse sincère, des caresses, des véritables sensations vivantes, du contact concret. Elle ne veut plus vivre dans le rêve.

Seulement, elle est seule. Personne ne lui correspond physiologiquement. Tous les contacts de ce genre se font pensivement. Les enfants sont conçus par manipulation génétique, communément appelées manip, et n’ont pas de parents. Seule l’école assure leur prise en charge, après les quelques mois qu’il faut aux nourrissons pour supporter les dizaines de milliers d’informations qui leur traversent le crâne toutes les millisecondes. Des contacts réels, pourquoi ? Ce qui se fait par pensée est tellement mieux ! Jamais une caresse mal placée, jamais un geste trop brusque, jamais aucun risque de contracter une maladie infectieuse.

Elle sait qu’elle court après des chimères. Elle est absolument seule. Personne pour la comprendre. Il y en a qui la soutiennent, mais ce ne sont que des pensées, et ils n’agissent pas. Ils vivent retranchés, ils craignent les autres. Elle a décidé de lutter contre cette toile invisible, et c’est un chemin qu’elle parcourra en solitaire.

Un sifflement retentit au-dehors. Robert est déjà de retour. Bien sûr, il est là, lui, et c’est déjà énorme. Mais elle voudrait un être humain. Un vrai. Un homme, un blond, très musclé (ce qui est infiniment rare dans le monde de la pensée), aux yeux d’un bleu clair comme le ciel, avec une voix de basse et immense, immense... Oui, un super-héros digne des comics de la fin du XXème siècle. Elle s’imagine, volant avec lui vers d’autres contrées impensables, où ils seraient tranquilles pour l’éternité… Et elle secoue la tête, fâchée de devoir s’abaisser à imaginer. Robert jaillit de la trappe et virevolte dans la pièce, rangeant les courses.

Son ballet, ses lumières clignotantes et ses sifflements stridents la bercent et elle s’endort, dans les bras d’un super-héros hypertrophié.

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Slyth
Posté le 16/09/2013
Ca se confirme, je suis en train de tomber sous le charme du style que tu travailles à travers cette histoire. Tu réponds à toutes les questions que l'on pourrait se poser et j'ai l'impression que tu as pensé à chaque détail.
Désolée mais j'ai peur de n'avoir rien à dire de vraiment utile pour ton texte. Les choses suivent leur cours et moi je me laisse emporter, même submerger, par tes mots avec grand plaisir. Je me sens vraiment intégrée à ton histoire, en lien avec tes personnages et c'est une sensation assez géniale.
Bref, un grand bravo pour cette toile que tu tisses avec beaucoup de talent !
EryBlack
Posté le 16/09/2013
C'est super gentil :D je crois que j'ai écrit en répondant à mes propres questions sur ce monde pensif, du coup les questions suivent le même chemin pour le lecteur ^^ Je suis certaine d'avoir oublié des tas de détails, mais si ça fait illusion pour le moment c'est parfait x) Les détails sont une des choses que j'apprécie le plus dans l'écriture et la lecture, que j'essaye vraiment de développer moi-même. Je trouve que pour cette histoire, je suis allée un peu trop rapidement aux grandes lignes sans m'attarder suffisamment longtemps sur ces chers détails... Donc forcément, j'y reviendrai un jour ^^
Merci infiniment, pour ta lecture et surtout pour ces beaux compliments, j'ai peur de ne pas être capable d'exprimer combien ça me fait plaisir :D Merci !
Liné
Posté le 29/08/2013
Mes impressions sur le prologue et le premier chapitre sont confortées ^^ J'aime beaucoup ton univers et son atmosphère ! Malgré ce ton "plat", tu arrives à nous le faire imaginer comme si on y était. Et, bonne chose, tu nous le décris au fur et à mesure. <br />
<br />
En lisant le chapitre sur "Il", j'étais sur le point de faire une remarque que, finalement, je n'aurai pas besoin de faire : je trouvais ça dommage qu'il n'y ait aucune interaction entre les personnages principaux et les autres toiliens (ça ouvre pourtant la porte à de nombreuses possibilités !). Mais, dans le chapitre suivant, tout nous en livre un exemple des plus passionnants. <br />
<br />
Ton récit me fait penser à des nouvelles d'Isaac Asimov (notamment l'homme bicentenaire, avec cette histoire de robot humanisé). Mais le thème de la toile et des pensées collectives rajoute une touche d'originale que j'apprécie beaucoup ; en plus de cela, contrairement à de nombreux films/romans plus modernes, ton univers futuriste n'est pas apocalyptique (Dieu que ça fait du bien -_-) mais juste imparfait. J'ai hâte de voir comment vont réagir tes personnages "rebelles"<br />
<br />
A très bientôt<br />
Liné ~
EryBlack
Posté le 29/08/2013
C'est vrai qu'au début, y'a presque uniquement de la narration et très peu de dialogues, ce qui m'embête parce que je pense que ça rebute, cinq gros paragraphes sans aucun tiret de parole pour aérer. Mais ça vient dans les chapitres suivants, comme tu l'as vu :) J'ai l'impression que c'est passage obligé, pour bien décrire ce monde au fur et à mesure, comme tu dis ! Merci beaucoup en tout cas :D
Je connais Isaac Asimov de nom mais j'ai jamais rien lu de lui ^^ Cela dit, le thème du robot humanisé est largement repris par tout un tas d'auteurs et aussi au cinéma, donc c'est pas étonnant de toruver des ressemblances ! Hahaha, non c'est pas apocalyptique, c'est pas le sujet que je voulais développer dans cette histoire (mais ça me pose de légers problèmes de conscience, en bonne écolo que je suis). Contente que l'histoire te plaise :D
A bientôt et merci d'être passée LIné ! 
Sierra
Posté le 15/10/2013
Bonsoir Ery,
C'est toujours avec autant de plaisir que je poursuis la découverte de l'Abstraction. Plus besoin de titiller ma curiosité, je suis totalement mordue de cette belle histoire. C'est encore un très joli chapitre que tu signes là, dans lequel les phrases et les mots s'enchaînent et nous entraînent dans un chouette univers. Ce n'est peut-être pas le rêve pour Elle, mais pour moi, c'est une grande joie d'apprendre à connaître son monde. J'aime beaucoup la façon dont tu elle apparaît, au tout début, quand elle parle sans arrêt et explique à tout va ce qui peut paraître évident. Elle aussi, elle nous entraîne plus loin dans l'histoire. Je serai bien incapable de te décrire le sentiment que j'ai ressenti quand Robert dit "Robert, c’est moi." pourtant... C'était peut-être une très grande tendresse. Je le trouve très humain, juste avec ces quelques mots.
Une seule petite faute, au passage : "Oh, et regarde si tu ne peux pas récupérer des cagettes à légumes," (il manquait le -s).
Merci pour ce beau moment, je suis définitivement amoureuse de ton travail <3 
EryBlack
Posté le 15/10/2013
Coucou Sierra !
Lire tes commentaires me fait vraiment très plaisir, je suis hyper contente que tu perçoives l'histoire de cette façon, et plus encore que tu ressentes de la tendresse pour Robert. C'est mon personnage, c'est un peu mon bébé ^^ Ca me touche beaucoup que tu apprécies cette histoire, merci infiniment !! <3
Merci aussi pour la faute, je corrige ça vite fait ! 
Diogene
Posté le 26/07/2014
Hello Ery, <br />
<br />
Je n'ai pas encore imprimé ce que tu m'as envoyé, mais cela ne saurai tardé. <br />
Ce que je viens de lire me fascine littéralement, il y a toujours cette imprégnation de l'onirisme. Mais j'ai la sensation que tu es descendu un cran plus bas, comme si tu t'étais enfoncée dans les strates de ton esprit. Il y a des figures qui surgissent, ce qui me donne des pistes pour étudier l'ensemble des textes. Je reconnais en outre des clins d'oeil au Meilleur des Mondes d'Huxley, en même temps qu'à l'Odyssée de l'espace (le troisième je crois). <br />
Un chapitre glaçant de cauchemar, qui pourtant n'est pas si éloigné de notre propre réalité. <br />
Je te conseille Paris au XXème siècle de Jules Vernes.
EryBlack
Posté le 26/07/2014
Coucou Dio, désolée, je te réponds très en retard... 
Je crois que je n'avais pas encore lu le Meilleur des Mondes quand j'ai écris ce chapitre ; mais c'est clair que ça m'y a vraiment fait penser quand je l'ai finalement lu. Par contre, grande carence dans ma culture, j'ai toujours pas vu ni lu l'Odyssée de l'espace. Bientôt !
Yvaine
Posté le 08/08/2017
Je pense qu'il faut à la fois du terre-à-terre et du rêve pour être heureux. Ainsi, on peut réaliser le rêve dans la réalité. Mais dans le monde d'Elle, il n'y a plus que le rêve, au point que ça en devienne dur à vivre.
Sans leurs robots, je pense qu'Elle et Lui auraient du mal à supporter la vie. 
EryBlack
Posté le 08/08/2017
C'est tout à fait ça. Le rêve c'est cool, mais si y'a pas de concret c'est moche - en tout cas, Elle ne le supporte pas. Et tu as raison, déjà qu'ils sont pas bien joyeux, sans leurs robots ce serait bien pire ><
Jupsy
Posté le 23/08/2013
Coucou !
Poussée par l'envie de lire, je suis revenue faire un tour quand j'ai su que tu avais posté un nouveau chapitre. Avec ce dernier, tu réussis à rappeler la beauté d'un prénom, ce cadeau offert par nos parents, le premier que l'on aime ou que l'on déteste. Elle n'y a pas eu droit, elle n'a pas choisi le même que les autres, mais en même temps elle n'a pas pu penser à quelque chose de plus beau. J'ai trouvé ça triste le principe de pseudos, mais c'est terriblement logique. Cela renforce le côté pensée commune vu qu'un prénom peut rendre un individu unique. Même si d'autres portent le même prénom, ce choix n'aura pas forcément la même histoire et puis c'est le cadeau d'un parent... Or ils n'existent plus non plus...
Et le pire ça a été le passage de l'amour, de cette nouvelle conception des choses et j'ai détesté le moment où un homme a fantasmé sur elle. J'ai trouvé ça sale, cela ressemblait à un viol... et au fond je trouve que cette société viole les pensées de ceux qui sont raccordés à la toile. En fait le sujet est violent, terrible... En plus je ne trouve pas que ça a réglé le souci de l'apparence physique, je trouve plutôt que cela a déplacé le problème. 
Et je la plains dans son besoin de contact. Le toucher n'est plus satisfait, ce sens est abandonné au profit de la pensée... sauf que cela peut pas satisfaire. Nous sommes des êtres faits de chair et de sang et on a besoin de nos sens... Pour vivre. L'imagination, les pensées, c'est bien, mais là c'est trop. 
Cette histoire donne à réfléchir, vraiment. Et j'adore Robert par son humanité, sa capacité à être plus compatissants que les toiliens. 
Par contre une phrase m'a paru trouble dans le sens : "Plein de gens réagissent à ce qu’elle dit. Et plein d’autres lui pensent qu’elle débloque, qu’elle finira à l’asile." 
J'ai l'impression que le lui n'est pas à sa place, mais peut-être que c'est juste mon esprit qui fatigue un peu. ^^' Dans tous les cas, je préfère te le signaler au cas où ;)
Et puis merci pour ce nouveau chapitre ! :)
 
EryBlack
Posté le 23/08/2013
C'est dingue, tu sais, j'ai rédigé cette histoire sans vraiment réfléchir à tout ça. C'est en la réécrivant que j'ai ajouté plein de choses, tout en m'interdisant toujours d'y réfléchir trop, sinon je n'en finissais pas. Et le résultat est là, finalement, ce sont les personnes qui lisent qui réfléchissent, et tout ce que tu dis me paraît profondément juste.
J'ai essayé d'adoucir ce moment le plus possible, de l'éloigner du viol justement, mais c'est très difficile. Entrer dans l'esprit de quelqu'un ressemble déjà trop à un viol. Par contre, à propos de l'apparence physique, je ne suis pas entièrement d'accord, mais j'ai un point de vue très influencé par mon âge et ma génération, je crois. Je suis encore en plein dans l'adolescence, et c'est la difficulté à accepter mon propre corps qui m'a poussée à écrire ce passage sur l'apparence physique. Parce qu'on en souffre tous, et qu'un monde pensif comme celui-là, où on serait complètement libérés de toutes ces s*loperies de contraintes esthétiques, me fait rêver, personnellement. Le problème, bien sûr, c'est le prix à payer...
C'est l'opposition de deux mondes que j'aime tout à fait à parts égales : le monde qui se trouve dans la tête, l'imaginaire mais aussi l'intellectuel, le métaphysique, contre le monde de chair et de sang, le monde vrai, celui qui déçoit énormément une fois qu'on se rend compte de ses atrocités. Dans le premier, tout peut être profondément tendre, on peut y vivre d'amour et d'eau fraîche, contrairement au deuxième régi par des lois qui tendent de plus vers l'inhumanité. Sauf que le deuxième primera toujours sur le premier, parce que dans le deuxième, malgré toutes les horreurs, on aura toujours la possibilité physique, réelle de prendre quelqu'un dans nos bras, tout simplement. Tout ce qui est beau dans le premier ne pourra jamais égaler ça. Dans cette histoire, le premier monde a gagné. Et perdu tout ce qu'il avait de mystérieux et d'onirique.
Je confirme, cette histoire me donne de plus en plus à réfléchir, j'ai le tournis !!
A propos de ce "lui" placé bizarrement, je m'explique : dans la première rédaction de cette histoire, j'utilisais le verbe penser à toutes les sauces (comme les shtroumpfs utilisent "shtroumpfer", en fait). Donc, quand je dis "des gens lui pensent que c'est pas bien", ça veut dire en gros "plein de gens lui envoient la pensée que c'est pas bien". Mais ça prête à confusion, effectivement, surtout que j'ai vachement changé de verbes en réécrivant tout ça. Celui-là est passé entre les mailles ^^ Je vais corriger ça, merci de la remarque !
De rien, et merci énormément pour ce commentaire, j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire et à y répondre (je me suis même un peu emballée je crois xD). C'est vraiment sympa de suivre cette histoire comme ça :) A très bientôt et merci encore, Aresya ;) 
Dan Administratrice
Posté le 01/09/2013
Me revoici Ery !
Ce qui est cool avec cette histoire, c'est que tu réponds jusque là aux questions que je me pose, pile quand je me les pose. Tu commences par des choses génériques, et pile quand on s'est assez familiarisé au monde pour se demander par exemple comme l'éducation ou les rapports intimes se déroulent, tu nous donnes justement l'explication.
 C'est assez perturbant, évidemment, parce que très différent de ce qu'on connait. Mais je ne trouve pas ça si malsain, en fin de compte. Bon, pas que là tout de suite j'aimerais être à la place d'Elle et entendre les pensées des hommes qui fantasment potentiellement à mon sujet x'D mais c'est une jolie idée de l'amour "sentimental" qu'on nous offre en contrepartie. L'idée de se débarrasser totalement des critères physiques est forcément tentante, qui n'a jamais rêvé d'être aimé spontanément pour ce qu'il est plutôt que ce qu'il paraît ? Je trouve que ça donne un peu de douceur à un monde qui semble d'emblée très "hostile" pour nous, lecteurs non-toiliens, malgré l'idée un peu dérangeante du sexe par la pensée.
Idée qui en soit me fait me poser pas mal de question. Tu dis que Elle a déjà fait l'amour de cette façon, mais faire l'amour est quand même un acte principalement charnel. Je veux bien que la pensée puisse y être pour beaucoup dans l'excitation (comme quand le cas des rêves érotiques) mais de là à parler de faire l'amour ? J'aurais presque aimé plus de détails à ce sujet, mais peut-être qu'on y reviendra !
Je la trouve vraiment très touchante avec Robert, qui est presque comme un petit frère à qui il faut tout apprendre. Le passage sur l'écriture était vraiment très beau, j'aime beaucoup la façon dont les réflexions d'Elle se développent, on s'identifie très facilement à elle.
Je me suis très vite attachée à cette histoire Ery, je suis vraiment fan de ta plume ! Et j'aime beaucoup la façon dont tu amènes certains aspects dans le récit. Je vais vite poursuivre ma lecture !
EryBlack
Posté le 01/09/2013
Je crois que c'est lié à la mnière dont j'ai écrit, au fil de la plume pour cette histoire, du coup les questions me venaient et j'y répondais au fur et à mesure... Tout comme tu les découvres ^^
C'est sans doute le côté de la toile qui me plaît le plus :) Arrêter les premières impressions et les idées reçues, tout ça. Ce serait super qu'on y arrive sans avoir recours à la toile, y'a quand même des limites x)
Disons que c'est dans l'air du temps ! Tout se passe par la pensée dans cette société, et ce depuis un sacré bout de temps. Alors c'est devenu un usage, une habitude. Tout comme l'homosexualité a longtemps été considérée comme anormale, à l'époque de la toile, faire l'amour physiquement est assez bizarre. J'expliquerai plus pourquoi dans un prochain chapitre, mais c'est un peu comme avec tout le reste : puisque par la pensée, on peut faire les choses dans la plus grande harmonie, d'une manière absolument parfaite, on peut comprendre que les toiliens préférent ça. Ils s'épargnent les imprévus susceptibles de tout gâcher ^^
C'est un peu ça, un petit frère :) le robot qui leur est confié fait un peu figure de famille, c'est vrai ^^
Merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir :D A bientôt donc ! 
Seja Administratrice
Posté le 29/08/2013
Aïe.
Je ressors de ce chapitre le coeur tout gonflé. Je trouve cette société que t'as créée horriblement triste. En fait, tout ce qui rend un humain humain a été effacé. On se contente de rester en mode borne wifi, de recevoir des données, d'en recevoir. C'est franchement à se pendre.
Le passage sur les prénoms m'a particulièrement touchée. En quelques mots, t'arrives à nous faire réfléchir sur tout ce qu'ils représentent. Parce que oui, un prénom, c'est une personne ; et une personne sans prénom, c'est personne. Ce qui fait que ton monde est finalement peuplé par beaucoup de fantômes, des penseurs qui sont là, qu'on peut identifier en pensant à eux et qui pourtant n'ont pas d'identité.
J'ai encore la gorge serrée après ton passage sur le contact humain. C'est tellement triste que l'humain soit réduit à ça. Mais bon, bientôt, on va rencontrer Lui, pas vrai ? Et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes :')
Concernant ma remarque sur les pensées dans un commentaire précédent, c'est vrai que certaines pensées ne sont qu'images et impressions. Donc pour celles-là, d'accord, elles peuvent traverser la barrière de la langue. Mais typiquement, la discussion d'Elle avec Robert, elle se passe bien dans une langue. Du coup, ce n'est que ceux qui la comprennent qui réagissent ? Et, pour aller plus loin, la pensée étant collective, comment ça se fait que tout le monde ne parle pas toutes les langues ? :P 
EryBlack
Posté le 29/08/2013
Moi c'est de lire ton commentaire qui m'a gonflé le coeur ! Je pensais pas que ce chapitre aurait cet effet-là >.< Merci pour toutes ces impressions que tu m'envoies, ça me fait réfléchir moi-même sur ce monde que j'ai créé, c'est vrai qu'il est triste et morne. Mais faut pas perdre espoir, ils se battent, ils vont s'en sortiiiir
On va le rencontrer, certainement, et tout va avoir l'air d'aller aussi bien que dans le meilleur des mondes... Mais va falloir encore un bon bout de temps avant qu'ils s'extirpent de leur prison de pensées :)
Dis donc, tu poses vraiment pile les bonnes questions x) Comme dans les débats politiques quand les adversaires veulent se coincer mutuellement xD Effectivement, quand Elle parle, il y a une langue. Mais parler, pratiquement personne ne le fait plus, tout le monde s'exprime par la pensée, donc dans cette espèce de "langue pensive" qui est commune à tous les cerveaux. Ceux qui veulent suivre ce qu'elle dit à Rob n'ont qu'à se brancher sur ses pensées à elle et le sens de ses paroles leur apparaîtra, même s'ils ne comprennent pas la langue. Mais de toute façon, comme tu le fais remarquer, tout le monde est capable de parler toutes les langues, mais plus personne ne parle, donc ça ne leur sert pas à grand-chose. A vrai dire, comme ça se passe dans le futur (je ne sais pas exactement dans combien de temps, mais quelques siècles quoi) et que le monde a complètement changé après la grande connexion, je me suis demandé si les langues allaient rester les mêmes. Dans un prochain chapitre, j'ai expliqué que les pays n'existent plus vraiment (ça sert à rien dans le monde de la pensée), donc les langues auraient très bien pu disparaître aussi... Merci d'avoir attiré mon attention là-dessus en tout cas, c'est une question pratique assez compliquée à résoudre, faudrait que je trouve un passage où j'explique tout ça, pour éviter que les lecteurs pointilleux (:P) m'accusent de passer la question sous silence ^^ je vais chercher !
Contente de te voir sur cette histoire en tout cas, Sejounette :D 
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