Punk Alert

Par Bleiz
Notes de l’auteur : Bonne lecture !

11 Janvier : Lecteurs, je me sens de nouveau en harmonie avec moi-même. Prendre la décision de ruiner tous mes efforts et foutre en l’air la vie que j’ai durement acquise m’a été très bénéfique, psychologiquement parlant. Je dois faire table rase du passé. C’est pourquoi ma priorité du jour est d’appeler Marchand. 

Je grince des dents à l’avance en m’imaginant comment elle va m’enfoncer, mais bon. C’est nécessaire. Quoique… Si je veux faire amende honorable, ne vaudrait-il pas mieux que nous discutions en tête à tête ?

—Il faut qu’on parle. Demain, 11 heures, café du centre commercial ?

J’envoyais le message et reçus une réponse quasi-instantanée.

—OK. À demain. 

AAAAAAAH ! Des points ! Dans un message ! Elle est folle de rage, c’est sûr. J’aurais à peine fini de m’excuser demain qu’elle m’arrachera la tête. Je suis morte.

12 Janvier : J’ai décidé que Charlotte et moi nous verrions aujourd’hui. Un choix logique, bien qu’un peu précipité… Mais ça fait sens ! Je suis une personne d’importance avec un emploi du temps chargé. Ce genre de problème doit être régler aussi vite que possible.

Il se peut également que psychologiquement, je ne supportais pas le stress d’attendre plus de 24 heures, mais c’est un autre débat que je compte bien ignorer. 

Elle va m’en faire voir de toutes les couleurs. Si elle accepte que je m’excuse- enfin… M’excuser n’est pas mon fort. Je ne sais pas vraiment comment m’y prendre. Il faut dire qu’étant la personne que je suis, je manque de pratique.

Oh, je ne trompe personne, pas même moi. Je suis terrorisée qu’elle me haïsse. Et elle aurait tous les droits de refuser de me pardonner ! Si elle me sort sa tête de tueuse, je ne saurai pas quoi faire. Me liquéfier en une petite mare de sueur, de génie et de gêne, à la limite.

Mon souffle crée de petits nuages dans l’air glacé. C’est une journée froide et ensoleillée, comme je les aime. Je n’ai pas trouvé la force de me mêler à la masse tassée à l’intérieur du café. J’ai préféré m’asseoir sur le rebord de pierre de la large fontaine, à l’entrée du centre commercial. Ils coupent toujours les petits jets d’eau, en hiver. Je trouve ça dommage, c’est ce qu’il y a de plus amusant sur cette place.

Avec la température, la plupart des badauds se dépêchent d’entrer dans les boutiques. Et il y a moi, qui me caille les miches depuis 15 longues minutes, à taper sur mon téléphone et à attendre- attendez. Je reconnais cette silhouette. C’est elle ! Si je cours très vite, peut-être me reste-t-il une chance de m’enfuir ? Trop tard, elle m’a repérée. Allons, Ingrid, sois forte ! Lève-toi et marche ! Enfin, pas la peine, parce qu’elle se dirige vers moi comme un boulet de canon. 

En quelques secondes, elle s’était plantée face à moi, sa longue tresse à moitié décoiffée et le souffle court.

—Marchand !

—Karlsen… 

Nous échangeâmes un regard. J’avais préparé quelques choses à dire, un peu plus tôt. J’avais même plusieurs idées, quoi et comment lui dire que j’étais navrée de m’être mise en colère contre elle, que cette crise de nerfs n’avait rien à voir avec elle et tout avec moi ! La fatigue et la frustration, s’accumulant, avaient eu le meilleur de moi-même, je ferai attention à l’avenir car jamais je ne m’étais sentie aussi coupable d’avoir mal traité la seule personne qui avait pris la peine de m’approcher. Ces mots, aussi sincères qu’ils étaient, refusaient de sortir. Ma bouche avait un goût de carton et ma langue refusait de m’obéir, sèche. Je finis par lâcher, à court de solutions :

—Écoute…

—Non ! 

Wouah. Un temps record. J’avais beau m’y attendre, cela faisait plus mal que je ne l’aurais imaginé. Je redressais mes lunettes du bout des doigts. Si je me laissais à pleurer maintenant, je ne pourrais plus m’arrêter. Il fallait que je pense à autre chose, genre la couleur du béton sous mes pieds…

—Karlsen, je suis désolée.

—Hein ? 

J’entendais des voix ou c’était bel et bien Charlotte Marchand qui venait de parler ?

—Ouais. J’aurais pas dû… J’ai pas été cool, la dernière fois. Je n’avais pas vraiment réalisé à quel point notre affaire te prenait tes journées. C’vrai que ta vie est pas mal différente de la mienne. J’ai tendance à oublier ça. Elle rejeta sa tresse par-dessus son épaule, évitant mon regard ébahi. Bref. Je te demande pardon. J’ai pas été un bon agent. Pas une bonne amie non plus.

—Qu’est-ce que tu viens de dire ?

—Quoi, tu veux pas que j’te l’écrive, non plus ?

—Non, non ! Je veux dire… on est amies ? 

Silence. Long, long silence. Je n’osais rien dire. Elle me fixait et moi, je le sentais mal. J’avais dit un truc qui fallait pas ?

—CLAC ! 

La baffe à l’arrière du crâne. Ça ne m’avait pas manqué. 

—Aouch ! protestais-je dans un cri. 

—Non mais je rêve ! On nage en plein délire. Tu te payes ma tronche, pas vrai ? T’es pas sérieuse ?

—Eh bien…

—Karlsen !  se récria Charlotte, complètement exaspérée. Évidemment qu’on est amies ! Comment tu crois que je pourrais te supporter au quotidien, sans ça ? Je te jure, t’es un phénomène. Parfois, je te compr- oh. Tu pleures ? Karlsen ! 

Je portais ma main à joue et la retrouvais humide. Tant pis pour la Pythie maîtresse d’elle-même. Je me mis à pleurer de façon incontrôlable, et Charlotte vint s’asseoir à côté de moi, l’air perdu.

—Je, je suis désolée ! balbutiais-je entre deux hoquets.

—Mais oui, je sais, c’est pas grave, répétait-elle en me frottant le dos. Arrête de chialer, c’est tout ce que je te demande.

—Mais j’essaye, tu vois pas ? m’écriais-je en pleurant encore plus fort.

Ce petit manège dura bien plusieurs minutes encore. Toutefois, je finis par me calmer. Je restai silencieuse un petit moment. Mon esprit était désormais plus clair. Je n’avais pas changé d’avis : j’avais toujours cette envie de tout foutre en l’air. Plus encore, je ne voulais plus réfléchir, je rêvais de me laisser porter par le courant des évènements… Hélas, impossible pour une Pythie. Je devais prendre une décision pour changer la donne.

—Marchand… Charlotte, est-ce que tu me pardonnes ?

—Je t’ai déjà dit oui.

—Tu crois que tu pourrais me pardonner une seconde fois ? 

Elle me jeta un coup d’œil, le sourcil levé. Je déglutis avec difficulté, mais ne flanchait pas. Nous étions allées trop loin dans ce plan complètement fou et elle méritait de savoir. Après un silence lourd comme la tempête, elle finit par me dire :

—Oui. Je pense bien que oui. Surtout si c’est ce à quoi je pense. 

 

—Attends une minute ici. 

Je tirais le gigantesque panneau de liège, caché sous un long drap blanc, et le plaçais au milieu de ma chambre. Charlotte, assise sur mon lit, paraissait très peu impressionnée.

—Quoi, c’est ça ta grande surprise ? Tes goûts douteux en matière de déco ? 

Sans un mot, je tirais sur le tissu, révélant le panneau. La mâchoire de Charlotte tomba.

Mélange improbable de fils rouges, d’annotations, de morceaux de carte du monde et d’attaches parisiennes, la Quête minutieusement préparée s’étalait fièrement sous les yeux écarquillés de mon amie. Celle-ci siffla longuement, incapable d’en détacher le regard. Elle se leva et tandis qu’elle effleurait ma composition du bout des doigts, j’ouvris le tiroir de mon bureau et en extirpais un bloc de feuilles noires d’inscriptions. Je les lui tendis qui les saisit sans hésitation. Elle entreprit de les parcourir aussitôt. À mesure qu’elle les déchiffrait, je voyais une lueur de compréhension s’allumer dans ses yeux et brûler de plus en plus fort. Plus de retour possible, à présent. Plus de fuite en avant. 

—Comment… ? 

—J’ai développé une formule se basant sur des statistiques. Avec ça, je peux prédire le futur avec précision… enfin, jusqu’à un certain point. C’est comme ça que j’ai trouvé les chiffres du Loto au début, et je l’ai utilisé pour chaque prédiction qu’on nous demandait. Tous ces chiffres, là, c’est ça. Je ne suis pas une voyante.

—C’est complètement fou. Tu t’rends compte de ça ? Ce qu’t’as fait ? Elle s’interrompit, semblant réfléchir. Qui est au courant ?

—Ma famille, Froitaut et Tristan. Je jouais avec les branches de mes lunettes compulsivement. Je n’avais pas l’intention de mentir, tu sais. Ni à toi, ni à personne. Je n’avais pas prévu que les choses se passeraient comme ça. 

Elle émit un reniflement amusé qui me poussa à insister :

—Je t’assure ! Au début, les lettres dans les journaux avaient pour but de faire un coup de théâtre. Prouver l’utilité de ma formule mais avec de la classe et du suspense. Et puis, les choses se sont emballées.

—C’est peu d’ le dire, souffla-t-elle.

Elle se mordit la lèvre, cherchant ses mots. Finalement, elle me prit la main et planta ses yeux d’encre dans les miens :

—Un monstre. Un génie. Je l’savais avant, mais là ! Bon sang, est-ce que tu réalises ce que t’as accompli ? Ingrid, tu peux prédire l’avenir avec les mathématiques ! C’est mille fois plus cool qu’avoir le Troisième œil !

—Tu n’es pas fâchée, réalisais-je, submergée par le soulagement.

—Attends un jour ou deux, que le choc soit passé, plaisanta-t-elle. 

Nous restâmes ainsi, côte à côte, dans un silence confortable. Je ne m’étais pas senti aussi légère depuis une éternité. Charlotte demanda tout à trac :

—Pourquoi tu as décidé de me dire ça maintenant ? 

Je n’en étais pas sûre moi-même. Je haussais donc les épaules :

—En gage de bonne foi ? 

Elle acquiesça d’un mouvement du menton.

J’ignore combien d’heures nous sommes restées comme ça, mais la nuit était tombée quand nous réalisâmes que le temps ne s’était arrêté que pour nous. Heureusement, il ne fallut pas grand-chose pour convaincre mes parents et les siens qu’il fallait qu’elle dorme à la maison. Je ne me souviens pas de quoi nous avons discuté, à quoi nous avons joué. Je me rappelle juste de la boule de chaleur logée dans ma poitrine qui ne m’a pas quitté de la soirée.

13 Janvier : J’avais presque oublié d’offrir à Charlotte son cadeau ! Elle n’en revenait pas quand elle a trouvé au creux de la boîte l’appareil photo que je lui destinais. Il y avait un nuage de poussière sur le dessus du paquet mais fort heureusement, je crois qu’elle n’a rien remarqué.

—Alors ça ! s’écria-t-elle, bouche bée, tournant la machine entre ses mains et l’examinant sous tous les angles. Comment t’as su que j’aimais ce genre de trucs ? 

—Mon compte Instagram est un peu trop joli pour que tu ne passes pas du temps à retoucher tes photos. Et j’ai beau être une bille en informatique, j’ai conscience que tout le monde n’est pas capable d’utiliser Photoshop aussi bien que ça sans entraînement. 

Elle hocha la tête, le sourire aux lèvres. Une mission réussie pour la Pythie, à présent spécialiste des cadeaux de Noël ! Je rajouterai ça à mon CV, tiens.

Il est midi à présent et Charlotte est rentrée chez elle. Le panneau de liège avec les étapes de la Quête trône toujours dans ma chambre. Ça me fait un peu mal à cœur, de mettre les fruits de mon travail -et celui de Tristan !- sur la touche pour un caprice. J’ai donc repassé les épreuves prévues, les différentes destinations et les diverses récompenses qui devaient attendre mes héros. Il ne serait pas nécessaire de tout jeter : juste réorganiser deux, trois choses. Et j’avais juste la méthode pour. Mais pour cela, j’allais avoir besoin de listes !

14 Janvier : Épuisée ! Il n’y a pas d’autre mot. Je n’avais pas réalisé que ma chambre était dans un état pareil. Il m’a fallu un aller-retour à la cuisine pour qu’en ouvrant la porte, chocolat chaud en matin, le bazar me saute à la tronche comme un diable de sa boîte. Mon lit, les draps défaits et mon plaid pendant lamentablement vers le sol, avait des allures de bateau fantôme perdu dans la tempête. Il faut dire que le sol jonché de papiers raturés et de listes en parfait état rappelait un océan déchainé. Mon sac à dos en guise de rocher et mon ours en peluche dont seule une misérable patte dépassait, tel un marin noyé, rajoutait à la puissance de la scène. Mon père, café en main, s’arrêta derrière moi et siffla longuement. 

—Si j’étais toi, je rangerais avant que ta mère ne débarque…

—Ou alors, je ferme la porte avec un panneau « Ne pas déranger » ? 

Il sirota son café en me jetant un regard blasé. Je soupirais :

—Oui, c’est pas comme si ç’allait l’empêcher d’entrer. Je suppose qu’un peu de nettoyage ne me tuera pas.

—Brave fille, conclut-il en tournant les talons. Au fait, je t’ai envoyé un article sur Facebook. 

Je roulais les yeux et grognais :

—Encore ? Me dit pas que c’est sur…

—Sur le nucléaire. Tu vas voir, ça va t’intéresser ! insista-t-il en descendant l’escalier.

Je me jetais sur mon lit après une ou deux tentatives de rangement, en vain. Néanmoins, la situation s’était grandement améliorée : on pouvait désormais voir le plancher et mon ours avait retrouvé sa place légitime, c’est-à-dire près de mes coussins. J’avais surtout ramassé mes listes finales pour la Quête, que j’entrepris de relire avec satisfaction. Tout un programme, lecteurs ! Cela fleurait bon l’aventure et la disparition de mon ennui chronique. J’avais tout prévu sur plusieurs mois, sauf la fin. En effet, malgré mes intenses débats avec Tristan sur le choix de la destination finale, je n’arrivais pas à me décider. C’était trop… Ou plutôt, ça manquait de… De style. Il manquait une énergie héroïque, nécessaire pour que ma conclusion soit explosive ! Je m’étais ainsi résigné à attendre que l’inspiration me tombe dessus comme un mur de briques, au lieu de calculer une réponse artificielle qui n’atteindrait pas toutes mes espérances. Ce serait tout ou rien !

Vraiment, mon seul (et dernier !) obstacle, c’était le Héros manquant. Mon Assassin. Ce n’est pas tâche aisée de trouver une personne suffisamment sombre et à l’apparence dangereuse tout en restant conventionnellement attirante, afin de capturer le cœur des foules. Pas facile, je vous dis… Les gens ne tombent pas du plafond, voyez-vous. Si vous voulez trouver un héros, il faut vous déplacer. Voir du monde. Lecteurs, vous feuilletez ces pages depuis suffisamment longtemps à présent pour savoir que l’extérieur n’est pas ma tasse de thé. Je préfère mille fois le confort de mon salon au brouhaha de la vie. Hélas, des sacrifices sont parfois inévitables pour de grandes causes… Donnez-moi deux minutes, le temps d’enfiler mes bottines et une veste, et je partirai en chasse d’un Assassin digne de ce nom !

Ceci est un message, trois heures plus tard. Je suis rentrée bredouille mais j’ai croisé un chat et une centaine de pigeons. J’imagine que ce n’est pas un échec total. Je réessayerai demain.

15 Janvier : Partir à la recherche au hasard d’une personne inconnue, dans l’espoir de trouver un miracle incarné. De la folie ! Ma nouvelle spontanéité se révélait aussi rafraichissante qu’agaçante. Jamais auparavant je n’aurais eu l’idée de me balader en ville un mercredi après-midi… trop de gens et de bruits. Et pourtant, me voilà ! Les rues sont noires de monde et petite comme je suis, je dois esquiver et bondir pour ne pas me faire piétiner par ces gens de Parisiens. Ils doivent cacher des échasses sous leurs pantalons, c’est pas possible autrement. 

J’ai dit à ma mère que j’allais me balader et pour une fois, non seulement j’ai dit la vérité mais en plus, elle ne m’a pas empêchée de sortir. Elle était déjà contente que je la prévienne, je crois. 

J’ai opté pour ma veste, violet sombre, que je portais hier et je m’en réjouis. Mon gros manteau rouge commence à être franchement hors-saison. Il faudrait inventer des habits sur lesquels on peut rajouter et enlever de la moumoute, à l’intérieur. Il fait froid : moumoute ! Il fait chaud : pas de moumoute ! Et tu peux continuer à porter les mêmes couleurs toute l’année. Peut-être que ça existe déjà ? Mais je n’ai pas le temps de partir à la recherche de vêtements, je n’arrive déjà pas à trouver mes Héros !

Des restants de givre comblaient toutefois les lézardes du trottoir et une multitude de minuscules gouttes d’eau sale en découlaient et s’écrasaient entre les pavés arrondis. Je m’amusais à les enjamber, à sauter par-dessus sans me faire éclabousser. Que de choses à éviter, aujourd’hui ! Je ne sais pas ce qu’il me prenait, à ce moment. Mes émotions glissaient hors de moi et jaillissaient comme des éclairs invisibles de la pointe de mes chaussures, zigzaguant entre les passants et me traçant un chemin sûr. L’agitation de la masse d’autrui me devenait plus insupportable à chaque pas et je sentais que bientôt, je devrais faire une pause. Ma veste légère pesait sur mes épaules et me faisait mal, ce qui n’avait aucun sens. 

« Restons calme, soyons logique, » me morigénais-je sans cesser d’avancer. « Je ne me sens pas bien, mon corps me gêne et mon esprit s’embrouille. » Et en effet, les doigts griffus d’une migraine s’agrippaient lentement à la base de mon crâne. Quelle était la raison ? Le manque de sommeil, le stress, ou plus simplement la stimulation intensive de tous mes sens, pris en otage par la foule ? J’avais l’impression que c’était autre chose. Un mauvais pressentiment ? Rassurez-vous, j’ai aussi conscience que vous du ridicule de la situation. La fausse devineresse qui se prête à son propre jeu, c’est risible. N’empêche…

N’en pouvant plus, je m’assis à un banc et n’y bougeais plus. Inspirer, expirer, vous connaissez la musique.

Il fallut me remettre en marche, un peu plus tard. J’avais très envie de rentrer chez moi mais pour cela, je devais trouver la bouche de métro la plus proche. Un défi quand on sait à peine distinguer sa droite de sa gauche et qu’on ne sait pas lire un plan. Sans parler de cette foule qui me bousculait et m’emportait dans ses rouleaux ! J’enchainais les excuses mécaniques en tentant de me frayer un chemin :

—Pardon, excusez-moi, cassez-vous de ma route, allez ça dégage, pardon… 

—Attendez ! 

Une main attrapa mon poignet et m’arracha à la masse, me faisant faire volte-face violemment. Pendant une seconde, mon cœur s’arrêta de battre dans un frisson glacé.  Je n’osais pas relever la tête.

—Je suis désolé, mais je dois vous parler ! 

Je clignais des yeux, hébétée. Parler ? Depuis quand un parfait inconnu se permettait d’interpeller quelqu’un ainsi ? À Paris, en plus ! Ville célèbre pour son absence de chaleur et de contact humain. Je me débarrassais de son emprise par une claque sur la main. 

—Oh, je ne voulais pas… je suis désolé, répéta-t-il.

Je levais enfin les yeux, prête à réduire à néant toute estime de soi possible que ce grossier personnage avait pu accumuler au cours de sa vie, à laquelle je songeais sérieusement à mettre fin… Et restais bouche bée.

Il était beau. Très beau, dans le genre gothique ou punk… je ne me souviens à partir de quel nombre de chaînes on passe d’une catégorie à l’autre. Une multitude d’anneaux et de croix argentés pendait à ses oreilles et il était vêtu de noir, des pieds à la tête. Surtout, au-delà de son eye-liner parfait et de la cicatrice suspicieusement bien placé sur son sourcil droit, ce fut sa pâleur extrême qui me prit de court. Il avait une avalanche de boucles blanches reposant sur ses épaules et qui décoraient délicatement son front. 

—Je ne voulais pas vous faire peur. Vous allez bien ? s’enquit-il, visiblement inquiet.

Et moi, momentanément stupide, je continuais de l’observer. Un nez fin et plat, des yeux bridés et surtout, des prunelles rouges. Un punk albinos. Hm. Pas banal.

—Ça va, merci, finis-je par répondre. En revanche, je ne sais pas ce que vous me voulez et franchement, je ne pense pas pouvoir vous aider… 

Il me sourit et dit doucement :

—Oh, vous m’avez déjà aidé.

—Ah ? fis-je, cherchant dans ma mémoire un indice pour identifier le jeune homme. Une idée me vint et je tentais : Vous êtes un de mes clients ? Je vous ai fourni une prédiction ?

—Non. C’est un peu plus compliqué.

—D’accord, je vois, répondis-je, ne voyant absolument rien. Dans ce cas, que vouliez-vous me dire de si important ?

Ses yeux tentaient d’accrocher les miens avec un enthousiasme désespéré mal retenu.

—Pythie, c’est moi. Je suis le Héros qu’il vous manque. 

Je haussais les sourcils. Je ne m’y attendais pas, à celle-là. Je parcourus le flot de passants autour de nous, sourd et aveugle à notre discussion. Je posais le dos de ma main glacée contre mon front et laissais s’échapper un soupir. Chaque minute qui passait rendait ma journée plus bizarre.

—OK. Je crois comprendre ce que vous me dites mais il va me falloir un peu plus d’explications que ça… et un chocolat chaud. 

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Edouard PArle
Posté le 21/10/2022
Coucou !
Un chapitre très intéressant, qui avance bien. J'ai vraiment beaucoup apprécié le moment amical/ émotion entre Ingrid et Charlotte, franchement ça fonctionne bien. J'ai trouvé ça très naturel et "réaliste". On se fait souvent des idées fausses sur ce que pensent nos proches et on est surpris de leur réaction positive. J'étais en empathie avec le soulagement d'Ingrid. Très belle scène.
J'ai apprécié aussi ses efforts pour trouver son dernier héros, le fait qu'elle essaie de sortir de chez elle. On voit le personnage évoluer ou en tout cas prendre une certaine direction. J'imagine et j'espère que la trajectoire d'Ingrid vers plus d'altruisme et de relations ne sera pas linéaire mais ça peut vraiment apporter quelque chose à l'histoire.
L'introduction du probable assassin est vraiment surprenante. Ca donne envie d'en apprendre plus à son sujet...
Mes remarques :
"Ce genre de problème doit être régler"-> réglé
"qui ne m’a pas quitté de la soirée." -> quittée
"Des restants de givre comblaient toutefois" je pense que tu peux enlever le "toutefois"
"je m’assis à un banc et n’y bougeais plus." -> n'en bougeais plus ?
"Je suis le Héros qu’il vous manque." -> qui vous manque ?
Un plaisir,
A bientôt !
Bleiz
Posté le 21/10/2022
Coucou !
Merci pour ton commentaire et tes remarques. En effet, Ingrid commence à sentir le poids de la Quête sur ses épaules et ça devrait la faire changer...
À bientôt ! :)
Benebooks
Posté le 31/08/2022
Bonjour
Ce petit moment de tendresse entre les filles fait plaisir ^^
Pour ce qui est du punk, attirer les fanatiques n'est jamais bon signe...
A bientôt
Bleiz
Posté le 04/09/2022
Bonjour,
Merci pour ton retour !
À bientôt :)
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