Prologue - Souvenirs

Par katicey
Notes de l’auteur : Ce roman est un premier jet pas encore retravaillé, et également l'un des premiers que j'écris. J'accepte volontiers toutes critiques et corrections ! Merci !

La petite fille s'était enfoncée dans les profondeurs du marais, les mains fixées à son visage suintant, dans la peur de le voir tomber en morceaux. Elle se réfugia au pied d'un vieux chêne, le plus grand qu'elle trouva, et elle se mit à pleurer. Le vieil arbre la berça de ses épaisses racines, et s'efforça de lui donner toute la chaleur dont elle avait besoin.

Les larmes de l'enfant diluaient le sang qui coulait en continu sur ses joues rebondis. J'ai besoin de papa, pensa t-elle. Il saurait réparer mon visage. Mais au fond d'elle, elle savait que son père n'était plus là. Les monstres l’avaient attrapé.

Elle capta son propre reflet dans l'eau trouble du marais, et ses larmes redoublèrent quand elle s'aperçut, couverte d’un sang qui n’était pas entièrement le sien. Elle décala lentement ses mains tremblantes pour observer les dommages. Sa peau en lambeaux retombait mollement sur ses joues et ses yeux étaient parcourus de fines veines noires. Elle enfouit de nouveau sa tête entre ses bras. Si elle fermait les yeux, et qu’elle se concentrait très, très fort, tout redeviendrait comme avant. Le matin même, rien n’aurait laissé penser qu’une catastrophe s’apprêtait à détruire sa vie. La petite fille se remémora les crêpes que son père avait posé devant elle, le parfum de brûlé qui s’en dégageaient, et le sourire heureux de Loren qui, elle, ne semblait pas se soucier de l’état chaotique du petit déjeuner. Comme sa grande sœur, elle s’était efforcée de manger, un sourire aux lèvres, juste pour faire plaisir à papa et à maman. Désormais, elle donnerait tout pour avoir de nouveau le goût doucereux du sucre roussi dans la bouche, dans l’espoir qu’il remplace enfin celui du sang qui ne la quittait plus.

L’enfant émit une plainte sourde qui la sortit de son imagination. Papa n’était plus là, et elle était toute seule. Elle se demanda quelques secondes si sa mère et sa sœur étaient vivantes, quelque part, cachées elles aussi. Peut-être qu'il ne reste plus que moi, murmura t-elle, tandis qu'un nouveau sanglot s'échappait de sa gorge. Non, elle ne pouvait pas l'imaginer. Les Voleurs de Peau n'avaient pas pu tuer tout le monde...

Tandis que la nuit sombre s’installait dans le marais, des centaines de lucioles se réveillèrent et virevoltèrent autour de la fillette, comme pour la consoler. Pas un bruit ne vint troubler ce spectacle de lumière. Après tout, le massacre s'était fini il y a déjà longtemps, et il ne restait plus personne pour crier. La petite fille ne regardait pas les lucioles, trop occupée par les images qui apparaissaient dans sa tête. Les Voleurs de Peau les avaient retrouvés. Ils étaient venus, avec leurs armes tranchantes et leur soif de sang, et ils avaient tout saccagé, sans l’épargner, elle. Elle aurait pu sauver tout le monde, elle en était sure. Si seulement elle n'avait pas reculé au contact de la lame... Peut-être que son père serait toujours en vie. Un chagrin immense s'abattit sur la fillette. Tout était de sa faute.

Un éclat passa la barrière de ses paupières closes et elle ouvrit les yeux. Un garçon se tenait devant elle. Ses cheveux, sa peau, ses habits, tout était d’une blancheur étincelante, à tel point que la Lune de Soie elle-même ne pouvait se mesurer à lui. Il ouvrit grand ses bras et elle allât s’y réfugier. Une chaleur apaisante se dégageait de son corps. Tout le marais s’anima sous les mouvements du garçon. Un ange, elle pensa, avachie contre lui.

Le garçon déposa un baiser sur chacune de ses joues, et sur chacune de ses mains il déposa une fleur blanche. Doucement, les plaies de son visage s'effacèrent, laissant derrière elles d'épaisses cicatrices rougeâtres. Il ôta le doute et la haine des épaules de la petite fille. 

— Tu n'auras pas besoin de ça.

Sa voix mielleuse résonna contre les arbres du marais.

Dans le tronc du chêne, il fit apparaître des couvertures et des vivres pour la petite fille. Il attrapa une luciole qu’il changea en une lumière étincelante, pour qu'elle ne soit plus dans le noir. La fillette s'allongea mollement dans ce lit improvisé, et le sommeil l’emporta malgré elle.

Quand elle se réveilla le lendemain, le garçon était parti.

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Tac
Posté le 09/08/2020
Salut Katicey!
Ce prologue est intrigant, voire assez effroyable par certains côtés : sentir son visage tomber et se sentir obligée de le tenir pour ne pas qu'il chute... brrr.
J'ai noté quelques répétitions et quelques maladresses dans certaines tournures de phrase, comme "celui du sang qui ne la quittait plus", "le massacre s'était fini il y a déjà longtemps". J'ai également trouvé maladroite la façon dont le souvenir du matin et des crêpes était amenée.
Je vais attendre de lire la suite avant de déterminer si je pense le prologue pertinent. Plein de bisous !
Louis.W
Posté le 06/08/2020
Hello,
Pour un premier jet c'est déjà plutôt bien écrit. Il y a juste les quelques répétitions de "la petite fille" qui m'ont gêné mais à part ça rien de bien grave. Le prologue est intéressant, une petite impression quand même qu'il va très vite et qu'on n'a pas tellement idée d'en quoi on va se lancer comme aventure. A part que c'est de la fantasy.
katicey
Posté le 06/08/2020
Merci pour ton commentaire ! C'est vrai que j'ai poussé le mystère à fond dans ce prologue, mais les chapitres suivants sont plus clairs, si ça te tentes ;)
Mimlay
Posté le 05/08/2020
Bien le bonjour ! Le titre m'a tout de suite accrochée, et ton style fluide m'a convaincue. L'histoire est prenante, on ressent une grande empathie envers cette petite fille. J'ai hâte d'en savoir plus sur son univers, et sur cet "ange"... :)

Cela dit, voilà les quelques détails que j'ai noté au cours de la lecture :

Les "elle murmura" ou "elle pensa" m'ont fait tout drôle, car d'habitude on utilise "murmura-t-elle" ou "pensa-t-elle". Après, ce n'est pas une faute à proprement parlé, et je m'y suis fait au fur et à mesure de la lecture. A toi de voir, donc.

"une centaine de lucioles se réveillèrent et virevoltèrent"... ce n'est pas plutôt une centaine de lucioles se réveilla etc ? Je ne suis pas sûre sur ce coup-là, mais ça vaut le coup de vérifier, je pense.

",étant trop occupée par les images..." => le "étant" n'est pas utile.

"dès que la lame l'avait touchée" => "au contact de la lame" ? Comme ça tu évites l'usage d'un "que" supplémentaire.

Et pour finir, une petite coquille à "quelque secondes" dans le paragraphe quatre, il me semble. Manque le "s" ;)

Voilà, en espérant t'avoir été utile.
katicey
Posté le 05/08/2020
Merci pour ton commentaire ! Je prend note sur tout ce que tu me dis et je vais de ce pas corriger ce qui ne va pas. :)
SybellineBears
Posté le 04/08/2020
Je ne sais pas quoi dire de ce prologue... Il est juste magnifique ! Les émotions, les descriptions, les réflections... tout est parfaitement dosé, aussi tranchant que la lame d'une épée.

Je me hate de lire la suite
katicey
Posté le 05/08/2020
Merci ! Ca me touche vraiment
itchane
Posté le 01/08/2020
Hello Katicey !

J'ai été attirée par le terme de "Voleurs de peau" de ton résumé que je trouve d'une poésie mêlée de cruauté assez folle, cela m'a tout de suite donné envie d'en savoir plus ♥

J'aime beaucoup ce mélange de registre qui continue au fil du texte, entre l'horreur de la situation et la beauté de certaines scènes ou du vocabulaire, comme l'arrivée des lucioles ou le terme de Lune de Soie, ce contraste est vraiment très beau.

J'ai beaucoup aimé ce prologue : D

Si je devais faire quelques remarques, ce serait éventuellement l'absence de la notion de douleur de la part du personnage, ses larmes semblent ne venir que de sa tristesse d'avoir perdu l'esthétique de son visage, mais j'imagine que ça doit surtout faire super mal non ? ^^"
Ou bien ce peuple ne ressent pas la douleur ? (ce qui mériterait peut-être une évocation de cette particularité si c'était le cas)

Sinon il y a le terme "s'aperçut" quand elle voit son reflet qui est un peu perturbant, j'ai cru qu'elle avait aperçu quelque chose et non pas que c'était dans le sens "elle se vit", alors je n'ai pas compris la phrase tout de suite ^^"

Pour le reste, c'est vraiment super chouette, j'adore l'ambiance, les images, le mystère général sur le contexte de tout cela et ta plume qui est très élégante et agréable à lire ♥

J'ajoute à ma PAL direct pour penser à revenir lire la suite ; )
katicey
Posté le 05/08/2020
Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je suis plus que contente que ça t'ait plu !
Je vais changer "s'aperçut" (c'est vrai que c'est mal formulé, maintenant que tu le dit)
Quant à ta question sur la douleur de la petite fille, la réponse arrive dans les chapitres suivants ;)
Merci encore !
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