Prologue

Par Edorra

Devon

Le soleil brille de tous ses feux, faisant miroiter l’océan. Les embruns embaument l’air de cette côte bretonne qu’Océane affectionne tant. Une des premières raisons pour lesquelles on a décidé de s’installer ici après que j’ai réussi à dire merde à mon père. La meilleure décision de ma vie. Je n’ai jamais été aussi heureux que depuis que j’ai retrouvé ma douce Ellie.

Il a fallu que je me fasse pardonner bien-sûr, que je me refasse une place dans sa vie. Ça a été une épreuve pour nous deux. En deux ans, elle ne m’avait pas attendu. Un autre homme était passé dans sa vie, et lui avait laissé un cadeau inoubliable : un enfant. Une fillette aux bouclettes blondes et aux prunelles identiques à celles de sa mère. Le portrait craché d’Océane. Elle ne m’a pas fait fuir ; j’ai assez d’amour pour deux. Même si je ne suis pas son père biologique (ce qui aurait été d’une inconscience sans nom), je l’aime comme ma fille. Elle a quatre ans aujourd’hui, et s’égaye devant nous, cueillant les pâquerettes et les marguerites passant dans son champ de vision.

— Chérie, ne t’éloigne pas trop ! la prévient Océane, s’inquiétant de la falaise à une centaine de mètres.

La main de ma douce est calée dans la mienne, sa peau veloutée palpitant contre la mienne.

Je plonge mon regard dans le sien et lui adresse un sourire rassurant. Elle y répond avant de poser un tendre baiser sur mes lèvres. Un intense sentiment de bonheur m’envahit.

 

Un sanglot déchirant me chasse de mon fantasme éveillé. Aussitôt, mes regrets perpétuels et lancinants m’assaillent. Quelques centaines de mètres plus loin au bord de la falaise, ses amis entourent ma sœur éplorée. Je ne devrais pas être aussi loin, mais à ses côtés ; ou inversement, à l’autre bout de la Terre, mais pas dans cet entre-deux.

Elle a vidé l’urne. Les cendres de son mari s’envolent sur l’océan. J’aimerais pouvoir poser la main sur son épaule, la soutenir de toute ma force et de toute mon âme, mais je ne le ferai pas. Si je réapparaissais maintenant, après toutes ces années d’absence, je ne ferais que gâcher cette journée, que souiller l’hommage qu’elle rend à son époux.

Je les ai jalousés longtemps, elle et lui. Elle pour avoir su m’oublier, pour avoir réussi à vivre heureuse sans moi. Lui pour avoir su conquérir mon Océane ; pire encore, pour l’avoir épousé.

Malgré ça, j’admire la force de caractère de ma sœur. Je souhaiterais posséder la même, mais la vérité est que je n’ai jamais pu tourner la page. Même toutes ces années d’infiltration au PA n’ont pas pu l’effacer. Toutes ces femmes, toutes ces missions : rien n’est efficace. Toujours Océane revient à l’assaut, toujours elle gagne. Elle m’obsède, et pourtant, je ne peux pas faire le premier pas alors qu’elle n’est qu’à quelques centaines de mètres de moi… Et qu’elle aurait probablement besoin d’un frère.

Je serre les dents et les poings. Tout en moi n’est que muscles contractés. Plus loin, sur la falaise, ses amis laissent Ellie seule. J’esquisse un pas en avant, inquiet. Ils sont inconscients ou quoi ? Je me détends quelque peu en constatant qu’ils gardent un œil vigilant sur elle.

Je n’ai jamais vu ma petite sœur aussi démunie, mais aussi déterminée en un sens.

Je soupire : pourquoi doit-elle subir tant d’épreuves ? Et surtout, pourquoi suis-je trop lâche pour la rejoindre ?

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