Prologue.

Par Aruka

Seth vint s’asseoir sur un banc fraîchement installé qui jurait avec le décor délabré ambiant. L'homme aux traits tirés par la fatigue s'épongea son front en sueur d'un revers de manche salie par la terre et la poussière. Son teint bronzé obtenu suite à de nombreuses heures de travail sous le soleil cuisant de l'été, ne faisait qu'accentuer sa mine épuisée.

Son regard ambre balaya son environnement avec une certaine fierté. Sur sa droite, tout au fond, des hommes et des femmes s'affairaient à la tâche, dégageant les débris, montant les poutres, distribuant de l'eau. Sur sa gauche, des pans entiers de murs jonchaient le sol, laissant les tripes à l'air aux bâtiments dont ils s'étaient décrochés.

– On passera bientôt à l'aile ouest, se dit-il à lui-même.

Ses yeux glissèrent alors droit devant lui, se posant sur l'entrée principale du château, là où tout allait se dérouler pour lui les prochaines années. Mais avant cela, il devait se dépêcher de finir les travaux pour pouvoir ouvrir les lieux au grand public.

Son attention fut attirée par l'approche d'un ouvrier qui se dirigeait vers lui au pas de course.

– Ils sont là, monsieur, lui annonça l'homme.

– Très bien merci. Va dire aux autres qu'on en a fini pour aujourd'hui. Reposez-vous bien, demain on va mettre les bouchées doubles.

L'ouvrier hocha la tête et repartit dans l'autre sens avec vigueur. Seth souffla de désespoir. L'homme était jeune, bien bâti et en pleine forme. Elle était loin, cette époque, pour Seth. Son corps douloureux regrettait amèrement sa jeunesse, et son entêtement à vouloir soulever des sacs de sable bien trop lourds pour lui.

Seth se leva du banc et arpenta les allées jusqu'à la cour centrale. Là aussi, des travaux étaient de rigueur. La nature avait repris ses droits depuis bien longtemps sur les lieux. Des arbres et des plantes poussaient ici et là de manière désordonnée au milieu des herbes hautes et broussailleuses. Le regard vagabond de Seth s'arrêta quelques secondes sur les débris d'une ancienne écurie. Les dalles étaient fissurées lorsqu'elles n'étaient pas fragmentées sur le sol. Du lierre sauvage poussait depuis l'intérieur, laissant ses feuilles s'étaler sur la toiture à travers les trous causés par l'usure et les intempéries. Il ne restait pas que cette vieille écurie dans cette cour, il y avait aussi des éclats de verres des fenêtres d'anciennes serres, ainsi que des morceaux de marbre des murs des bâtiments qui entouraient cette flore nouvelle.

Seth suivit le chemin obtenu à la suite de plusieurs centaines de piétements à transporter le matériel jusqu'à l'aile est.

Un peu plus loin, il trouva une table improvisée avec une planche de bois et des tréteaux. Autour, se trouvait trois femmes et un homme. Ils l'attendaient en sirotant un verre frais et quelques morceaux de viande séchée.

– Tu as la peau bien tannée maintenant mais la qualité laisse à désirer, se moqua gentiment l'homme en signe de bonjour.

Seth eut un fin sourire tandis qu'il prenait place.

– Tu es peut-être plus jeune, Max, mais au vu de ta peau cramée, la qualité de ton cuir en a pris un sacré coup lui aussi.

Max explosa d'un rire cristallin tout en secouant sa grosse tête.

– Peut-on commencer ? s'impatienta la femme à la droite de Seth. Nous avons encore beaucoup de travail.

– Tu es bien trop stressée, Nadya, tu devrais prendre un autre verre, commenta la femme sur sa gauche.

– Comment avancent les travaux ? demanda la dernière femme à Seth, tout en ignorant les trois autres.

Seth observa quelques secondes Haru qui venait de lui poser directement la question. Haru était tout en élégance. Ses cheveux blonds détachées, descendaient dans son dos en étant ordonnés et parfaitement peignés. Ses habits n'avaient pas le moindre plis, ils s'accordaient parfaitement à sa peau foncée. Les bijoux qui ornaient ses poignées délicats et son cou fin, mettaient ses cheveux blonds et ses yeux bleus en valeur. Elle se tenait le dos bien droit, les jambes croisées et les mains posées sur celles-ci. Cette femme avait la prestance d'une reine en toute circonstance. Oblivion était envahi par le chaos et les guerres, les Gardiens qui étaient ceux maintenant la paix depuis des siècles, désormais n'étaient plus, et cela à cause de l'un des leur car celui-ci n'avait pas apprécié de devoir partager le prestige d'un tel rang. Il n'y avait plus personne pour permettre à Oblivion de prospérer. La mort des Gardiens avaient eut l'effet d'une bombe. En explosant, cela libéra toute la folie dont pouvait faire preuve un esprit sournois, annihilant tout bon sens. Et au milieu de tout ce bazar qui faisait couler beaucoup de sang, Haru restait d'un calme réfléchi et exemplaire. Seth en était tombé amoureux, il y a bien longtemps. Malgré lui, il l'était toujours un peu au fond de son cœur.

– Je serai prêt dans trois mois, tu as ma parole. Est-ce que vous le serez aussi ? interrogea Seth en observant chacun de ceux présents autour de la table.

– Nous n'avons pas trop le choix, soupira Max. Les préparatifs sur Kizuna sont presque terminés. Quelle idée d'avoir envoyé un nordiste comme moi, blond, yeux bleus, blanc comme les fesses d'un nouveau né, établir mon repaire sur le continent aride ! protesta-il en touchant délicatement sa peau noircie par les coups de soleil.

– Tu es le meilleur quand il s'agit de recueillir des renseignements, alors cesse de faire l'enfant, répondit Nadya avec sarcasme.

Max eut une moue boudeuse en guise de réponse. Il était vrai qu'il ne payait pas de mine quand on regardait cet homme d'une cinquantaine d'années. Une grosse moustache bien épaisse lui barrait le visage tandis que ses cheveux courts prenaient moins de place sur sa figure joufflue. Il était petit et tout aussi rond que sa tête. Il ressemblait plus à un marchand -il en avait même la tenue- qu'à un fin récolteur d'informations. Seth connaissait Max depuis longtemps. La réaction enfantine de cet homme qui avait un don inné pour obtenir des renseignements, le fit sourire.

– Tu boudes ? gronda Nadya.

– C'est facile pour toi, rétorqua avec contrariété Max, tu vas passer le restant de tes jours sur ton nord natal ! Tu viens du nord toi aussi et tu vas être sous le climat glacial de Chikôri, ta terre de naissance et de vie, pour réunir sous la même bannière tous les forgerons, armuriers et médicaux d'Oblivion. Ce n'est pas un boulot dépaysant pour toi ! Surtout que tu connais déjà tous les grands pontes de ces trois milieux !

– C'est vrai... Tu as raison. Hmpf. Excuse-moi, marmonna-t-elle.

Un sourire fripon se peignit derrière la grosse moustache de Max, il avait obtenu ce qu'il voulait. Il avait un don certain pour cerner les gens et Nadya ne coupait pas à la règle.

Seth écouta leur échange avec attention. Il ne connaissait pas bien Nadya, Haru le lui en avait simplement parlé lorsqu'elle était venue le trouver pour son grand projet. Il était cependant sûr que cette femme, aussi musclée qu'un charpentier, venait bien de Chikôri en dépit de ce que venait de lui apprendre Max. Elle avait ce fort accent haché au couteau qui donnait à Seth, tant de mal à comprendre une langue qu'il pratiquait pourtant depuis toujours. La Langue Commune était parlée de tous mais les différents accents prenaient un malin plaisir à la transformer en quelque chose d'unique pour chaque patois en usage à travers Oblivion.

Telle une écharpe, la longue tresse rousse de Nadya s'enroulait autour de son cou. Ses yeux verts pétillaient naturellement, ce qui lui donnait un air constamment émerveillé voire naïf. Seth pressentait au fond de lui que ce n'était qu'une impression, que derrière ces yeux de biche se trouvait quelqu'un de très futé qui savait très bien choisir ses relations. Elle avait aussi des mains très abîmées et Seth savait que cela n'était pas dû au froid mais plutôt au maniement du marteau et de l'acier chaud. Il en avait vu, des mains dans sa vie. Celles des forgerons étaient facilement reconnaissables à cause de leur peau brûlée et épaisse.

– Au fait, commença de sa voix douce Haru, j'ai oublié de vous présenter tous les deux. Anne, voici Seth, c'est lui qui va former nos futurs aspirants et trouver les remplaçants de nos défunts Gardiens.

– C'est lui qui va garder la Pierre ? questionna avec méfiance la femme.

– Oui, lui-même. Je lui fais totalement confiance et tu en feras de même, une fois que tu le connaîtras mieux, affirma avec certitude et bienveillance Haru.

Seth soutint le regard orangé rivait sur lui. Anne l'évaluait, il le sentait. Il ne s'en offusqua nullement puisqu'il faisait pareil, la détaillant avec intensité de ses yeux ambres.

Anne était brune avec un regard félin. Naturellement élancée, elle était taillée pour le combat. Seth le voyait à sa stature, à sa façon de se tenir. Elle était vive, attentive à tout ce qui l'entourait. A ses vêtements, il pouvait aussi deviner qu'elle venait des pays de l'est. Les cicatrices qui lacéraient ses bras nus et la balafre qui avait écorché son arcade -ce qui lui donnait un certain charme, soit-dit en passant-, confirmaient ses origines. Elle venait de Chunai, le continent à la faune hostile. Seth n'était jamais allé là-bas, il ne se sentait pas l'âme assez guerrière pour aller affronter les énormes créatures magiques vivant sur ces terres. Il était un travailleur, un intellectuel mais certainement pas un combattant. Il resta songeur quelques minutes, admirant secrètement cette femme qui vivait dans un environnement aussi dangereux qu'incertain.

– Et Seth, je te présente Anne, elle complétera Nadya dans ses fonctions-

– Elle sera notre attaque puisque Nadya sera notre défense, la coupa Seth avec spontanéité, -ce qu'il ne tarda pas à regretter lorsque Haru lui lança un regard noir.

– C'est en effet le cas, dit Haru dans un raclement de gorge en guise de rappel à l'ordre envers l'impolitesse de Seth. Elle formera nos forces de l'ordre sur Chunai, c'est là-bas qu'on en aura le plus besoin pour commencer.

– Les Okita sont là-bas, fit remarquer Max dans un soulèvement de sourcil, c'est eux qui maintiennent l'ordre sur Chunai.

– Ce ne sont que des mercenaires, constata Nadya, et pas des plus exemplaires de ce que j'ai cru entendre dire, dit-elle dans une grimace.

– Être mercenaire n'ait pas illégal très chère, répartit Max, ils ont certes, une ligne de conduite variable selon l'humeur de leur chef mais ils n'en restent pas moins d'excellents chasseurs de monstres.

– Nous devons tout de même nous établir chacun sur un pôle stratégique, un sur chaque continent, reprit Haru.

– Je ne dis pas qu'on ne doit pas s'établir sur Chunai, je dis juste qu'on ne doit pas le faire seul, affirma Max d'un regard malicieux.

– Négocier avec de tels rustres ? s'indigna Anne. Je refuse de payer pour des hommes qui devraient être, en théorie, derrière les barreaux !

– Ce n'est pas une mauvaise idée.

Les têtes se tournèrent dans la direction de Seth. Celui-ci faisait rouler un caillou qu'il avait trouvé là, entre ses doigts. Il ne leur adressa pas le moindre regard, les yeux rivés dans le vague. Il réfléchissait. Et il réfléchissait bien.

– Si nous voulons être efficaces, nous ne pouvons pas le faire seuls. Nous ne sommes que cinq. Cinq, c'est le nombre de Gardiens qu'il fallait pour maintenir un certain équilibre sur Oblivion. Or, nous ne sommes pas des Gardiens, nous ne possédons pas leurs pouvoirs. La Pierre ne nous en a pas trouvé assez digne. C'est assez ironique quand y on pense... nous sommes ici pour sauver ce monde et voilà qu'un simple bout de caillou magique refuse de nous donner un coup de pouce. Ma foi, c'est ainsi. Nous devons faire avec, dit-il dans un haussement d'épaules. Nous ne sommes pas assez nombreux et pas assez puissants, pas encore tout du moins. Ça prendra du temps mais en attendant nous ne pouvons pas nous permettre de refuser une main tendue.

– Les Okita ne nous ont rien tendu du tout, maugréa entre ses dents Nadya.

– Parce que nous ne leur en avons pas donné l'occasion. Une grande partie de la population compte sur nous, nous soutient. Nous pesons dans la balance même si rien de concret a encore vu le jour. Une fois nos bannières claquantes au vent, des personnes venant du monde entier nous rejoindront pour nous aider à sauver Oblivion du chaos. Les Okita sont des mercenaires. Se sont des truands hors-la-loi pour beaucoup de leurs confrères mercenaires, constata-t-il. Malgré tout, ce sont d'excellents survivalistes évoluant sans souci sur Chunai alors qu'il est très difficile d'y faire son nid. Seiryû devra tôt au tard les juger pour leurs crimes. Au lieu de leur passer la corde au cou, il serait sûrement bien plus judicieux de leur proposer un marché : leurs services pour protéger les populations d'Oblivion contre les monstres, pour venir en aide aux créatures magiques les plus vulnérables, en échange de leur vie.

Haru soutenait calmement les yeux ambres et doux que Seth avait posé sur elle. Elle avait aussi un regard plein de douceur pour cet homme qu'elle connaissait depuis une éternité, mais elle se refusait de faire écho à cet amour silencieux qu'il éprouvait à son égard. Si elle avait été une autre femme, une femme libre, une femme sans obligation, elle se serait empressée de l'aimer comme on pouvait aimer un mari, mais elle n'était pas cette autre femme. Alors, elle ne pouvait qu'être bienveillante envers cet être dont l'esprit aiguisé l’impressionnait encore et toujours.

– J'y réfléchirai sérieusement une fois que tout cela sera enfin en place, finit par dire Haru dans un sourire poli bien que malicieux.

– Hm... je crois que je commence à comprendre pourquoi tu portes cet homme en si haute estime, ma petite Haru, affirma Anne qui détaillait de ses yeux persans Seth.

Le sourire timide qui échappa à Haru fit détourner les yeux de Seth pour venir se recentrer sur le caillou qui glissaient avec habilité entre ses doigts vieillis.

Dans trois mois, tout allait commencer. C'était un sentiment étrange qui l'assaillait par moment depuis que Haru était venu le trouver. Était-ce de la peur ? De l'excitation ? De la curiosité ? De la fierté ? Un peu de tout ça et d'autres choses ? Il n'aurait su le dire. Tout ce qu'il savait c'est qu'il allait passer du statut de parfait anonyme à gérant d'une académie de sauveurs d'Oblivion. Le voilà maintenant une pierre à l'édifice, visant à créer un monde meilleur.

Pourtant, il n'avait pas la moindre idée de la raison qui avait poussé Haru à le choisir lui pour une telle responsabilité. Il ne faisait pas partie de la haute société comme elle, il n'était pas instruit comme pouvait l'être un bourgeois, il ne parlait que la Langue Commune, se débrouillait bien quand il s'agissait de manuel, il avait l'esprit vif c'était vrai, mais sûrement comme beaucoup d'autres personnes qui peuplaient Oblivion.

Il n'osera jamais poser la question à Haru et cela sera l'un de ses nombreux regrets dans son existence.

Il arrêta de divaguer dans ses pensées lorsque Max vint lui remplir un verre et lui coller un morceau de viande séché dans la bouche. Seth en rit. Il devait se ressaisir et faire un peu plus attention à ses invités. Ils ne les connaissaient pas forcément tous, ils allaient devoir faire des efforts pour rapidement tisser un lien avec chacune de ses personnes. Un lien unique. Un lien indestructible. Désormais, l'avenir d'Oblivion reposait sur leurs épaules en attendant de trouver de nouveaux Gardiens. Ils devaient commencer à bien s'entendre ici et maintenant. Seth pourra se perdre de son esprit une autre fois.

La nuit commença lentement à tomber sur le château à moitié en ruines. On n'entendait plus que ces cinq là discuter et rire joyeusement, bruyamment et avec insouciance à travers les murs délabrés.

Seth somnolait sur l'un des débris de la cour, contemplant la voûte céleste. Il avait la sensation que le temps s'était arrêté -c'était surtout le vin qui lui donnait cette impression-là.

Sentant le sommeil le gagner, il força son pauvre corps fatigué à se redresser. Il ne pouvait pas encore se permettre de s'endormir, pas pendant une soirée aussi importante visant à tisser des liens durables et infaillibles. Se mettant sur ses deux jambes, il allait s'approcher de ses nouveaux amis jusqu'au moment où il remarqua la silhouette d'un homme se détacher dans l'obscurité. Il en fut assez surpris pour stopper sa marche et dévisager bêtement cet étranger. Depuis quand était-il là ? Que faisait-il ici ? Les autres avaient-ils seulement fait attention à sa présence ?

Un vieil instinct animal se réveilla en lui, coupant toute envie de piquer un somme. Ses yeux ambres se fendirent lentement d'une pupille étroite et fine. D'un pas léger et furtif pour son âge, il s'approcha prudemment de cet intrus. Tel un animal en chasse, il arriva par-derrière avec une discrétion prédatrice et bondit sur l'homme qui, d'un pas sur le côté, l'évita tout simplement.

– Houlà tout doux Seth, je ne suis pas un ennemi.

Seth se retourna avec vivacité dans sa direction, le dévisageant avec méfiance. Cet homme dégageait quelque chose de dérangeant. Son aura était semblable à une eau tranquille, sans aucun mouvement que se soit à la surface ou en profondeur. Seth le détailla méticuleusement de la tête aux pieds. Puis il comprit ce sentiment de gêne à l'égard de cet inconnu : la croix en acier incrusté dans sa poitrine en était l'origine.

– Un Immortel ? murmura Seth pour lui-même.

– Tu as l’œil en dépit de tout ce vin que tu as bu, répondit d'une voix douce l'homme.

– Depuis combien de temps es-tu ici ? maugréa Seth.

– Depuis le début, se contenta de répondre gentiment l'Immortel.

Seth ne baissa pas sa garde pour autant. Les Immortels n'étaient pas des menaces en soi, ils n'étaient que des spectateurs, rien de plus. Pourtant, la façon d'être de celui-ci perturbait Seth. Il ne se comportait pas comme les autres Immortels qu'il connaissait. Les yeux verts profond de l'intrus n'avaient pas quitté la scène qui se déroulait devant lui : les autres, les quatre nouveaux protecteurs d'Oblivion jouaient aux cartes, buvaient, riaient insouciamment, alors qu'une bonne partie d'Oblivion était à feu et à sang. Pourtant, l'Immortel ne leur en voulait pas de se comporter ainsi, ils devaient profiter du dernier moment de répit qu'ils avaient avant de devoir sauter dans le grand bain pour redresser les torts qui persistaient sur Oblivion.

L'Immortel repoussa quelques mèches de ses longs cheveux argentés avant de mettre ses mains dans son dos.

– Anne sera la dirigeante de Byakko sur Chunai, elle sera les forces de l'ordre, commença-t-il en la désignant du menton. Nadya sera, quant à elle, Genbu, elle ralliera les artisans sous son étendard en prenant place sur Chikôri. Max prendra le rôle de Suzaku sur Kizuna en jouant le rôle du service des renseignements. Pour finir, Haru aura les rênes de Seiryû, la justice qui écrit et fait respecter les lois et s'établira ici, sur Wataku, le continent à la flore abondante.

– Comment es-tu au courant de tout ça ? demanda avec surprise Seth.

– Tu as dit " Seiryû " dans votre discussion en regardant Haru. Il était facile pour moi d'en déduire que vous vous servirez du nom des animaux célestes pour nommer ces nouvelles institutions.

Seth émit naturellement un petit grognement de contrariété. Il était vraiment mal à l'aise face à un tel individu et pourtant, il continua de lui parler au lieu de se contenter de l'ignorer comme les autres.

– Les 4 Clans. C'est ainsi qu'ils vont se faire appeler.

– Ça englobe bien les choses, dit avec un sourire sincère l'Immortel. Ton idée de faire appel aux Okita est une bonne chose, si tu veux mon avis.

– Pas vraiment, marmonna Seth.

– Es-tu au courant de ce qu'il se passe sur ton continent ? enchaîna l'homme sans se vexer. Des créatures de tous horizons se réunissent pour former des guildes et ainsi gérer des petits conflits.

– Absolument pas, avoua Seth. Cela reste une bonne initiative, un coup de main ne nous fera pas de mal. C'est pour cela que tu m'en parles ? Pour que je me penche sur le sujet ?

– Cela se pourrait en effet, répondit avec un sourire l'Immortel.

– Tu n'es pas comme les autres, remarqua Seth. Les tiens ne donnent pas leurs avis et ne se mêlent pas de ce qui ne les concerne pas, constata-t-il. Ils se contentent d'observer, en silence.

– Serait-ce un reproche ? demanda avec un sourire amusé le concerné.

– Peut-être, se contenta de dire Seth dans un haussement d'épaules incertain.

– Seth, tu es celui qui a le rôle le plus important ici, reprit avec entrain l'Immortel. Tu vas devoir former les protecteurs du monde pour ensuite les dispatcher au sein des 4 Clans. Et surtout, tu vas devoir protéger la Pierre et nous trouver de nouveaux Gardiens. Comment s'appelle ton organisme à toi ?

Seth sentit son regard se détourner instinctivement de celui que l'Immortel finit par poser sur lui. Seth observa ses nouveaux amis au loin, marquant un silence avant de répondre.

– L'Académie.

– Tout simplement ? s'étonna l'homme.

– Tout simplement, répondit las Seth. Tu es ici pour observer une nouvelle ère ? lui demanda-t-il.

– Une nouvelle ère ? pouffa doucement de rire l'Immortel. Mais en dehors de cela, oui, dit-il en se calmant, je suis ici pour voir naître des protecteurs de notre très chère terre mère qui a un sérieux penchant pour le chaos.

Seth se surprit à sourire et à enfin daigner regarder cet homme étrange dans les yeux. Son regard brillait d'une force incompréhensible. Décidément, cet individu mettait vraiment Seth mal à l'aise.

– Tu devrais y aller, reprit l'Immortel avec un sourire doucereux, la Pierre des Gardiens est enfin arrivée.

Seth tourna la tête vers la tablée. Un silence soudain s'était fait, laissant place au calme de la nuit. Un mage fit son apparition au milieu d'eux, tenant dans sa main un sac. Il le déposa avec précaution sur la table avant de se volatiliser comme il était apparu : brusquement, sans émettre le moindre bruit.

Seth délaissa l'Immortel pour venir se rassembler avec les autres auprès de ce sac. Aucun de ses compagnons ne tenta de s'en emparer ou de s'en approcher d'un peu trop près. Ce qui se trouvait là-dedans dégageait une énergie alarmante.

Seth tendit le bras et s'empara de la besace. Délicatement, il l'ouvrit et de son autre main, attrapa ce qui se trouvait dedans en faisant bien attention de le prendre à l'aide du tissu composant le sac.

Une petite pierre apparut, elle n'était pas plus grosse qu'une bille. Elle était minuscule mais c'était la Pierre, celle qui donnait le pouvoir à une personne qu'elle jugeait digne de devenir un Gardien. A l'intérieur de la roche les éléments primaires vivaient littéralement, en parfaite harmonie : le Feu représentait le Gardien du Soleil, l'Eau était celui de la Lune, l'Air était possédé par le Gardien du Ciel, la Foudre était détenue par le Gardien du Nuage et pour finir, la Terre était obtenue par celui de l'Etoile. Cette danse élémentaire émerveillait Seth mais il n'en n'oubliait pas pour autant à quel point cette pierre pouvait être dangereuse.

Les Gardiens protégeaient la matrice de leurs pouvoirs. Maintenant qu'ils n'étaient plus, quelqu'un devait reprendre ce rôle.

D'ailleurs, cela avait été une véritable bataille pour récupérer la Pierre, de nombreux profiteurs avaient voulu saisir l'occasion pour s'emparer d'une telle richesse. Heureusement que les mages étaient des êtres rarement avares. Une fois la Pierre entre leurs mains, ils créèrent un réceptacle en guise de sac pour pouvoir manipuler la roche sans avoir peur d'être soumis à son jugement d'être apte à être un Gardien ou non.

– Je crois qu'il est temps pour nous d'endosser notre première responsabilité en tant que protecteurs d'Oblivion, dit doucement Haru.

– Ouais, allons-y. Nous devons initier un nouveau rituel pour protéger ce bout de caillou affirma d'un hochement de tête Max.

– Tu as l'intention de la cacher où ? questionna Anne.

– Au cœur des souterrains, répondit Seth.

– Alors allons-y, termina Nadya.

L'Immortel écoutait attentivement tout ce qui se disait, suivant du regard ces femmes et ces hommes qui s'enfonçaient dans les tréfonds de l'Académie.

Lentement, il se mit en mouvement, les suivant à une distance raisonnable. Il ne devait pas déranger, il ne devait pas se faire voir. Il devait se contenter d'observer, d'être un spectateur. Il joignit doucement ses mains dans son dos, un sourire fin aux coins des lèvres.

– Tu es ici pour observer une nouvelle ère ? lui avait demandé Seth.

Il avait tort, ce n'est pas une nouvelle ère qui se préparait.

Ce n'était que la continuité de celle portant le nom de ses sauveurs originels : l'ère des Gardiens d'Oblivion.

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Sodiam
Posté le 12/07/2020
Bonjour, intéressant, je vais suivre cela. Je pense que ta créativité se rapproche assez de la mienne. Nous avons certainement des connections qui se rejoignent.
Aruka
Posté le 14/07/2020
Bonjour, merci pour ton commentaire, ça fait plaisir =D
Hugo Melmoth
Posté le 29/06/2020
Je te félicite pour ce prologue (quoique un peu long) ! Je me pose déjà
quelques questions... Il y a un grand travail de description, et c'est très bien, car c'est parfois un peu difficile...En effet, trouver un juste milieu entre trop décrire, et trop peu décrire, dans ce prologue, c'est fait.
Je vais lire le premier chapitre dès que j'en aurai le temps !
Au plaisir de te relire ;) !!
Aruka
Posté le 29/06/2020
Merci pour ton retour, ça me fait plaisir =D
Oui c'est vrai que le prologue fait quelques pages xD Mais c'est nécessaire pour la compréhension du reste.
Contente que la description passe bien !
D'accord, hâte d'avoir un retour sur le chapitre 1 !
Pareillement ;)
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