Prologue

Par Kaïro

Je n'ai jamais réellement compris pourquoi tout le monde a peur de chuter.
Absolument tous les humains redoutent la chute, ce moment fatidique. Une peur qui grandit en même temps que notre corps ; que ce soit la peur de tomber au sens propre –au risque de se faire mal, de ce que j'en ai compris- ou bien de chuter mentalement, de chuter dans l'estime de quelqu'un, de chuter dans un devoir, une tâche et que sais-je encore. Les peuples parlent de la chute comme de la peste, chuter c'est la mort, chuter c'est le néant, le vide, il n'y a pas d'après chute. En observant longtemps, j'en ai déduit que selon eux, c'était comme tomber dans un gouffre sans fond qui nous plonge dans une torpeur infinie, il n'y a ni retour ni arrivée...
Vraiment ?
Selon moi ce qui importe et ce qui a toujours importé, ce n'est pas la chute, non. 

C'est l'atterrissage.


***


Sa tête lui lançait terriblement depuis de longues minutes et le vent lui fouettait le visage avec violence, elle était dans l'incapacité de comprendre ce qui lui donnait tant de vertige et ne pouvait ouvrir les yeux pour observer ce qu'il se passait autour d'elle. Tout semblait tourner beaucoup trop vite, l'air sifflait bruyamment dans ses oreilles et son corps tout entier semblait subir une pression à la fois familière et étrangère. C'était tout nouveau, et ce n'était pas rassurant... Elle essayait de comprendre ce qui pouvait bien lui arriver entre deux pertes de connaissance. Elle se souvenait de son sommeil, profond, de son éveil, de la main chaude apposée sur son épaule puis d'une soudaine pression, le vide et enfin : le chaos. Des images défilèrent rapidement sous ses yeux mi-clos qui s'agitaient dans tous les sens malgré elle, convulsant presque. Elle parvint à les ouvrir avec un effort qui lui parut titanesque. Sa vision trouble lui montra avant tout une masse sombre, noirâtre. Ce fut finalement de la terre qu'elle aperçut en premier, elle se raidit comme par réflexe, tenta de se grandir en paniquant, puis fini par placer ses bras en guise de bouclier, appréhendant l'impact.
Elle se réveilla en sursaut, le visage perlant de sueur, le souffle haletant et les cheveux ébouriffés, prenant quelques minutes qui parurent durer des heures pour retrouver son calme. Les battements de son cœur tambourinaient avec puissance dans sa poitrine, comme s'ils tentaient de l'expulser hors de sa cage thoracique. Sa tête lui lançait toujours avec douleurs, encore coincée entre le rêve et la réalité, cette chute avait semblée si réelle, comme à chaque fois qu'elle rêvait. Pourtant cette fois, elle s'en souvenait parfaitement, elle avait l'impression de pouvoir sentir à nouveau l'air, l'odeur de la pluie et de la terre, distinguer les couleurs et les bruits environnants. 
Elle se redressa et prit sa tête entre ses mains, constatant sa fièvre grandissante. Elle était persuadée de l'avoir entendu et ressenti : sa chute. Elle revoyait cette scène en boucle. 
Il y avait eu un énorme fracas, un bruit à la fois violent et silencieux comme lorsque l'on jette une pierre dans un lac. Elle se concentra. Les oiseaux de la clairière s'étaient envolés promptement à cette soudaine arrivée, le son de sa chute avait fini englouti par la nature et le calme était revenu rapidement... C'était comme rêver éveillé. Comment parvenait-elle à s'en rappeler si distinctement ? Elle avait l'impression de pouvoir visualiser la suite de cet éphémère souvenir de la nuit.

- Ok. Plus autant d'alcool avant de dormir. Pensa-t-elle. Elle se laissa retomber lourdement sur son matelas en soupirant, scrutant le moindre défaut de peinture de son plafond avant d'orienter son regard vers les feuilles de papiers et les photos étalés çà et là dans la pièce. La soirée avait du être mouvementée.
Avec un effort qui lui parut bien plus conséquent que d'habitude, elle se leva et alla ramasser les quelques feuilles volantes avec un sourire navré, avant de se diriger vers la cuisine en rêvant déjà de son futur café.
- Oh, salut Kaï, t'es matinale dis donc. Lança la personne déjà installée à la table.
- Mh, mauvais rêve...
- Ah ouai je comprends mieux pourquoi tu..
Elle toisa l'individu en haussant un sourcil.
- Ahem, laisse tomber. Ça tombe bien si tu es réveillée, tu devrais aller voir le patron, il voulait te parler.
- Quoi ? Aujourd'hui ? C'est son jour de repos pourtant, non ? Elle soupira tandis que l'autre personne lui tapota l'épaule avec un sourire sincère, comme pour lui afficher son soutien.
 

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C. Kean
Posté le 12/09/2020
Une référence à La Haine s'est glissée dans ce texte on dirait ! Je me suis aussi dit que, si ce n'était pas déjà fait, autour de ce thème de la chute et du vertige, la lecture de L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera te parlerait sans doute beaucoup.
Tu m'as un peu perdue en nommant cette partie "préface", car ce n'en est pas une stricto sensu. Tu n'y exposes pas le propos de l’œuvre, mais tu la débutes. On n'imagine pas pouvoir sauter ce passage comme on peut sauter une préface. Peut-être est-ce un prologue, peut-être est-ce tout de suite un premier chapitre ?
Ensuite, une partie de ton texte s'est mise en centrée, c'est sans doute une fausse manip mais je me suis dit que ce pouvait être intéressant d'allier les rêves à la mise en page, vu qu'il semble qu'ils tiendront une place central dans ton histoire. Une piste peut-être. Ou pas, c'est toi qui vois !
Pour finir j'ai trouvé la fin de cette partie un peu floue, je ne comprends pas trop pourquoi tu coupes là. Pour moi l'enjeu dramatique derrière ne se ressent pas, et c'est dommage parce que ça ne permet pas d'entrer dans ton histoire avec la sensation de comprendre qu'on va quelque part.
Au niveau de l'écriture, c'est fluide et on sent que tu fais attention à ton style et à ton rythme. C'est plus au niveau de la structure qu'il manque un peu de lisibilité.
Je me garde d'avoir si tôt un avis sur le fond, mais j'aime déjà les deux thématiques que tu présentes, à savoir le rêve et la chute. Je suis curieuse de voir ce que tu vas en faire !
Kaïro
Posté le 20/09/2020
Hello !
Merci beaucoup pour ton commentaire, c'est bien le premier aussi long et aussi constructif que je reçois et c'est avec grand plaisir !
Je te remercie chaudement pour la recommandation que je note précieusement dans un coin de ma tête :)
Concernant la préface, je m'étais en effet fait la même réflexion, puisque je n'y indique pas le contenu de "l'oeuvre" mais comme le terme "introduction" ne m'avait pas convaincu, le mot "prologue" semble être une bonne alternative !
Concernant la partie centrée, c'est en effet une erreur (en raison de la partie centrée du début, ce que je me suis empressée de corriger!)
Pour la dernière partie, je pense que celle-ci sera plus compréhensible lorsque j'aurai publié la suite mais je comprends l'idée de "floue" ou de "coupée", peut être que j'y reviendrai pour rendre cela plus clair !
Encore merci pour l'intérêt que tu portes à mon écrit ♥
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