Prologue

Les bourrasques hurlèrent de douleur lorsqu'elles se brisèrent sur les roches détrempées. En contrebas, l'océan grisâtre à la pâle lumière crépusculaire éteignait de ses courant violents les quelques étincelles de vie en son sein. Jusqu'au ressac stérile qui éclaboussait l'aube d'une lueur morte ce morne désert.

Et sur la falaise déchiquetée, battue par les vents, deux silhouettes se faisaient face. L'une éphémère, l'autre grossière. Les embruns portèrent ainsi leurs murmures :

- Tout ? Tu me donneras tout ? dit le Géant.

- Tout, répondit l'Enfant. 

- Alors je veux les étoiles qui ont perlées de tes cieux.

- Je te les donne.

- Je veux ce feu qui t'habite, qui donne ce rouge à tes joues et cet éclat à tes yeux.

- Je te le donne.

- Je veux ce soupir qui donne de la profondeur à tes sentiments, cette langueur des jours de pluie et cette délicatesse de l'amour.

- Je te les donne.

- Je veux cette fin qui donne du sens au début, le point final à la courte phrase de ta vie, l'égalité devant l'oubli immortel et le profond baiser de la Grande Dame.

- Je te les donne. 

- En voilà, une vraie Sorcière dévouée, susurra-t-il tandis ses doigts glacés s'enroulèrent autour du visage tendre, Cela fait bien longtemps que l'on n'en croise plus. Très bien, enfant, donne-moi la friandise si douce à mon palais sucré et ton vœu sera exaucé.

- Je ne peux plus te donner mon cœur, Esprit, il est parti avec Amadeus. Je suis ici pour le retrouver. 

Le vent souleva le drap immaculé que la jeune fille portait dans ses bras frêles. Et mêlées aux éclats blancs, les boucles brunes d'amour d'Amadeus se dévoilèrent en un requiem de larmes amères. Alors la silhouette grossière se pencha sur l'objet de tant d'attentions :

- C'est donc là la source de ta tristesse, Sorcière ? Celui pour qui tu feras ton Dernier Souhait ? Celui pour qui tu renonceras à nous autres, esprit de la nature ?

- Oui.

- Oouuuh... Regarde comme je pleure à l'idée de ton départ. Nous pleurons tous, Na. Ne fais pas ça. 

- C'est trop tard maintenant. Esprit, j'exige mon Dernier Souhait. Obéis, et rend lui le souffle de la vie. 

 

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Cathie
Posté le 17/01/2020
Très beau prologue, Alice, intriguant et poétique.
Encore un petit truc :
Transforme : s'enroulèrent en s’enroulaient et ta phrase est bonne.
Je crois que :le morne désert est de trop.... ou c’est l’aube ?
Je file lire la suite.
kalisto888
Posté le 09/01/2020
C'est très beau ! Très poétique. Ton prologue donne envie de découvrir la suite de ton histoire... Je ne suis pas insensible au style conte de fées de ce début, et de sa portée dramatique aussi. Et puis... Je dois avouer que j'aime beaucoup les noms de tes protagonistes. Na, Amadeus : comme ils ne sont pas courants, ils en ont encore plus de saveur !
Alice_Lath
Posté le 10/01/2020
Ooooh, c'est vraiment hyper gentil, merci beaucoup! J'espère que la suite te plaira tout autant. Et j'adore passer du temps à sélectionner les prénoms huhu c'est important pour moi
Heileen
Posté le 12/12/2019
Ah, sympa. C'est pas facile de faire des prologues qui soient attractifs. Et j'ai un peu la capacité d'attention d'un papillon en ce qui concerne les premières pages de livre. Donc si j'ai réussi à aller jusqu'au commentaire, c'est que vraiment, ça fonctionne pas mal :D. À quand la suite ?

Pour ce qui est des *critiques*, je n'arrive pas à visualiser ce qu'est "une silhouette grossière" : informe, floue,... ?

Au niveau mise en page, l'absence de guillemets, c'est bien... jusqu'à un certain point : je n'ai pas compris si "ses doigts glacés s'enroulèrent autour du visage tendre" était une phrase cryptique prononcée par l'Esprit ou une description de ce qu'il/elle faisait.
Alice_Lath
Posté le 07/01/2020
Huhu, merci pour ce super gentil com, je vais remodifier tout ça! Et j'avais un peu délaissé la plateforme, mais je suis de retour pour de bon!
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