Pour douze amphores de naphte (scène 4)

Par Amusile
Notes de l’auteur : Voici la dernière scène de ce long chapitre.

Shagon s’attrista dès que les rayons de soleil s’ensevelirent dans l’horizon. Nous étions de retour au Bourbier, et la cité gagnait en insalubrité avec la tombée du jour. Les ombres des bâtiments recouvraient la pleine largeur des venelles. L’éclairage vacillant des bougies donnait un air étrange aux fenêtres ; elles papillonnaient comme les paupières d’un voyageur fourbu. Ces lueurs, bien que rassurantes à l’intérieur des maisonnées, renforçaient le sentiment d’insécurité qui me taraudait dans cette noirceur ambiante. Je suivais Aurèle de près, collée à son bras, agrippée à sa chemise. Le fourreau de son arme frottait contre ma jupe, mais ce contact ne m’apportait aucune sérénité. Des hommes se mouvaient dans les ruelles. Certains regagnaient leur domicile d’un pas hâtif, d’autres erraient ou bien feignaient-ils d’errer. Tous, en tout cas, jetèrent un regard dans notre direction, et nous en fîmes de même envers eux.
Méfiance.

Aurèle s’engagea dans un coupe-gorge où s’échappait un air tiède. Cette voie, qui s’ouvrit à nous de manière inattendue, m’apparut comme creusée par des tunneliers au cœur même d’une bâtisse. Je distinguai quatre silhouettes collées contre les murs de la traboule ; elles portaient des capuches noires afin de couvrir leur visage et une arme légère, effilée à la ceinture. Des assassins. J’eus un mouvement de recul, Aurèle m’attrapa le bras et me glissa à l’oreille :

— Ils tuent sur ordre, mais au retour. C’est une voie à sens unique pour certains.

— Comment le sais-tu ?

— J’ai eu une vie avant le guet. 

Aurèle me garda contre lui. Je marchai par simple automatisme, soutenue en grande partie par le guetteur. Je focalisai mon regard sur la pointe de mes poulaines, la tête aussi basse que ma nuque le permettait, craignant des représailles pour une seule œillade. Quand nous eûmes dépassé les gardes, nous débouchâmes séance tenante sur un tableau plus sépulcral encore que le coupe-gorge que nous venions de quitter. Des ruines se donnaient une triste accolade avec leur toit déchaussé, leurs murs défoncés, leurs poutres fuligineuses qui se soutenaient dans leur désespérance, conscientes que si une seule tombait, toutes s’effondreraient.

— Une Purge, il y a longtemps, m’expliqua Aurèle.

Les Purges marquaient les cités comme des cicatrices, et le temps n’en effaçait pas toujours les stigmates. Un frisson escalada mes vertèbres du bassin jusqu’à la nuque alors qu’affluaient les souvenirs. Un voile troubla ma vision. Un voile sombre. Douloureux. Aurèle, les gardes, même le décor macabre de ce quartier en ruine s’estompèrent, lessivés par l’évocation poignante de ma cité natale. Une odeur forte m’assaillit. Un mélange infect des plus viles puanteurs. Urine, excréments, vomissures… Une émanation nidoreuse dont la simple réminiscence irrita mes narines. Après l’air putride, ce qui s’imposa à mon esprit, fut les silhouettes décharnées, creusées et suintantes des embrumés, ces hommes, femmes ou enfants rongés par la maladie des brumes. La brumoise, comme nous l’appelions tous. Au terme de deux jours à éprouver une fièvre digne des enfers, ceux qui n’avaient pas succombé à l’infection ne gardaient d’humain que leur silhouette. Pauvres hères parasités jusqu’à la moelle, tapissés de mycoses, dégorgeant bile et caillots glaireux, qui geignaient telles des bêtes folles. Un frisson de vie secouait parfois les embrumés, mais ces sursauts les plongeaient dans un état de confusion que seule la violence sur eux-mêmes ou sur autrui soulageait. Alors, avec l’évidence que cette vie ne valait rien, les podestats nettoyaient les quartiers infectés par le sang et par les flammes. Et Cordes-sur-Mer, cette cité qui m’avait vu naître, n’échappa pas à la radicalité d’une Purge lorsque les guets de son Rivage avaient ployé et que les vives brumes s’étaient déversées sur la cité. Nous tous, hommes, femmes, enfants et même animaux domestiques, avaient inhalé les germes toxiques charriés par les vents, et la brumoise n’épargna personne hormis les cafards et moi. Un miracle inexpliqué. Une énigme.

 « J’ai eu une vie avant le guet. »

La réplique d’Aurèle frappa ma mémoire ; je ne le blâmais pas de garder secrètes certaines périodes de sa vie, car je tenais également sous silence une partie des miennes. Marcher au cœur de la désolation d’une Purge, sous cette de nuit de suie, me ramena aux heures sombres de ma huitième année de vie. Je me souvins du masque de corbeau que portait mon maître Sénoc de Basavi lorsque, en ouvrant la trappe du plancher, il m’eut découvert dans la cave de l’orphelinat avec mes camarades, Mahaud, Ysoir et Berth. Je visualisai très bien ce doigt qu’il eut posé sur son bec pour m’intimer le silence et la grande amphore avec sa persistante odeur de naphte dans laquelle il m’eut caché à la vue de ceux qui, comme lui, purgeaient les quartiers autour de mon orphelinat. Mes amies restèrent à jamais dans cette cave. « Rien à sauver », m’avait-il dit. Mahaud et Berth avaient succombé à la brumoise dès les premiers symptômes. Ysoir, quant à elle, fiévreuse et infectée par les mycoses des brumes, s’était donnée la mort dans un sursaut de folie. Quand les flammes avalèrent maisons et embrumés, j’eus tiré mes défuntes amies, sinistres poupées à la peau blême, jusqu’à notre cachette sous le plancher. Je n’avais jamais patrouillé sur le Rivage, au plus près de l’Amertume, au plus près des chimères, mais Aurèle n’avait pas enduré la brumoise autant que je l’eus portée dans ma chair. Il ignorait que la maladie avait apposé sur moi sa marque indélébile.

Nous traversâmes la cour intérieure d’un ensemble de bâtiments. Aurèle me tira vers lui. Deux hommes marchandaient contre un des piliers du patio. Ils discutaient à voix basse et, après une furtive inspection des alentours, s’échangèrent de l’argent sous le manteau. Ce geste accompli, ils prirent chacun des directions opposées. Je sus alors que nous étions arrivés. Plus loin, aux portes d’une maison aux volets fermées, deux femmes aux jupons relevés cueillaient leurs clients avec de grands sourires. D’autres filles devaient en ce moment effectuer leur passe à l’intérieur de ces murs. Dans le calme de cette nuit, une oreille attentive percevait les gémissements de jouissance sans difficulté. Un pince-fesse comme il en fleurissait tant à Shagon. Privée de parents et d’un avenir décent, j’eus longtemps peur de finir allongée sur une sordide couche, les cuisses ouvertes aux plus offrants, à sentir le va-et-vient de leur sexe, en accueillir la semence, feindre le plaisir pour flatter leur orgueil. Et puis, une fois le client soûlé de cette ivresse charnelle, me droguer de décoctions infectes à des fins abortives ou, dans les cas extrêmes, écarter à nouveau les cuisses devant une faiseuse d’ange. Cette crainte m’avait habitée. Hantée. Conditionnée. Et une certitude était née lorsque mon maître me découvrit dans ma cachette, sous le plancher : je ne serais ni putain ni épouse, mais toujours et à jamais la dévouée de Sénoc de Basavi.

— J’ai cru un moment me tromper de chemin, mais nous y voilà enfin…, soupira Aurèle.

Je levai les yeux.

Nous nous trouvâmes devant une fonderie délabrée. Les feux étaient éteints, la cendre vidée, l’âtre nettoyé ; elle ne servait plus depuis des lustres. En revanche, l’espace était envahi de caisses, de pots et de sacs entrouverts. Deux colosses en gardaient l’entrée avec une arme à la ceinture. Trois contrebandiers surveillaient les marchandises, et un troisième d’un âge avancé, assis derrière un comptoir, nous firent signe d’avancer de la main.

— Reste là, me dit Aurèle. Je reviens dans deux minutes. 

Je le retins par la chemise, puis lorgnai du coin de l’œil les deux portiers, impassibles. Leur visage sévère n’invitait à aucune sympathie. Aurèle m’écarta alors de l’entrepôt, à l’abri des oreilles indiscrètes.

— Nous ne pouvons pas faire machine arrière, me rappela-t-il.

— Tu vas me laisser seule ? murmurai-je. Ici ? Entre ces deux… gardes ?

— Sais-tu comment entamer ce genre de négociation ?

— Comme toutes les autres, non ? Bonjour, monsieur, nous sommes du guet de More. Auriez-vous du naphte en quantité suffisante, douze amphores seraient appropriées, à nous vendre ?

— Miséricorde ! soupira-t-il en se passant une main sur le visage. Ne précise surtout pas que nous sommes des guetteurs, malheureuse ! Écoute. Rien ne se passe selon les règles, ici. La vente, son prix, la quantité, tout est déterminé en fonction de la tête du client et de sa réputation dans le milieu. Niveau réputation nous volons au ras des pâquerettes en parfaits inconnus, mais en tant que guetteurs, nous allons nous faire tailler menu… Les gens qui magouillent des affaires ici, ils n’aiment pas que des autorités officieuses viennent traîner leurs bottes dans le coin. Quant à nos têtes, je sais une chose : je ne parierais pas sur la tienne…

— Merci, grondai-je. Et pourquoi ?

— D’un, tu es une femme. De deux, tu as encore du lait qui te sort du nez.

— Je suis majeur, Aurèle.

— Toute juste, oui. Mais je suis de six ans ton ainé. Et puis, tu n'as pas d’arme à la ceinture, et ce point change la donne. Sans oublier que tu seras bien trop honnête pour convaincre. Tes chances sont nulles. Douze amphores, hein ? C’est noté.

Il m’abandonna au milieu de la chaussée, et je l’observai alors de loin mener l’échange avec le vieil homme du comptoir. Comme aucun mot ne me parvenait, je me positionnai à pas de souris entre les deux colonnes de muscle et tendis à nouveau l’oreille. Dame, ils chuchotaient ! Ainsi tenue à l’écart, la discussion me paraissait interminable.

Soudain, un bruit métallique retentit au loin. Un fourgon et ses deux chevaux arrivèrent à vive allure dans la ruelle à ma droite. Les jantes ferrées du véhicule frappaient les pavés raboteux à une cadence folle, avec le fracas d’un marteau contre l’enclume. Bien que le voiturin eût tiré sur les rênes, je dégageai un large passage afin de ne pas me faire couper en deux, et l’attelage s’arrêta devant l’entrepôt. Les chevaux soufflaient de fatigue pendant que le cocher, un homme encapuchonné et vêtu d’un long manteau, descendit de son véhicule. Il émanait de lui une odeur étrange, qui me rappelait le vieux linge humide. Il s’immobilisa à ma hauteur, tourna la tête et m’observa avec son œil unique, sinistre, sous lequel bâillaient des cernes. Le gauche était caché sous un bandeau de borgne. Je devinai un visage anguleux, raviné, que mangeait une barbe de dix jours. Son regard insistant me déplaisait. Je me détournai de lui, espérant que ce geste l’inviterait à en faire autant, mais il poursuivit sa longue inspection. Agacée, j’abrégeai cette mise à nue.

— Vous cherchez ? grinçai-je.

Il eut un bref sourire en coin, tira sur sa capuche puis entra dans l’entrepôt. Je m’autorisai un soupir de soulagement lorsque le triste sire fut à une raisonnable distance. Je n’avais encore jamais rencontré de regard aussi glacial. Sa présence avait effacé les colosses gardant le marché de contrebande. Je me tapotai les joues pour chasser mes émotions. Je souhaitai partir d’ici au plus vite. Rejoindre les autres. Quitter Shagon. Rentrer au guet de More. Retrouver le maestre. Mais Aurèle n’avait toujours pas conclu sa transaction. Pourquoi était-ce si long ? J’osai un coup d’œil à l’intérieur quand une série de raclements me vola un sursaut. Ce bruit provenait de la grande cage à l’arrière du fourgon. Un drap, attaché à la structure métallique grâce à des cordages, en cachait le contenu. Je notai du jour au niveau d’un angle. Je me penchai. Il eut un mouvement durant lequel j’aperçus une peau écailleuse. Ensuite, le silence et le calme. J’abandonnai mon inspection quand un cercle rose troué en son centre se révéla à travers les pans de la couverture. Un rond à peine plus large qu’une pièce d’argent, mais dont la lueur perçait la pénombre environnante. J’osai un pas, intriguée. Le cercle disparut puis réapparut. Cela dura une fraction de seconde. Pas plus qu’un battement de paupière. Je laissai échapper un hoquet de stupéfaction. C’était un œil. Un œil rose. Un œil de chimère. Je reculai. Mon geste rencontra une résistance. Je poussai un cri. Me retournai.

— Du calme. 

Aurèle. Ce n’était que lui.

Je rassemblai mes esprits.

— Tu as le naphte ?

— Douze amphores livrées à la Bedaine Perçée. Demain, à l’aube. En revanche, il y aura plus un seul écu dans ta bourse…

— Très bien, très bien.

— Je n’ai pas pu négocier un meilleur prix… s’excusa-t-il.

— Nous pouvons partir ? 

Je le tirai par la chemise. Il résista le temps de jeter son sac à l’épaule et céda ensuite à ma requête. Je ne me détendis qu’une fois loin du fourgon, à la sortie de la traboule, et Aurèle me questionna :

— Je dépense tes précieux écus, et tu ne rouspètes même pas. Tout va bien ?

— Dis Aurèle, as-tu remarqué l’homme en manteau ?

— Non, il ne me dit rien.

— Il y avait une chimère dans son fourgon. Une chimère recouverte d’écailles…

— Des écailles ? Tu en es certaine ? 

Je hochai de la tête.

— Eh bien ! s’exclama-t-il. Lui au moins, il va récupérer un bon pactole !

—  Il va vendre la chimère sur ce marché, en plein milieu de Shagon ? 

— Je te l’ai dit ; dans ce genre de milieu, seule la demande prime. Et crois-moi, en ce qui concerne les chimères, tu ne peux pas imaginer l’intérêt que cela suscite…

— Aurèle, cette chimère est pleine de germes. Des cas de brumoise pourraient se déclarer, et nous n’allons rien faire ?

— Que veux-tu ? Que nous débarquions là-dedans, à deux ?

— Nous pourrions alerter les autorités, et…

— … et tu leur parleras de notre commande de naphte. 

Piégée. Une fois encore. Aurèle me tapota le haut du dos.

— Clervie, tu ne peux pas mettre ton nez partout. Occupons-nous de nos affaires, et laissons cet écumeur gérer les siennes. 

Je protestai d’un long soupir.

— Crois-moi, il n’y aura pas de nouvelle épidémie à cause d’une seule chimère à Shagon ; la menace est et restera les marées de l’Amertume ! Et contrer ces saloperies de brumes, c’est notre boulot à nous, guetteurs.

— Gageons alors que le naphte soit bien livré demain ! 

Aurèle m’adressa un large sourire en guise de réponse.

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FabrysBesson
Posté le 11/04/2021
Hello Amusile,

Quelle excellente fin de chapitre.
Je suis avec toujours autant d'enthousiasme l'aventure de Clervie et je suis curieux de voir où elles nous emmèneront.
Tes descriptions et ton vocabulaire sont toujours d'un certain niveau. Tu nous envoies les images des lieux, des personnages et des ambiances d'une manière que j'aime beaucoup.

Je crois avoir vu une coquille :
"Certains regagnaient leur domicile d’un pas hâtif, d’autres erraient ou bien feignaient-ils d’errer."
> "feignaient d'errer" ?

Je me permets quelques suggestions dont tu fais, bien sûr, ce que tu souhaites (ce n'est que mon goût/point de vue) :
• "Tous, en tout cas, jetèrent un regard dans notre direction, et nous en fîmes de même envers eux.
Méfiance."
> Tous, en tout cas, jetèrent un regard dans notre direction et, méfiants, nous leur rendions" ou quelque chose de ce genre, plus direct

• "Aurèle s’engagea dans un coupe-gorge où s’échappait un air tiède."
> comme Clervie suit Aurèle en le collant, je mettrais "Aurèle nous engagea..."

• "La réplique d’Aurèle frappa ma mémoire ; je ne le blâmais pas de garder secrètes certaines périodes de sa vie, car je tenais également sous silence une partie des miennes. "
> J'ai un petit doute entre l'imparfait et le passé simple de "je ne le blâmais pas". L'imparfait fonctionne si elle ne le blâme jamais et le passé simple s'il s'agit de cette réplique en particulier.
Le fait que tu parles de mémoire me renvoie à une succession de secrets d'Aurèle. Si tu parlais d'esprit, cela me renverrait à l'immédiateté.

• "Deux colosses en gardaient l’entrée avec une arme à la ceinture."
> je pense que tu pourrais trouver une meilleure tournure. Là, ça fait trop "l'entrée avec une arme à la ceinture" au lieu des colosses avec une arme à la ceinture.

• "Trois contrebandiers surveillaient les marchandises, et un troisième d’un âge avancé, assis derrière un comptoir, nous firent signe d’avancer de la main."
> il me paraît plus logique que ce soit uniquement le troisième larron qui fait signe pendant que les autres restent à leur place.

"— Miséricorde ! soupira-t-il en se passant une main sur le visage."
J'adore, je l'ai vu faire ! C'est simple et efficace.

J'adore le borgne et la scène de la chimère.
Amusile
Posté le 13/04/2021
Merci pour les remarques et les commentaires sur ta lecture. Je compte faire une première passe sur ces derniers une fois le chapitre 2 entièrement publié.
Pour la suite des aventures, c’est super si tu as envie de poursuivre, car le rythme peut être assez lent par rapport à d’autres textes du genre, donc je m’attends à ce que certains lecteurs décrochent durant ce second chapitre. A voir 😊
Sénéda
Posté le 07/04/2021
Bonjour Amusile,

C'est avec un grand plaisir que j'ai lu la fin de ce chapitre. Tu arrives à nous faire sentir les émotions de tes personnages et ta plume est toujours aussi agréable à lire. J'aime également beaucoup ton univers.

Je trouve ta description de la brumoise particulièrement efficace.

Mon commentaire n'apporte pas grand chose mais j'espère qu'il pourra au moins te rassurer si tu avais des doutes en ce qui concerne la qualité de ton récit.

Bonne journée !

Sénéda.
Amusile
Posté le 07/04/2021
Bonjour Sénéda

Ton commentaire est important à mes yeux. J'étais dans une phase où je doutais énormément de moi et de mes textes. Je me suis lancée à l'aventure sur PA afin de justement me confronté à l'avis des lecteurs et, selon leurs retours, prendre davantage confiance en moi.

Donc, tu as bien fait.
Merci à toi.
Zlaw
Posté le 06/04/2021
Bonjour ! J'avance dans ma lecture, parce qu'avec la fréquence de publication, je ne voudrais pas me retrouver larguée. ^^

Voici un passage tout en suspens et tension. Je croyais avoir été mise mal à l'aise par le comportement d'Aurèle la dernière fois, mais c'était sans compter cette description fleurie de la condition de prostituée. Très malaisant. Mais encore une fois, ce n'est qu'un compliment à la qualité de la narration. Je vais passer pour une chochotte, mais j'espère qu'on aura aussi l'occasion de la voir mise au service de paysages peut-être un peu plus plaisants à l'avenir ? Ou tout du moins moins... sordides. Peut-être quelques batailles épiques ? Je sais que j'ai un problème avec le sexe et la pestilence, mais les tripes et boyaux ne me posent en revanche pas de souci, en général. =D

J'ai beaucoup aimé le simili-flashback de Clervie sur ses origines. Elle est donc survivante d'une catastrophe de type épidémie. Le terme brumoise ne laisse pas présager à quel point la maladie qu'il désigne est horrible, ça m'a plutôt fait penser à une bière, mais bon, fièvre jaune n'est pas spécialement menaçant non plus avant qu'on en connaisse les symptômes. Peut-être est-ce là l'origine de ses visions nocturnes ? Ou alors l'inverse ? Elle parle d'une marque indélébile, et je me demande si c'est au sens propre ou figuré. Est-ce justement de son 'don' dont elle parle ? Je suis de plus en plus curieuse sur le sujet, en tous cas, tout en restant confiante quant à l'arrivée des réponses. Le rythme où elles nous parviennent jusqu'ici est bien mené. C'est logique que Clervie ne passe pas son temps à réfléchir à son passé ou ses conséquences. Il y a un bon équilibre entre l'action présente et les quelques réflexions qui nous plongent dans des souvenirs ou de l'Histoire pour contexte.

Je n'aime pas trop faire ça mais ça rend quand même service : petite faute d'accord pour "volets fermées" au lieu de "fermés", et "je ne serais ni p*tain ni épouse" au lieu de "je ne serai" (j'ai tendance à mettre du futur pour les promesses, mais je ne suis pas certaine que ce soit une obligation).

La description d'une Purge, et plus particulièrement de celle dont le village de Clervie a été atteint, est à la hauteur de toutes les autres jusqu'ici, de celle du Bourbier jusqu'à celle de ces quartiers encore plus mal famés que nos deux personnages fréquentent en l'occurrence. Je vais me répéter, mais c'est sordide. Sordide mais quelque part curieusement... soutenu, et donc presque poli. Il y a un côté clinique à la façon dont Clervie évoque son passé, même dans un monologue pourtant intérieur. Je me demande si c'est dû à l'éducation offerte par le Maestre et dans laquelle elle s'est investie, ou bien si c'est déjà son tempérament naturel de sortir le menton haut d'une situation qui pourrait en laisser d'autres anéanti(e)s. Je l'ai déjà dit (je radote, tant pis), mais la façon dont sa force est exprimée par petites touches est intéressante. Elle n'est pas le cliché du personnage féminin indépendant à outrance, et pas non plus de la jeune femme fragile justement parce qu'elle est une femme. Je la trouve vraiment bien dosée, à la fois féminine et vaillante.

Et on apprend son âge ! Bon. Il faut présumer que la majorité est à 18 ans comme en France, mais au pire je dirais quand même qu'elle à autour de la vingtaine. Bonne info, parce que je n'étais pas sûre et ça allait bientôt me turlupiner. xD

J'ai eu un tout petit peu de mal à visualiser la chimère dans le chariot. La peau avec des écailles, alors que jusqu'ici les chimères qu'on a croisées étaient insectoïdes, m'a laissée perplexe. Et l'œil rose, au point que Clervie ne comprend pas immédiatement que c'est un œil... J'ai sans doute lu un peu trop vite, car à la relecture c'était un chouïa plus clair. Peut-être que "disque" serait plus appropriée que "cercle" ? Surtout s'il est question de "troué", d'ailleurs. Et je suggère éventuellement de parler d'un iris plutôt que d'un œil, aussi, car de prime abord mon stupide cerveau a pensé que le rose était la peau du prisonnier, alors qu'en fait pas du tout. Je pense que ce passage est tout bonnement un peu trop court pour son importance ? Je ne sais pas. Ça m'a paru plus précipité que d'autres événements, en tous cas. Mais après tout Clervie ne peut pas encore savoir ce qui sera déterminant pour plus tard, et ça reste elle qui raconte. Sur le coup, elle n'a pas vraiment de raison de s'attarder sur deux détails aperçus rapidement sous une bâche, alors que le conducteur borgne du chariot la dévisage. C'est son ressenti qui veut ça.
Enfin bref, quoi qu'il en soit ma curiosité est tout de même piquée par le prisonnier, en partie grâce au résumé, je l'avoue, mais aussi à cause de l’interaction avec le cocher, justement. Pourquoi est-ce qu'il a fixé Clervie comme ça ? Juste parce qu'elle est une femme ? Ou bien, puisqu'il semblerait qu'il chasse les chimères pour les capturer, peut-il savoir qu'elle a elle aussi quelque chose de particulier ? En tous cas elle ne se laisse pas démonter face à lui, et ce malgré les circonstances peu rassurantes ! Bravo ! ^^

Bon. Je m'excuse platement pour cette review qui est complètement partie dans tous les sens, mais en tous cas le bilan de ma lecture est très positif, comme il l'a toujours été jusqu'ici. On se retrouve à la prochaine partie de chapitre, sans faute. =)
Zlaw
Posté le 07/04/2021
Aussi, j'ai oublié de le dire (parce que j'étais décidément à côté de la plaque quand j'ai écrit mon commentaire, désolée), mais je suis contente qu'ils aient réussi à obtenir le naphte dont leur guet à besoin. On n'a pas vu les négociations menées par Aurèle, mais tant pis. On ne peut pas tout voir, et le point de vue de Clervie était tout aussi intéressant de toute manière. Et on a quand même eu l'ambiance du quartier posée, avec les assassins dans les ruelles glauques.

Voilà, c'était tout ce que je voulais ajouter. Ça m'a travaillée quand je suis allée me coucher hier soir, alors je me suis dit que c'était important de l'ajouter. =)
Amusile
Posté le 07/04/2021
Coucou Zlaw

Je suis toujours impressionnée par la justesse de tes retours. Tu analyses la moindre de mes intentions d'autrice avec tellement de précision. A croire que tu as ouverte une fenêtre dans mon esprit...

*Pour les descriptions, en effet, elles seront d'un autre genre dans le chapitre 2, car l'on change de décor. Il y a toujours ce côté plutôt maussade sur le Rivage, mais on quitte l'oppression des villes. Et puis, il y aura des voyages dans les brumes aussi...

*Faire de Clervie un personnage féminin hors cliché est vraiment une de mes intentions premières. Et une de mes craintes, aussi. Pour son âge, elle a la vingtaine, oui. C'est ainsi que je me l'imagine.

* La chimère dans le chariot, tout comme le borgne, est un fil que je tisse pour la suite de ce roman. Je comprends parfaitement ton sentiment. Je me posais la question de la pertinence de cette rencontre à ce moment de l'histoire, même si j'aime glisser des détails qui gagnent en signification au cours de l'histoire. A améliorer, en tout cas. Merci pour tes remarques qui vont m'aider en ce sens.

* Fallait pas de triturer l'esprit pour cela, voyons. Mais oui, j'ai fait le choix de ne pas montrer les négociations, car je voulais montrer le comportement de Clervie lorsqu'elle est seule face à une situation tendue. De cette façon, le lecteur peut comprendre - du moins, je l'espère - qu'elle ne se cache pas toujours derrière Aurèle. C'était un des objectifs de la rencontre entre Clervie et le Borgne (en plus de tisser un fil de plus pour l'histoire)...

Un grand merci pour ta lecture et ton commentaire !



Zlaw
Posté le 10/04/2021
Aha ! Contente que mon esprit sur-analytique et obsessif puisse être utile à quelqu'un. xD
Jali
Posté le 02/04/2021
On en découvre un peu plus avec ces Purges et celle qui a impacté Clervie, et c'est très bien expliqué ! J'aime vraiment beaucoup ton univers et ta manière de le dévoiler, petit à petit mais en détails abondants, on sent que tu sais où tu vas :)

Je trouve Clervie surprenante, d'un côté elle a l'air mal à l'aise à toujours se tenir à la chemise de Aurèle, et d'un autre elle a quand même du répondant !

J'ai bien aimé cet aspect "marché noir" de la ville, où l'on découvre qu'il y a carrément un marché pour les chimères… c'est intéressant et on se demande la raison d'un tel achat.

En tout cas ton style est toujours aussi plaisant à lire :) je terminerai avec mes quelques notes :

"Quand nous eûmes dépassé les gardes, nous débouchâmes séance tenante sur un tableau plus sépulcral encore que le coupe-gorge que nous venions de quitter."
-> je ne suis pas sûre que "séance tenante" soit nécessaire ici, dans le sens où pour moi "déboucher" veut déjà dire qu'ils y sont immédiatement.

"Après l’air putride, ce qui s’imposa à mon esprit, fut les silhouettes décharnées,"
-> je n'aurai pas mis de virguler entre esprit et fut

"Trois contrebandiers surveillaient les marchandises, et un troisième d’un âge avancé, assis derrière un comptoir, nous firent signe d’avancer de la main."
-> Compte tenu de la suite, je pense que c'est plutôt "deux contrebandiers" et "nous fit" à moins qu'ils leur fassent tous signe ? Mais j'avais plutôt l'impression que c'était uniquement celui derrière le comptoir.

A bientôt !
Amusile
Posté le 05/04/2021
Re-coucou !

Je note les remarques très pertinentes sur le texte.
Merci. Pour Clervie, ton message me touche. Vraiment. Je voulais brosser un personnage féminin qui seraient douceur et de force à la fois. Clervie se porte souvent en retrait, mais je tenais à ce que le lecteur comprenne très vite qu'elle ne se laissait pas pour autant marcher sur les pieds. Et que, si elle apparaissait si "douce", elle n'en était pas pour autant "fragile".

Jali
Posté le 06/04/2021
Alors dans ce cas c'est tout à fait réussi, on ressent bien cette ambivalence !
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