Pour douze amphores de naphte (scène 2)

Par Amusile
Notes de l’auteur : Chapitre révisé le 4/05/2021 grâce aux commentaires reçus.
Merci.

En fin de journée, alors que le soleil se couchait et que les ombres enflaient, nous profitâmes enfin d’une vue dégagée sur la cité de Shagon. Perchée sur sa haute colline, elle dominait champs et hameaux. L’urbanisation se déroulait de manière radio-centrique autour de la demeure du podestat, fière bâtisse aux tourelles ouvragées qui s’imposait à la vue de tous, grâce à sa position privilégiée au sommet de la butée. Les royaumes avaient implosé sous la pression perpétuelle de l’Amertume, cet océan infini de brumes toxiques qui menaçait de nous immerger. Les espaces furent réorganisés en des communautés réduites, mais les magistrats gouvernaient leur ville comme les roitelets de jadis. S’établir hors du giron des communes était impensable puisqu’elles monopolisaient les territoires encore épargnés. Aussi elles enflaient à vue d’œil ; de récents faubourgs se développaient au pied des citadelles, et chaque bicentenaire se parachevait par une énième muraille destinée à rattacher les quartiers neufs à la bannière de Shagon. Pas moins de quatre remparts ceinturaient la Cité, les rumeurs allaient bon train quant à la construction du cinquième, et dire que notre guet pleurait des fonds au podestat afin de colmater une brèche dans nos fortifications.

Les marcheurs, marchands, caravaniers, soldats et autres vagabonds s’amassaient plus nous approchions de Shagon. Notre seul horizon se résuma bientôt aux doubles arrière-trains des cavaliers qui nous eurent tantôt devancés. Jehan fit un signe aux cochers de deux autres chariots, et nous nous faufilâmes tous dans une ruelle dans laquelle les traînées olfactives agressèrent nos narines.    

— Je crois préférer le goût amer des brumes à l’odeur de merde des cités, se plaignit Jehan.

Mes compagnons avaient toutefois leurs habitudes dans cette ville basse que l’on nommait le Bourbier. En cette fin de journée, les enseignes et les ouvroirs des particuliers fermaient les uns après les autres. Certains artisans, fondeurs de suifs, forgerons ou serruriers remballaient les ateliers qui débordaient sur la chaussée ; ils vidaient les graisses de fermentation et le noir de chaudière à même la boue où des rats énormes comme mon avant-bras grouillaient. On hurla un « Gare aux eaux ! ». J’eus le temps de lever le menton vers la fenêtre d’une maison pour voir une femme y jeter le contenu d’un sceau. Un passant esquiva d’un pas de côté, et un liquide brun, croupi d’excréments se répandit sur la voirie, éclaboussant les bottes des marcheurs. D’ailleurs, dans une petite impasse à ma droite, un homme lâchait ses eaux dans la rigole sans cacher outre mesure ses attributs. Nous ralentîmes avec brusquerie. Un groupe de porcs, seuls éboueurs municipaux du Bourbier, investissait tout le lé et bloquait une circulation déjà difficile.

Jehan, harassé par la route, gesticula sur sa planche comme si elle fut chauffée à blanc.

— Regardez-moi ce foutoir. Hé ! Bougez votre couenne. Hé ! Ils sont sourds, ces bestiaux !

— Laisse-moi faire, intervient Aurèle.

Il sauta hors du chariot, à pieds joints dans la fange. Un bruit de succion marqua sa réception. Il glissa son bras sous le banc où Jehan et moi-même étions assis afin de se munir de la chambrière. Et là, sous le regard amusé de ses confrères, il taquina les croupes dodues des porcs.

— Allez… Oust ! Dégagez. 

Ils braillèrent, mais Aurèle les garda à bonne distance le temps que notre charroi eut repris sa marche. Il nous rattrapa en quelques enjambées, escalada la ridelle, tapa ses bottes crottées contre les roues et retrouva bien vite sa place sous la bâche.

— Bien joué ! lui dis-je.

Il m’adressa un furtif clin d’œil puis il adopta sa mine morose.

— Bon, Jehan, nous arrivons bientôt ?

En guise de réponse, le vétéran montra un porche que nous traversâmes jusqu’à une cour en terre battue. Elle était large, profonde et équipée de stalles pour les chevaux. Une carriole était d’ailleurs rangée contre le muret, près d’une mule qui mâchait mollement de la paille. Nous étions à la Bedaine Percée, une auberge très appréciée des guetteurs pour sa cour qui facilitait grandement le stationnement de nos trois chariots. Et puis, à la Bedaine Percée, l’on mangeait mal, dormait peu, mais buvait avec excès. Après des mois de service, mes compagnons de route, onze gaillards bien bâtis, n’en espéraient pas moins ; ils étaient tous épuisés, certes, mais surtout pressés de s’offrir du bon temps. Nous déchargeâmes les affaires de valeur, nos armes, notre argent, nos effets personnels, et un garçonnet se proposa de s’occuper de nos attelages ; Jehan lui donna un écu pour la peine.

— Oh ! Vous êtes du guet de More ? s’exclama-t-il. Vous êtes sur l’Avant-Ligne du Rivage, les premiers à contrer les brumes ! 

Il avait certainement entendu des anecdotes. Nous en avions tous écouté de semblables enfants ; le Rivage, cette frontière entre les brumes et les terres encore saines, était alors un lieu d’un autre temps, mystérieux et insolite, où s’opposait la vaillance des hommes à l’ignominie de l'Amertume. Oui, dans un sens, de telles histoires avaient un fond de vérité, mais les héros que ces légendes dépeignaient ne ressemblaient en rien à ceux que je côtoyais. Les miens étaient rêches, vidés et donc impatients de se rincer le gosier.

Balluchons sur nos épaules, nous nous dirigeâmes vers la Bedaine Percée. Je connaissais ce gargot pour y être venue lorsque, chargée de la tenue des comptes, j’accompagnais les convois de ravitaillement. Une fois à l’intérieur, une chaleur moite, mélange de vapeur alcoolisée et de sueur humaine, se colla à nos peaux. J’inspirai par petits hoquets pour m’accoutumer à cet air saturé qui laissait un arrière-goût rance sur la langue. Une cheminée non ramonée crachait son suif dans le réfectoire pendant que les flammes chauffaient le cuivre d’une marmite. Je clignai plusieurs fois des paupières pour soulager l’irritation de mes yeux. Des hommes bâfraient leur ragoût que de gros morceaux de pain épaississaient davantage. Ils se turent, toisèrent notre groupe de voyageurs et retournèrent ensuite à leur repas à grand renfort de cuillers. La tenancière vint à notre rencontre d’un pas hâtif. Elle s’essuya les mains sur son tablier et se figea devant Jehan qu’elle reconnut aussitôt :

— Le mal du pays ?

— Nous sommes de passage. Toujours huit écus le souper et la nuit ?

— Toujours, mais dépensez plus si le cœur vous en dit. Nous avons une bonne ale en réserve. Et du vin à la cardamome dont vous nous en direz des nouvelles !

— Chacun payera le surplus avec sa solde. Le guet ne prend dans ses deniers que le souper et la nuit, acheva-t-il. 

Il tendit une bourse. J’avais moi-même préparé la juste somme, mais la tenancière recompta afin de s’en assurer. « Parfait ! » Elle enfila prestement les piécettes dans sa cagnotte puis nous conduisit à une table taillée dans un bois grossier. Les hommes s’installèrent selon leurs affinités, et une ambiance de bonne camaraderie les gagna. Je mangeais peu souvent avec les guetteurs, car même si nous logions ensemble et nous endurions les rigueurs du Rivage, je vivais à leur côté, pas avec eux. Je n’étais pas de leur bord. Je m’asseyais au bout de table, à l’écart, en les écoutant plaisanter, rire ou se plaindre. Je restais discrète, mais attentive, ne m’immisçant dans leurs conversations que lorsqu’ils m’y invitaient. Ils se méfiaient de ma complicité avec Sénoc de Basavi puisque, contrairement à eux, je ne servais pas le guet de More, mais son maestre. Cette proximité créait une barrière entre nous que la nature de mon sexe, hélas, consolidait. Difficile de leur imposer ma présence. J’usais de délicatesse, me glissant dans leur quotidien avec une douceur qui me permettait — disons que je l’avais longtemps espéré — de faire effacer leurs préjugés. J’avais cru cette technique infaillible, mais j’étais et resterai toujours le petit chat du maestre. Je me satisfaisais alors des affinités que j’entretenais avec Aurèle, Jehan et Kaour. Ces trois gaillards, sans omettre messer Sénoc que j’estimais comme un père, résumaient à eux seuls ma sphère d’affection au guet de More.

— Tu n’as pas faim, p’tit chat ? 

Je clignai mes paupières.

— Pardon ?

— Tu n’as rien mangé. 

Mon regard tomba sur mon assiette remplie d’une soupe aux lentilles et au lard. J’attrapai la cuiller, penaude, et mordis dans une tranche de pain à pleine dent. J’avalai mon repas en un rien de temps.

Jehan sourit dans sa barbe.

— Je préfère ça. Déjà que tu n’es pas bien épaisse… Je ne vais pas te ramener au guet avec des trous dans la bedaine. 

Il s’en retourna à la discussion qu’il entretenait avec ses voisins. Tirée de ma rêverie, je suivais leurs échanges d’une oreille attentive, car ils avaient délaissé les plaisanteries de tantôt pour des sujets préoccupants.

— Et alors, les brumes ont-elles avancé ? Le front s’est-il déplacé ?

— Pour avancer, ça, elles ont bien avancé. On a perdu environ quinze pieds.

— Quinze ? Tu es gentil. On ne voit plus les anciennes balises. Elles sont complètement noyées dans les brumes. Et quelles brumes ! ajouta Aurèle. Une purée de pois à couper au couteau.

— Ça grouille là-dedans, ajouta son voisin. C’est d’une noirceur impressionnante. J’ignore si ça va se désépaissir parce que des brumes comme ça, ça vous scie les jambes…

— Les prémisses d’une marée, vous pensez ?

— Sincèrement, vu la trogne de notre navarque, j’en mettrai ma main à couper, lâcha Aurèle. Pourquoi crois-tu qu’il nous envoie fissa nous ravitailler en naphte ? À mon avis, celle-là de marée, on va la sentir passer…

— Et toi, Jehan, tu as déjà connu du noir de charbon comme il s’en prépare ?

— Trois fois.

— Et alors ? 

Il eut un temps mort. J’avalai ma croûte de pain en fixant Jehan. Il ne disait mot, l’air grave. Son expression m’inquiétait bien plus que les descriptions des patrouilleurs, et je n’étais pas la seule à éprouver ce trouble.

L’un d’eux brisa le silence.

— Et ? insista-t-il.

— Le guet a tenu, et il tiendra cette fois encore. 

Sur ces mots, il vida son verre d’une traite. Aucun de nous ne lui soutira plus de mots. « Le guet a tenu. » Je m’accrochai à cette réponse. On commanda une deuxième rincée de vin, Aurèle me servit un gobelet plein, et les discussions tournèrent autour de sujets plus légers, prompts à chasser leurs idées noires. Après tout, cette marée arriverait bien assez tôt. Seul Jehan conserva longtemps encore son air sombre.

Nous passâmes la nuit dans un dortoir mixte où d’autres clients se reposaient sur des paillasses à même le sol. Nous gardâmes nos effets contre nous, en sécurité. J’avais avec moi un livre de compte, un nécessaire d’écriture et la bourse du guet, dont les écus étaient réservés à l’achat du ravitaillement. Quelques traits de lune éclairaient la chambrée grâce aux quatre fenêtres entrouvertes. Je choisis une paillasse à côté de ces aérations avec l’espoir de respirer un air plus frais. Je n’exigeais aucun brin de toilette, car la nuit était trop avancée, et les esprits fatigués. Je me couchai donc crasseuse, sous l’enivrement léger du vin, puis me cachait des curieux sous la couverture en laine. Un flacon de cuir fut sorti discrètement de mon balluchon. Je tirai le bouchon d’un geste sec. L’odeur de la valériane, herbacée principale de la décoction, me monta aussitôt à la tête. J’en bus une gorgée, et l’âcreté de la potion tapissa ma langue. Les essences contenues dans la valériane possédaient la douce vertu d’inhiber les talents de mon esprit. Or seul messer Sénoc connaissait ma faculté à voyager, une fois endormie, sous la peau des chimères, à travers les brumes qui nous effrayaient tant. C’était d’ailleurs en raison de ce don qu’il me garda à son service, dix ans auparavant. Aucun guetteur ne se doutait de mon étrange affinité avec l'Amertume. Aussi, à chacune de mes sorties nocturnes hors du logis de mon maître, la décoction de valériane m’offrait des nuits de paix, en assourdissant l’appel des chimères, et rien alors ne trahissait mon grand secret.

En fin de journée, alors que le soleil se couchait et que les ombres enflaient, nous profitâmes enfin d’une vue dégagée sur la cité de Shagon. Perchée sur sa haute colline, elle dominait champs et hameaux. L’urbanisation se déroulait de manière radio-centrique autour de la demeure du podestat, fière bâtisse aux tourelles ouvragées qui s’imposait à la vue de tous, grâce à sa position privilégiée au sommet de la butée. Les royaumes avaient implosé sous la pression perpétuelle de l’Amertume, cet océan infini de brumes toxiques qui menaçait de nous immerger. Les espaces furent réorganisés en des communautés réduites, mais les magistrats gouvernaient leur ville comme les roitelets de jadis. S’établir hors du giron des communes était impensable puisqu’elles monopolisaient les territoires encore épargnés. Aussi elles enflaient à vue d’œil ; de récents faubourgs se développaient au pied des citadelles, et chaque bicentenaire se parachevait par une énième muraille destinée à rattacher les quartiers neufs à la bannière de Shagon. Pas moins de quatre remparts ceinturaient la Cité, les rumeurs allaient bon train quant à la construction du cinquième, et dire que notre guet pleurait des fonds au podestat afin de colmater une brèche dans nos fortifications.

Les marcheurs, marchands, caravaniers, soldats et autres vagabonds s’amassaient plus nous approchions de Shagon. Notre seul horizon se résuma bientôt aux doubles arrière-trains des cavaliers qui nous eurent tantôt devancés. Jehan fit un signe aux cochers de deux autres chariots, et nous nous faufilâmes tous dans une ruelle dans laquelle les traînées olfactives agressèrent nos narines.    

— Je crois préférer le goût amer des brumes à l’odeur de merde des cités, se plaignit Jehan.

Mes compagnons avaient toutefois leurs habitudes dans cette ville basse que l’on nommait le Bourbier. En cette fin de journée, les enseignes et les ouvroirs des particuliers fermaient les uns après les autres. Certains artisans, fondeurs de suifs, forgerons ou serruriers remballaient les ateliers qui débordaient sur la chaussée ; ils vidaient les graisses de fermentation et le noir de chaudière à même la boue où des rats énormes comme mon avant-bras grouillaient. On hurla un « Gare aux eaux ! ». J’eus le temps de lever le menton vers la fenêtre d’une maison pour voir une femme y jeter le contenu d’un sceau. Un passant esquiva d’un pas de côté, et un liquide brun, croupi d’excréments se répandit sur la voirie, éclaboussant les bottes des marcheurs. D’ailleurs, dans une petite impasse à ma droite, un homme lâchait ses eaux dans la rigole sans cacher outre mesure ses attributs. Nous ralentîmes avec brusquerie. Un groupe de porcs, seuls éboueurs municipaux du Bourbier, investissait tout le lé et bloquait une circulation déjà difficile.

Jehan, harassé par la route, gesticula sur sa planche comme si elle fut chauffée à blanc.

— Regardez-moi ce foutoir. Hé ! Bougez votre couenne. Hé ! Ils sont sourds, ces bestiaux !

— Laisse-moi faire, intervient Aurèle.

Il sauta hors du chariot, à pieds joints dans la fange. Un bruit de succion marqua sa réception. Il glissa son bras sous le banc où Jehan et moi-même étions assis afin de se munir de la chambrière. Et là, sous le regard amusé de ses confrères, il taquina les croupes dodues des porcs.

— Allez… Oust ! Dégagez. 

Ils braillèrent, mais Aurèle les garda à bonne distance le temps que notre charroi eut repris sa marche. Il nous rattrapa en quelques enjambées, escalada la ridelle, tapa ses bottes crottées contre les roues et retrouva bien vite sa place sous la bâche.

— Bien joué ! lui dis-je.

Il m’adressa un furtif clin d’œil puis il adopta sa mine morose.

— Bon, Jehan, nous arrivons bientôt ?

En guise de réponse, le vétéran montra un porche que nous traversâmes jusqu’à une cour en terre battue. Elle était large, profonde et équipée de stalles pour les chevaux. Une carriole était d’ailleurs rangée contre le muret, près d’une mule qui mâchait mollement de la paille. Nous étions à la Bedaine Percée, une auberge très appréciée des guetteurs pour sa cour qui facilitait grandement le stationnement de nos trois chariots. Et puis, à la Bedaine Percée, l’on mangeait mal, dormait peu, mais buvait avec excès. Après des mois de service, mes compagnons de route, onze gaillards bien bâtis, n’en espéraient pas moins ; ils étaient tous épuisés, certes, mais surtout pressés de s’offrir du bon temps. Nous déchargeâmes les affaires de valeur, nos armes, notre argent, nos effets personnels, et un garçonnet se proposa de s’occuper de nos attelages ; Jehan lui donna un écu pour la peine.

— Oh ! Vous êtes du guet de More ? s’exclama-t-il. Vous êtes sur l’Avant-Ligne du Rivage, les premiers à contrer les brumes ! 

Il avait certainement entendu des anecdotes. Nous en avions tous écouté de semblables enfants ; le Rivage, cette frontière entre les brumes et les terres encore saines, était alors un lieu d’un autre temps, mystérieux et insolite, où s’opposait la vaillance des hommes à l’ignominie de l'Amertume. Oui, dans un sens, de telles histoires avaient un fond de vérité, mais les héros que ces légendes dépeignaient ne ressemblaient en rien à ceux que je côtoyais. Les miens étaient rêches, vidés et donc impatients de se rincer le gosier.

Balluchons sur nos épaules, nous nous dirigeâmes vers la Bedaine Percée. Je connaissais ce gargot pour y être venue lorsque, chargée de la tenue des comptes, j’accompagnais les convois de ravitaillement. Une fois à l’intérieur, une chaleur moite, mélange de vapeur alcoolisée et de sueur humaine, se colla à nos peaux. J’inspirai par petits hoquets pour m’accoutumer à cet air saturé qui laissait un arrière-goût rance sur la langue. Une cheminée non ramonée crachait son suif dans le réfectoire pendant que les flammes chauffaient le cuivre d’une marmite. Je clignai plusieurs fois des paupières pour soulager l’irritation de mes yeux. Des hommes bâfraient leur ragoût que de gros morceaux de pain épaississaient davantage. Ils se turent, toisèrent notre groupe de voyageurs et retournèrent ensuite à leur repas à grand renfort de cuillers. La tenancière vint à notre rencontre d’un pas hâtif. Elle s’essuya les mains sur son tablier et se figea devant Jehan qu’elle reconnut aussitôt :

— Le mal du pays ?

— Nous sommes de passage. Toujours huit écus le souper et la nuit ?

— Toujours, mais dépensez plus si le cœur vous en dit. Nous avons une bonne ale en réserve. Et du vin à la cardamome dont vous nous en direz des nouvelles !

— Chacun payera le surplus avec sa solde. Le guet ne prend dans ses deniers que le souper et la nuit, acheva-t-il. 

Il tendit une bourse. J’avais moi-même préparé la juste somme, mais la tenancière recompta afin de s’en assurer. « Parfait ! » Elle enfila prestement les piécettes dans sa cagnotte puis nous conduisit à une table taillée dans un bois grossier. Les hommes s’installèrent selon leurs affinités, et une ambiance de bonne camaraderie les gagna. Je mangeais peu souvent avec les guetteurs, car même si nous logions ensemble et nous endurions les rigueurs du Rivage, je vivais à leur côté, pas avec eux. Je n’étais pas de leur bord. Je m’asseyais au bout de table, à l’écart, en les écoutant plaisanter, rire ou se plaindre. Je restais discrète, mais attentive, ne m’immisçant dans leurs conversations que lorsqu’ils m’y invitaient. Ils se méfiaient de ma complicité avec Sénoc de Basavi puisque, contrairement à eux, je ne servais pas le guet de More, mais son maestre. Cette proximité créait une barrière entre nous que la nature de mon sexe, hélas, consolidait. Difficile de leur imposer ma présence. J’usais de délicatesse, me glissant dans leur quotidien avec une douceur qui me permettait — disons que je l’avais longtemps espéré — de faire effacer leurs préjugés. J’avais cru cette technique infaillible, mais j’étais et resterai toujours le petit chat du maestre. Je me satisfaisais alors des affinités que j’entretenais avec Aurèle, Jehan et Kaour. Ces trois gaillards, sans omettre messer Sénoc que j’estimais comme un père, résumaient à eux seuls ma sphère d’affection au guet de More.

— Tu n’as pas faim, p’tit chat ? 

Je clignai mes paupières.

— Pardon ?

— Tu n’as rien mangé. 

Mon regard tomba sur mon assiette remplie d’une soupe aux lentilles et au lard. J’attrapai la cuiller, penaude, et mordis dans une tranche de pain à pleine dent. J’avalai mon repas en un rien de temps.

Jehan sourit dans sa barbe.

— Je préfère ça. Déjà que tu n’es pas bien épaisse… Je ne vais pas te ramener au guet avec des trous dans la bedaine. 

Il s’en retourna à la discussion qu’il entretenait avec ses voisins. Tirée de ma rêverie, je suivais leurs échanges d’une oreille attentive, car ils avaient délaissé les plaisanteries de tantôt pour des sujets préoccupants.

— Et alors, les brumes ont-elles avancé ? Le front s’est-il déplacé ?

— Pour avancer, ça, elles ont bien avancé. On a perdu environ quinze pieds.

— Quinze ? Tu es gentil. On ne voit plus les anciennes balises. Elles sont complètement noyées dans les brumes. Et quelles brumes ! ajouta Aurèle. Une purée de pois à couper au couteau.

— Ça grouille là-dedans, ajouta son voisin. C’est d’une noirceur impressionnante. J’ignore si ça va se désépaissir parce que des brumes comme ça, ça vous scie les jambes…

— Les prémisses d’une marée, vous pensez ?

— Sincèrement, vu la trogne de notre navarque, j’en mettrai ma main à couper, lâcha Aurèle. Pourquoi crois-tu qu’il nous envoie fissa nous ravitailler en naphte ? À mon avis, celle-là de marée, on va la sentir passer…

— Et toi, Jehan, tu as déjà connu du noir de charbon comme il s’en prépare ?

— Trois fois.

— Et alors ? 

Il eut un temps mort. J’avalai ma croûte de pain en fixant Jehan. Il ne disait mot, l’air grave. Son expression m’inquiétait bien plus que les descriptions des patrouilleurs, et je n’étais pas la seule à éprouver ce trouble.

L’un d’eux brisa le silence.

— Et ? insista-t-il.

— Le guet a tenu, et il tiendra cette fois encore. 

Sur ces mots, il vida son verre d’une traite. Aucun de nous ne lui soutira plus de mots. « Le guet a tenu. » Je m’accrochai à cette réponse. On commanda une deuxième rincée de vin, Aurèle me servit un gobelet plein, et les discussions tournèrent autour de sujets plus légers, prompts à chasser leurs idées noires. Après tout, cette marée arriverait bien assez tôt. Seul Jehan conserva longtemps encore son air sombre.

Nous passâmes la nuit dans un dortoir mixte où d’autres clients se reposaient sur des paillasses à même le sol. Nous gardâmes nos effets contre nous, en sécurité. J’avais avec moi un livre de compte, un nécessaire d’écriture et la bourse du guet, dont les écus étaient réservés à l’achat du ravitaillement. Quelques traits de lune éclairaient la chambrée grâce aux quatre fenêtres entrouvertes. Je choisis une paillasse à côté de ces aérations avec l’espoir de respirer un air plus frais. Je n’exigeais aucun brin de toilette, car la nuit était trop avancée, et les esprits fatigués. Je me couchai donc crasseuse, sous l’enivrement léger du vin, puis me cachait des curieux sous la couverture en laine. Un flacon de cuir fut sorti discrètement de mon balluchon. Je tirai le bouchon d’un geste sec. L’odeur de la valériane, herbacée principale de la décoction, me monta aussitôt à la tête. J’en bus une gorgée, et l’âcreté de la potion tapissa ma langue. Les essences contenues dans la valériane possédaient la douce vertu d’inhiber les talents de mon esprit. Or seul messer Sénoc connaissait ma faculté à voyager, une fois endormie, sous la peau des chimères, à travers les brumes qui nous effrayaient tant. C’était d’ailleurs en raison de ce don qu’il me garda à son service, dix ans auparavant. Aucun guetteur ne se doutait de mon étrange affinité avec l'Amertume. Aussi, à chacune de mes sorties nocturnes hors du logis de mon maître, la décoction de valériane m’offrait des nuits de paix, en assourdissant l’appel des chimères, et rien alors ne trahissait mon grand secret.

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C. Kean
Posté le 08/04/2021
Me revoici pour la suite !

Une scène de transition ici, mais qui permet d'établir plus solidement le cadre de ton récit et le paysage de cet univers rêche et particulier.

Le seul souci pour moi dans l'enchainement de la scène et l'approche, c'est la façon très abrupte dont le secret de Clervie nous est donné. Ca interroge beaucoup le choix de la narration à la première personne : quelle est sa position de personnage et sa position de narratrice, à qui s'adresse-t-elle, pourquoi revient-elle sur ce secret que elle connait mais qu'elle doit explicité pour le lecteur ? Tel quel, je trouve que ces questions ne trouvent pas de réponses "naturelles" et la révélation de ce secret vient casser quelque chose de cette fluidité narrative. Il doit y avoir un moyen d'être moins frontal, de moins chercher à expliquer au lecteur tout de suite, mais de laisse planer un mystère et un voile. Ou alors de l'aborder au travers d'une émotion particulière (la crainte d'être vue, la crainte de la Brume...). Je ne sais pas si je suis très claire, n'hésite pas à me relancer pour que je reformule si ce n'est pas le cas !

Je te laisse avec mes petites remarques au fil du texte ;)

* « Les espaces furent réorganisés en des communautés réduites, mais les magistrats gouvernaient sur leur ville comme les roitelets de jadis. » : on gouverne quelque chose, on règne sur. Donc : « gouvernaient leur ville »

* « Aussi elles enflaient à vue d’œil » : suggestion pour la musicalité : aussi enflaient-elles à vue d'oeil.

* « rattacher les quartiers neufs à la bannière de Shagon. Pas moins de quatre remparts ceinturaient Shagon, » : Shagon/Shagon

* « et dire que notre guet pleurait des fonds au podestat afin de colmater une brèche dans ses fortifications. » : ça peut valoir la peine d'une phrase à part.

* « Balluchons sur nos épaules, nous nous dirigeâmes en direction » : c'est très dirigé ~

A bientôt !
Amusile
Posté le 08/04/2021
Ta remarque sur la fin est pertinente.
La position de Clervie est particulière. La narration est à la première personne, certes, mais elle est au passé. Par conséquent, Clervie a forcément du recul sur les événements qu'elle décrit, car elle ne les raconte pas à l'instant présent. J'ai fait ce choix justement pour lui permettre de confier son vécu avec le recule d'une personne d'un certain âge. Car, en effet, au moment elle raconte, Clervie est plus âgée. Néanmoins, ce choix de narration n'enlève en rien la pertinence de ta remarque. J'avais écrit ces révélations car, au début, Clervie ne faisait que "boire" sa décoction et se souciait "juste" de ne pas être vue. Certains bêta-lecteurs m'avaient alors suggérer de lever davantage le voile sur cet étrange comportement.
Et, sans doute, ai-je eu la main trop lourde XD
A rectifier, oui.

Encore un grand merci pour ton retour !
Zlaw
Posté le 30/03/2021
Bonjour bonjour,


Une deuxième scène tout aussi solide que la première. Encore plus fournie en descriptions, et de hautes qualités de surcroît, elle permet d'offrir encore plus de contexte à la fois du style de vie au jour le jour (ambiance cité médiévale sans assainissement) et de l'organisation plus générale (confirmation des guets qui protègent le reste du territoire, lui-même déjà divisé par cette brume appelée Amertume).
Je reste sur mon avis du vocabulaire utilisé : soutenu sans être encore étouffant. Je dirais tout de même que c'est un fil sur lequel il faut danser prudemment. J'ai de mauvais souvenirs d'auteurs qui se prenaient trop au sérieux à mon goût. On est loin d'en être là ici, mais comme on s'installe forcément dans son histoire au fur et à mesure qu'on l'écrit, j'espère intimement que ça va rester sur cet équilibre. Plus chargé serait trop, à mon avis. Mais je peux aussi me tromper. ^^

Notre héroïne est une bonne narratrice, car très observatrice. Sa position en retrait des autres personnages, à la fois parce qu'elle est plus discrète de stature (au milieu de onze hommes bruyants et pour la plupart plus âgés), mais aussi tout simplement parce que justement c'est une femme (même si je ne pense pas qu'on puisse parler de sexisme ici), le lui permet. Je suppose aussi que son occupation disons d'érudite lui donne accès à des détails intéressants pour nous lecteurs.
Il est également très appréciable que, pour toute menue qu'elle paraisse même sans description extérieure (il y a comme une ambiance protectrice de la part de ses collègues envers elle), elle n'en paraît pas pour autant spécialement fragile. Elle n'est pas plus écœurée que les autres par les puanteurs, et elle ne demande pas de traitement de faveur vis-à-vis du gîte et du couvert. Je n'ai rien contre les princesses, mais la personnalité équilibrée qui se dessine est agréable.

L'annonce de ses visions nocturnes dans les quelques dernières lignes est particulièrement surprenante. Après tout ce long passage appuyé sur le contexte géopolitique, ce point extrêmement personnel n'est pas plus développé. J'espère que ce sera le sujet de la prochaine scène, que je vais donc aller lire de ce pas. =)

P.S.: un petit lapsus innocent s'est glissé dans le texte, entre sceau et seau. ^^
Amusile
Posté le 30/03/2021
Bonjour,

Un grand merci pour ce retour détaillé sur ta lecture. J'avoue être très touchée par tes retours, car tu ressens si bien les intentions que j'ai porté dans mes textes que cela m'émut de te lire. Je dois avouer être dans une phase de doute vis-à-vis de l'écriture.

Je suis soulagée que l'équilibre entre le vocabulaire soutenu et la fluidité du texte soit encore au rendez-vous. J'ai vraiment chercher à le conserver tout du long, mais je te rejoins sur la difficulté de la constance à ce niveau. Je ne suis pas certaine d'avoir tenu le rythme du début jusqu'à la fin...

Quant à tes impressions sur Clervie, elles sont très justes. Je suis d'ailleurs contente que son caractère discret au prime abord te soit agréable (car ce choix m'a valu un refus éditorial, tout de même XD). Et enfin, le fait que tu ne la considères pas comme "fragile", c'est un grand plus également. Car, tu as bien rais, elle n'est pas une femme fragile.

(Pour le lapsus, je te remercie de l'avoir noté. J'irai le corriger).
Zlaw
Posté le 30/03/2021
Contente de pouvoir participer à apaiser tes doutes ! S'il devait n'y avoir qu'une seule raison de commenter une lecture qui nous a plu, ce serait celle-ci !
En ce qui concerne ton refus éditorial, même si ça ne fait jamais plaisir, il est impossible plaire à tout le monde. Je pense que l'avis d'une maison d'édition a tout autant de valeur que celui de n'importe qui. De ce que je vois ici, tu n'as pas de problème de popularité. Et sur une touche plus personnelle, je pense aussi qu'on n'écrit pas pour les autres mais surtout pour soi. Être lu(e) et apprécié(e) est un joli plus, mais pas l'essentiel. Mais ce n'est là que mon opinion. =)
Amusile
Posté le 30/03/2021
J'apprends à me détacher des refus éditoriaux, sans pour autant renier l'authenticité de leurs retours quand ces derniers sont constructifs. Quant à l'écriture, c'est la première fois que je partage aussi librement un texte alors que j'écris depuis de longues années. C'est une belle découverte, en vérité. Je regrette - en un sens - de ne pas l'avoir fait auparavant ! ^^
Jali
Posté le 26/03/2021
Oooh quelle fin !
Je trouve ta plume très "posée", et avec ton style il s'en dégage une certaine limpidité :)

J'ai parfois eu du mal à savoir qui parlait, mais rien de dérangeant en soi, puis ce n'est jamais évident avec beaucoup de personnages.

Je rejoins les autres pour te dire que ta manière de créer tes ambiances est très belle ! Les descriptions sont bien équilibrées et ton choix des mots est toujours judicieux.

Je lirai la suite avec plaisir :)
Amusile
Posté le 26/03/2021
Hum...
Je vais veiller à rajouter une ou deux incises pour clarifier un peu les dialogues. Je note cette remarque. Quant aux ambiances, vous êtes unanimes, dis-donc ! ^^
Aemarielle
Posté le 20/03/2021
Quelle ambiance dans ce Bourbier ! J'adore ta façon de décrire l'atmosphère d'un lieu, vraiment. Quant à la fin du chapitre, c'est un vrai appel à lire la suite.
Amusile
Posté le 20/03/2021
Ah oui, le Bourbier, c'est un endroit plein de charme XD.
Merci d'être venue lire la suite et de m'avoir glissé un commentaire.
FabrysBesson
Posté le 20/03/2021
Hello Amusile,

Excellente seconde partie !
Le monde est cosntruit, cohérent et on se l'imagine bien.
Les descriptions me plaisent beaucoup grâce à la richesse de ton vocabulaire et au regard que tu y portes.
Jusqu'à présent, c'est ce que j'ai lu de mieux sur PA (ne t'enflamme pas, tu ne sais pas ce que j'ai lu).

"geignit Jehan" ne sonne pas très bien à mon oreille :)

"Un passant esquiva d’un pas de côté, et un liquide brun, croupi d’excréments se répandit sur la voirie, éclaboussant les bottes des marcheurs."
- la phrase me semble un peu compliquée et molle.
"D'un pas de côté, un passant esquiva un liquide brun, croupi d'excréments, qui éclaboussa autant la voirie que les bottes des badauds."

"il taquina les croupes dodues des porcelets."
- Pourquoi ce brusque rajeunissement ? "Cochons" irait très bien ici, non ?

"à la Bedaine Percée, l’on mangeait mal, dormait peu, mais buvait en excès. "
>> "avec excès" ?

J'ai dû louper quelque chose, car les "onze" gaillards m'ont surpris avec leurs trois chariots. J'ai l'impression de découvrir cette information sur le tard. J'en étais à trois voyageurs dans un chariot. Je relirai la 1ère partie pour être plus sûr de moi.

"Une fois à l’intérieur, une chaleur moite, mélange de vapeur alcoolisée et de sueur humaine, se colla à nos peaux."
- C'est un peu mou à mon sens, il y a trop de mots pour exprimer une ambiance qui nous saisit.
>> "A l’intérieur, une chaleur moite, mélange de vapeurs d'alcool et de sueur, nous colla à la peau."

"Ils se méfiaient de ma complicité avec Sénoc de Basavi puisque, contrairement à eux, je ne servais pas le guet de More, mais son maestre. Cette proximité créait une barrière entre nous que la nature de mon sexe, hélas, consolidait."
>> "Cette proximité édifiait une barrière que la nature de mon sexe élevait, hélas, en rempart" ?
- Au lieu d'évoquer la proximité avec le maestre, je parlerais de la promiscuité avec ses compagnons de route.

"Une purée de pois à couper au couteau."
- J'inventerais une expression propre à ton monde. Là, ça fait trop mélange d'expressions qui nous sont contemporaines.

Voilà, j'ai fini de t'embêter :)
Amusile
Posté le 20/03/2021
Contente que la suite te plaise. Et non, ne t'inquiète pas, je ne m'emballe pas (même si ça me fait plaisir), car j'ai lu des textes qui pourraient de refiler un certain complexe d'infériorité par ici, et pourtant, je n'ai pas lu grand chose encore XD.

Pour les remarques, tu as raison de m'embêter. J'effectuerai quelques modifications avec tes retours. Donc, un grand merci.
Shangaï
Posté le 19/03/2021
Me revoilà !

J'ai vraiment apprécié ce chapitre ! Tes descriptions sont excellente, on plonge immédiatement dans l'ambiance. En lisant je fronçait le nez tant l'odeur me semblait affreuse.
Je me suis très bien représenté l'ambiance de la taverne également.

Ce que j'ai trouvé très bien c'est surtout la révélation de fin de chapitre qui donne envi de lire la suite !

Ton univers me fait un peu penser à Game of thrones ? Tu t'en es inspirée ?
Amusile
Posté le 19/03/2021
Contente de savoir que la chapitre a été apprécié. Les ambiances, c'est vraiment mon petit plaisir, alors bien heureuse de savoir qu'elles font mouche.

Pour les inspirations, ce n'est pas Game of Thrones, mais le jeu ICO anciennement sur Playstation 2 qui m'a inspiré cette histoire, il y a une dizaine d'années maintenant.
Shangaï
Posté le 19/03/2021
Oh je n'ai jamais été assez gameuse pour connaître :)
Amusile
Posté le 20/03/2021
Je ne le suis plus, maintenant. Mais c’est une de mes belles expériences de jeu 😊
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