Perturbations

Par Maud14
Notes de l’auteur : Hello :) Alors, je ne suis pas sûre de la tournure de la chose... n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et ça me fera sans doute réfléchir ! :)

Assis autour d’une table en terrasse le long du petit port, Erin, Ali et Hyacinthe s’observaient sans mot dire. Quant à Alexandre, ses yeux revenaient inlassablement vers l’océan à leur pied. Comme s’il réfléchissait à tout moment à un moyen de s’échapper sur les flots. Le vent s’était calmé, et un large rayon de soleil trouait la mer de nuage gris, inondant d’une lueur claire un petit cercle d’eau salée. Lui donnait une couleur verte profonde. L’odeur des hortensias fleurissant contre le mur en pierre du petit restaurant embaumait l’air, rappelant à Hyacinthe la chambre blanche de Pierrot. Elle alluma une cigarette.

« Tu repars bientôt? », demanda Ali à Alexandre, innocemment.

« Je ne sais pas encore. Pierrot… m’a demandé de… » il semblait hésitant.

« De quoi? », le pressa-t-elle.

« De rester un peu »

Ses yeux bleus sondaient la jeune femme, incertains.

Le serveur apporta les crevettes roses, les huîtres fraîches et une bouteille de vin dont les gouttelettes de condensations sur sa robe jaune pâle attestaient de sa sortie récente du frigo. Hyacinthe garda le silence quelques instants, devinant pourquoi le vieux loup de mer lui avait demandé ça. Il ne voulait pas qu’elle soit seule. Il voulait qu’il change d’avis et qu’il reprenne le Morvaout.

« Tu as rendez-vous chez le notaire demain? », demanda Ali, d’un ton qu’il voulu le plus doux possible.

« Ouais »

« Même moi qui ne le connaissais pas bien, je l’aimais beaucoup ce petit vieux », déclara Erin.

« A Pierrot! », lança Ali en levant son verre de petit chablis.

« A Pierrot », reprirent les autres.

La discussion reprit, mais Hyacinthe n’était pas très bavarde. Ni même Alexandre qui lui lançait des regards furtifs auxquels elle répondait par un froncement de sourcils. Elle n’avait pas envie d’être là avec lui, elle n’avait pas envie de le laisser entrer à nouveau dans sa vie pour qu’il reparte juste après. Elle devait se protéger. Ériger les barricades. Un an et demi qu’il était parti, il ne pouvait pas simplement débarquer comme une fleur lorsqu’il le souhaitait. Surtout après des semaines que Pierrot lui disait qu’il lui manquait.

« Et… je voulais en profiter pour vous annoncer quelque chose… La voix d’Erin se faisait hésitante, fébrile. Je me suis dit que le départ de Pierrot serait plus doux si je vous annonçait l’arrivée de quelqu’un… Malo et moi on attend un enfant ».

Les yeux de Hyacinthe s’arrondirent de stupéfaction et toute la colère, la tristesse et la rancoeur s’évaporèrent pour laisser place à un sourire d’amie. Erin allait réaliser son rêve le plus cher, celui d’être mère. Son visage flambait de bonheur et son regard s’arrêtait sur chacun d’entre eux, se demandant si elle avait pris la bonne décision de l’annoncer dans un tel moment.

« Oh Erin! Mais c’est génial! », s’exclama Hyacinthe en se levant. Elle contourna la table et l’enlaça vigoureusement.

« Félicitation », s’exclama-t-elle, des larmes de joie au bord des yeux.

« Oh, Hyacinthe, je ne voulais pas… »

« Arrête tes conneries, je suis simplement tellement heureuse pour vous! »

Erin l’étreignit à son tour en soupirant de soulagement.

Alexandre lui adressa timidement ses félicitations, alors qu’Ali gardait étrangement le silence. Les yeux rivés sur les carcasses de ses crevettes, un verre dans la main, il semblait perdu dans ses pensées.

« Beh cache ta joie Ali! », s’exclama Hyacinthe.

Il releva subitement sa tête, un air décontenancé sur le visage.

« Non, excuse-moi, j’étais ailleurs, bravo Erin, Malo et toi devez être très heureux ».

Quelle mouche avait piqué son ami? Erin n’avait pas gagné un match de football. On ne disait pas bravo à quelqu’un qui attendait un enfant… Le reporter s’excusa et leur annonça qu’il devait passer au tabac.

Hyacinthe et Erin discutèrent de la bonne nouvelle qui illumina un peu les coeurs. Un départ, une arrivée. Elle en était déjà au quatrième mois et tout se passait très bien. Malo et elle avaient préféré attendre d’être sûrs avant de l’annoncer.

« Vous êtes mes premiers à qui je le dis… annonça-t-elle, émue. Je voulais te faire ce privilège, Hyacinthe… Après tout ce que tu as vécu ces derniers temps… »

« C’est un très beau cadeau Erin, murmura Hyacinthe en lui prenant les mains. Tu vas être une mère formidable ».

Elles discutèrent du prénom, et Hyacinthe remercia intérieurement Erin d’avoir apaiser la situation et d’avoir mis du baume au coeur de tout le monde après cette triste matinée. Alexandre, fidèle à lui-même, gardait le silence, mais les écoutait d’une oreille toutefois attentive.

« Il est passé où Pouran? », s’exclama Hyacinthe en regardant l’heure sur son téléphone.

« Il devait passer faire une course je crois… »

« Je vais voir où il est », annonça Hyacinthe, légèrement inquiète. Depuis qu’il avait débarqué chez elle le soir de la mort de Pierrot, elle avait remarqué un changement dans le comportement d’Ali. Elle ne pouvait pas dire précisément, mais quelque chose clochait. Et puis, elle commençait à étouffer près du titan.

Ses pas la menèrent un peu plus loin, sur la grève. Assis sur le dos d’un banc, Ali contemplait l’océan, une cigarette à la main.

« Tu fumes toi maintenant?! »

Il tourna brusquement la tête vers elle, surpris. Puis, il reporta à nouveau son attention sur la grève.

« Y a que les cons qui changent pas d’avis »

« Je crois que ce dicton ne fonctionne pas avec la cigarette », plaisanta-t-elle en s’asseyant à côté de lui. Il pouffa tristement. Son front, plissé, renvoyait une impression de tourment.

« Ali, qu’est-ce qu’il se passe? »

« Rien »

« Oh, regardes moi quand je te parle », dit-elle en reprenant l’exact même phrase qu’il lui avait assenée quelques jours auparavant.

Ses yeux mordorés glissèrent sur elle, vacillèrent, et son armure se fendit. Son visage se décomposa.

« J’ai appris… que j’étais papa »

Les entrailles de Hyacinthe firent un vol plané. La journée n’était que montagnes russes.

« Qu… quoi? », bredouilla-t-elle, sous le choc. Pourtant, de ce qu’elle savait, Ali n’avait aucune petite copine… Rien de sérieux du moins pour mettre en route un enfant.

« Tu te souviens d’Anouk? »

Hyacinthe hocha la tête. Anouk était une fille qu’il avait côtoyé l’été avant leur départ en Tanzanie.

« Eh bien… Elle me l’a caché pendant presque deux ans »

« Quoi? Mais? Pourquoi? »

« C’était rien de sérieux avec elle, juste du fun. Et j’imagine qu’elle s’est dit que je refuserai d’avoir un enfant. Je peux pas lui en vouloir… »

« Oh mon dieu… murmura Hyacinthe, les yeux rivés sur lui. Mais… pourquoi elle te l’a enfin dit? »

« Visiblement c’était un secret trop lourd pour elle. Et elle aimerait que son… notre fils connaisse son père »

« Ali… wow c’est une… sacrée nouvelle… Comment tu te sens? »

« Paumé. Genre sacrément paumé. Jamais aussi paumé de ma vie. Et j’ai peur, aussi. Vachement peur putain »

Hyacinthe entoura de son bras les épaules de son ami et posa sa tête contre la sienne. Il se tendit sous elle, peu habitué à ces effusions tactiles.

« Je suis là », lui dit-elle simplement.

Il soupira longuement et accepta finalement son étreinte. Soudain, son souffle se fit plus saccadé, son front glissa contre le sien, et ses lèvres se posent contre les siennes. Hyacinthe se recula vivement.

« Ali? Qu’est-ce que tu fais? »

Aussi décontenancé qu’elle, il se prit le visage entre les mains et grogna.

« Putain qu’est-ce que je suis con! »

Hébétée, Hyacinthe regardait les mains d’Ali fourrager dans ses propres cheveux rageusement. Puis, il releva la tête.

« Excuse moi Hyacinthe, je suis vraiment paumé, je sais plus ce que je fais, j’… j’arrive plus à réfléchir! »

Elle se calma légèrement.

« T’inquiètes pas, je… comprends »

« Bordel, qu’est-ce que je suis con », gronda-t-il avant de se lever brusquement. Elle l’imita, ne sachant pas vraiment comment réagir. Ni quoi dire. Ni quoi faire.

« Viens, on rejoint les autres », lâcha-t-il avant de regagner l’asphalte cabossée de la ruelle. Elle trottina derrière lui, chamboulée. Que venait-il de se passer? Ce baiser avait-il un sens ou était-ce simplement le signe d’une profonde perte de repère?

Ils rejoignirent le port, où Erin et Alexandre discutaient en mangeant leur dessert. Les deux amis se rassirent à table en silence, gauchement.

« Ça va? », demanda Erin, visiblement intriguée par leur attitude.

« Ça va », répondirent-ils à l’unisson.

Ils terminèrent leur repas, réglèrent, et s’en allèrent. Leurs pas les guidèrent à travers les ruelles de l’île-Tudy, dans une lente ascension de digestion. Soudain, Ali se détacha, et annonça qu’il rentrait à Paris le jour-même.

« Ah… ok », bredouilla Hyacinthe.

Erin dû rentrer à Loctudy et les laissèrent tous les trois.

« Bon… je vais faire mon sac, lâcha Ali. Je pars devant »

Non… hurla Hyacinthe à l’intérieur d’elle-même. Sa silhouette disparut bientôt au détour d’un coin de rue et le silence qu’il avait laissé derrière lui bourdonnait aux oreilles de la jeune femme. Elle pouvait sentir la présence d’Alexandre près d’elle, vrombir dans l’air. Ils marchèrent quelques secondes qui lui parurent une éternité à cause du mutisme ambiant. Des pensées chaotiques de son cerveau, des non-dits.

« Tu ne m’as pas pardonné? »

Sa voix ronde claqua dans la ruelle vide.

« De quoi? »

« De t’avoir avouer mes sentiments »

Le coeur de Hyacinthe se glaça dans sa poitrine.

« C’est de l’histoire ancienne »

Les pas du titan s’arrêtèrent, l’obligeant à se retourner vers lui. Il l’observait.

« De l’histoire ancienne?», répéta-t-il, incrédule.

« Oui, c’est passé, c’est oublié, n’en parlons plus »

« Pas pour moi », dit-il tout bas.

« Tu n’as pas le droit de dire ça », répliqua-t-elle d’une voix blanche, sentant le vide se rouvrir sous ses pieds.

« Pourquoi tu es si en colère? »

Elle soupira et se pinça l’arrête du nez.

« Je suis en colère contre moi. Je n’aurais jamais dû m’attacher à toi. Je perds tout ceux qui me sont proches… »

Il garda le silence et leva la tête vers le ciel où le vent s’était remis à souffler, faisant naviguer les nuages.

« Depuis que je suis loin, je ressens comme un vide à l’intérieur de moi », déclara-t-il, pensif.

« Alexandre ». Prononcer son prénom lui brûla la langue.

« Je ne sais pas comment faire pour le faire taire! ». Sa voix s’était levée, comme le zéphyr, tel le feulement d’un petit animal égaré, piégé dans les lianes d’un chasseur. Puis, il la regarda, et Hyacinthe fut stupéfaite par l’air perdu de son visage. Ses boucles en pagailles, son front brouillon et ses yeux orageux criaient son désarroi, lui donnaient l’air d’un orphelin.

Le coeur de Hyacinthe loupa à battement.

« Ecoute, je ne peux pas avoir… cette discussion la. Je suis désolé. C’est juste trop m’en demander » lâcha-t-elle soudainement.

« Tu veux que je m’en aille? »

« Oui »

Le titan se redressa et les traits de son visage s’affaissèrent.

Non. Non elle refusait de vivre à nouveau la perte d’un être cher. Il ne fallait plus s’attacher aux gens, il ne valait mieux pas tisser des liens susceptibles d’être source de douleur. Aimer quelqu’un c’était comme lui donner le pouvoir de vous détruire. Sans attendre qu’il ne réagisse, elle le planta là et le laissa seul dans la ruelle qui menait à l’église.

Lorsqu’elle rentra chez elle, Ali s’affairait dans le salon à récupérer toutes ses affaires. Il lui jeta un regard en coin à son arrivée et se dépêcha encore plus.

« Mon train est dans pas longtemps, je vais appeler un taxi ».

« Ali, on peut en parler? »

Il arrêta de fourrer sans succès un pull dans son sac de voyage et se redressa, la mine amère.

« Je suis vraiment désolé Hyas, je crois que je suis pas net depuis que j’ai appris la nouvelle… »

« Ça peut se comprendre »

« J’espère que ça va rien changer entre nous, j’ai pas envie de foirer les choses avec toi »

« Non! Jamais!, s’exclama-t-elle. On part toujours au Canada? »

« On part toujours au Canada, affirma-t-il dans un petit sourire. Je t’appelle rapidement pour qu’on prenne les billets. Tout est prêt ».

« Super ».

Là, maintenant, elle avait vraiment besoin d’une nouvelle aventure.

« Au fait, il est où l’pigeon? », demanda Ali, penchant le cou pour regarder derrière elle.

« Oh? Je sais pas »

Il fronça les sourcils et se remit à l’ouvrage. Hyacinthe refusa qu’il ne prenne le taxi et l’accompagna à la gare où ils se quittèrent en bafouillant. Il lui demanda de dire au revoir à Alexandre de sa part.

Hyacinthe rentra chez elle, seule. Le rire et la voix caverneuse d’Ali ne raisonnaient plus entre les murs de sa petite maison. Celui de Pierrot ne murmurerait plus que dans sa tête. Malgré elle, elle se demanda où il était. Ce qu’il faisait. S’il était déjà reparti. Le voir aujourd’hui avait ravivé l’étincelle qui lui griffait l’estomac.

Les informations que son cerveau avait dû assimiler et digérer au courant de la journée, l’avait éreinté et Hyacinthe n’arrivait plus à réfléchir correctement. Comme si l’univers avait voulu la tester, chambouler sa vie, lui mettre des obstacles sur son chemin. Elle s’endormit sur son canapé, la tête contre son coude.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Jane Demo
Posté le 22/07/2021
Hello. De quoi tu n'es pas sur ?
Pour ma part je serai un peu déçue si finalement l'amitié avec Ali n'en est pas vraiment une. Je n'ai pas imaginé que leur relation puisse changer. J'ai vraiment le sentiment que c'est une belle amitié , profonde ou chacun est la l'un pour l'autre dans le beau comme le pire... à voir la suite. Je continuerai à la lire quoi qu'il arrive ah ah. Et j'ai hâte de voir ce qui va se passer....
joanna_rgnt
Posté le 22/07/2021
Le coeur de Hyacinthe loupa à battement. -> Je pense que tu voulais dire "un" battement
« Ecoute, je ne peux pas avoir… cette discussion la. Je suis désolé. C’est juste trop m’en demander » lâcha-t-elle soudainement. -> "ée" à "désolé" ? Vu que c'est elle qui parle

Super chapitre en tout cas !! J'étais sûre qu'à un moment ou à un autre Ali allait l'embrasser haha ! J'ai toujours pensé qu'il était à fond sur elle !

Petite question : Pourquoi tu n'étais sûre de la tournure ?
Vous lisez