Perturbations

Par Maud14
Notes de l’auteur : Hello :) Alors, je ne suis pas sûre de la tournure de la chose... n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et ça me fera sans doute réfléchir ! :)

Assis autour d’une table en terrasse le long du petit port, Erin, Ali et Hyacinthe s’observaient sans mot dire. Le vent s’était calmé et un large rayon de soleil trouait la mer de nuage gris, inondant d’une lueur claire un petit cercle d’eau salée. Lui donnant une couleur verte profonde. L’odeur des hortensias fleurissant contre le mur en pierre du petit restaurant embaumait l’air, rappelant à Hyacinthe la chambre blanche de Pierrot. Elle alluma une cigarette.

Le serveur apporta les crevettes roses, les huîtres fraîches et une bouteille de vin dont les gouttelettes de condensations sur sa robe jaune pâle attestaient de sa fraîcheur.

 

« Tu as rendez-vous chez le notaire demain? », demanda Ali, d’un ton qu’il voulu le plus doux possible.

 

« Ouais »

 

« Même moi qui ne le connaissais pas bien, je l’aimais beaucoup ce petit vieux », déclara Erin.

 

« A Pierrot! », lança Ali en levant son verre de petit chablis.

 

« A Pierrot », reprirent les autres.

 

Puis, Erin se racla la gorge voyant qu’Ali ramait pour rendre la conversation agréable et que Hyacinthe se refermait petit à petit comme une huître.

 

« Et… je voulais en profiter pour vous annoncer quelque chose… La voix d’Erin se faisait hésitante, fébrile. Je me suis dit que le départ de Pierrot serait plus doux si je vous annonçait l’arrivée de quelqu’un… Malo et moi on attend un enfant ».

 

Les yeux de Hyacinthe s’arrondirent de stupéfaction et toute la colère, la tristesse et la rancoeur s’évaporèrent pour laisser place à un sourire d’amie. Erin allait réaliser son rêve le plus cher, celui d’être mère. Cela faisait maintenant deux bonnes années qu’elle et Malo tentaient d’avoir un enfant et ces derniers temps son amie commençait à perdre espoir. Son monde tournait autour de la venue de ce petit être. Son visage flambait de bonheur et son regard s’arrêtait sur chacun d’entre eux, se demandant si elle avait pris la bonne décision de l’annoncer dans un tel moment.

 

« Oh Erin! Mais c’est génial! », s’exclama Hyacinthe en se levant. Elle contourna la table et l’enlaça vigoureusement.

 

« Félicitation », s’exclama-t-elle, des larmes de joie au bord des yeux.

 

« Oh, Hyacinthe, je ne voulais pas… »

 

« Arrête tes conneries, je suis simplement tellement heureuse pour vous! »

 

Erin l’étreignit à son tour en soupirant de soulagement, alors qu’Ali gardait étrangement le silence. Les yeux rivés sur les carcasses de ses crevettes, un verre dans la main, il semblait perdu dans ses pensées.

 

« Beh cache ta joie Ali! », s’exclama Hyacinthe.

 

Il releva subitement sa tête, un air décontenancé sur le visage.

 

« Non, excuse-moi, j’étais ailleurs, bravo Erin, Malo et toi devez être très heureux ».

 

Quelle mouche avait piqué son ami? Erin n’avait pas gagné un match de football. On ne disait pas bravo à quelqu’un qui attendait un enfant… Le reporter s’excusa et leur annonça qu’il devait passer au tabac.

 

Hyacinthe et Erin discutèrent de la bonne nouvelle qui illumina un peu les coeurs. Un départ, une naissance. Elle en était déjà au quatrième mois et tout se passait très bien. Malo et elle avaient préféré attendre d’être sûrs avant de l’annoncer.

 

« Vous êtes mes premiers à qui je le dis… annonça-t-elle, émue. Je voulais te faire ce privilège, Hyacinthe… Après tout ce que tu as vécu ces derniers temps… »

 

« C’est un très beau cadeau Erin, murmura Hyacinthe en lui prenant les mains. Tu vas être une mère formidable ».

 

Elles discutèrent du prénom et Hyacinthe remercia intérieurement Erin d’avoir apaiser la situation et d’avoir mis du baume au coeur de tout le monde après cette triste matinée.

 

« Il est passé où Pouran? », s’exclama Hyacinthe en regardant l’heure sur son téléphone.

 

« Il devait passer faire une course je crois… »

 

« Je vais voir où il est », annonça Hyacinthe, légèrement inquiète. Depuis qu’il avait débarqué chez elle le soir de la mort de Pierrot, elle avait remarqué un changement dans le comportement d’Ali. Elle ne pouvait pas dire précisément quoi, mais quelque chose clochait. Et puis, elle commençait à étouffer près du titan. Elle ne savait pas comment se comporter avec lui et, malgré les efforts qu’elle fournissait, elle ne pouvait pas ne pas lui en vouloir.

 

Ses pas la menèrent un peu plus loin, sur la grève. Assis sur le dos d’un banc, Ali contemplait l’océan, une cigarette à la main.

 

« Tu fumes toi maintenant?! »

 

Il tourna brusquement la tête vers elle, surpris. Puis, il reporta à nouveau son attention sur la grève.

 

« Y a que les cons qui changent pas d’avis »

 

« Je crois que ce dicton ne fonctionne pas avec la cigarette », plaisanta-t-elle en s’asseyant à côté de lui. Il pouffa tristement. Son front, plissé, renvoyait une impression de tourment.

 

« Ali, qu’est-ce qu’il se passe? »

 

« Rien »

 

« Oh, regardes moi quand je te parle », dit-elle en reprenant l’exact même phrase qu’il lui avait assenée quelques jours auparavant.

 

Ses yeux mordorés glissèrent sur elle, vacillèrent et son armure se fendit. Son visage se décomposa.

 

« J’ai appris… que j’étais papa »

 

Les entrailles de Hyacinthe firent un vol plané. La journée n’était que montagnes russes.

 

« Qu… quoi? », bredouilla-t-elle, sous le choc. Pourtant, de ce qu’elle savait, Ali n’avait aucune petite copine… Rien de sérieux du moins pour mettre en route un enfant.

 

« Tu te souviens d’Anouk? »

 

Hyacinthe hocha la tête. Anouk était une fille qu’il avait côtoyé l’été avant leur départ en Tanzanie.

 

« Eh bien… Elle me l’a caché pendant presque deux ans »

 

« Quoi? Mais? Pourquoi? »

 

« C’était rien de sérieux avec elle, juste du fun. Et j’imagine qu’elle s’est dit que je refuserai d’avoir un enfant. Je peux pas lui en vouloir… »

 

« Oh mon dieu… murmura Hyacinthe, les yeux rivés sur lui. Mais… pourquoi elle te l’a enfin dit? »

 

« Visiblement c’était un secret trop lourd pour elle. Et elle aimerait que son… notre fils connaisse son père »

 

« Ali… wow c’est une… sacrée nouvelle… Comment tu te sens? »

 

« Paumé. Genre sacrément paumé. Jamais aussi paumé de ma vie. Et j’ai peur, aussi. Vachement peur putain »

 

Hyacinthe entoura de son bras les épaules de son ami et posa sa tête contre la sienne. Il se tendit sous elle, peu habitué à ces effusions tactiles.

 

« Je suis là », lui dit-elle simplement.

 

Il soupira longuement et accepta finalement son étreinte. Soudain, son souffle se fit plus saccadé, son front glissa contre le sien et ses lèvres trouvèrent les siennes. Hyacinthe se recula vivement.

 

« Ali? Qu’est-ce que tu fais? »

 

Aussi décontenancé qu’elle, il se prit le visage entre les mains et grogna.

 

« Putain qu’est-ce que je suis con! »

 

Hébétée, Hyacinthe regardait les mains d’Ali fourrager dans ses propres cheveux rageusement. Puis, il releva la tête.

 

« Excuse moi Hyacinthe, je suis vraiment paumé, je sais plus ce que je fais, j’… j’arrive plus à réfléchir! »

 

Elle se calma légèrement.

 

« T’inquiètes pas, je… comprends »

 

« Bordel, qu’est-ce que je suis con », gronda-t-il avant de se lever brusquement. Elle l’imita, ne sachant pas vraiment comment réagir. Ni quoi dire. Ni quoi faire.

 

« Viens, on rejoint Erin », lâcha-t-il avant de regagner l’asphalte cabossée de la ruelle. Elle trottina derrière lui, chamboulée. Que venait-il de se passer? Ce baiser avait-il un sens ou était-ce simplement le signe d’une profonde perte de repère? Jamais un tel rapprochement ne lui avait traversé l’esprit, ou du moins, sérieusement…

 

Ils rejoignirent le port, où Erin avait entamé son dessert. Les deux amis se rassirent à table en silence, gauchement.

 

« Ça va? », demanda Erin, visiblement intriguée par leur attitude.

 

« Ça va », répondirent-ils à l’unisson.

 

Ils terminèrent leur repas, réglèrent et s’en allèrent. Erin dû rentrer à Loctudy et les laissèrent tous les deux. Leurs pas les guidèrent à travers les ruelles de l’île-Tudy, dans une lente ascension de digestion. Soudain, Ali se détacha et annonça qu’il rentrait à Paris le jour-même.

 

« Ah… ok », bredouilla Hyacinthe.

 

Ils marchèrent encore silencieusement quelques temps et arrivèrent sur la grève, de l’autre côté de la presqu’île.

 

« Bon… je vais faire mon sac, lâcha Ali. Je pars devant »

 

Sa silhouette disparut bientôt au détour d’un coin de rue et le silence qu’il avait laissé derrière lui bourdonnait aux oreilles de la jeune femme.

Lorsqu’elle rentra chez elle, Ali s’affairait dans le salon à récupérer toutes ses affaires. Il lui jeta un regard en coin à son arrivée et se dépêcha encore plus. Les nuages s’étaient noircis, la pluie n’allait pas tarder à tomber.

 

« Mon train est dans pas longtemps, je vais appeler un taxi ».

 

« Ali, on peut en parler? »

 

Il arrêta de fourrer sans succès un pull dans son sac de voyage et se redressa, la mine amère.

 

« Je suis vraiment désolé Hyas, je crois que je suis pas net depuis que j’ai appris la nouvelle… »

 

« Ça peut se comprendre »

 

« J’espère que ça va rien changer entre nous, j’ai pas envie de foirer les choses avec toi »

 

« Non! Jamais!, s’exclama-t-elle. On part toujours au Canada? »

 

« On part toujours au Canada, affirma-t-il dans un petit sourire. Je t’appelle rapidement pour qu’on prenne les billets. Quand tu seras prête ».

 

« Super ».

 

Là, maintenant, elle avait vraiment besoin d’une nouvelle aventure. Ali se remit à l’ouvrage. Hyacinthe refusa qu’il ne prenne le taxi et l’accompagna à la gare où ils se quittèrent en bafouillant. Hyacinthe le vit disparaître dans le train mais ne put se résoudre à partir. C’était comme si une partie d’elle partait avec lui; comme si sa bouée de secours prenait le large. Cela lui donna le tournis. Le visage de son ami réapparut dans l’embrasure de la porte et il la rejoignit d’un pas pressé. Il chercha les mots face à elle, changeant l’appui de ses jambes. Puis, son regard se planta dans le sien et son front se plissa.

 

« Je serai toujours là, la fleur, tu le sais, hein? Tu me promets que ça va aller? »

 

« Je te le promets », souffla-t-elle au bord des larmes, émue par ce lien qu’elle partageait avec lui.

 

Il la serra rudement contre lui et regagna l’antre du train.

Hyacinthe rentra chez elle, seule. Le rire et la voix caverneuse d’Ali ne raisonnaient plus entre les murs de sa petite maison. Celui de Pierrot ne murmurerait plus que dans sa tête. Malgré elle, elle se demanda où il était. Ce qu’il faisait.

Comme pour s’achever, elle dénicha la vidéo qu’Alexandre avait filmé de Pierrot. Son visage fripé souriant aux mouettes, son regard ayant vécu milles vies, la tristesse de son sourire qui n’était destiné que pour sa Marie… La justesse des plans poignarda la jeune femme en plein coeur et elle étouffa un petit sanglot. Il avait su capter l’âme du vieux matelot. Son hommage était magnifique, éternel.

Les émotions que Hyacinthe avait vécues et digérées au cours de la journée l'avaient éreinté et elle n’arrivait plus à réfléchir correctement. Elle avait presque le sentiment que l’univers avait voulu la tester, chambouler sa vie, lui mettre des obstacles sur son chemin. Elle s’endormit sur son canapé, la tête contre son coude, après avoir avalé une petite pilule magique.

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Jane Demo
Posté le 22/07/2021
Hello. De quoi tu n'es pas sur ?
Pour ma part je serai un peu déçue si finalement l'amitié avec Ali n'en est pas vraiment une. Je n'ai pas imaginé que leur relation puisse changer. J'ai vraiment le sentiment que c'est une belle amitié , profonde ou chacun est la l'un pour l'autre dans le beau comme le pire... à voir la suite. Je continuerai à la lire quoi qu'il arrive ah ah. Et j'ai hâte de voir ce qui va se passer....
Maud14
Posté le 26/07/2021
De tout ce chapitre à vrai dire... Mais je continues et au pire, je modifierai plus tard :)
Mais ne t'en fait pas, Ali reste Ali!
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