Partie II - 9. Les lumières du Nord

Notes de l’auteur : C'est parti pour la (re)publication de la deuxième partie ! Celle-ci a bien plus changé que la première au cours de la réécriture, quoique ce n'est pas encore flagrant dans ce chapitre 9. 
J'espère que ça vous plaira !
 
MISE À JOUR : 4 MAI 2018

 ***

 

Deuxième partie

- Dans leur sillage - 

 

*** 

 

Chapitre 9 - Les lumières du Nord

 

La neige derrière les cavaliers était creusée de trois sillons distincts, mais elle avait déjà fondu par endroits, et ils piétinaient alors de la terre ou de la tourbe humide, spongieuse. Autour d'eux, les derniers bataillons de l'hiver se rendaient aux troupes du printemps : partout, de minuscules pousses et bourgeons pointaient le bout de leur nez, et par terre, entre les flaques, les mousses festoyaient. 

Les seuls sons qui ponctuaient leur course étaient le bruissement léger, amorti, des paquets de neige qui tombaient des arbres de temps à autre, et le martèlement essoufflé de leurs pas sur le sol, et le sifflement du vent à leurs oreilles. Ils n'avaient pas dit un mot depuis le départ, à l'aube, chevauchant inlassablement sans que leurs montures ne donnent des signes de fatigue. La forêt était si semblable à celle qu'ils connaissaient qu'ils avaient l'impression de n'être qu'à quelques lieues de l'auberge. Comme s'ils n'avaient eu qu'à se retourner pour faire un dernier signe de la main à tous ceux qui s'étaient rassemblés pour leur dire au revoir.

Après des heures de chevauchée entre les arbres, ils parvinrent à une large trouée dans la forêt. Le soleil, légèrement masqué par une fine couche de nuages, avait dépassé son zénith depuis longtemps. Gil Nilssen fit ralentir sa monture alors qu'ils atteignaient une zone à l'abri du vent. Gulv et Hvit suivirent docilement le mouvement. Ils semblaient avoir déjà reconnu l'autorité du vieux munnin de Nilssen, qui s'appelait Svart et faisait presque le double de leur taille.

Le mercenaire descendit souplement du dos de l'oiseau et détacha la besace qui contenait leurs provisions. Svart s'ébroua et s'éloigna, en quête de quelque chose à grignoter, pendant que les Nordistes mettaient pied à terre. Endrin caressa l'encolure de Gulv, lissant ses plumes dérangées par le voyage ; Andrev se pencha pour desserrer les courroies de la selle de Hvit. 

Ils déjeunèrent de viande rôtie, refroidie par leur trajet mais encore tiède grâce aux fourrures dans lesquelles on avait enveloppé les boîtes. Il y avait aussi des lentilles et du pain, dont ils se servirent pour saucer tout le jus qui restait au fond des bols. Les gourdes étaient pleines de la boisson chaude qu'on servait à l'auberge, et son arôme familier réveilla les voyageurs engourdis. 

Tout en buvant, Andrev jeta un coup d'œil en direction d'Endrin. Elle se tenait figée, sa gourde toujours à hauteur de son visage, suivant des yeux les traces des munnins sur la terre jusqu'à l'endroit où ils avaient émergé de la forêt. 

-      Tu regrettes, petite ? Tu voudrais revenir ? demanda Nilssen à brûle-pourpoint.

Les épaules d'Endrin se crispèrent. Andrev ne s'était pas rendu compte que le mercenaire l'observait aussi. Elle reboucha lentement sa gourde, sans répondre, et la raccrocha à sa selle.

-      Oh, fit Nilssen, d'accord. Question stupide.

Il sortit d'une des multiples poches de sa veste son paquet d'herbe et sa pipe, qu'il bourra avec soin. 

-      Pas facile de partir, ça non. Mais te retourne pas, gamine. Le secret, c'est de pas se retourner. 

Une première bouffée de fumée ponctua sa phrase. Le visage d'Endrin était fermé et elle ne répondit pas. Andrev, lui, secoua la tête d'un air sceptique.

-      Vous ne regardez jamais en arrière, alors ? demanda-t-il à Nilssen.

Le regard d'oiseau de proie du mercenaire soutint le sien à travers la fumée dont il s'enveloppait, puis il sourit.

-      Hé si, répliqua-t-il. Justement. Je sais de quoi je parle.

Il se leva, la pipe à la bouche et les narines fumantes, et entreprit de ranger leurs provisions dans son paquetage. Puis il vérifia les sangles de la selle de Svart, qui se baissa pour le laisser grimper - ce n'était pas un homme très grand. Andrev flatta l'encolure de Hvit et se remit en selle à son tour.

-      Trêve de parlotte, on y va, lança Nilssen en soufflant un nuage de fumée. Monte sur ton munnin, petite. Tu verras, ce sera plus facile quand tu seras plus loin.

Endrin se hissa sur le dos de Gulv avec à peine un hochement de tête pour toute réponse, mais le mercenaire ne parut pas s'en formaliser. L'hiver qu'ils venaient de passer parmi les Rassemblés lui avait appris au moins une chose sur Endrin : personne ne lui arrachait un mot contre son gré. 

Ils repartirent et continuèrent comme ils avaient commencé, en silence, sans faire d'autre halte jusqu'à la fin de la journée. Il faisait déjà sombre lorsque Nilssen fit ralentir les munnins. Il les mena ensuite dans un creux à l'abri du vent où ils pourraient dresser leur campement, au pied d'une petite falaise rocheuse et escarpée. Le paysage n'avait pas varié d'un iota, avec ses bosquets et ses immenses étendues ternes, mais le sol était relativement sec ici et le feu prit rapidement, projetant bientôt des ombres mouvantes sur les pierres et les arbres qui les encerclaient. 

Le mercenaire mit le reste du ragoût à réchauffer au-dessus du foyer. Andrev et Endrin s'occupèrent d'allumer les lanternes, puis se préparèrent à monter leurs tentes. Leurs gestes étaient engourdis par la fatigue.

-       ‘Vais chercher plus de bois, lança Nilssen en se relevant péniblement. Occupez-vous de vos munnins d'abord, vous monterez les tentes après.

Il s'enfonça dans l'obscurité, une lanterne à la main, et Svart s'allongea près du foyer en grondant. Endrin s'approcha de Gulv avec le sac de grain et le nourrit poignée par poignée. Un pas derrière elle, Hvit laissa soudain échapper un long gémissement en tendant le cou du côté où ils étaient venus. Endrin se retourna vivement, inquiète.

-      Ce n'est rien, la rassura Andrev qui s'occupait de l'oiselle. Ul lui manque.

Hvit geignit de nouveau et le nomade redoubla de caresses. 

-      Elle n'est pas blessée ? Tu es sûr ? questionna Endrin.

Sa voix était enrouée à force de se taire.       

-      Non, elle n'a rien. Ils lui manquent, c'est tout. Ul, Frey, l'auberge... 

Il décrivait des cercles lents dans le plumage de sa monture.

-      C'est normal, ajouta-t-il. Ça va passer.

Endrin hocha la tête en serrant les lèvres et reporta son attention sur Gulv. Un moment s'écoula sans qu'ils ne parlent.

-      Nilssen ne t'a pas embêtée, tout à l'heure ? demanda prudemment Andrev.

-      ... Non. Ce n'était pas grave.

Il hésita un instant, puis lâcha :

-      Je ne comprends pas pourquoi c'est lui qui nous accompagne.

-      Parce qu'il connaît la route.

-      Il n'est pas le seul.

Endrin soupira, lui adressa un regard las.

-      Tu aurais préféré que les tiens nous conduisent, c'est ça ? Puisque Sonja est passée par l'Université ?

Andrev secoua la tête, un peu honteux tout à coup.

-      Non... Je ne pense pas qu'elle se souvienne de la route. Et Nilssen fera un meilleur guide, c'est vrai, marmonna-t-il. Simplement, on ne le connaît pas très bien. J'espère que tu ne...

-      Tu te fais du souci pour rien, le coupa Endrin en débouclant la selle de Gulv.

Il accusa le coup en silence et se détourna pour continuer à monter sa tente. Endrin tendit du grain à Hvit qui mastiqua sans grand appétit. Les lueurs vacillantes du feu de camp et des lanternes rendaient les couleurs étrangement chaudes.

-      C'est pour toi que je me fais du souci, dit soudain Andrev. 

-      Eh bien, arrête, répliqua Endrin à mi-voix. Tu n'étais pas obligé de venir, après tout.

-      Si. Je t'avais dit que je te suivrais. Et les autres ont approuvé - Azar était content que tu ne partes pas toute seule et même Skadi et Frey ont dit...

Andrev s'interrompit en apercevant le visage d'Endrin. Elle croisa son regard et détourna immédiatement les yeux, fermant le sac de grain avec des gestes maladroits. Il serra les poings dans ses poches. Ce serait comme ça tout le temps, désormais ? Il suffirait de prononcer le nom de ceux qu'ils aimaient pour raviver le manque, pour rouvrir la blessure ?

-      Excuse-moi, murmura-t-il. 

Hvit recommença à gémir et il passa distraitement sa main sur son cou, son attention focalisée sur Endrin. Celle-ci jeta un coup d'œil à l'oiselle qui raclait la terre de ses pattes sans cesser ses lamentations.

-      On dirait que ça ne va pas passer, marmonna-t-elle d'une voix étranglée.

-      ... Il va falloir un peu de temps. Elle ira mieux bientôt.

-      Qu'est-ce que tu en sais ? demanda Endrin sans desserrer les dents.

Andrev ne répondit pas tout de suite. Il se remémora les printemps précédents, quand les Wa chargeaient leurs chariots pour repartir loin de l'auberge, comme les autres nomades. Chaque fois qu'ils se mettaient en marche après les dernières accolades, sa poitrine le tiraillait, toujours au même endroit. Et puis les jours passaient...

-      Je le sais, c'est tout, dit-il simplement. Elle s'habituera. Et nous aussi.

-      Je ne crois pas.

Comme pour la contredire, Hvit cessa de s'agiter et émit une sorte de bâillement. Endrin lui caressa la joue et la poussa gentiment vers Gulv, qui était en train de rejoindre Svart près du feu. 

Ensuite ils se remirent au travail, en silence. Les tentes n'étaient pas difficiles à monter ; habitué à la manœuvre, Andrev dressa la sienne en quelques minutes et prêta ensuite main-forte à Endrin, qui n'avait jamais eu à le faire elle-même. Pendant ce temps, Nilssen empila le bois qu'il avait ramassé non loin et mit leur repas du soir à chauffer ; après quoi il monta sa propre tente, plus grise et usée que celles des Nordistes, mais un peu plus grande aussi - deux personnes devaient pouvoir y coucher sans trop se marcher dessus.

Le feu pétillait, fléchissant de temps à autre sous les rares souffles de vent qui se frayaient un chemin jusqu'à leur abri ; plus loin, ils entendaient les branches des sapins siffler sous les rafales, en un son à la fois alarmant - car ils étaient dehors, dans la forêt, dans la nuit - et réconfortant - car ils prenaient leur dîner autour d'un bon feu de camp. 

-      Je monterai la garde trois heures, annonça le mercenaire en soufflant sur son bouillon. Après je te réveillerai, garçon, et trois heures plus tard ce sera au tour de la gamine. J'ai pas de montre, démerdez-vous avec le ciel. Appelez-moi si vous flairez un truc pas net - hésitez pas à sonner le cor si vous pouvez pas bouger. Et en cas de grosse urgence, vous avez (il désigna un long paquet posé devant lui) de quoi vous défendre.

Andrev observa le paquet, l'air circonspect.

-      C'est un fusil, c'est ça ? supposa-t-il, méfiant.

-      Ouep. T'sais, y'a bien que dans votre Nord et deux ou trois autres coins paumés qu'on utilise encore des flèches et des javelots. Partout ailleurs, on a ces machins-là et laisse-moi te dire que c'est foutrement plus efficace. 

Endrin plissa les lèvres en regardant le fusil que Nilssen déballait. Il leur expliqua sommairement comment s'en servir, puis le reposa près du feu.

-      Gardez-le près de vous pendant votre veille, insista-t-il. On devrait pas se faire attaquer ici, y'a pas grand-chose dans le coin, mais on sait jamais avec les esprits.

Les Nordistes échangèrent un bref regard. Aucun d'eux ne se servirait du fusil, quoi qu'il arrive, car ils savaient que les esprits ne leur feraient aucun mal.

Ils rejoignirent vite leurs tentes respectives, frissonnants et épuisés. Une fois leurs matelas déroulés, ils s'endormirent presque instantanément, tandis que Nilssen renflouait le feu, prêt à veiller.

 

*

 

Elle court sur les rochers de la côte saute de l'un à l'autre sans jamais heurter la surface de l'eau ni les paquets d'algues qui gisent à terre - le fjord est peuplé de barques de pêcheurs le soleil frôle la ligne d'horizon au-dessus des montagnes - dans très peu de temps tout sombrera dans l'obscurité - elle court sans craindre cette obscurité car tout autour du fjord les pêcheurs dressent leurs tentes leurs feux de camp allument leurs lanternes et tout ça se reflète sur les eaux calmes de la baie - se reflète si précisément qu'on se demande lequel est le reflet de l'autre - le rivage est éclairé même au plus fort de la nuit il semble alors que la nuit perd de son pouvoir sur les Hommes car toutes ces lumières la font ressembler à une fête - les gens agitent des lanternes d'une rive à l'autre pour se saluer ils ont l'air fatigués heureux - les shamans font battre leurs tambours ça résonne à travers le fjord elle court encore plus vite plus vite le temps n'est pas à perdre 

 

-      Endrin...

Quelque chose frottait contre la toile de la tente.

-      Endrin, réveille-toi. 

-      Quoi ? marmonna-t-elle d'une voix lourde de sommeil. 

Elle se redressa en clignant des paupières, le corps tout entier encore du côté du songe, bondissant de pierre en pierre avec le vent...

-      C'est ton tour de garde, Endrin.

Les membres engourdis, Endrin enfila sa veste et passa maladroitement l'ouverture de la tente. L'air froid de la nuit la fit frissonner. 

-       Désolé, souffla Andrev. Si tu es trop fatiguée, je peux...

Il laissa sa phrase en suspens. Endrin avait levé les yeux vers le ciel - noisette et fumée. Là-haut, dans l'espace immense et ténu qui les séparait des étoiles, dansaient les aurores. Lueurs spectrales d'un vert éclatant, elles ondoyaient comme des étoffes agitées par la brise. Andrev regarda Endrin. Un vague sourire lui courait le long des lèvres. 

-       Enfin elles se montrent, chuchota-t-elle.

Il hocha la tête - c'est vrai qu'on ne les avait pas vues de l'hiver. Le phénomène était rare. On attribuait aux aurores une volonté semblable à celle des esprits : incompréhensible des Hommes. Elles choisissaient où, quand et pour qui elles apparaissaient. C'était du moins ce que les shamans enseignaient aux enfants du Nord.

Endrin baissa la tête pour étouffer un bâillement, puis la releva vers les aurores, l'air secrètement réjouie. Andrev aimait voir cette expression sur son visage. Lui qui s'était senti si fatigué quelques minutes plus tôt, soudain il n'avait plus vraiment envie de rentrer dans sa tente. 

Il se pencha, saisit un morceau de bois mort pour renflouer leur feu de camp. 

-       Tu peux y aller, lui dit Endrin en s'asseyant près du foyer. Je prends le relais.

-       ... Je n'ai pas trop sommeil.

Endrin plissa les yeux et le fouilla du regard. Il sentit ses joues chauffer légèrement malgré le froid. 

-       Tu n'as dormi que trois heures, fit-elle remarquer.

-       Ça arrive. Je suis habitué - un peu. Avec les Wa, parfois, je reste de garde toute la nuit...

Elle le regardait et il n'arrivait pas à déchiffrer son expression - dubitative ? peut-être un peu impressionnée quand même ? Andrev tourna le dos à Endrin et se mordit les lèvres. Là-bas au loin, la lumière des aurores découpait les contours accidentés de la cime des arbres. Le vent murmurait, malmenant les branches et les bouquets de bruyère.

Il se sentait sur le qui-vive et en même temps très engourdi. Ce n'était pas agréable.

-       Ils te manquent ? souffla Endrin derrière lui.

-       ... Quoi ?

-       Ton clan. Tu n'as jamais vraiment été séparé d'eux, non ?

Son ton était hésitant - prudent. Elle se préoccupait sincèrement de lui. Il baissa les yeux vers le sol, remuant vaguement la terre du bout du pied, sans oser se tourner franchement vers elle.

-       Jamais très longtemps, non, admit-il. Mais ça va. Je n'y pense pas beaucoup. 

-       Vraiment ?

Du coin de l'œil, il la vit se pencher en avant et les boucles de ses cheveux se déversèrent des deux côtés de son visage, presque orangées dans la lueur des flammes. Andrev réprima un frisson.

-       J'essaie de penser plutôt à ce qui t'attend.

Sa voix lui parut rauque. Endrin émit un faible soupir.

-       Ce qui m'attend, répéta-t-elle. Ça ne devrait pas être à toi d'y penser.

Il haussa les épaules.

-       Peut-être, mais je ferai de mon mieux pour t'aider quand même.

Elle se redressa, une expression pincée sur le visage. 

-       Tu devrais aller dormir, marmonna-t-elle.

Un instant, il resta figé - et puis il comprit. Toutes ces choses qu'il ne lui disait pas, elle les entendait quand même. Tous les sentiments qu'il essayait de taire restaient douloureusement audibles pour Endrin, et elle ne supportait pas l'idée qu'il l'ait suivie poussé par ces seuls sentiments.

Mais cette idée était fausse. Il fallait qu'il le lui fasse comprendre.

-       Endrin, tu sais...

Il se racla la gorge. Elle le considérait d'un air presque méfiant.

-       Les Wa ne me manquent pas parce que... parce que je sais que j'ai fait le bon choix en venant avec toi - et parce que, ajouta-t-il avant qu'elle puisse répliquer, je sais qu'ils auraient fait pareil si c'était moi qui avais voulu partir. 

Un temps. Endrin ne disait rien.

-       Ils m'auraient accompagné. Et à l'inverse, je les aurais accompagnés si j'avais dû. J'aurais fait pareil pour Ul aussi, et Frey, et Skadi. S'ils m'avaient demandé, je serais parti avec eux.

-       Mais moi, je ne t'ai rien demandé, réagit Endrin.

-       C'est vrai - justement. Tu n'as pas de clan, Endrin - et tu es sédentaire. Je suis venu à cause de ça. Parce que tu n'as rien demandé à personne ; parce que tu ne sais pas qu'un voyage, ça ne se fait pas seul. Et parce que tu es une amie...

Ces derniers mots s'envolèrent dans la nuit. Après un instant, Andrev osa regarder Endrin et il tressaillit : son œil changeant avait pris la couleur des aurores et elle souriait. Il baissa aussitôt les yeux.

-       Voilà, marmonna-t-il. Maintenant je vais... dormir.

Il progressa vers sa tente d'un pas qu'il aurait voulu plus assuré.

-       Bonne nuit, dit Endrin dans son dos.

Il acquiesça, bien qu'elle ne puisse pas le voir, et se glissa dans sa tente. Une fois la toile refermée, il se laissa tomber sur sa couche, le cœur battant. Il avait froid et chaud. La présence d'Endrin au-dehors avait quelque chose d'aigu. 

Andrev s'obligea à ne penser à rien pour pouvoir s'endormir. Seules les aurores continuèrent à danser dans un coin de sa tête - elles avaient la forme des yeux d'Endrin.

 

*

 

Le lendemain, le pain qu'ils avaient emporté était déjà sec. Ils l'avalèrent avec un peu de thé en finissant de préparer leurs montures et partirent tôt, alors que la nuit semblait encore décidée à coller au ciel.

La journée s'écoula comme celle de la veille et comme, sans doute, se dérouleraient toutes celles qui suivraient. Ils avançaient, ne ralentissant que pour reposer les munnins après les passages difficiles. Aux alentours de midi, alors qu'Andrev laissait une fois de plus Hvit reprendre son souffle après une montée, Nilssen n'y tint plus.

-      Vous comptez mettre combien d'années pour atteindre le Sud ? Ces bêtes sont taillées pour la marche, pas besoin de les faire s'arrêter toutes les deux minutes. Vous les ménagez trop.

-      Ils ne sont pas à nous, dit Andrev.

Il tapota l'encolure de Hvit qui s'était baissée pour renifler une touffe d'herbe.

-      On a promis à Ul et Frey d'en prendre soin.

-      Et alors ? Ils sont solides, je vous dis. Et s'ils vous les ont donnés, c'est bien parce qu'ils le savaient.

-      Ils nous les ont prêtés, rectifia Andrev. 

Nilssen renifla d'un air sceptique et se prépara une nouvelle pipe, ses yeux perçants surveillant les collines, droit devant eux. 

-      Comme vous voulez. Moi, j'suis pas pressé.

Les pauses s'espacèrent malgré tout, au fur et à mesure que les Nordistes prenaient confiance en l'endurance de leurs montures et que celles-ci se fortifiaient. Au fil des jours, le terrain devint moins escarpé. Les falaises et les blocs de pierre qui avaient souvent obligé les munnins à faire des détours se raréfièrent, remplacés par des collines un peu plus vertes, parsemées de roches envahies par le lichen. Il n'y avait presque plus d'arbres et au sol, des buissons de ronces et de myrtilliers se mêlaient à la mousse et la bruyère. 

C'était la lande. Il y avait dans ce mot quelque chose de mystérieux et d'enivrant. Le paysage n'était pas inconnu aux deux Nordistes. Andrev l'avait parcouru avec les Wa et Endrin avait trouvé au bord des fjords et sur les causses une végétation semblable lors des grandes pêches d'hiver - les seuls moments où elle avait séjourné hors de l'auberge. Ils avaient donc une assez bonne idée de ce qui les attendait les prochains jours : des lieues et des lieues de terres désolées, désertes à l'exception de quelques troupeaux de rennes et de familles d'élans.

-      Ces bêtes-là ont des prédateurs, avertit Nilssen un jour qu'ils passaient non loin d'un groupe d'animaux. Souvent des bestioles qui sortent la nuit. Je sais que ça a l'air tranquille par ici mais restez vigilants, c'est compris ?

Les Nordistes acquiescèrent vaguement, peu inquiets. Le mercenaire les considéra d'un air légèrement agacé.

-      Vous me prenez pas au sérieux ? Je suis passé par ici des tas de fois et je vous assure que si ces bestioles nous tombent dessus, on est dans la mouise. Sans parler de ces saloperies d'esprits, renchérit-il devant l'absence de réaction de ses protégés.

Endrin resserra légèrement les mains autour des rênes de Gulv. 

-      D'ailleurs, à propos de ça, poursuivit Nilssen en faisant ralentir Svart pour rester à la hauteur des Nordistes. Pour ce qui est des esprits, garçon, tu t'y connais bien d'après ce que j'ai compris. On risque d'en croiser beaucoup, à ton avis ? 

Andrev évita de regarder Endrin. S'ils devaient en croiser, elle le sentirait bien avant lui, mais Nilssen n'avait pas besoin de le savoir.

-      Sans doute pas, répondit-il. On dit qu'ils n'aiment pas les endroits déserts. Visiblement, ils préfèrent vivre pas trop loin des Hommes. Entre leur monde à eux et le nôtre. 

-      Ah bon ? Ils pourraient pas rester bien tranquilles de leur côté ?

Derrière Nilssen, Endrin baissa la tête sans qu'Andrev puisse distinguer son expression - un sourire ? de la peine, au contraire ? Il haussa les épaules à l'intention du mercenaire.

-      Souvent, ils ont l'air curieux de voir ce que nous faisons. Alors ils nous observent, et parfois ils nous suivent.

Nilssen fronça les sourcils, ses yeux jaunes fouillant le visage du nomade.

-      Si tu dis ça pour me faire flipper, gamin, je trouve pas ça marrant, grommela-t-il.

 

*

 

Ils avançaient. Le mercenaire dénichait chaque soir des sites appropriés pour leur campement - on voyait qu'il savait où il allait. En chemin, il ramassait des baies, des champignons, parfois du gibier qu'il tirait au fusil.

Ses protégés n'aimaient pas entendre la détonation assourdissante de son arme. Ils avaient tous deux vu des animaux mourir par le passé - Andrev en avait tué lui-même un certain nombre - mais les Nordistes chassaient d'une manière radicalement différente. Les flèches et les javelots des Wa sifflaient, l'animal s'écroulait avec une sorte de grâce et les chasseurs murmuraient le remerciement d'usage. Nilssen, lui, tirait des balles qui réduisaient le gibier à un tas de chair et de fourrure sanguinolente, qu'il ramassait avec désinvolture avant de se remettre en route. Ils n'avaient rien d'autre qui aurait pu leur permettre de chasser, cependant.

Les nuits se ressemblaient. Les aurores apparaissaient à une fréquence déconcertante et les Nordistes les admiraient séparément, pendant leurs tours de garde respectifs. Elles déployaient leurs méandres luminescents en une danse lente et solennelle, en un spectacle qui ne cesserait jamais de captiver les Hommes. 

Endrin surtout les observait chaque nuit avec intensité, comme si derrière ces brumes flamboyantes se trouvaient des messages antiques, enfouis sous les voiles de lumière, qu'elle espérait déchiffrer. Mais elle ne saisissait rien. Ce n'étaient alors que de longues contemplations durant lesquelles elle n'aurait su dire si elle était éveillée ou endormie. Le feu crépitait à côté et le fusil était juste là, toujours tout près - elle le regardait parfois, sans jamais y toucher. 

Une nuit, elle assista à la lutte féroce que les aurores livrèrent contre les nuages. L'obscurité avalait la lumière, les couleurs transperçaient le coton, tour à tour, inlassablement. Mais quelque chose la tira brutalement de sa contemplation. Elle resta immobile un moment, scrutant l'obscurité alentour, au-delà du halo réconfortant du feu de camp ; puis se leva, prudemment, silencieusement.

D'un regard, elle s'assura que rien ne bougeait du côté des tentes, et contourna le feu pour gagner la colline ; son ombre s'étira sous ses pieds. Endrin plissa les yeux : la nuit était noire, sans lune pour l'éclairer, et les aurores ne projetaient sur la terre qu'un éclat incomplet et trompeur, voilé par les nuages.

Elle avança de quelques pas. Le campement était installé dans un creux entre deux collines d'herbes nues, sans arbres. Devant Endrin se dressait un talus ; et de l'autre côté, il y avait quelque chose qui accélérait les battements de son cœur.

Il y eut un froissement derrière elle et elle fit volte-face. Dans la lueur orangée du feu de camp, elle vit Svart, le grand munnin de Nilssen, et ses yeux d'oiseau qui luisaient. Il cligna lentement des paupières, comme un avertissement. 

Mais rien ne pouvait retenir Endrin. Elle gravit souplement le talus, quasiment à quatre pattes, s'agrippant aux touffes d'herbe. Ses mitaines se retrouvèrent vite humides. Arrivée en haut, elle les essuya sur son pantalon en regardant autour d'elle. 

La guerre qui opposait les nuages et les aurores tournait au profit de ces dernières, et petit à petit, elles déversèrent à nouveau leur étrange lumière sur les landes. Endrin y voyait mieux. Au sud, tout était plat, sans ombre, sans couleur, rien que la lande. Vers le nord, elle n'apercevait rien de plus, mais elle savait qu'il y avait des montagnes, des fjords, quelque part au-delà des collines - il y avait son Nord.

C'est alors qu'elle les aperçut. On aurait dit qu'ils se tenaient là à l'attendre depuis des heures et elle-même les avait peut-être attendus également, sans le savoir tout à fait. Elle s'accroupit pour descendre l'autre face du talus, beaucoup plus raide, et dérapa à plusieurs reprises, s'égratignant les mains dans des buissons de ronces humides. Elle ne pouvait plus lâcher les Lytts du regard.

Ils apparaissaient de tous les côtés, maintenant, comme si on avait allumé des lanternes un peu partout dans la plaine. Endrin avançait, essayant de tous les regarder, mais ils étaient trop nombreux à sortir du ruisseau qui murmurait un peu plus loin, à dévaler les collines dans un ballet bondissant, tous convergeant vers elle. Ils s'arrêtèrent à quelques mètres et se mirent à lui tourner autour, lentement, dans une attitude plus grave. Elle s'immobilisa. 

Il n'y avait aucune silhouette derrière leur éclat. Ils semblaient constitués uniquement de lumière, sans corps. Pourtant, en plissant les yeux, Endrin distinguait dans le cœur de leur lumière une vague forme mouvante, une sorte de volute de poussière agitée par une brise invisible. Quelque chose d'ectoplasmique qui ressemblait à la substance des aurores. 

Ils se rapprochèrent tout doucement, comme s'ils redoutaient de l'effrayer. Elle se redressa pour leur montrer qu'elle n'avait pas peur. Ils scintillèrent de plus belle et la lande sembla envahie par une fête silencieuse, une gigantesque cérémonie du Brasier - de mille Brasiers.

Comme la première fois, comme toutes les autres, Endrin sentait des larmes d'émotion se presser derrière ses paupières - tant de choses émanaient de la foule des esprits de lumière qui murmuraient, cliquetaient, soufflaient... Elle s'efforça de se contenir, de chasser ces émotions humaines - les Lytts ne pouvaient les comprendre et ils ne devaientpas les comprendre, tout comme les Pans ne devaient pas pleurer - les esprits étaient autres, à jamais autres. 

Elle frissonna. La lande était glaciale. Il n'y avait pas de réelle chaleur dans la lumière des Lytts, pas la chaleur qui aurait réchauffé un corps - il y avait un autre genre de chaleur pourtant, de celle que les Hommes ressentaient quand ils éclataient de rire.

Endrin attendit, au milieu de leur cercle, aspirant dans ses yeux noisette et sapin tout l'éclat qu'ils diffusaient. Et puis elle parla - les mots jaillirent de sa bouche.

-      Que faites-vous si loin de chez vous ? Vous et tous les autres...

Les Lytts sifflaient légèrement, suspendus à quelques centimètres du sol. Ils étaient venus pour elle. Ils voulaient lui dire au revoir. Endrin secoua la tête, confuse.

-      Si loin de chez vous, répéta-t-elle.

Le sifflement s'accentua. Ils étaient loin, oui, ils étaient loin - mais c'était ce qu'ils voulaient. Rester près d'elle. Toujours près d'elle - plus près. Endrin se sentit envahie par une grande vague de nostalgie, pleine d'une détresse qui n'était pas la sienne.

-      Alors restez - venez - accompagnez-moi au Sud.

Elle bredouillait. Les Lytts s'agitèrent. Impossible - impossible - le Sud ne voulait pas d'eux et ils ne voulaient pas du Sud - tout ce qu'ils voulaient, c'était elle. Elle les quittait mais ils seraient là, toujours, toujours. Endrin hocha la tête en ravalant ses larmes.

-      Merci d'être venus, souffla-t-elle.

Les Lytts scintillèrent mais aussitôt après, une onde inquiète parcourut leur foule, jusqu'à Endrin. Elle n'était plus seule. Ils devaient faire vite - vite, vite... L'onde se changea en caresse et une des lumières s'avança vers elle, au milieu du cercle. Elle s'agenouilla pour se mettre à sa hauteur, un sourire irrépressible lui grimpant aux lèvres tandis que l'esprit approchait. Elle tendit la main vers lui et les Lytts poussèrent leur frère en avant et la petite lueur bondit dans les mains ouvertes d'Endrin. 

Immédiatement, la foule des esprits s'enfuit dans toutes les directions, en un bruissement lumineux qui ressemblait à un rire ; ils coururent sur la lande comme des étoiles filantes, jusqu'en haut des collines, jusqu'au bout de la ligne d'horizon, peut-être jusqu'aux montagnes du Nord qu'Endrin ne pouvait plus voir. Elle resta là, agenouillée dans l'herbe humide, réalisant qu'elle avait fermé les mains par réflexe pour recueillir l'esprit de lumière. Elle les rouvrit lentement. 

Il y avait là une étincelle qui ne s'éteignait pas, qui pesait dans sa paume comme un bout de charbon - ou un petit morceau de glace... Un fragment d'aurore, un grain de ciel. Endrin mit la petite pierre dans sa poche et reprit le chemin du campement. 

Nilssen l'attendait en haut du talus, la main crispée sur son fusil, ses yeux d'oiseau de proie lançant des éclairs. Elle envisagea de passer devant lui sans rien dire, mais s'arrêta finalement à quelques pas.

-      Vous les avez fait fuir, lui lança-t-elle d'un ton sec.

Le mercenaire la considéra. Ses épaisses narines vibraient de colère.

-      J'espère bien que je les ai fait fuir, rétorqua-t-il. Qu'est-ce qui t'a pris de t'approcher si près d'eux, gamine ? T'es fatiguée de vivre ?

Endrin jeta un coup d'œil derrière elle, au loin.

-      Ils ne reviendront pas, dit-elle en passant devant son guide. Vous pouvez aller vous recoucher. 

Nilssen se redressa, fouillant d'un regard méfiant les collines alentour, le fusil toujours bien campé dans ses mains. Mais il n'y avait plus rien. Il regagna sa tente d'un pas énervé et Endrin se rassit près du feu. Elle enroula ses bras autour de ses genoux, triste sans savoir exactement pourquoi. Dans sa poche, la pierre des esprits scintillait sans discontinuer.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Codan
Posté le 04/07/2021
Oh ce passage avec les esprits est tellement fort !
Andrev dévoile de plus en plus ses sentiments, qu'est-ce que c'est chou ! J'aime beaucoup ce personnage que je trouve extrêmement touchant. son attachement envers Endrin est très attendrissant !
J'aime bien le contraste de ces deux personnages face à Nilssen, ça montre davantage leur spécificté de Nordistes, et je trouve ça très intelligent. Ca ne laisse présager rien de bon pour le Sud en tout cas...
Envoleelo
Posté le 30/12/2019
Wow. Bon. Eh bien, me voilà à terre !
Quelle merveilleuse idée que d'avoir fait cette ellipse. Après le discours de l'aubergiste, il t'aurait été difficile de prolonger la narration durant le rassemblement sans que cela ne paraisse très artificiel. Tu as très bien géré cette transition !
Ce chapitre est somptueux. Ton style nous offre de merveilleux passages, à la poésie délicate et intelligente. Je suis triste de quitter le Nord tant il a l'air fabuleux malgré son climat rude.
J'aime le personnage d'Andrev. C'est étonnant parce que d'habitude les personnages assez mous (il passe son temps à s'excuser !) m'énervent très vite, mais là pas du tout. Je crois que c'est grâce à tout ce que tu as fait passer dans les chapitres précédents sur la culture des Nordiques. Ça rend son comportement normal, attachant. Il fait juste ce qu'il doit faire.
Pareil pour Endrin, qui montre là plus d'agressivité que dans tous les chapitres précédents réunis. Mais je la comprends. Elle devait partir, mais ça n'est pas aisé pour autant. Et la patience d'Andrev est touchante. Par contre je ne suis pas certaine qu'il aurait suivi n'importe qui. Je pense que c'est un personnage très instinctif qui se laisse guider par ses sentiments.
Bref. J'adore ton roman. Il est d'une telle richesse... Je suis très impatiente de voir ce que la suite nous réserve.
EryBlack
Posté le 16/12/2020
J'ai vu tes nouveaux commentaires et il y en a encore plein d'ancieeeens D: J'essaye de rattraper tout ça, merci beaucoup de n'avoir pas lâché l'histoire pour autant ^^
C'est drôle comme parfois, c'est le truc le plus "facile" en termes d'écriture qui est aussi le plus pertinent pour l'histoire. J'avais prévu cette ellipse dès le début de l'écriture, je trouve ça vraiment pratique pour repartir un peu de zéro. Après, la difficulté a été de gérer ce qui avait pu se dire entretemps, parce que dans la réalité Endrin et Andrev auraient sans doute posé mille questions sur l'Université et tout, mais dans un roman ça gâche un peu la découverte, donc bon.
Merci beaucoup pour tes compliments, je suis touchée, comme toujours <3 Concernant Andrev, il divise ce garçon ! Pas mal de lectrices m'ont dit être agacées par son comportement effectivement. Du coup, je le retravaille un peu, mais j'essaye de ne pas faire disparaître ce qui pouvait le rendre attachant. Un sacré exercice de dosage ^^
Merci encore !
Olga la Banshee
Posté le 04/09/2018
Sacrée ellipse ! J'avoue que c'est reposant que quitter le très nombreux personnages, de se concentrer sur quelques uns seulement ! (j'ai pas une super mémoire...)
De très beaux passages, as usual
"Quelque chose d'ectoplasmique qui ressemblait à la substance des aurores. "
" elle court encore plus vite plus vite le temps n'est pas à perdre "
et plein d'autres !
 
2 minis-remarques :  
si c'était moi qui avais voulu partir. > avait
 sans que leurs montures ne donnent des signes de fatigue. > ça serait plus joli avec "de" non ?
 
Bon, c'est vraiment histoire d'avoir quelque chose à redire ! 
 
EryBlack
Posté le 04/09/2018
Re ! Eh oui, on quitte les Rassemblés ^^ les trop nombreux personnages c’est un des gros soucis de cette première partie, je travaille encore dessus. Mais oui il y a quelque chose de soulageant à se consacrer seulement à quelques-uns après cette grande masse x)
Merci pour toutes tes remarques, je me les garde sous le coude ! Et contente que tu ne trouves pas trop de trucs à redire alors, hihi. À très bientôt ! 
Isapass
Posté le 18/06/2018
Bon décidément, je suis envoûtée et je dois faire un effort à chaque fin de chapitre pour réactiver mon esprit analytique...
Je suis bien triste qu'ils aient quitté le rassemblement dont j'aimais beaucoup l'atmosphère. Et d'ailleurs, on sent bien la nostalgie qui les accompagne, comme si ce voyage était inévitable mais qu'ils ne le faisaient pas de gaieté de coeur. Ce qui est à la fois compréhensible et un peu mystérieux. Pour Andrev, on comprend qu'il considère comme un devoir d'accompagner Endrin, mais pour elle, ça fait sentir le côté inéluctable de son attirance pour le Sud. Elle ne peut pas faire autrement mais ça ne l'excite pas plus que ça. Pour le moment, du moins
On arrive pas tout à fait à faire confiance à Nilssen, même s'il ne montre aucun signe de malhonnêteté. Ca doit être parce qu'il ne comprend pas les mystères du Nord comme eux. Mais le trio est un peu bancal. Ce qui est très bien dans la narration. Ce serait trop simple s'ils n'étaient partis que tous les deux. Au moins ça limite les confidences et toute interaction trop rapide entre Andrev et Endrin. Bien trouvé !
J'aime beaucoup la syntaxe du rêve, sans ponctuation. C'est vraiment une bonne idée. J'ai quand même était surprise par le paysage du rêve : est-ce qu'Endrin a déjà vu la côte ? Est-ce qu'elle l'imagine d'après des récits de voyageurs à l'auberge ? A-t-elle déjà quitté l'auberge, d'ailleurs ? Comme c'est un rêve, tu peux y mettre ce que tu veux, mais il a quand même soulevé quelques questions, tu vois.
J'aime beaucoup les sentiments entre Andrev et Endrin. Lui, il est assez "lisible" : droit, loyal, protecteur... et amoureux. Mais Endrin, par contre, on dirait qu'elle rejette l'intérêt d'Andrev. Pas tant parce qu'il lui déplaît que parce que ça lui fait peur ou parce qu'elle ne pense pas les mériter. C'est l'impression que ça me fait, en tout cas.
La scène des Lytts, encore une fois, est superbe. On dirait que le temps s'arrête. Je me mets en apnée quand je lis un passage qui me happe complètement. Là, j'ai failli faire une syncope parce que je n'ai pas repris ma respiration jusqu'à l'apparition de Nilssen :D !
Juste une minuscule remarque : 
"C'est alors qu'elle les aperçut." : vraiment du pinaillage mais le fait de parler des Lytts en fin de paragraphe, ça a un effet "Tadaaa" un tout petit peu artificiel. Peut-être que tu gagnerais en naturel à mettre "C'est alors qu'elle aperçut les Lytts". Le passage est tellement joli et magique que tu n'as pas besoin de rajouter d'effet, je trouve. C'est loin d'être gênant, hein, juste une remarque de pointilleuse ;)
EryBlack
Posté le 18/06/2018
C'est un très beau compliment ça ^^ Navrée des dommages occasionnés à l'encontre de ton esprit critique, et merci pour ta lecture <3 
Eh oui, pour moi aussi ç'a été très dur de leur faire quitter le Nord :( À la base, le Rassemblement était censé être une simple introduction pour préparer le voyage, mais j'ai été un peu trop conquise par l'ambiance du Nord. J'espère que le dosage entre la nostalgie et les nouveaux sentiments engendrés par leurs découvertes sera convenable. En attendant, j'aime bien cette idée de fatalité : ils ne pouvaient pas faire autrement que partir.
Nilssen est absolument indispensable dans cette partie II, parce que les deux autres sont si peu bavards et démonstratifs ! Il me fallait ce contraste et cette présence presque étrangère pour éviter que ça devienne imbuvable xD Mais j'espère que le personnage se révèlera intéressant indépendamment de son rôle très "outil". 
Merci pour le rêve :) J'ai beaucoup aimé écrire de cette façon.Jje pense que je peux répondre à tes interrogations sans te gâcher quoi que ce soit. Il est vrai qu'Endrin n'a pas quitté beaucoup l'auberge, mais c'est quand même arrivé à quelques reprises, notamment pendant les Rassmblements : elle a pu accompagner des grandes pêches, par exemple, au début de l'hiver ou au retour du printemps. Je pense qu'elle s'est rendue sur la côte au moins une ou deux fois, mais ce qui est sûr c'est que ce n'est pas un paysage "habituel" pour elle. En tout cas, ce sont des questions intéressantes ;)
Oh, je suis très heureuse que tu apprécies cette relation qu'ils ont. J'ai eu des retours assez divers là-dessus et il m'arrive de douter, mais c'est quand même bien comme ça que je les vois, tous les deux. J'espère que tu apprécieras l'évolution de leurs rapports :)
Merci beaucoup <3 mais aaaah, pense à respirer tout de même, je ne voudrai pas être responsable d'un malaise xD Non, plus sérieusement, il m'arrive aussi d'avoir le souffle coupé à la lecture et je suis très heureuse que ça ait pu te faire cet effet.
Pas bête du tout comme remarque, c'est vrai que j'abuse peut-être un peu des effets "Tadaaa". Je me note de relire ce passage ! Merci toujours pour ta lecture et ton commentaire !  
Carvage
Posté le 20/11/2017
"et le martèlement essoufflé de leurs pas sur le sol, et"
Au début du chapitre, la repetition des "et" pourrait gener certains lecteus ; personellement ce n'est pas mon cas.
Le rêve en italique pourrait aussi vener par don absence de ponctuation ;  pour ma part ça ne me gène pas, il est clair que c'est volontaire de ta part.
Sinon, la lecture est agréable, on retrouve des descriptions poussees qui permettent une bonne immersion dans leur voyage.
EryBlack
Posté le 20/11/2017
J'ai tellement tardé à te répondre, désolée, j'ai honte... Merci pour tes derniers commentaires, notamment ton avis sur l'écriture de certains passages, je m'y suis un peu repenchée. Je suis contente que ça t'ait plu jusqu'ici :)
Fannie
Posté le 11/09/2017
Chapitre 9
<br />
Coucou Ery,
Après des semaines sans rien commenter, je reviens vers l’Université.
Comme d’autres l’ont fait remarquer, « le mercenaire » est une manière péjorative de désigner Nilssen, mais je ne le crains pas pour autant ; je n’ai pas l’impression qu’il soit sur le point de trahir nos voyageurs. Ce qui m’inquiète, c’est qu’il se montre ouvertement hostile et méprisant envers les esprits ; je me demande comment ceux-ci pourraient réagir.
J’ai aussi remarqué ce qu’Elish a considéré comme de la mauvaise foi chez Endrin ; je serais tentée de penser qu’elle a son petit caractère, pour le dire gentiment. Je trouve aussi qu’elle est pleine de contradictions.
Après la rencontre avec les Pans, le rêve et la rencontre avec les Lytts, il est clair qu’Endrin a une connexion particulière avec les esprits. Je me demande même si elle n’est pas elle-même un esprit incarné, ce qui rejoint l’idée d’un intermédiaire entre les esprits et les hommes et l’idée qu’elle a une destinée, une mission particulières. Ça expliquerait qu’elle ne veuille pas de l’amour d’Andrev (parce que, bien sûr, autrement elle aurait tort).
Coquilles et remarques :
Si. Je t'avais dit que je te suivrai [concordance des temps : « que je te suivrais » ; après un plus-que-parfait, on ne peut pas mettre un futur]
les aurores déployaient leurs méandres luminescentes [ luminescents ; « méandre » est masculin]
Le mercenaire la considéra, l'air pris de cours [pris de court]
Concernant « y’a », si j’avais un doute quand j’ai commencé à commenter l’Université, j’ai à présent la certitude que c’est une faute d’orthographe. Voir sur cette page et dans les liens qui y sont donnés : http://www.forumplumedargent.fr/t3844-Faut-il-crire-Y-a-ou-y-a.htm
Deux passages m’ont fait tiquer :
« De temps à autre, de petits paquets de neige tombaient des arbres dans un bruissement léger, amorti ; cela, et le martèlement essoufflé de leurs pas sur le sol, et les quelques chants d'oiseau qui leur parvenaient, et le sifflement du vent, étaient les seuls sons qui ponctuaient leur course. »<br /> Bien qu’Eilish ait déjà relevé cette phrase, je mets mon grain de sel. Enlever les chants d’oiseaux me paraît être une bonne idée, mais à part ça, il n’y a pas grand-chose à changer ; j’aime bien la façon dont la phrase est découpée. Je propose quelque chose comme : « outre le martèlement essoufflé de leurs pas sur le sol et le sifflement du vent, c’étaient les seuls sons qui ponctuaient leur course. »
Le passage en italique ; manifestement, c’est un rêve d’Endrin. Je comprends que tu cherches à lui donner un caractère léger, bondissant et rapide, mais il me semble que cet effet ne serait pas troublé par deux ou trois virgules.
À part ça, je savoure toujours autant ton écriture. J’aime particulièrement ces images :
« et par terre, entre les flaques, les mousses festoyaient »
« alors que la nuit semblait encore décidée à coller au ciel »
Voilà pour ce chapitre.
EryBlack
Posté le 11/09/2017
Coucou Donna ! Ça me fait plaisir de te revoir par ici :)
Merci pour ton avis sur Nilssen. J'aime bien le fait qu'il apparaisse comme un personnage pas tout à fait "sûr". Quant à sa relation aux esprits, elle est très sudiste ; il a du mal à voir les choses à la manière des Nordiques. Par contre, les esprits ont des réactions vraiment imprévisibles, ils ne s'en prennent pas forcément aux gens qui les méprisent. Personne ne sait vraiment ce qui motive leurs actions. Cela dit, effectivement, c'est inquiétant, et tant mieux.
Endrin a son petit caractère, c'est une jolie manière de le dire, oui ! Contente qu'elle t'apparaisse ainsi.
C'est une théorie super intéressante ! Je ne vais ni la confirmer, ni l'infirmer, selon mon habitude, mais le fait que tu aies saisi cette idée d'intermédiaire me fait vraiment plaisir :) 
Merci encore pour les coquilles ! Arf, je suis triste, je trouve que "méandres luminescentes" sonne mieux, mais pour ce genre de chose, pas moyen de transiger avec la règle. (c'est amusant quand même, tous ces mots qui sont en fait masculins alors qu'on les croirait aisément féminins) Pour le "y'a", en revanche, je dois t'avouer que j'ai lu ton post mais que pour le moment, je vais laisser cette graphie. L'apostrophe a ici, pour moi, le sens d'une intonation plutôt que son sens "grammatical" habituel ; quand je lis "y a", j'ai l'impression que la personne s'exprime clairement, tandis que le "y'a" me fait entendre une façon de parler plus relâchée, moins correcte, et donc plus proche de la façon dont je perçois Nilssen, par exemple. Endrin et Andrev, eux, diraient "Il y a" de toute façon. (J'ai consicence que c'est une justification bien fragile d'un point de vue strictement correct, mais pour le moment, ça me ferait trop bizarre de changer ! Cela dit, ce n'est pas la première fois que les remarques que tu fais me font cet effet. Par exemple, j'ai complètement adopté "autrice" après avoir lu des articles dessus en plus de ce que tu avais dit toi-même. Parfois, ça prend juste du temps pour me faire à l'idée. Bref !) Pour la phrase relevée par Eilish, mea culpa, je l'avais déjà modifiée mais je n'avais pas pris le temps de mettre le chapitre à jour. Les chants d'oiseaux ont disparu et la formulation est un peu différente. Quant au rêve, tu n'es pas la première à me le dire, mais je tiens beaucoup à cette forme vraiment à part du reste, avec juste des tirets. J'y réfléchirai... 
Merci pour ta lecture et ton commentaire (et ces phrases que tu as notées, ça me fait très plaisir). À bientôt ! 
Vous lisez