Partie I - Chapitre 6

Notes de l’auteur : Ça y est, il se passe quelque chose ! Flora est chamboulée, des souvenirs remontent et pas seulement ceux de son rêve. / Ce chapitre est plus long que les autres, plus difficile aussi.. Merci pour votre lecture et vos conseils :)

Flora était allongée sur son canapé. Il devait être plus de vingt heures, mais elle ne voulait pas se lever pour dîner. Elle ouvrit les yeux et après avoir fixé le plafond, tendit ses bras au dessus de sa tête. Elle se sentait étrange, presque malade. Ses mains étaient prises de fourmillement, et une migraine tambourinait ses tempes depuis plus de trois bonnes heures, malgré les deux cachets qu’elle avait avalé en entrant chez elle. Finalement, elle se redressa, et observa son salon.

 

Les éclats du réverbère de la rue projetaient des ombres sur ses murs. Les photos ressemblaient plus que jamais à des gouffres sombres, comme si le souvenir qu’elles renfermaient se cachait à son regard fiévreux. Jamais elle ne s'était sentit aussi seule. Elle fut tentée d'appeler Judith. Mais que lui dirait-elle ? Qu'elle avait rencontré un homme au musée ? Que depuis, elle se sentait mal ? Qu'elle était sûre que tout cela était lié à son rêve ? Impossible. Connaissant Judith, elle ne la croirait pas. Flora avait déjà du mal à se croire elle-même. Son regard glissa sur son téléphone portable, posée sur la table. Qui pouvait-elle appeler, à quelle personne de confiance pouvait-elle se confier ?

 

Soudain, elle sursauta et ce fut comme dans le musée. La vision du temple blanc et de la silhouette entre ses colonnes s’imprima sur ses rétines.
« Suis moi, ne te triture pas l'esprit avec des suppositions complexes, la réalité l'est assez pour ça. »

La voix de la femme résonnait encore dans l'esprit de Flora lorsqu'elle détacha ses doigts, pressés contre son front brulant. Elle serra ses tempes de ses mains froides, et se recroquevilla. Que lui arrivait-il ? Après quelques instants, elle tenta de se lever, mais fut prise de vertige, et replia à nouveau ses jambes sous elle. Des larmes lui montèrent aux yeux.


Ce furent les trois petits coups que l'on donnait à sa porte d'entrée qui la sortirent légèrement de sa torpeur. Qui pouvait bien venir la voir ? Elle hésitait à ouvrir. Sa voisine de palier, qui avait connu sa grand-mère, venait souvent lui proposer un bol de soupe, ou une part de tarte encore chaude. Mais ce n’était pas elle, Flora le savait. Quelque chose s’était allumé en elle, comme une alerte, à l’entente des coups portés sur le bois épais de sa porte d’entrée. On frappa encore une fois, et Flora inspira brusquement, réalisant qu’elle avait cessé de respirer un court instant. Elle reposa ses pieds au sol, et s’aida de son canapé pour se redresser péniblement. Tout le bas de son corps était engourdi, mais pourtant, elle était restée concentrée sur le judas de sa porte. L’observant de loin comme si à cette distance, il aurait pu lui dire s’il était nécessaire de se lever ou pas. Une fois encore, les coups reprirent, encore plus faibles qu’ils ne l’avaient déjà été. Soudain, un sentiment d’urgence s’empara de Flora. Et si la personne partait ? Il fallait qu’elle aille voir.

 

Plissant les yeux sous l’effort, la jeune femme s’avança péniblement vers la porte d’entrée. Son coeur battait à tout rompre, et un goût métallique dans sa bouche lui donnait la nausée. Finalement, elle ne prit pas la peine de regarder, et posa directement sa main sur la poignée. Elle pressa doucement la poignée de la porte, la tirant vers elle. Et ouvrit de grands yeux lorsqu'elle reconnut la silhouette qui se tenait dans l’encadrure.

 

L’homme du musée.

 

Elle resta sans voix pendant un moment, abasourdie, et ce fut Éric qui fit le premier pas, l'air un peu gêné.

— Flora ? commença-t-il. Je…

La jeune femme s’était figée. Comment connaissait-il son prénom ? Et puis, comment avait-il fait pour connaître son adresse ? La main crispée sur la poignée à laquelle elle se retenait, Flora cherchait son souffle. Éric en profita pour s’approcher et lui faire face.

— Désolé, marmonna-t-il. Mais il faut que je te parle. Je ne te ferai aucun mal, tu peux me croire, je t'assure. On est dans la même galère.

Des années plus tard, Flora sera toujours incapable d’expliquer ce qui l’avait alors poussé à faire entrer le jeune homme chez elle ce soir-là. Il entra néanmoins, et Flora ferma sa porte. Elle ne se retourna pas tout de suite, dépassée par tout ce qui lui arrivait. Elle devait être folle de laisser entrer un parfait inconnu chez elle. Éric quant à lui, se disait qu'il aurait bien aimé donner sa place à ce bavard d’Hermès. Il soupira discrètement et se retourna, prêt à faire face à la jeune femme, qui l'intimidait finalement assez. Il fut pris d'un frisson lorsqu'il constata qu'elle l'observait déjà, toujours près de la porte d'entrée. Il avala sa salive et prit la parole.

— Je… C'est bête, je ne sais pas par où commencer, fit Eric, gêné.
Il eut un petit rire nerveux qui disparut très vite quand il vit l'air sérieux et perdu de Flora.

— Alors déjà, reprit-il, tu veux savoir qui je suis c'est ça, hein ? Allons nous asseoir, veux-tu ?

Ils s'exécutèrent après un léger flottement, et Éric s'installa sur le canapé. Prudente, Flora s'assit sur l’une des chaises de sa table. Mais qu’est-ce qui se passait ? Elle observa le jeune homme, et fut légèrement surprise de voir qu'il était mal à l’aise. Il se tordait les mains, regardait un peu partout autour de lui. Il finit par sourire lorsque le chaton gris vint se frotter contre ses jambes. Après quelques instants de silence, Éric leva la tête vers Flora. Il ne savait apparemment pas quoi dire, puisqu'il ouvrait et refermait la bouche, comme un poisson. Enfin, il commença à parler.

— Tout ce que je vais te raconter est vrai. Je pourrais te donner des preuves et répondre à certaines de tes questions très facilement, ne t’inquiète pas. Il me semble que tu as fait un rêve étrange cette nuit, non ? Un rêve qui parlait d'un autre monde, d'un autre temps. Tu as aussi fait la rencontre de Gaïa et d'un homme qui s'appelle Hermès. Je peux te dire tout cela, car je viens de ce monde, Aléaura.

Un silence suivit ses révélations. Flora n'avait pas bougé, son coeur semblant tourner à l’envers. C'était comme si son esprit avait décidé d'arrêter de fonctionner correctement. Elle entendit tousser le voisin du dessous. Il reprit.

— J’ai été chargé de venir à ta rencontre, après le rêve que tu as fait. La nuit que tu as passée ne t'a servi que de message, de prévention. Moi, je suis l'intermédiaire de l'autre monde, le médiateur. Je viens te chercher. Avant que tu ne me dises quoique ce soit, sache que tu ne pourras pas rester ici, c'est impossible. Ta place n'est plus sur Terre, Flora. Ta vie est en danger ici.

Il y eut un silence. Vite coupé par la voix sans appel de la jeune femme.

— Vous êtes complètement cinglé, fit elle d'un air très sérieux.

— Non, je suis au contraire on ne peut plus sincère. Je peux comprendre ce que tu ressens. Il m'est arrivé la même chose que toi.
— La même chose ? dit Flora, interloquée.

Le visage d'Éric s’assombrit légèrement. Il tourna la tête vers sa gauche, vers la grande fenêtre qui laissait passer la lumière des réverbères et les quelques bruits lointains de la circulation parisienne. Une pluie fine avait commencé à tomber, et quelques gouttes s’écrasaient sur le carreau. Son regard se perdit pendant quelque instants dans les éclats de la ville. Flora frissonna. Dans quoi s’était-elle fourré ?

— Il y a des choses qui font mal, reprit-il. Que l'on n’arrive pas à oublier. - Il secoua la tête, s’efforçant d’oublier ce qui semblait être un souvenir douloureux- Tu fais parti des nôtres maintenant. Ta vie ici ne sera plus qu'un souvenir dans quelques temps. En ce moment, ton corps cherche à s’adapter à tes nouvelles capacités, tu dois surement te sentir mal.

Mais Flora fixait les mains du jeune homme. Elle ne contrôlait absolument rien à ce qui se passait, et cela l'effrayait. Comment se faisait-il qu'un simple rêve, paraisse plus réel que la réalité elle même ? Pourquoi commençait-elle à trouver cela presque normal qu'un parfait étranger soit dans son salon pour lui annoncer qu'elle devait partir ? Ses bras s’engourdirent, et elle imagina des courants électriques courir le long de sa peau. Quelque chose changeait en elle, et cela la terrifiait. Et pourtant, toutes ces sensations ne faisaient qu'approuver les dires de l'homme qui se tenait devant elle, silencieux. Avait-il pu la droguer au musée ? Prendre ses papiers avec son adresse et son nom ? Il dit quelque chose que la jeune femme n'entendit pas. Ses yeux se brouillèrent. Flora ne se rappela que des bras qui la retenaient afin qu'elle ne tombe pas de sa chaise. Son esprit, cependant, sombra loin dans les sphères obscures du silence.


Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Flora était allongée sur son canapé, une couverture posée sur elle. Ce n'était pas le matin, loin de là. Elle s'était évanouie. La jeune femme tressaillit en sentant le corps d'Éric contre son bras. Il s'était assis par terre, adossé au canapé, et sursauta légèrement en sentant le mouvement de la jeune femme. Il se releva pour se diriger vers l'interrupteur. La lumière lui fit mal aux yeux, et Flora se cacha le visage.

— Comment te sens-tu ? lui demanda Éric.
Elle se redressa et fixa ses mains, puis ses bras. Elle n'avait plus mal, mais des coups sourds résonnaient toujours dans sa tête. Son ventre était barbouillé. Elle se sentit honteuse de s'être évanouie ainsi. Semblant enfin réaliser ce qui se passait chez elle, Flora se redressa et malgré la fatigue, recula sur son canapé, le plus loin possible de l’homme qui se tenait près d’elle.

— Vous m’avez drogué ! fit-elle d’un voix éraillée mais paniquée. Tout à l’heure, devant le Canova ! Vous m’avez drogué, et vous avez pris mes papiers, c’est la seule explication possible. Qu’est-ce que vous me voulez ?

Éric sursauta, levant les mains en signe d’apaisement, et vint s'asseoir à côté d'elle.

— Je ne t’ai pas drogué Flora, je n’ai absolument rien fait qui puisse te faire du mal, ce n’est pas mon intention, bien au contraire ! Je suis là pour t’aider.

 

Flora recula encore plus, sentant les larmes monter. Elle avait envie de vomir, ses jambes surchauffaient, elle avait l’impression que des rivières d’eaux chaudes ruisselaient sur ses pieds. Eric la regardait, l’air soucieux et inquiet, ne sachant pas comment réagir. Il prit une inspiration et souffla un court instant.

— Ne t'en fait pas, je t'ai dit que je savais ce que c'était. Je ne t’ai pas du tout drogué, ce qui t’arrive est lié au fait que tu as eu un rêve très particulier cette nuit, et me voir tout à l’heure te l’a remémoré.
— Mais enfin, qu’est ce qu'il m'arrive ?!

Flora avait crié, terrifiée. Elle serrait ses bras contre elle, sanglotant à moitié. Le jeune homme la regardait, soucieux. Il tendit la main, mais se ravisa. Il finit par s’asseoir sur le canapé, à l’autre bout.

— Flora, je te jure sur ma vie que je ne voudrais jamais te faire de mal. Je comprends, oh oui je comprends ce que tu ressens, crois moi. Je suis venu à ta rencontre aujourd’hui, car après le rêve que tu as fait la nuit dernière, et les souvenirs que tu en as eu après m’avoir vu dans ce musée, tu es en danger.

Flora frémit, regardant Eric avec inquiétude à présent. Devinant sa question muette, il continua.

— Dans ton rêve, tu as appris que tu avais un rôle à jouer, malgré toi, je le sais, dans un monde différent du tien. Ce rôle Flora, des gens feront en sorte que tu ne le tiennes pas, car si tu es extrêmement importante pour nous tous, c’est parce que tu causeras la perte de ceux qui détruisent notre monde. Si tu ne me suis pas sur Aléaura, d’autres risquent de venir te… Te chercher, pour t’empêcher de réaliser ce pour quoi tu es appelée.

 

La respiration hachée, Flora desserra un peu son emprise sur ses bras. Elle revoyait le regard terrifiant et incroyable de la femme de son rêve. Gaïa. Elle l’avait nommé spontanément, sans la connaître et sans l’avoir jamais vu auparavant. Sa prédiction sur la tasse qui se casserait, le vent sur son visage, l’odeur de pain dans le village qu’elle avait traversé, le regard des hommes quand elle se rendait au temple… Avait-elle jamais envisagé que tout cela puisse être vrai ? Un silence suivit les derniers mots d’Eric, qui s’inquiétait intérieurement de ne pas réussir à mener à bien la mission qu’on lui avait confié. Il vit la jeune femme se détendre légèrement, et espéra que cela présageait une bonne fin. Il reprit la parole.

— En ce moment, tu dois ressentir que ton corps semble réagir à quelque chose. Tu as surement des douleurs et de la fièvre, tu es fatiguée et peut être as-tu des picotements ou des engourdissements dans tes bras et tes jambes. Tu peux avoir aussi envie de vomir, mais ne t’inquiète pas. Ces symptômes sont passagers.

— Qu’est-ce qu’il m’arrive ? demanda à nouveau Flora, la mine défaite.

— Et bien, tu es une réincarnation. Ça veut dire qu’un dieu, qu’une déesse et pour toi en l’occurrence, une vraie titanide, a choisi ton corps pour y placer sa force et ses pouvoirs afin de réaliser ses desseins. Moi aussi. Hermès aussi. Comme plein d’autre. Et toutes les personnes qui n'avaient jamais eu de pouvoir dans leurs corps sont passées par cette phase d’adaptation.

— Tu es une réincarnation ? demande Flora, agacée de son incapacité à faire autre chose que de poser des questions.

Éric sourit doucement. Il espérait qu’elle perde de sa réserve.
— Oui. Et moi aussi, il m’est arrivé presque la même chose que toi. Mais j’étais enfant, et les circonstances n’étaient pas vraiment les mêmes.

 

Un ange passa. Le chat s’étira et grimpa sur le canapé, ronronnant contre la cuisse du jeune homme. Il le caressa mécaniquement, semblant perdu dans ses propres souvenirs. Flora n’arrivait plus à réfléchir. Elle ressentait ces étranges vagues dans son corps, et savait très bien qu’elle n’avait pas attrapé de grippe. Elle doutait même qu’une quelconque drogue ait pu donner ces effets-là. Repenser à son rêve fit remonter la boule qu’elle avait au creux du ventre, et elle s’inquiéta de la suite des évènements. Elle se pinça, se griffa, espérant que cette scène saugrenue et impossible s’efface, que son réveil sonne l’heure d’aller en cours ou d’aller travailler, qu’elle oublie ces dernières heures passées. Son visage se posa sur une photographie posée sur une étagère d’elle enfant, entourée des bras de sa mère souriante. Comment pouvait-on grandir, arriver à son âge, et ne s’être jamais douté de quoique ce soit ? Ne jamais avoir été averti que cela pouvait être une possibilité, une éventualité que l’on vous annonce que vous étiez appelée à vivre des choses démentielles ? Flora du se forcer à reconnaitre qu’elle n’avait pas peur de cet homme, qu’elle se sentait à présent à l’aise à ses côtés. Son intuition la trahissait rarement, mais elle ne se sentit pas pour autant sereine de le savoir, se sentant presque abandonnée par celle-ci. Elle changea de position, soulageant ses membres endoloris. Eric lui laissa un peu plus de place sur le canapé, ne sachant pas à quoi s’attendre. Prenant une inspiration, Flora chercha des yeux l’homme assis sur son canapé.

— Je ne sais pas si tu le sais, commença-t-elle d’une voix mal assurée, mais je n’ai aucune aptitude particulière. Je suis étudiante en dernière année d’histoire de l’art et d’archéologie, je suis serveuse à mi-temps, et je n’ai jamais, jamais je te le jure, fait un quelconque exploit à la David Copperfield. Je me fonds dans la masse, je n’ai rien d’intéressant, crois moi. Alors devenir ce que vous semblez attendre de moi, toi et ces personnes que j’ai vu dans mon rêve… C’est impossible. Il y a erreur sur la personne. Soigne moi, enlève moi ce, cette maladie s’il te plaît, et je promets de ne pas parler de toi, d’eux, à personne.

 

C’était presque une supplique de la part de Flora, et Eric sentit son ventre se tordre sous la peine qu’il ressentait. Il se permit de poser sa main sur le genoux de la jeune femme, qui semblait de nouveau au bord des larmes.

— Flora, je suis désolé. Je ne peux rien changer, je ne peux rien contrôler. A vrai dire, je ne suis que le passeur, celui qui doit te ramener en sécurité dans notre monde, avant que d'autres ne le fassent. Avant que d'autres ne te tuent en réalité. -Flora blêmit - Ta survie est primordiale pour notre monde, pour tous les mondes. Je préfère que tu l'entendes de ma bouche, que de celle d'une autre personne qui ne cherchera pas à connaître les sentiments de la jeune femme que tu es. Flora, ta place n'est plus ici et elle ne l'a jamais vraiment été. On ne me dit pas toute la vérité, on me donne un petit rôle. Je n'ai pas beaucoup d’importance, mais je ferai de mon mieux pour rester avec toi là-bas, pour t'aider. Quand on m'a emmené, comme toi, on m'a laissé avec des gens qui s'occupaient d'accroître mes capacités, sans penser à mon être, à l’enfant que j’étais. Je sais donc que c'est dur, et je ne laisserai pas la réincarnation de Gaïa subir le même sort que moi.

Flora secoua la tête, refusant les paroles qu’elle entendait.

— Mais, mais tu réalises un peu ce que tu me demandes ? De devenir une personne que je ne suis pas, que je ne serai jamais, pour sauver votre monde, rien que ça ! De te suivre je ne sais où, je ne sais comment, et de quitter tout ce que j’ai ici ?

Flora pressa ses doigts contre ses yeux lorsqu’une nouvelle image s’empara de ses souvenirs, et pesta contre elle-même. Ça ne pouvait plus durer. Elle reprit.

— Pourquoi est-ce que je t’ai laissé entrer ? Tout ça, c’est impossible ! Je ne devrais même pas t’écouter !

La jeune femme se leva d’un bond et se dirigea vers la porte d’entrée, la démarche mal assurée.

— Tout ce que tu as ici ? dit Eric en se levant après Flora. Et qu’est ce que tu as, dis moi ? Un chat ? Des cours, de rares amis que tu ne vois jamais ? Un boulot avec une patronne complètement hystérique ? Il a fallu que je veille sur toi Flora, ces derniers jours et même en très peu de temps, je ne t’ai pas vu une seule fois aussi sereine que cet après midi, quand tu observais la statue dans le musée ! Tu es constamment sur tes gardes, tu ne fréquentes personne, tu passes ton temps à travailler sans rien faire de plus. Je ne serais pas étonné que toi-même, tu ne sois pas heureuse de ta vie aujourd’hui.

Sans le savoir, Eric avait tiré sur la corde sensible. Couverte de sueur mais déterminée, Flora se retourna et fit face à Eric, sentant la colère monter en elle.

  • Je ne te permets pas. Tu ne sais pas de quoi tu parles !
  • Ai-je tort, Flora ? Je ne connais pas ta vie, bien sur que non, mais dis moi, es-tu heureuse ici ? A quoi es-tu attachée ?

La question la pris au dépourvu. Elle ouvrit la bouche, s’apprêtant à répondre, mais ne sut quoi dire. Flora savait qu’Eric avait en grande partie raison, et elle détestait être si facile à cerner. A vrai dire, elle détestait aussi le manque d’intérêt qu’elle avait été forcé de donner à sa vie. Les images de sa grand-mère, puis de sa mère malade, de la boite scellée à laquelle elle tenait et que Flora n’avait jamais retrouvée. Judith, dont elle ne connaissait rien de plus finalement que son chien et la succession sempiternelle de petits amis éphémères. Les quelques fréquentations qu’elle avait eu. Elle ne s’était attachée à rien, s’appliquant avec précaution à ne pas devoir compter sur qui que ce soit, ni à devoir être redevable. Ce n’est pas qu’elle manquait de vie, d’humour, d’amour, de tendresse, de curiosité, oh non ! Elle en avait à revendre. Mais la réserve qu’elle pouvait avoir remontait à loin, faisait partie de son histoire, de celle de sa famille. Flora serra les poings, ne put rien dire face à Eric, et se contenta de tourner la tête vers sa droite, vers le miroir fixé au dessus de son canapé. Sa mine déconfite semblait la regarder sans la voir vraiment. Elle sentait des petites piqures sur son visage, le long de ses bras. Jamais, jamais elle n’avait été si perturbée. Elle pouvait dégager cet homme de son appartement. Mais le voulait-elle vraiment ?

 

Eric sentait qu’une véritable tempête se déchainait dans la tête de Flora. Il s’en était voulu presque aussitôt de s’être emporté, attristé qu’il avait été de voir cette jeune femme s’isoler du monde alors qu’elle semblait par dessus tout vouloir y vivre. Elle avait le teint pâle et la mine soucieuse, et Eric se dit qu’il était peut-être temps de lui montrer ce qui lui avait été confié à son départ. Il sortit doucement de sa poche intérieure un petit sac en velours rouge, fermé d’une cordelette noire, dans lequel avait été glissé une chaine et un pendentif d’excellente qualité. Il avait accepté le paquet, mais ne savait ni sa provenance, ni son propriétaire. Hermès lui avait confié que cela pouvait servir. Il lui avait glissé discrètement le sac dans sa main, en lui murmurant « Pour Flora. Si besoin. ». Il n’avait pas posé de question, mais il sentait que le potentiel besoin dont parlait Hermès était imminent.

Il fit glisser délicatement le bijou dans sa main droite, et rangea le sac dans sa poche. Levant la tête vers Flora, il vit qu’elle s’était décomposée, et regardait pétrifiée le pendentif brillant au bout de la chaine dorée. Eric ne savait pas de quoi il s’agissait, un demi-cercle constitué d’arabesques élégants, embellit par quelques éclats brillants qui ne devaient être que des diamants.

— On m’a confié ce bijou avant de partir. On ne m’a pas dit à qui il appartenait, ni ce qu’il pouvait représenter pour toi. Juste de te le montrer si… Si j’en avais besoin.

Flora ne disait plus rien, blanche comme la mort. Eric comprit que ce bijoux avait une valeur plus importante que ce à quoi il s’attendait.

— Tu reconnais cette lune ? reprit-il. Tu l’as déjà vu quelque part ?

 

Pour toute réponse, Flora contourna Eric afin d’entrer dans sa chambre. Eric la suivit, perplexe. Elle alluma la lumière, se dirigea vers sa commode et tira le dernier tiroir du bas. Elle en sortit une petite boite, qui contenant une épaisse couche de velours rouge, le même qui semblait visiblement avoir servi à faire le sac du bijou que tenait Eric. Flora se redressa, non sans peine, posa la boite sur le meuble et en tira une chaine, celle-la même que tenait le jeune homme. Au bout, se trouvait un pendentif, une lune également, autour de laquelle était fixé un fin cercle doré, strié de petites vagues sur son pourtour, semblant entourer un soleil qui n’avait pas sa moitié.

— Ce n’est pas une lune, fit Flora.

Elle se retourna vers Eric, et lui pris délicatement le bijou des mains. Elle assembla les deux parties, celle d’Eric s’emboitant parfaitement contre l’autre demi-lune, dans le cercle que formaient les vagues dorées. Eric siffla de surprise quand il reconnut le symbole. Flora sentit son coeur battre fort.

— C’est un soleil.

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Xendor
Posté le 22/03/2020
Waou ! Bigre. Je suis ... c'est confondant de voir autant d'indécision, et ce n'est pas sans rappeler certaines de mes propres réactions. Vraiment, je m'identifie à fond avec elle dans ses souffrances. J'ai d'ailleurs particulièrement aimé cet histoire d'appel. Vraiment Eric a un petit don pour bien tourner les choses. Là où dans son rêve c'était en mode "fatalité aveugle, prend toi ça dans la tronche", il l'a tourné en mode "t'es appelé à cela". Vraiment, je trouve que les mots qu'il a eu sont touchants.
Lucchiola
Posté le 01/05/2020
Hello Xendor, j'avais du faire une petite pause sur PA et je viens de capter que je n'avais pas répondu a tous tes commentaires... pardon pardon..

Eric, c'est un peu Pascal le grand frère, tu vois le genre ? Le type qui vient apaiser les tensions mais qui sort les biscotos quand y'a besoin. Je l'aime trop ce bonhomme <3 (je fantasme peut-être sur mes perso..)
Eldir
Posté le 13/02/2020
Bonjour, un nouveau chapitre un peu plus rythmé, c'est toujours un plaisir. Je me permet une petite remarque de forme (si cela vous agace n'hésitez pas à me le dire et j'arrêterais immédiatement) :
Dans la phrase "qu’une véritable tempête avait lieu dans la tête de Flora", je pense que le verbe "avoir lieu" est trop passif pour une tempête. Il me semble qu'une formulation du type "qu'une tempête se déchaînait dans la tête de Flora" servirait mieux votre propos.

Merci beaucoup de partager vos écrit.
Lucchiola
Posté le 15/02/2020
MERCI.

A vrai dire, j'étais bloquée sur cette formulation affreuse depuis que j'ai écris ce chapitre. Je ne parvenais pas à corriger, à trouver une meilleure formulation.

Bref, dans ma tête c'est Noel ! Merci beaucoup ! Je n'avancerai pas sans critiques constructives, alors ne vous privez absolument pas !

Merci encore !
Tac
Posté le 10/01/2020
Yo !
Ah ici juste un chapitre sur Flora ! J'avoue que je m'attendais inconsciemment qu'à un moment on retourne vers Gabrielle. Enfin ne te méprends pas, je n'ai pas été gênée ou frustrée que ça ne se produise pas !
je trouve cependant que ce chapitre manque un peu de rythme. Il est très explicatif et je comprends que certaines explications soient nécessaires, mais je me demande s'il y en a certaines que tu pourrais reposuser à plus tard ou éluder ?
Dans l'ensemble, en tout cas, c'est clair et compréhensible.

Remarques au fil de ma lecture :
Ah non, Eric est une autre personne qu'Hermès, je pensais qu'il avait menti sur son identité (peut-être qu'Eric apparaît dans les précédents chapitres mais j'ai oublié, j'avoue).
Vu comme Flora laisse entrer Eric chez elle, je pense qu'il est assez nécessaire que tu l'introduises autrement qu'uniquement par "le fou ou le pervers" dans le chapitre précédent, sinon le manque de méfiance à son égard de la part de Flora paraît très étrange, je trouve.
Dans quoi s’était-elle fourré ? --> je te conseillerais une autre phrase car pour moi cette formulation suggère qu'elle a fait quelque chose pour se fourrer dans l'embarras or là ça lui tombe dessus, elle est plutôt passive
Heu... pourquoi il a éteint la lumière ? c'est MEGA chelou !
Je vois pourquoi tu as précisé au chap précédent que Flora perdait des feuilles. Mon conseil : je maintiens que je pense qu'il faut que tu l'enlèves au chap précédent. Au début de ce chapitre, tu peux dire en une phrase que Flora en rentrant chez elle s'est aperçue qu'elle a perdu des feuilles dans sa précipitation, dont sno brouillon de la psyché, ce qui va la forcer à tout recommencer (donc ça la met encore plus mal) puis Eric peut lui rendre son dessin, et là en plus il paraîtra encore plus mastermind et creepy et ça peut être assez cool (mais ce n'est que mon avis ;) ).
Aaaah le coup des bijoux ! le bon vieux trope qui fonctionne bien ici :)
Plein de bisous !
Lucchiola
Posté le 06/02/2020
Raté ! Le coup des feuilles dans le chapitre précédent suggérait juste qu'elle partait dans la précipitation ! Rien à voir avec le fait que Eric connaissait déjà son adresse, le petit filou la surveille depuis un petit paquet de temps déjà ! Mais ne t'inquiète pas, les feuilles disparaitront au précédent chapitre.

La lumière n'était pas allumée, il faisait déjà sombre. Juste les lumières extérieures.

Je vais quand même raccourcir ce chapitre, histoire de ne pas alourdir d'informations alors que l'action qui arrive sera assez intense.

Poutoux !
Aliv
Posté le 08/12/2019
Un chapitre aussi bien écrit que le précédent. Je trouve que tu as bien décrit les émltions des personnages. Les réactions de Flora sont réalistes, censées.
Par contre, je trouve les dialogues répétitifs, notamment les réplique d'Éric. Ça un peu lassé ma lecture.
Lucchiola
Posté le 24/12/2019
Hello ! Pardon d'avoir mis mille ans à répondre, je suis désolée. Plein de petits soucis.

Merci beaucoup d'avoir commenté à nouveau ! Je prends note de ce que tu dis concernant les dialogues et la part d'Eric. Je vais imprimer le texte et me concentrer uniquement sur ce qu'il raconte comme bêtise. J'arriverai à mieux faire le tri de cette manière je pense !

N'hésites pas si tu as le moindre avis là-dessus ! A bientôt !
ludivinecrtx
Posté le 27/11/2019
Coucou une passe miroir !

Tout d'abord, je te cite
"
Je ne te permets pas. Tu ne sais pas de quoi tu parles !
Ai-je tort Flora ? Je ne connais pas ta vie, bien sur que non, mais dis moi, es-tu heureuse ici ? A quoi es-tu attachée ?'

Tu as oublié les tirets, ça nous a mis des points à la place.


Sinon j'ai adoré ce chapitre ! On en comprend plus sur Flora, sur les dieux, les mondes !

C'est cool. J'aime beaucoup Flora finalement. La pauvre, je la comprends. Moi aussi je serais flipper. Éric est touchant. J'aimerais bien en savoir plus sur son sujet, j'espère que tu développera ce perso. Aussi, on commence a voir venir les méchants de l'histoire, j'espère que tu arrives à mieux les cerner 😊.
ludivinecrtx
Posté le 27/11/2019
Coucou Lucchiola!***

Je lisais une histoire de une passe miroir juste avant, j'ai beugué lol x) mille excuses !
Lucchiola
Posté le 27/11/2019
HaHAHA qu'est ce que j'ai ri XD Je me suis doutée que tu t'étais plantée, pas d'inquiétudes !

Merci d'être venue commenter ! J'avais vraiment peur que ce chapitre ne passe pas, c'est un peu comme si je faisais mes preuves... Je sors du contemplatif pour mener les premières actions concrètes de l'intrigue, alors j'attends des retours comme on attend le Messi !

Pour cette histoire de tirets, mille excuses, ça a du capoter quand j'ai enlevé les courts pour mettre les longs ! J'ai déjà fait quelques modifications depuis que j'ai posté, je vais tout remettre.

Pour Flora, il y a un sacré paquet de choses à mettre en place pour la comprendre entièrement, et ça se fera au fil de l'histoire :) Eric est un personnage attachant, je l'aime beaucoup et il me fait tellement de peine en même temps (auteure sadique bonjour !!) ! On aura l'occasion d'en reparler XD

Encore merci merci !! Dès que j'ai corrigé mes évals d'histoire et commencé mes livrets je fonce sur la suite de Faux semblants, ton histoire m'intrigue !
ludivinecrtx
Posté le 27/11/2019
Ahaha oui.. désolé. J'ai posté et j'ai dis non mais merde je suis con ! Heureusement tu ne l'as pas mal pris !! J'avais peur lol. Mais t'inquiètes je lis bon ton histoire hihi!!

L'action est très bien! On comprend bien. J'imagine et Comprend les deux personnages ! En peu de temps je me suis attachée a Eric et mieux compris Flora !! Tout va bien, ai confiance !

Pauvre Éric, je sentis que c'était la victime idéale en plus ! Genre, sans connaître ton histoire, je lui ai déjà imaginé de futur malheur.. je suis grave !!

Ahaha il n'y a pas de soucis 😊.
ludivinecrtx
Posté le 27/11/2019
Je lis bien***

Décidément !!
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