Partie 2 - chapitre 36

Par Edorra
Notes de l’auteur : Il s'agit du dernier chapitre de ce premier tome.
Je ne publierai pas le tome 2 tout de suite après, mais un tome interlude se passant entre la partie 1 et la partie 2 de ce premier tome.
Merci à tous d'avoir lu et/ou commenté cette histoire !

Maxine

Dix heures. C’est le moment. Finalement, j’ai décidé de me présenter aux tests de sélection. Advienne que pourra. Malgré les manières civilisées de monsieur Hensley, je ne suis pas entièrement rassurée. Après tout, certains de ses hommes m’ont enlevée. Puis-je accepter cet état de fait ? Puis-je accepter de travailler pour eux ? Mais peut-être ne réussirai-je même pas les tests.

Mon accueil dans ce centre s’est fait dans les règles de l’art. Les employés ont d’abord vérifié mon identité et mon inscription dans les registres. Puis ils m’ont conduite de couloirs en couloirs jusqu’à une vaste salle de classe, pour un examen de connaissances. C’est censé durer la journée entière. Ils n’acceptent que les plus cultivés.

Autour de moi, les participants me paraissent bien jeunes, entre dix-huit et vingt-deux ans, à priori. Je me fais l’effet d’être une vieille mégère dépassée. Tous paraissent rayonnants de confiance en eux, et aucun d’eux n’a l’air d’ignorer ce qu’il fait là.

J’attrape mon stylo. Il ne dépend que de moi de changer les choses. Bientôt, j’aurai toutes les réponses que je désire avoir. Et la satanée informatrice qui s’est jouée de moi pourra trembler.

 

.oOo.

 

Océane

Je contemple le collier que Devon m’a offert en silence. Il sait encore me surprendre. Les contours de la fée argentée me renvoient les reflets du soleil. Le pendentif est finement ouvragé. Je verrais presque la fée Morgane me faire un clin d’œil avant de s’envoler vers les cieux.

Je soupire. Pourquoi Devon m’a-t-il offert ce bijou, après tout ce qui s’est passé ? Que veut-il me dire ? Je ne sais plus que penser. Je me perds dans toutes ces questions. L’âme humaine est tellement compliquée ! Il n’y a jamais une seule et unique voie à prendre, mais des milliers qui se chevauchent, qui se rejoignent parfois. Il n’y en a pas de bonnes, juste des moins pires.

Que faire maintenant que Devon est reparti ? Notre discussion s’est révélée des plus stériles. Je n’ai pas réussi à trouver les mots pour me confier, pas plus qu’il n’a réussi à me faire confiance et à m’accepter telle que je suis. Et pourtant, ses mots me reviennent toujours en mémoire : « Pourquoi faire cavalier seul ? ». Lequel de nous deux a le plus besoin d’aide ?

J’accroche le collier à mon cou en prenant une nouvelle résolution. Les plans de la nouvelle année se dessinent déjà dans mon cerveau.

 

.oOo.

 

William

La pénombre a envahi la chambre. Je reste sans bouger, fixant d’un regard sombre la photo dans mes mains. Océane, Devon et moi, adolescents, en vacances au bord de la mer : quel beau cliché ! On avait l’air heureux et insouciant à cette époque. Les choses ont bien changé.

Hensford m’a convoqué peu après le vol de l’héritière, pour me faire part de sa colère, de sa désapprobation, et surtout de ma rétrogradation. Je n’ai désormais sous ma direction qu’un seul bureau de recherche. « Il ne tient qu’à vous de faire à nouveau vos preuves. », m’a dit le patron. « Vous savez comment. », a-t-il continué.

Océane semble être la clé de toutes les portes fermées à double tour.

La lumière s’allume brusquement, m’aveuglant. Je reconnais le pas de Sarah. Ma femme vient s’asseoir à côté de moi.

— Je n’aime pas te voir traîner dans le noir… Je ne connaissais pas cette photo.

— Et bien, oublie-la, rétorqué-je en enfermant l’image dans ma main.

Elle soupire.

— Will… Je n’aime pas ce qui t’arrive, ce qui nous arrive.

— Alors arrête de me reprocher tout ce que je fais.

— Tu n’espérais tout de même pas que je te soutienne alors que tu as ordonné le meurtre de ta sœur ? s’indigne-t-elle.

— J’étais en colère… et elle n’est pas ma sœur.

Elle lève les yeux au ciel, agacée.

— Tu te mens toujours à toi-même.

— Bon sang, Sarah ! Pourquoi continues-tu à la défendre après ce qu’elle vient de faire ? Jusqu’où peut-elle aller avant qu’on ne se décide à l’arrêter ?

— Ce n’est pas nécessairement ton but que je désapprouve, ce sont tes méthodes. Hensford n’est pas Dieu. Ce qui sort de sa bouche n’est pas la vérité absolue.

Je baisse les épaules, découragé.

— Je sais… mais je compte bien récupérer mon poste, Sarah. J’en ai trop chié pour tout abandonner maintenant.

— Tu ne vas pas faire ce qu’il t’a demandé ?

Je ne réponds pas. La situation demande réflexion. Ma femme se lève en soupirant.

— Tu devrais appeler ton frère et te soucier davantage de la révélation que tu lui as faite tout à l’heure. À moins que tu ne veuilles que je le fasse ?

Je grogne, agacé, ce qui la fait fuir de la chambre avec un regard assassin. Après tout ce bordel de quêtes, je crois qu’une bonne semaine de vacances conjugales nous sera nécessaire.

 

.oOo.

 

Devon

Le froid de la Mongolie ne m’avait pas manqué, mais au moins les locaux de la CMJ sont bien chauffés. Je rentre bredouille, et je pense que je vais rester discret les prochains jours, en attendant les ordres de Will. Mon frère reste plus que silencieux depuis sa dernière conversation téléphonique. Il me fait peur. J’espère que Sarah saura le canaliser. Malheureusement, mes désirs de discrétion et de repos ne seront pas respectés.

Quelques minutes seulement après mon arrivée dans la base, Maurice me rattrape, le sourire aux lèvres.

— Mark, ça fait plaisir de vous revoir. Avec vous, les affaires reprennent.

Je fronce les sourcils sans comprendre.

— Merci. Vous voulez quelque chose ?

— Juste vous signaler que n°4 vous attend dans son bureau. Il est ravi.

L’étonnement grandit en moi. Je me retourne et prends la direction du bureau de mon chef sans un mot. Que me veut encore cet abruti ? Nous n’avons pourtant rien à fêter.

J’accélère l’allure. J’ai hâte d’avoir le fin mot de cette histoire. J’ouvre bientôt la porte sans frapper ni m’annoncer et découvre le visage jovial de mon supérieur. Nom de Dieu, je me demande ce qui lui fait cet effet. Je n’ai jamais vu son regard pétiller de cette manière. Dès qu’il m’aperçoit, son sourire s’agrandit.

— Mark, il ne manquait plus que vous, mon cher ! Approchez, prenez place !

Je me dirige vers le fauteuil libre face à lui. Je m’approche, gardant mes yeux rivés sur l’autre fauteuil à roulettes. Qui donc l’occupe ?

Elle se retourne soudain vers moi et m’adresse un sourire accompagné d’un clin d’œil. Je me sens défaillir et me laisse tomber sur mon fauteuil. N°4 reprend :

— Notre invitée est arrivée avant vous. Je suis curieux de savoir ce que vous lui avez dit pour la convaincre de nous rejoindre.

Je fixe d’un regard incrédule Océane face à moi. Elle continue de sourire avec malice, comme si tout ce qui nous entoure n’était qu’une vulgaire pièce de théâtre. Où a-t-elle encore décidé de nous mener ?

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