Partie 2 - chapitre 32

Par Edorra

Maxine

En face de moi, les parois de verre des locaux mystérieux rutilent sous le soleil. Ça va faire une heure que je suis assise sur ce banc, à observer l’entrée de l’immeuble.

Devant moi, des coureurs font leur jogging, des mères traînent leur poussette, et des vieillardes leur chien. Et moi, tout ce qui m’intéresse, c’est l’entrée discrète d’un immeuble d’affaires. Mais comment diable vais-je faire pour y entrer à nouveau ? Et surtout sans me faire repérer.

Une silhouette massive me gâche soudainement la vue. Je lève des yeux contrariés pour découvrir un regard brun malicieux. Un regard appartenant à un homme distingué, dans le milieu de la quarantaine apparemment, et sûr de son charme, à n’en pas douter. À vrai dire, il peut l’être, il a sûrement fait tourner la tête de plus d’une nénette.

Il m’adresse un sourire séducteur.

— Puis-je m’asseoir ?

— Je vous en prie, les bancs sont à tout le monde.

Il s’exécute, toujours en souriant. Pour ma part, je ne fais que me dire : « Mon coco, si tu penses m’avoir aussi facilement, tu te trompes. ». Lui prend ses aises, s’affalant sur le dossier, posant un pied sur son genou. Son attitude détone par rapport à sa tenue. Je n’imaginais pas un homme portant costume trois pièces et attaché-case se conduire de cette manière. Il sort soudain un paquet de cigarettes de sa poche tout en demandant.

— Ça ne vous dérange pas si je fume ?

— Non, allez-y.

— Vous en voulez une ? continue-t-il en me tendant son paquet.

Je lui accorde à peine un regard.

— Non, merci.

Il range son paquet et allume sa clope sans rien ajouter. Après une bouffée, sa voix est presque extatique quand il explique.

— C’est une mauvaise habitude que j’ai prise en Europe.

Continue mon coco, mais tu te fatigues inutilement. Je suis bien plus intéressée par les allées et venues de l’autre côté de la rue, qui se révèlent bien décevantes au demeurant. Mais le drôle de loustic à mes côtés ne se démonte pas, et continue à m’observer silencieusement. Soudain, il lâche.

— Vous avez été manipulée, agent Sweeney.

Je me raidis instantanément. Je n’ai donc pas affaire à un dragueur patenté. Je me retourne vers lui et lui adresse un regard méfiant.

— Comment connaissez-vous mon nom ?

— Je sais bien d’autres choses encore.

Ses yeux pétillent. J’ai bien l’impression que ce salaud prend son pied.

— Vraiment ? Et en quoi cela pourrait-il m’intéresser ?

Un sourire en coin renforce son arrogance. Je crois que je hais ce type.

— Parce que moi seul suis en mesure de vous offrir ce que vous venez chercher.

— C’est-à-dire ?

— La vérité, bien sûr.

Je fronce les sourcils.

— Pourquoi vous croirais-je ?

Il pousse un léger soupir agacé avant de débiter.

— Bien. Les locaux que vous observez avec tant d’attention sont ceux d’une organisation gouvernementale secrète. Une organisation légale, cela va sans dire. Les informations que vous avez reçues étaient partielles. Et c’est comme tout. Une partie de la vérité peut être interprétée de bien des manières. En bref, vous vous êtes fait rouler. Votre informatrice n’était pas celle qu’elle prétendait être.

J’en reste sans voix. Il me faut quelques instants pour retrouver le fonctionnement de mes cordes vocales.

— Pourquoi vous ferais-je confiance ?

Il élude ma question par une autre.

— Depuis combien de temps n’avez-vous pas eu de ses nouvelles ? Je dirais bien qu’elle vous a laissé tomber.

Je serre les dents, vexée par ses paroles. On n’est jamais plus vexé que par ce qu’on sait être la vérité. On s’est servi de moi. Trop fière pour le reconnaître, je détourne la conversation.

— Qui êtes-vous pour savoir toutes ces choses ?

— Je me nomme Ian Hensley, et mon bureau se trouve juste en face, au dixième étage.

Mes sourcils se haussent de surprise et de méfiance également. Je n’ai pas oublié mon rapt.

— Si vous êtes là pour m’intimider…

Il m’arrête d’un geste de la main.

— Je sais que mes collègues n’ont pas usé de méthodes orthodoxes avec vous. Ce ne sera pas mon cas. J’ai lu votre dossier à la CIA. Votre réussite aux tests de qualification est remarquable et vos états de services parlent d’eux-mêmes. Aussi, j’ai une proposition à vous faire, dit-il en me tendant une carte.

Après un moment d’hésitation, je m’en empare, pour découvrir une simple adresse écrite à la main.

— Passez nos tests d’entrée. Je suis certain que vous avez les capacités pour les réussir. À partir de ce moment-là, vous aurez toutes les réponses que vous désirez.

J’observe la carte un long moment, songeuse.

— Et si je refuse ?

— Aucun problème. Vous retournerez à votre vie en signant une clause de confidentialité. Mais croyez-moi, c’est une opportunité qui ne se présentera pas deux fois. Je vous laisse y réfléchir. La sélection a lieu dans cinq jours, à dix heures. Ne soyez pas en retard.

— Vous y serez ?

Il se lève et m’adresse un nouveau sourire ravageur.

— Pour cela, il va falloir vous en remettre à mes collègues. À bientôt, j’espère.

Il part aussi vite qu’il est apparu, me laissant seule face à mes pensées. Ce genre de choix ne se prend pas à la légère, c’est une évidence. Peut-être que Noël m’apportera une réponse.

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