Partie 2 - chapitre 3

Par Edorra

Devon

Voilà deux jours que je suis arrivé au chalet. La demeure résonne des rires de mes nièces, mais je n’arrive pas à me détendre à 100%. Ma mission d’infiltration de longue durée s’éternise vraiment trop. Parfois je me dégoûte quand je pense à tous les actes que je dois accomplir pour la quête de Yanael. Mais quelqu’un doit le faire, et ce n’est pas comme si on m’attendait quelque part. Et dire que je pensais boucler ma deuxième mission aussi vite que la première. Au bout de deux ans et demi, ma première fausse identité avait mis fin à l’organisation du Parchemin Ancien.

Will a bien conscience de mon amertume grandissante. C’est  pour ça qu’il insiste pour que je passe les fêtes de Noël avec sa famille. Ça me met du baume au cœur en quelque sorte ; ses deux fillettes, Rose et Morgane, sont adorables. Mais ça me fait ressentir l’absence d’Océane encore plus cruellement. C’est bien de ma faute. Je pourrais la contacter. Will m’avait demandé de le faire l’année dernière (c’était moi qui organisais le réveillon), mais je n’ai pas pu. Je savais très bien qu’elle dirait non.

Cette année, Will a organisé le séjour dans un chalet des Alpes. C’est froid, mais chouette. J’aime cette idée d’être coupé du monde extérieur, au moins pour un instant.

Will entre soudainement dans la pièce et me regarde avec réprobation.

— Si tu restes avachi sur ce canapé, le repas ne sera jamais prêt à l’heure.

Je hausse les épaules.

— Ce n’est pas comme si nous recevions des invités de marque.

— Cher monsieur, mes enfants sont des invités de marque, et quand Sarah est enceinte, elle mange pour dix.

Je grimace, plus amusé que je ne veux le montrer.

— Quand vas-tu arrêter de semer tes graines ?

— Le jour où tu te décideras à semer les tiennes.

Je me raidis instantanément. Will n’a jamais pu se résoudre à ne pas évoquer ma vie sentimentale. C’est un grand frère dans tous les sens du terme ; il voudrait me voir heureux et ferait tout pour ça, mais ce n’est pas en son pouvoir. J’élude sa remarque.

— Quand tes femmes doivent-elles rentrer de la piscine ?

— Je pars les chercher d’ici un quart d’heure.

Il s’assoit à mes côtés.

— Tu ne vas pas aimer ce que je vais te dire, mais tant pis. Je m’inquiète pour toi. Tu es sûr que tu n’es pas surpassé par ta mission ?

— Je gère très bien. Les membres de la Confrérie de la Météorite de Jade me prennent pour un vrai salopard.

L’amertume dans mon ton est aisément décelable. Après tout, ici, je n’ai pas à faire semblant.

— Quelqu’un pourrait te remplacer...

— Et qui ? Tu l’as dit toi-même, je suis le meilleur. Personne ne manie le don d’anonymat comme moi. Et ils ont appris à connaître Mark Espanza. Arrêtons cette discussion. Tu m’avais promis qu’on ne parlerait pas boulot. Je suis venu pour me détendre dans ta joyeuse famille.

Il acquiesce, les lèvres serrées, et soupire.

— J’espère que tu ne me détesteras pas ce soir.

Je fronce les sourcils.

— Pourquoi est-ce que je te détesterais ?

Il ne répond pas, fait une grimace avant de se lever.

— Je vais me préparer. Si ça sonne, va ouvrir.

Je lève les yeux au ciel.

— Je suis un grand garçon, je sais comment ça fonctionne.

Il s’éloigne, j’entends son pas s’égarer du côté des chambres.

Mes souvenirs du mois dernier me hantent. On le serait pour moins ; les événements se sont déchaînés. Tout ce sang gaspillé. Yanael ne pensait sans doute pas à ça en nous laissant sa chasse au trésor. Je me déteste.

La sonnerie de la porte d’entrée me fait sursauter. Will a un sixième sens ou quoi ? Je me lève sans me hâter et me dirige vers le hall. J’actionne tranquillement la porte automatique, me demandant qui peut venir ici, espérant fortement que Will n’essaye pas de me caser à nouveau. Pas un modèle récent cette porte, elle glisse avec une lenteur infinie. Je me fige en découvrant notre invitée mystère.

Elle est là, deux valises à ses pieds, encore plus belle que dans mon souvenir. Quelques mèches de cheveux bruns dépassent de son bonnet en laine et volent dans la brise. Son épais manteau ne cache même pas ses formes voluptueuses. Je respire profondément. C’est un mirage, Océane ne serait jamais venue ici de son plein gré.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

Elle se mord les lèvres, n’a pas l’air très à l’aise. Je réprime de peu l’élan qui me pousse vers elle, parviens à rester froid et distant.

— Will m’a invitée.

C’est donc ça. Je ne bouge pas d’un pouce, me complaisant dans le rôle de ce salaud de Mark. Lui seul peut m’aider à gérer la situation.

— Tu as l’air en pleine forme.

Elle acquiesce légèrement.

— Merci, toi aussi.

J’émets un grognement cynique. Je déteste le monde entier, je déteste notre père, je me déteste. Ce n’est pas comme ça que j’imaginais nos retrouvailles. Je les voyais plus tendres... et beaucoup plus charnelles. Je réussis à rester nonchalant et m’adosse au mur, lui bloquant toujours l’entrée.

— Alors, quoi de neuf dans la vie de la star mondialement célébrée ?

Elle serre les dents. De froid ou de colère ?

— Dix ans ne se racontent pas en dix minutes, souffle-t-elle sombrement.

Je ne peux pas démentir ce point. Sa présence est une tentation irrésistible. Ce n’est pas parler avec elle dont j’ai envie. Pas en premier lieu, en tout cas. Je vais craquer si elle reste là, et ce ne serait une bonne chose pour personne.

— Pourquoi es-tu venue ?

Son regard s’assombrit.

— Tu préfères que je reparte ?

L’arrivée de Will derrière moi m’empêche de répondre.

— Océane ! Tu es venue ! Si tu savais comme je suis heureux !

Il me pousse sans ménagement et va prendre Océane dans ses bras chaleureusement. Et aussitôt, je lui en veux. Je lui en veux de faire ce que je n’ai pas osé faire. Ellie se laisse faire, surprise. Elle ne devait sans doute pas s’attendre à une telle démonstration d’affection. Un sourire hésitant naît finalement sur ses lèvres.

— Ça me fait plaisir de te voir. Tu as perdu des cheveux, non ?

Il éclate de rire et lui ébouriffe le crâne.

— Sujet tabou, ma grande !

Elle rit à son tour. La jalousie s’empare de moi. Je les envie pour cette complicité qu’ils ont retrouvée en deux minutes. Je les envie parce que je sais que je ne retrouverai jamais ça avec Océane. Mon Océane.

Will attrape ses valises.

— Entre, je t’en prie. Je t’ai préparé la chambre près de l’étang. Dev, tu lui fais visiter ?

Je grogne, mais finis par céder.

— Suis-moi.

Je la précède à l’intérieur et la mène directement à l’endroit indiqué par William. J’entends son pas chaloupé derrière moi, et me retiens de peu de lui jeter un coup d’œil. Mais pourquoi Diable est-elle si sexy ? J’inspire profondément. Le silence règne en maître jusqu’à ce que notre frère nous rattrape.

— Je suis sûr que tu te plairas ici, et Dev nous a préparé un festin de roi !

— Comme d’habitude.

Elle a débité ces mots comme si elle parlait de la pluie et du beau temps. Aucune tendresse dans son ton. Ça me blesse plus que je ne le voudrais. J’ouvre la porte de sa chambre.

— C’est ici.

Elle observe de loin le mobilier, la douce lumière filtrant par la fenêtre et les fins rideaux de dentelle.

— C’est charmant.

William entre dans la chambre et dépose les valises. Il se relève et jette un regard à sa montre.

— Je dois aller chercher les filles. Tes nièces ont hâte de te rencontrer, sourit-il à l’adresse d’Ellie.

Elle sourit franchement.

— C’est réciproque.

Il nous regarde avec inquiétude.

— Ça va aller vous deux ?

Je grimace.

— Ne t’en fais pas. Après tout, nous sommes des adultes mûrs et responsables.

Il n’a pas l’air convaincu le William, mais il part quand même, nous laissant seuls tous les deux, dans un silence plus entier que la nuit la plus profonde. Nous restons côte à côte sans nous regarder, sans nous toucher. C’est fou ce que les rideaux deviennent un détail passionnant tout à coup.

Rien que sa présence me fait frissonner. C’est soit ça, soit j’ai attrapé la grippe ; et les épidémies ont été enrayées il y a une vingtaine d’années. Je dois mettre fin à la situation.

— Tu veux boire quelque chose ?

— Tu as du chocolat chaud ?

— C’est la boisson préférée des filles.

— J’en veux bien un.

Aucun regard échangé, c’est notre sécurité. Je m’engage dans le couloir ; elle marche à un pas derrière moi. Et puis, je craque ; et un coup d’œil ruine tous mes efforts. Un léger sourire étire mes lèvres.

— Tu es vraiment jolie en brune.

 

.oOo.

 

Océane

Je savais que ce serait difficile. Je m’étais préparée, mais je n’avais pas imaginé que Will nous laisserait seuls Dev et moi. Je sens mon cœur battre à cent à l’heure, mais je ferai face.

Je laisse mes mains se réchauffer sur ma tasse fumante. Je suis assise à la table de marbre de la cuisine, fixant le liquide parfumé comme si c’était une œuvre d’art. Devon est debout face à moi, adossé au mur. Je ne sais pas s’il ose me regarder ; moi, je n’ai pas ce courage.

— Tu as fait bon voyage ?

Je hausse les épaules. Parler de tout et de rien n’est pas plus facile que se taire. Je me force.

— Ça a été, j’ai un conducteur automatisé.

— J’aurais dû m’en douter.

J’ignore son ton sarcastique et mène ma tasse jusqu’à mes lèvres pour boire quelques gorgées. Je n’en ai pas bu d’aussi bon depuis longtemps. Je frissonne, me rappelant nos journées insouciantes à Bruxelles. Le silence n’est pas une bonne idée.

— Et sinon, qu’est-ce que tu deviens ?

Il pousse un léger grognement agacé avant de répondre.

— Je suis recruteur pour l’Armée, corps de la Marine.

Je lève un regard étonné, pour croiser ses yeux bleus glacials.

— Donc, tu n’es pas devenu cuisiner.

— Il n’y avait que toi pour imaginer que ça me plairait.

J’encaisse sans rien dire et goûte à nouveau mon chocolat, pour me donner une contenance.

— Tu fumes toujours ?

— Non, mais je bois pour compenser.

Je serre les dents. Je n’espérais pas qu’il m’accueille à bras ouvert, mais je m’attendais à plus d’amabilité. Je sais, je suis une idiote. Il continue à me fixer amèrement. Puis soudain, il fulmine :

— Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas recontacté ?

De surprise, je repose un peu abruptement ma tasse. La révolte s’empare de moi.

— Parce que tu espérais que je le fasse ? Bon sang, Dev, tu m’as abandonnée ! Tu crois vraiment que je pensais que tu avais envie de me voir ?

Il serre la mâchoire.

— Tu t’es mariée. À ton avis, lequel de nous deux a le plus abandonné l’autre ?

Je ne trouve rien à répliquer, et je n’ai pas à m’excuser. Ce n’est pas de ma faute si nos vies ont pris deux chemins différents. Tant de souvenirs, tant de choses que j’aimerais pouvoir lui raconter, mais rien ne veut franchir mes lèvres. Puis finalement :

— Merci d’être venu à l’enterrement. Ça m’a touchée, même si tu ne t’es pas approché.

C’est à son tour d’être surpris.

— Tu savais que j’étais là ?

J’acquiesce. Il replonge dans ses souvenirs, tout comme moi. Tant de choses se sont déroulées depuis cette triste journée d’août. Tant de choses qui m’ont transformée.

 

Trois ans plus tôt

Je retire le couvercle de l’urne d’un geste lent. Le vent violent de Bretagne s’engouffre dans ma longue chevelure brune me cachant la vue (oui, j’ai craqué, je me suis teint les cheveux, comme si ça avait une quelconque importance aujourd’hui). Je réprime un sanglot. Auprès de moi, cinq de mes meilleurs amis me soutiennent, partageant la même tristesse. Nous avons réussi à semer la presse. Je ne veux pas que le show-biz et les médias se mêlent de ma douleur.

Vingt-trois ans et déjà veuve. Ce n’est pas ce que j’imaginais étant petite, ni même après mon aventure avec Devon, ou encore à mon mariage. Je me voyais vivre une longue vie heureuse avec mon époux, partageant fous rires et projets. Dimitri voulait trois enfants, moi je me serais contentée de deux. Une belle villa dans notre Bretagne d’adoption, et un appartement sur Paris quand je devrais faire les promos de mes films et albums. Un chien peut-être, ou un chat. Cela n’importe plus, tout a été réduit en cendres, lui y compris.

Fred s’approche de moi et pose ses mains sur mes épaules pour me soutenir. Je relève les yeux vers lui et le remercie d’un simple regard. Nous sommes amis depuis plus de cinq ans. Notre complicité est telle que nous n’avons plus besoin de mots pour nous comprendre. Mes autres compagnons s’approchent à leur tour.

Il est temps. Je prends l’urne à bout de bras et la renverse. (Au passage, je ne vous dis pas toutes les autorisations que nous avons dû demander pour effectuer ce geste. L’environnementalisme devient dingue ces temps-ci). Le temps semble s’écouler au ralenti. Je vois le nuage de cendres grises s’envoler sur la mer bleu-gris, porté par le vent. Mon mari rejoint les anges et l’océan qu’il aimait tant. Il m’avait toujours dit que c’était ce qu’il voulait après sa mort. J’avais ri, prétextant que nous avions le temps d’y penser. La vie m’a donné tort.

Une légère bruine commence à tomber, reléguant la cérémonie dans la série des clichés d’enterrement. Soudain, la voix naturellement rauque de Fred retentit.

— Tu veux dire quelque chose?

Je nie d’un signe de tête. Je n’ai plus le courage de parler. Mes cordes vocales semblent s’être figées quand le médecin m’a annoncé la terrible nouvelle. Frédéric s’éclaircit la voix et prononce quelques mots d’une voix recueillie.

— Dimitri…Tu laisses un grand vide aujourd’hui. Depuis cinq ans que l’on se connaissait, tu étais devenu plus qu’un ami, un frère.

Un léger sourire nostalgique naît sur ses lèvres, sans qu’il ne se doute un seul instant de ce que ces mots signifient pour moi.

— Je me souviens qu’au début, tu regrettais ta chère Confédération russe. C’était avant de nous rencontrer...

Le regard de mon ami pèse sur moi. La gêne que j’éprouvais auparavant ne m’étouffe plus. Je laisse à présent couler librement mes larmes. Mon amie Aurore s’approche et pose son bras sur mes épaules à son tour. C’est bon de se sentir entourée, même si la peine est toujours là. Je pose mon front contre le sien et renifle, continuant de respirer malgré mon chagrin. Je déteste suffoquer. C’est ma phobie depuis toujours, mélange de claustrophobie et d’hydrophobie, tout ce qui d’une manière ou d’une autre bloque mon souffle.

Fred poursuit.

— Jamais je n’oublierais le jour où j’ai appris la nouvelle. Tu n’avais que vingt-quatre ans, tu n’étais pas censé mourir maintenant. Tu nous laisses avec une colère incroyable. Pas contre toi, rassure-toi...

Colère... Haine surtout. Et si seulement c’était tout... Moi non plus, je n’oublierais pas, encore plus sûrement que Fred. Toujours, j’aurais en mémoire ce fameux coup de fil, la voix faussement rassurante du médecin m’enjoignant de venir au plus vite, ma course effrénée dans les rues de Paris puis dans les couloirs de l’hôpital, la révélation de la mort... non l’assassinat de Dimitri, les interrogatoires de la police, l’identification du corps... Mon mari a été abattu d’une balle reçue dans le thorax. L’enquête a conclu à une balle perdue lors d’un règlement de compte entre deux bandes rivales. Affaire classée.

Le timbre de Fred, brisé par les sanglots, me ramène à la réalité.

— Tu... tu me manqueras Dimitri...

Je l’enlace à mon tour, imitée peu après par les autres. Nous avons tous perdu un être cher. Nous nous enserrons tous et partageons notre chagrin, mais aussi notre force, nous soutenant dans cette dure épreuve. De longues minutes s’écoulent avant que je ne rompe le silence.

— Il se fait tard, nous devrions y aller.

Mes amis se dégagent.

— Tu as raison, approuve Fred, je vous invite tous à dîner. Hors de question que l’on se sépare aujourd’hui.

J’esquisse un sourire triste.

— Promis, mais j’ai besoin de rester seule pour le moment. Je vous rejoins dans quelques minutes.

Ils froncent les sourcils avec inquiétude.

— Tu es sûre ? fait Aurore.

— Certaine.

Ils échangent tous un regard concerné, mais finissent par accepter ma décision. Ils remontent vers leurs voitures garées une vingtaine de mètres plus loin, quelques peu en hauteur. Je les observe quelques temps, puis me retourne vers la mer. Je sens toujours sur moi le regard attentif de Fred. Il doit sans doute avoir peur que je me jette dans le vide. Je dois bien reconnaître que cette idée m’a traversée l’esprit. Mais non, je dois tenir, survivre, pour Dimitri. Et surtout, je sens son regard. Devon...

Il ne pense sans doute pas que je l’ai remarqué, vu la distance et la discrétion qu’il observe. Mais je l’ai aperçu. J’ai toujours su quand il était dans les parages. Il ne viendra pas me parler, je le sais. Entre nous, tout est irrémédiablement fichu, que ce soit en tant qu’amants ou que frère et sœur. C’est un deuxième deuil à supporter, moins à vif que le premier.

— Dimitri...

Ma voix est brisée, pas autant que mon cœur, mais suffisamment pour que parler me soit pénible. Mais je me force. Je ne suis pas persuadée qu’il puisse entendre mes paroles, mais je dois les prononcer à haute voix, pour les rendre réelles.

— Je suis furieuse. Je sais, tu prétends toujours que l’Homme est bon, qu’il faut savoir pardonner. Mais là, je ne peux plus. Ils t’ont tué. La violence et la foutue essence de l’humanité t’ont tué !

Je me tais quelques instants et reprends :

— Et pourtant, pourtant je veux continuer à croire en notre si belle utopie, à croire qu’un jour notre espèce saura mettre tout ça de côté. Dorénavant, je vivrai dans l’espoir de voir ce jour. Je t’aimais vraiment de tout mon cœur, tu sais... Tu savais tout de moi et m’avais acceptée avec mes défauts. Je ne l’oublierai jamais.

 

.oOo.

 

Soudain, la voix de Devon me ramène au présent.

— Comment c’était ta retraite au Tibet ?

— Au Tibet ?

À peine ai-je prononcé ces mots que je me rappelle. Après la mort de mon mari, je suis partie pendant à peu près un an. Au Tibet, soi-disant, mais la vérité est plus étonnante que ça. Malheureusement, je ne peux pas en parler. Tout le monde me prendrait pour une folle.

— Oui, le Tibet, en 95, toute la presse en a parlé.

— Oui, c’est vrai, et bien, c’était… froid.

Il esquisse un léger sourire amusé, et quelque peu compréhensif. Malheureusement, il retrouve vite son air impassible.

— Pourquoi n’es-tu pas venue me retrouver à ton retour ?

Je hausse les sourcils, surprise.

— Pourquoi l’aurais-je fait ?

Il grogne.

— Ton Fred ne t’a pas dit ?

Une pointe d’agacement me pique. S’il y a bien quelque chose qui ne m’a pas manqué, c’est sa jalousie déplacée.

— Premièrement, ce n’est pas mon Fred. Et deuxièmement, qu’était-il censé me dire ?

J’avoue qu’il a aiguisé ma curiosité. Il soupire.

— Laisse tomber. Après tout, c’est de l’histoire ancienne.

 Il se mord les lèvres avant de tirer la chaise et de s’asseoir face à moi. Il m’observe quelques secondes avant de murmurer.

— Tu m’as manquée…

Il glisse sa main sur la mienne. Je la retire comme si je venais de me brûler.

— Arrête.

Il fait une moue déçue.

— Tu n’as rien dit quand Will t’a enlacée.

— Je n’ai jamais couché avec Will.

Je soupire.

— C’était une erreur, Dev, on ne doit pas recommencer. Tu crois pouvoir rester deux jours sans me toucher ?

Il prend son temps avant de répondre.

— Ce sera une lutte de chaque instant, mais oui.

Je me pince les lèvres. À vrai dire, ce ne sera pas beaucoup plus facile pour moi. Toutes les femmes normalement constituées  doivent avoir envie de lui sauter dessus.

— Je vois… Il vaut peut-être mieux que je parte tout de suite

— Non. Will est ravi que tu sois là, il ne comprendrait pas. Je vais prendre sur moi. De ton côté, il faut que tu m’aides.

Je grimace.

— Et que faut-il que je fasse ?

— Évite de m’approcher de trop près. Ce ne sera sûrement pas suffisant, mais tu ne peux rien faire de plus.

— Marché conclu.

Je me sens amère ; je ne suis pas la seule, apparemment.

— Est-ce que ce sera ça nos réunions de famille à présent ? soupire-t-il. À rester face à face, toi et moi, comme des étrangers ?

Je pèse longuement mes mots avant de répondre.

— C’est soit ça, soit on ne se voit plus du tout comme les dix dernières années. Qu’est-ce que tu préfères ?

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Schumiorange
Posté le 10/04/2020
Ouf, encore un chapitre fort en émotions !

J'ai eu peur un instant que les retrouvailles se passent dans la maison familiale, mais heureusement ils sont en terrain neutre, ce qui devrait quand même aider un minimum.

Avant de passer à ces retrouvailles tant attendues, j'aime bien la relation entre les deux frères. Il y a des secrets, c'est clair et net, mais on sent qu'ils sont là l'un pour l'autre et qu'ils se soutiennent. Et au moins, ils partagent un secret commun avec la quête de Yanael et leur job.
A propos de leur travail, c'est quoi cette Confrérie de la Météorite de Jade ?? Ils font quoi exactement ces gens-là ? Et pourquoi ils ont besoin que Devon joue au salopard pour eux ?
Encore des questions sans réponses : /

Quand ça a sonné à la porte, je me suis redressée sur ma chaise et j'ai fait une pause pour me préparer mentalement.
Il n'y a aucun doute, Devon est encore accro à 200%. Dix ans pour lui, c'est comme dix minutes XD
Par contre, il se cache tout de suite sous sa coquille et ça c'est pas cool… On voit bien qu'il ne veut rien montrer et qu'il utilise même le personnage qu'il joue dans son job pour faire face à la situation.
Heureusement que William est là pour faire redescendre la température !!

Petite parenthèse qui m'a fait sourire avant de commenter le point de vue d'Océane : "les épidémies ont été enrayées il y a une vingtaine d’années. »
Ah merde, il va falloir rester en confinement jusqu'en 2070 alors ? ; )

J'aime beaucoup la manière dont tu fais de nouveau monter la température autour de la tasse de chocolat chaud. Plus ils sont honnêtes l'un envers l'autre, plus la tension est là et l'attirance reprend le dessus, c'est très bien décrit.
Et forcément, c'est agréable d'en apprendre plus sur le passé d'Océane une fois de plus, et je suis persuadée que l'assassinat de son mari n'était pas un accident… J'espère juste que Devon n'a rien à voir dans l'affaire.

Maintenant, reste à savoir ce qu'elle a fait et appris quand elle n'était pas au Tibet… A mon avis, beaucoup de choses intéressantes : )
Et aussi ce que Fred sait, mais ne lui a pas dit… Et puis Fred en général, je veux bien en savoir plus sur lui ! Il est trop mentionné pour être inoffensif ; )

Les coquilles (c'est par hasard que la liste est plus longue, ce n'est pas parce que je suis frustrée de ne pas pouvoir cliquer sur "suivant"...) :
 - « Je n’espérais pas qu’il m’accueille à bras ouvert, … » -> ouverts
 - « Jamais je n’oublierais le jour où j’ai appris la nouvelle. » -> je n’oublierai (futur)
 - « Moi non plus, je n’oublierais pas, encore plus sûrement que Fred. » -> je n’oublierai
 - « Toujours, j’aurais en mémoire ce fameux coup de fil… » -> j’aurai
 - « … leurs voitures garées une vingtaine de mètres plus loin, quelques peu en hauteur. » -> quelque
 - « Je dois bien reconnaître que cette idée m’a traversée l’esprit. » -> traversé
 - « Tu m’as manquée… » -> manqué
 - « … Il vaut peut-être mieux que je parte tout de suite » -> manque le point final

A très bientôt pour la suite !! (je croise les doigts !)

P.S. C'était mon centième commentaire !! Je suis contente de l'avoir laissé sur ton texte : )
Edorra
Posté le 15/04/2020
Salut Schumiorange !

La Confrérie de la Météorite de Jade est un groupe terroriste qui suit la quête avec des méthodes plus que douteuses. Devon est un agent infiltré dans le but de détruire le groupe de l'intérieur. C'est pour être crédible dans sa couverture qu'il doit se comporter comme un salopard. Tu vas vite en découvrir plus.
Devon est clairement toujours accro à Océane à 200%. Ça en est même obsessionnel à ce point.

J'espère bien sortir de confinement avant 2070 :D ! Amusant détail.

Quant au passé d'Océane, tu en découvriras rapidement plus. Elle aussi a beaucoup changé même si on ne s'en rend pas tout de suite compte.

Merci pour ton commentaire ! Le centième ce n'est pas rien, Bravo !

A bientôt !
Dédé
Posté le 20/03/2020
Ces retrouvailles qui font mal au cœur… La difficulté de leur relation est cependant ce qui la rend réaliste actuellement. Cela aurait fait bizarre qu'ils se sautent dessus ou fassent comme si de rien n'était.

Cette tension, ces non-dits, ces maladresses, c'est à la fois frustrant et très touchant.

Les retrouvailles avec Will, pleines de taquineries, étaient sympathique à lire. Ca apportait une touche de légèreté au milieu de ce drame. Drame qui a l'air plus complexe que l'on croit étant donné que Devon aurait fait un pas vers Océane mais a été intercepté par ce Fred (de ce que j'ai interprété). Mais il s'est passé un truc avec Devon et Fred a gardé ça pour lui, ça j'en suis sûr.

La quête de Yanael semble aussi affecter Devon. Il se noie dans le travail pour oublier Oceane mais ce travail lui fait du mal… Le change. La preuve en est, Oceane le trouve assez froid. Et Devon dit qu'il se met dans la peau de son personnage quand il est avec elle. En même temps, on sent aussi sur la fin qu'il se retient. Qu'ils se retiennent. Ils ont tous les deux des sentiments l'un pour l'autre, même après tout ce temps.

C'est quand même triste cette histoire de mort par balle perdue… Pauvre Dimitri…

A la prochaine pour la suite des aventures de la famille Lippman !
Edorra
Posté le 15/04/2020
Salut Dédé !

Et oui, ce sont des retrouvailles douces-amères. Comme tu le dis, il y a trop de passifs pour qu'ils se retrouvent avec effusion et passion.

Effectivement, Devon a fait un pas vers Océane quelques années plus tôt. Cette histoire sera développé dans le tome interlude "Lasmonia" que je publierai après ce tome.

Devon est effectivement clairement affecté par la quête. Cela sera développé tout le long des deux premiers tomes. Il n'est plus le même homme qu'il était à 18 ans. Vous allez bientôt en avoir la preuve.

Merci pour ton commentaire et à bientôt pour la suite !
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