partie 2 - chapitre 28

Par Edorra

Devon

Bienvenue à Venise. Je ne m’imaginais pas découvrir cette ville en de telles circonstances. Tout ici est placé sous le signe de la fête et de la folie. Les citadins et les touristes ont revêtu leurs habits de lumières, leur loup, leur coiffe et leur cape. Bienvenue, Devon, dans le monde du faux-semblant duquel tu n’es jamais sorti. Celui-là a au moins le mérite de s’afficher tel qu’il est. On sait où on met les pieds.

Les fêtards courent dans les rues, se chamaillent sur la terre ferme ou dans les gondoles. Seules cinq personnes semblent moins euphoriques, je m’inclus dans le lot. Mes compagnons tracent la route devant moi, dissimulés sous leur costume. Ils ne doivent pas être plus à l’aise que moi, et encore, eux ne sont pas affublés d’un costume d’arlequin multicolore. Il faudra que je pense à faire part à Will de ma profonde reconnaissance. De quoi vais-je avoir l’air face à Océane ?

Will a décidé que nous irions directement dans le lieu où se trouve l’artefact : dans une cour privée d’une maison inhabitée de l’île principale de Venise, à quelques centaines de mètres de la place Saint Marc. « Nous y serons au calme pour parler », avait dit Will. « Seuls Océane et nous savons pour l’artefact. » Espérons qu’il ait raison.

Aussitôt que nous sommes entrés dans la cour intérieure, nous ressentons une vague de calme. Je soupire de soulagement. Je ne raffole pas des ambiances de carnaval, je me sens agressé de toutes parts.

William se dirige vers le centre du sol pavé où trône une fontaine en pierre blanchie tout en enlevant son masque. Je l’imite aussitôt et jette mon chapeau de bouffon à grelots par terre.

— Je hais cet accoutrement !

Will m’adresse un sourire amusé.

— Pourtant la couleur te va bien. Ça éclaire ton teint.

— Tu me le paieras, et très cher.

Sarah nous interrompt en nous rejoignant.

— Vous vous taquinerez plus tard. Il vaut mieux rester à l’affût. Ce serait con que cette rencontre tourne court. Depuis le temps que j’attends que vous vous décidiez à arranger les choses…

Will m’adresse un regard de petit garçon agacé par les remontrances.

— Tout se passera bien, Sarah, on devrait être assez pour la convaincre.

— Mmm… Stuart et moi, on retourne à l’extérieur en repérage.

Il acquiesce.

— Très bien, sois prudente.

— Bien sûr.

Elle s’éloigne de quelques pas avant de se retourner vers nous.

— Et ne gâchez pas tout !

Quelques instants plus tard, elle et Stuart sont sortis, repartis dans la folie extérieure. Je plonge mon regard dans celui de mon frère.

— Tu crois qu’elle viendra ?

— J’en suis sûr à 100% et on va l’accueillir de manière si chaleureuse qu’elle nous fera confiance.

Je reste silencieux. Confiance… Je doute qu’elle ne m’accorde autre chose qu’une gifle quand je lui aurais avoué la vérité, alors la confiance… Sans parler de l’amour… Et pourtant, j’en ai tellement envie, tellement besoin.

— Il faut vraiment qu’on l’arrête, tu sais, m’interrompt Will. Les gars de l’USIY sont de plus en plus remontés contre elle.

— Ah oui ?

— Oui. Ces petits vols improvisés dans leurs musées ne leur ont pas plu. Ils ne la portent pas en grande estime, mais si elle rejoint le CEBY, ils feront ce qu’on leur dit de faire à son sujet.

— Mais si ce sont eux qui lui mettent la main dessus en premier, ce sera une autre histoire, c’est ça ?

Il acquiesce.

— Tu m’avais pourtant dit que ton pote Ian était un gars bien.

— Il l’est, mais il ne dirige pas l’USIY seul.

— Et ce n’est pas non plus le big boss

Je soupire ; il ne manquait plus que ça.

— Nous nous occuperons de l’USIY plus tard. Revenons à l’artefact. Où se trouve-t-il ?

Il me désigne la fontaine d’un signe de tête.

— À l’intérieur.

— Donc notre prochaine étape est la plomberie. Génial.

— Eh oui, il faut être polyvalent au CEBY.

 

.oOo.

 

Océane

Me voilà entraînée dans une ronde endiablée par un sinistre inconnu. Sympa le carnaval de Venise ! Après quelques pas de danse, je m’éclipse discrètement en me glissant dans la foule. Contrairement aux apparences et à mon désir, je ne suis pas là pour m’amuser. Je dois retrouver mes frères au plus vite car la discussion qui va s’ensuivre risque d’être des plus longues. Je pousse un léger soupir. Il va me falloir la jouer fine pour qu’ils acceptent ma vision des choses et surtout pour qu’ils ne m’obligent pas à travailler pour eux. Je les connais si bien tous les deux, j’ai une idée bien précise de la façon dont ils vont réagir. Oh, bien sûr, il y a toujours une grande part d’imprévu. Qui sait ? Ils pourraient me surprendre.

En attendant, je parcours les rues, me frayant agilement un chemin dans la foule, fredonnant au rythme de la musique enjouée. J’aime beaucoup cette ville. Par bien des aspects, elle me rappelle Lasmonia, surtout pendant le carnaval : cette gaieté, cette joie de vivre et surtout cet hymne à l’eau. Oui, par moment, ma planète d’origine me manque, même si je ne l’ai que très peu fréquentée, mais elle me manque bien moins que mon fils. Mon cœur se serre à cette pensée. Qu’est-ce que mon petit bout de chou est en train de faire à l’heure actuelle ? Est-ce que son grand-père s’occupe bien de lui ? J’en suis persuadée, il est bien mieux sur la planète pacifique de Lasmonia que sur Terre. Et pourtant, j’aimerais tellement le serrer dans mes bras et le bercer tendrement.

— Océane ?

Dans un mouvement de surprise, je me retourne vers la voix de l’inconnue, pour aussitôt me maudire. Après une réaction pareille, certain que Sarah a compris que c’était moi. Aussitôt, un large sourire chaleureux s’éclaire sous son loup de velours noir.

— Océane ? J’étais sûre que c’était toi ! ajoute-t-elle en s’avançant et en posant ses mains sur mes épaules.

Je suis légèrement coincée désormais ; je décide de jouer les naïves.

— À qui ai-je l’honneur ?

Une grimace amusée étire ses lèvres.

— Je présume que tu ne me reconnais pas avec ce costume. C’est Sarah, ta belle-sœur.

Ça m’amuse cette façon de toujours préciser qui elle est après son prénom, comme si elle avait peur que je l’oublie.

— Sarah ! Ça alors ! Mais que fais-tu ici ?

— C’est une longue histoire. En fait, tes frères et moi te cherchons. Nous avons à te parler.

Je pouffe d’un rire amusé.

— Je doute que le carnaval de Venise soit le meilleur endroit pour cela.

Un froncement de sourcils est visible sous son masque.

— Tu es sobre, au moins ?

— Oui, ne t’inquiète pas. Je faisais juste allusion au bruit.

— Nous avons trouvé un endroit au calme. Nous allons en avoir besoin. Tu m’accompagnes ?

Je nie de la tête.

— Cela aurait été avec plaisir, mais j’ai quelque chose de prévu avant cela. Mais dis-moi où vous vous trouvez et je vous y rejoindrai.

— William et Devon t’attendent précisément là où tu te rends.

Je lui lance un coup d’œil suspect. Il ne faut pas qu’elle pense que j’en sais plus que j’en ai l’air. Pas pour le moment.

— Comment connaissent-ils l’endroit où je dois aller ?

Elle soupire profondément avant de révéler.

— Nous en savons beaucoup sur toi, Ellie. Tu dois me suivre, s’il te plait. Tout ira beaucoup mieux après.

Là, elle a raison. Sacrée Sarah, je l’admire. Si la Terre était peuplée d’hommes et de femmes comme elle, ma mission n’aurait aucune raison d’être.

— Tu as gagné, je te suis.

Un large sourire soulagé illumine son visage.

— Merci Océane, merci, vraiment.

Je hausse les épaules.

— Je t’en prie. J’espère que je n’aurais pas à le regretter.

— Je t’en fais la promesse.

 

.oOo.

 

Devon

Me voilà de retour dans la folie du dehors, de retour sous mon masque et mon chapeau de clown. Comment imiter quelque chose que je ne suis plus depuis longtemps ? De toute manière, ce n’est pas ce qu’on me demande. Je suis simplement en repérage. Tout ce que je dois faire, c’est rester discret. Un comble lorsqu’on porte une tenue bariolée comme la mienne. En temps normal, ça ne passerait pas, mais à une époque comme celle-ci, c’est être habillé de noir qui serait suspect.

Je jette un coup d’œil à la foule tout autour de moi. Les fêtards ont l’air de bien s’amuser, et d’être bien bourrés aussi. J’ai l’impression d’être cerné de toute part. Bon sang, comment veulent-ils que je repère quoi que ce soit dans ce bordel ?

Je lève les yeux au ciel d’agacement, pour aussitôt trouver la solution. Un escalier d’extérieur en vieux fer forgé parcourt le mur de cette haute maison. Pour être sincère, il n’a pas l’air en très bon état, et j’ai peur qu’il ne s’écroule sous mon poids. Tant pis, je prends le risque. Après tout, certains se sont bien assis sur les marches les plus proches du sol. Je les écarte aimablement avant de commencer mon ascension avec précaution. J’ai craint la curiosité des badauds, mais finalement, ils ont bien mieux à faire que de m’observer. Doucement, je grimpe au deuxième étage, jusqu’à avoir une vue dégagée sur la place Saint Marc. Ouah ! C’est impressionnant ! Je crois que je n’avais encore jamais vu une telle marée humaine. Il y aurait vraiment de quoi être agoraphobe.

Je laisse mes yeux courir le long de la foule, observant les costumes mais surtout les démarches. On peut dissimuler ou modifier son physique, on peut moduler sa voix, mais on ne peut pas tricher sur sa démarche ou ses manies. Une fois que vous avez repéré ces détails chez quelqu’un, vous pouvez le démasquer à tous les coups. Je n’enseignerais ce truc à personne, j’aurais trop peur pour ma propre sécurité.

Et c’est à ce moment plus qu’inopportun que me revient l’image d’Ève. J’essaye de me raisonner et de ne pas penser à la nuit de tendresse que j’ai passée. Vu la façon dont je l’ai abandonné, Ève doit m’en vouloir à mort. Et pourtant, je me suis senti bien avec elle. Par bien des égards, elle me rappelle Océane. J’ai d’ailleurs cru la voir plusieurs fois quand nous avons fait l’amour. Mais ça ne veut rien dire, j’ai vécu ça avec chacune des femmes que j’ai rencontrée. Je me secoue violemment pour revenir à la réalité. Ma situation actuelle ne me permet pas la distraction. Je me concentre à nouveau sur la population en contrebas.

Je me pince soudain les lèvres en découvrant quelqu’un de ma connaissance. Je m’attarde plus longuement sur lui, histoire d’être sûr de moi. Oui, pas de doute, cette allure soignée, cette façon de replacer sa mèche derrière son oreille gauche, tout désigne n°4. Merde, qu’est-ce qu’il fait là ? Et il ne doit certainement pas être seul. Je dévie mon regard pour trouver peu après trois de ses acolytes. Je laisse échapper un grognement rageur avant de m’emparer de mon cellulaire. Will décroche presque aussitôt.

— Remets ton masque, frérot, la CMJ est là.

Je l’entends jurer avant de raccrocher. Mes yeux naviguent toujours le long de la place, des fois que je localiserais un autre de ces salopards. Mais ce n’est pas sur eux que je tombe. Sa façon de se déplacer est toujours aussi fascinante et m’hypnotise presque. C’est mon Océane, ça ne fait aucun doute. D’ailleurs, Sarah est à ses côtés ; mais Sarah ne m’intéresse pas.

Océane paraît fendre la foule comme si elle avait fait ça toute sa vie. Elle possède une grâce irréelle ; le voile doré posé sur ses cheveux créant un genre d’auréole autour d’elle. Soudain, elle lève sa tête parée d’un loup adroitement décoré vers moi. Je croirais presque qu’elle me voit, que nous partageons quelque chose à cet instant précis, mais c’est ridicule. D’ailleurs, elle reprend presqu’aussitôt sa marche.

Et moi, je reprends assez mes esprits pour constater que je ne suis pas le seul à l’avoir vue. Les Salopards de Jade convergent vers elle. Je pousse un nouveau juron avant de descendre les marches, faisant cette fois fi de toute prudence. Je serai bien plus utile sur la terre ferme.

 

.oOo.

 

William

Il fallait que la CMJ s’en mêle ! Cette pensée traverse pour la énième fois mon esprit depuis que Dev me l’a annoncé. Je vérifie encore une fois les munitions de mon arme. Mieux vaut être prudent. Si la CMJ est là, c’est qu’il y a eu des fuites, et qui dit fuites, dit agent double. Il va falloir le démasquer, et vite, si nous voulons éviter qu’Océane ou d’autres en pâtissent.

J’entends soudain des pas précipités arriver dans notre direction. Je lève aussitôt mon automatique pour me retrouver face à Devon. Il me lance un regard acéré.

— Réserve tes munitions pour les vrais fils de pute.

Je baisse mon arme.

— Ils arrivent ?

— Élémentaire, mon cher William. Et Océane et Sarah également. S’ils se rencontrent, ça risque de faire boum. Mais aux dernières nouvelles, nos deux femmes avaient un train d’avance.

— Tant mieux. Comment va Ellie ?

— Elle avait l’air d’aller bien, annonce-t-il tout en attrapant son pistolet dernier cri.

Je l’entends murmurer.

— Ces ordures ne m’échapperont pas cette fois…

— Du calme, Devon. Je ne veux pas de coups de feu si on peut l’éviter.

— Ne me dis pas que ces salauds te manqueraient.

— Absolument pas. Mais je doute qu’une échauffourée comme celle-là n’arrange notre image aux yeux d’Océane.

Il soupire.

— Tu n’as pas tort. Que proposes-tu ?

— On va essayer de mettre les voiles avant que la CMJ ne nous tombe dessus.

— Compris, acquiesce-t-il en se dirigeant vers la porte, qu’il n’aura pas le temps d’atteindre.

Océane et Sarah viennent d’entrer dans la cour, interrompant net Devon dans son geste. Celui-ci reste immobile, le regard figé sur notre sœur. Puis sa voix s’élève, troublée par l’émotion.

— Océane… C’est bien toi ?

Elle rive ses yeux d’un bleu pur dans les siens.

— Oui, oui, c’est moi.

Un timide sourire étire peu à peu ses lèvres. C’est très touchant, mes deux gentils cadets, mais il ne vaudrait mieux pas traîner. J’interviens.

— Bonsoir, Océane. Excuse-moi, mais nous n’avons pas le temps pour les retrouvailles chaleureuses que je comptais t’offrir. Tu dois nous suivre, maintenant.

— Trop tard, me coupe une voix grave venant du fond de la cour.

Et merde ! La CMJ nous a pris de court, pénétrant dans le jardin, et prenant aussitôt en otage Océane et Sarah, plaquant le canon de leur arme sur leur tempe. Prises par surprise, elles n’ont pas eu le temps de se défendre, et nous de réagir. Leur chef se tient légèrement à l’écart, nous observant d’un regard peu amène.

— Désolé de contrecarrer vos plans messieurs, mais nous emmenons l’héritière avec nous. Si vous êtes sages, nous vous rendrons l’autre femme.

Je serre la mâchoire et fronce les sourcils, imitant sans m’en rendre compte l’attitude de ma famille. Devon me paraît prêt à se jeter sur le dirigeant du groupe. D’ailleurs, il le braque déjà de son arme.

— Ça, ça m’étonnerait, rugit-il, nous sommes en surnombre.

— Vous oubliez que nous tenons deux des vôtres en otage.

— Vous auriez tort de les prendre pour de faibles femmes.

— Dans ce cas, tirez, et vos charmantes amies seront les premières à me rejoindre en enfer.

Dev se mord les lèvres. Il est coincé, tout comme je le suis. Je reprends tout de même les rennes.

— Il est hors de question que nous vous laissions l’héritière.

— Dans ce cas, nous sommes dans une impasse. Nous avons un otage inutile, nous pourrions peut-être la supprimer pour mieux vous convaincre.

Je serre les dents retenant le flot de fureur qui manque de me submerger. La colère est mauvaise conseillère. Le regard de Sarah est pourtant clair : « Agis, ne laisse pas s’éterniser la situation. ». Plus facile à dire qu’à faire. Tout serait tellement plus facile si elle n’était pas en première ligne.

Océane et Devon ne semblent pas avoir ce genre de dilemme. Je remarque du coin de l’œil le regard intense qu’ils échangent, paraissant presque communiquer à travers lui. Ce qui, je le comprends, ne fait aucun doute quand Devon se décide à tirer sur le chef des Salopards. Aussitôt, le chaos s’installe, Océane se dégageant violemment de l’emprise de son agresseur et le réduisant à l’inconscience en quelques secondes. Sarah n’a pas cette chance ; celui qui la détient est un dur à cuir. Elle parvient à le repousser mais pas à réduire à néant la menace de son pistolet. J’arme aussitôt le mien, vise et tire. Sarah ne tombera pas.

Ce n’est pas le cri que j’attendais qui retentit, mais celui de douleur d’Océane. Je fixe la scène d’un air incrédule. Océane venait à la rescousse de ma femme, quand ma balle s’est interposée, rencontrant la chair ferme de son épaule, et non la tête à qui elle était prédestiné.

Il y a parfois des secondes qui s’étirent comme si elles étaient des heures. Pour moi, le temps reprend son cours normal avec le hurlement angoissé de Devon.

— Océane !

Elle jette un regard surpris et perplexe vers lui, puis vers son épaule ensanglantée. Puis, elle s’enfuit difficilement, repoussant violemment l’assaillant de Sarah qui revenait à la charge. Devon se jette aussitôt à sa poursuite en criant à nouveau son prénom.

Je n’arrive toujours pas à y croire, et pourtant, je dois me reprendre. La bataille n’est toujours pas finie ; la CMJ résiste. Je me remets à tirer vers nos attaquants restants.

Finalement, l’héritière n’étant plus là, ils doivent se dire que ça n’en vaut plus la peine. Ils prennent la fuite, emportant leur chef blessé avec eux. Seul l’homme assommé par Océane reste parmi nous.

Je donne aussitôt à mes hommes l’ordre de l’attacher, et me dirige vers Sarah, assise au sol, toujours un peu sous le choc. Je m’agenouille à ses côtés et pose ma main sur son épaule.

— Tu vas bien ?

Elle me jette un regard effaré.

— Tu lui as tiré dessus…

Les larmes que je retenais perlent soudain à mes paupières. Je me défends avec peu de vigueur.

— Ce n’était pas elle que je visais…

Mais pourtant, l’horreur de mon geste me revient en pleine figure. J’ai tiré sur ma sœur, j’aurais pu la tuer. Bien sûr, ce n’était pas mon intention, mais ne dit-on pas que seul le résultat compte ?

Il ne me reste plus qu’à prier pour que Devon la retrouve et la ramène à temps pour que nous puissions la soigner.

 

.oOo.

 

Océane

Je n’en reviens toujours pas, et pourtant la douleur est là pour me prouver que je ne rêve pas, pour m’accuser de ma stupidité. Les affaires de famille ne sont pas à prendre en compte dans la quête. C’est le meilleur moyen pour qu’on s’en serve contre vous, ou pour passer de désillusion en désillusion. La voix de Devon retentit à nouveau.

— Océane ! Reviens !

J’entends ses pas résonner sur le pavé. Il ne doit plus être très loin. Il faut que je quitte ce coin aux murs sombres pour m’en trouver un autre. Avec difficulté, je me glisse contre le mur jusqu’au coin suivant. Me voici le long d’un cours d’eau, dans un cul-de-sac, donc. Il ne me reste plus qu’à espérer que Dev ne me suivra pas jusqu’ici, à moins que je n’aie assez de force pour créer une petite illusion.

La souffrance me tiraille le bras. J’ai l’impression qu’une colonie de termites voraces s’est emparée de moi et qu’elle me trouve fort à son goût. Je plisse les paupières et les serre fort, essayant de retenir le flot de larmes qui ne demande qu’à couler. Je revois sans cesse la scène défiler devant mes yeux. Mon plan n’était pas mauvais pourtant. J’avais réussi à convaincre Dev de tirer sur n°4, lui assurant du regard que je saurais me débrouiller. Mais je n’avais pas pris en compte les sentiments de Will pour Sarah, pas pensé qu’il agirait plus vite que moi.

— Océane ! C’était un accident ! Nous ne te voulons aucun mal !

Oh Dev, je le sais très bien. Et pourtant, vous m’en faites. Je sais que tu n’y es pour rien mon ange, mais ils se serviront de vous pour m’atteindre. Ils n’ont certainement pas fait le rapprochement avec le CEBY, mais ce n’est qu’une question de temps. Je ne veux pas prendre le risque. Et pourtant, ce serait si bon de me laisser soigner par tes mains.

— Océane ! reprend sa voix désespérée.

J’ai l’impression qu’il s’éloigne. À moins que ce ne soit tout simplement moi qui sombre dans l’inconscience…

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