Partie 2 - chapitre 25

Par Edorra

Maxine

Les brochures que j’ai récupérées ne m’ont pas servi à grand-chose si ce n’est à me conforter dans l’idée que je n’ai absolument pas affaire avec une fondation pour l’aide à la recherche, ou alors, ils font très mal leur pub. Leurs fascicules décourageraient n’importe qui : critères de sélections plus qu’exigeants, attributions peu avantageuses, et j’en passe. Ils font vraiment tout pour décourager toutes les demandes. Soit ils ont un responsable de communication qui n’a rien compris au film, soit, et c’est le plus probable, ils se foutent de la recherche comme de leur premier hochet.

Je sais donc qu’il me faut commencer par enquêter sur cette fameuse agence, mais comment m’y prendre ? Ils semblent avoir un tentacule dans chaque place importante, y compris, j’en ai peur, à la CIA. À qui faire confiance ? Je ne peux plus compter sur mon informatrice. Cet opportuniste semble m’avoir oubliée.

Pour l’heure, je cours, et je cours. Un petit footing me remet toujours les idées en place, me permet de mieux réfléchir. Et puis, ça me fait garder la ligne et le dynamisme nécessaire à mon métier.

Mon enquête tourne en rond tout comme mes foulées dans ce parc désert. Je finirai bien par trouver une piste qui me mènera vers la révélation. Réfléchis, Maxine, réfléchis. Qui qu’ils soient, ils doivent bien avoir un point faible, il suffit de le trouver.

J’entends soudain des foulées s’approcher derrière moi. Je jette un coup d’œil sur ma droite pour apercevoir un jogger d’une quarantaine d’années parvenant à ma hauteur. Son rythme se cale au mien. Il m’adresse un sourire aimable.

— Belle soirée pour courir, n’est-ce pas ?

Je le dévisage l’air de rien. Il est assez séduisant, bien que ses traits soient irréguliers. En tout cas, et c’est le plus important, il a l’air honnête. Ce n’est certainement pas un de mes suiveurs que j’ai crus repérer quelquefois… Ou peut-être que si. Mon Dieu, je deviens complètement parano !

— Effectivement, finis-je par répondre.

— J’aime cette période de l’année : quand la chaleur nous accorde un peu de répit, et que le froid ne nous a pas encore rattrapés.

J’esquisse un sourire malgré moi.

— C’est la saison la plus agréable.

Il me rend mon sourire, avant de diriger sa main vers ma nuque.

— On dirait qu’une araignée a pris ses quartiers.

Je me fige et me tourne vers lui. Ma parano refait une montée en flèche.

— Qu’est-ce que vous faites ?

— Détendez-vous. Je voulais juste chasser cette petite bestiole. Voyez, explique-t-il en me montrant sa paume.

Une petite araignée s’y balade. Ma tension se relâche un peu.

— Merci.

À peine ai-je prononcé ce mot que je sens quelque chose me piquer l’épaule gauche. Je me retourne vivement pour découvrir un deuxième homme, une seringue vide à la main. Il m’a injecté quelque chose. C’était un piège. J’aurais dû m’en douter.

Sous la menace, je me remets à courir, mais le produit qui court dans mes veines commence à faire effet. Mes mouvements se désynchronisent, ma vision devient plus floue. Soudain, je perds l’équilibre. Deux bras me rattrapent avant que je ne touche le sol. Les ténèbres m’enveloppent, et je n’entends qu’une seule chose avant de totalement y sombrer.

— Laissez-vous faire, agent Sweeney.

 

.oOo.

 

Peu à peu, les ténèbres s’éloignent alors que je reprends conscience. Je me sens pâteuse, c’est sans doute un effet secondaire du somnifère qu’ils m’ont administré.

J’ouvre les paupières, mais me trouve toujours dans l’obscurité la plus totale. Je crois que j’ai un bandeau devant les yeux, mais comme mes mains sont attachées derrière mon dos, je ne peux pas le retirer. Il va falloir que je me serve de mes autres sens pour obtenir des informations sur l’endroit où je me trouve.

Je suis allongée en chien de fusil sur un sol dur et poussiéreux. Très poussiéreux. Cette poussière à proximité de mon nez m’étouffe presque quand je respire. Tant bien que mal, je me redresse, et découvre en me cognant qu’il y a un mur derrière moi. Je m’y adosse et respire une nouvelle goulée d’air. Il est saturé d’humidité. D’ailleurs, il me semble entendre le bruit de gouttes d’eau tomber au sol, une à une. Ce ploc-ploc incessant risque de me rendre folle si j’y prête trop attention.

Je laisse échapper un soupir. Me voilà bien. Je ne sais pas qui sont mes ravisseurs, mais ils sont sûrement liés à l’affaire. Je repense à la dernière fois où j’ai été enfermée. Je doute que Jimmy vienne me délivrer cette fois-ci. J’esquisse un sourire amusé à cette idée.

— Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle à votre situation, Agent Sweeney.

Dans la voix qui résonne soudain, je reconnais celle du joggeur qui m’a interpellée tout à l’heure. Ou était-ce hier ? J’ai perdu toute notion du temps.

Je vais pour parler, mais me rends compte que ma gorge est sèche. Je toussote pour retrouver ma voix.

— Qui êtes-vous ?

— Si nous vous avons enlevée, c’est justement pour que vous ne le découvriez pas.

Je sens la colère s’emparer de moi, mais parviens à la maîtriser.

— Vous ne pouvez pas empêcher le peuple de chercher la vérité. C’est un droit.

Il s’esclaffe.

— Un droit ? Le peuple a aussi le droit de vivre dans le bonheur et l’insouciance. Il est des choses qu’il vaut mieux garder secrètes, croyez-moi.

Pour seule réponse, j’émets un éclat de voix cynique. Un soupir s’échappe de mon interlocuteur.

— Mais je n’espérais pas vous convaincre avec des arguments. Vous me voyez donc obligé d’employer d’autres moyens.

J’entends une chaise grincer. Il a dû se lever. Des bruits de pas me le confirment.

— Nous avons enquêté sur vous, agent Sweeney, tout comme vous avez enquêté sur nous. Nous connaissons votre adresse, mais aussi celle de vos proches : votre mère, votre sœur, votre frère, vos adorables neveux et nièces… Il vaudrait mieux pour la sécurité de tous que vous renonciez à votre obstination.

Une boule d’angoisse se bloque dans ma gorge. Ils n’oseraient pas…

— Vous êtes des monstres.

— Nous devons protéger notre confidentialité. Et nous sommes prêts à quelques dommages collatéraux pour cela. Me suis-je bien fait comprendre ?

J’en reste sans voix, paralysée par la peur. Je me contente de hocher la tête, à contrecœur.

— Vous cesserez vos recherches à notre sujet ?

— Oui.

— Bien.

Il s’approche de moi, et je n’ai pas le temps de réagir avant qu’il me pique avec une seringue. Déjà l’engourdissement me gagne.

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