Partie 2 - chapitre 23

Par Edorra

William

La mission de récupération s’est mal passée. En fait, elle n’a même pas eu lieu ; Ellie a réussi à s’enfuir avant. J’aimerais pouvoir me réjouir de cet état de fait, mais ce n’est pas vraiment le cas. Le sentiment de joie que j’ai ressenti en apprenant la nouvelle s’est vite estompé sous l’inquiétude. Elle venait de subir une importante opération chirurgicale ; elle ne tiendrait pas longtemps, seule au milieu de nulle part. Elle serait bien mieux au sein du CEBY, en sécurité loin de tous ces enfoirés qui lui veulent du mal.

Je revois encore l’ambiance survoltée du QG lors de la préparation de la mission. La déception qui s’est affichée sur les visages quand leur contact a annoncé que l’oiseau s’était envolé n’était pas feinte.

Et je n’ai toujours aucune nouvelle de Devon. Si seulement le proverbe « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles » pouvait se vérifier, mais je n’y crois pas une seule seconde dans cette situation. Mais qu’est-ce qui lui prend, bon Dieu ?

Il va falloir que j’aie une bonne discussion avec lui à son retour, quitte à lui retirer la mission CMJ. Il a besoin de repos, et de longue durée.

L’annonce de l’hôtesse me ramène sur Terre. Je vais enfin pouvoir embarquer dans la navette qui me reconduira à Bruxelles. À mes côtés, Ian se lève et s’étire en maugréant, un sourire aux lèvres.

— J’espère que vous avez réservé ma chambre dans le meilleur hôtel qui soit.

Je lève les yeux au ciel. Ian vient passer une semaine dans la capitale belge, pour visiter le CEBY et prendre quelques notes en vue du transfert ; en admettant évidemment que nos dirigeants acceptent le traité.

— J’ai réservé dans un motel. Après tout, vous passerez la majorité de votre temps dans l’agence.

Il me jette un regard incrédule assombri d’agacement.

— Vous plaisantez, là ?

Je reste impassible quelques secondes avant qu’un frémissement de sourire n’étire mes lèvres.

— Oui, ne vous inquiétez pas, Ian, vous serez très bien logé.

— Je me méfie dès que je mets les pieds en Europe.

— Vous n’avez pas l’air au courant, mais notre continent a beaucoup changé depuis la dernière guerre.

Il pousse un grognement et murmure pour lui-même.

— Ça dépend des endroits…

 

.oOo.

 

Maxine

Je m’étais pourtant dit que je resterais tranquille, mais je n’ai pas pu résister. Quand on a les éléments, difficile de ne pas enquêter. Mon informatrice m’avait laissée ces photos de locaux mystérieux qui depuis traînent chez moi, sur mon bureau. Je me suis enfin décidée à en faire quelque chose. Ça fait déjà plusieurs jours que je passe discrètement devant eux, jetant un faux regard étourdi sur la hauteur du gratte-ciel et sur l’enseigne. Officiellement, j’ai affaire avec une fondation d’aide à la recherche scientifique, domaine plus que large. Il me faudrait plus d’informations, mais je ne récolterai jamais rien si je reste plantée dans la rue, ou à attendre sagement dans mon bureau en me concentrant sur des dossiers moins importants.

Je hoche la tête d’un air déterminé avant d’entrer dans le hall de l’immeuble. J’aime savoir contre qui je lutte ; et leurs mensonges ainsi que la façon dont ils les débitent est une façon comme une autre de mesurer ses adversaires.

Je m’approche de l’accueil et de l’hôtesse. Cette dernière me jette un regard blasé qui dissimule mal son étonnement.

— Bonjour, madame. Puis-je vous aider ?

— Je l’espère. Voilà, je suis la représente du laboratoire de sciences géologiques de la nouvelle université du New Jersey. J’ai entendu parler de votre agence par des amis, et j’aimerais en savoir plus sur votre façon d’attribuer vos dons.

— C’est une très bonne question, nous avons quelques brochures qui pourront vous renseigner. Je vous donne ça tout de suite.

— Ne puis-je pas plutôt rencontrer un de vos responsables, ou un chargé de communication ?

— J’ai bien peur qu’ils soient occupés pour le moment. Lisez plutôt les documentations que je vais fournir, et si vous êtes intéressés, nos coordonnées sont affichées en quatrième de couverture.

— Bien, puisque je n’ai pas le choix.

— Veuillez patienter, je vais les chercher.

J’acquiesce alors qu’elle se lève et file dans une petite pièce derrière elle. Je profite de son absence pour observer plus attentivement les lieux. Sols rutilants, air purifié et parfumé, façades mélangeant plâtre et verre, quelques plantes vertes pour ajouter un peu de couleurs… On ne peut pas dire que l’endroit soit très personnalisé. Je pourrais me trouver dans le hall de n’importe quelle entreprise, dans n’importe quel domaine d’activité. Ça ne prouve rien, la plupart des sociétés sont ainsi désormais. À croire que la personnalisation tue le travail…

En tout cas, une chose est sûre, on pourrait croire qu’aucun employé ne travaille ici. Depuis mon arrivée, je n’ai croisé personne mis à part la standardiste. Et pourtant, j’ai la désagréable impression d’être observée.

Je reporte mon attention vers le comptoir en entendant l’hôtesse revenir.

— Les voici !

Elle dépose un lot de trois brochures sous mes yeux. Elles sont banales, pas franchement moches, mais pas des plus attractives non plus. Je m’en empare et les feuillette rapidement.

— Je vous remercie, je vais étudier ça et reprendrai contact avec vous rapidement.

Je m’apprête à partir mais sa voix me retient.

— Attendez ! Je dois auparavant prendre vos coordonnées, si ça ne vous dérange pas.

Je fronce les sourcils.

— Pour quelles raisons ?

— C’est la procédure habituelle. Nous effectuons quelques statistiques au sujet des demandes qui nous sont faites. Rassurez-vous, ça ne peut qu’être bénéfique pour votre laboratoire.

Je serre les dents. Merde, j’aurais dû la voir venir celle-là ! Je me rapproche du comptoir, réfléchissant à une identité d’emprunt qui soit crédible et qui m’assure le plus de sécurité possible. En espérant que cette gourde de secrétaire s’en satisfasse…

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