Partie 2 - chapitre 22

Par Edorra
Notes de l’auteur : CW : scène érotique

Devon

La chambre est calme, plongée dans la pénombre. Les trois gardes surveillent Ellie, et ont plutôt l’air de s’ennuyer. Océane est assoupie, et je suis à deux doigts d’en faire autant. La chaleur de ce mois de septembre n’aide pas à rester éveillé et concentré.

Je suis avachi sur ma chaise et mes paupières se font de plus en plus lourdes. Seules mes pensées m’empêchent de sombrer. Ellie a refusé mes demandes. J’avais oublié qu’elle était si têtue. Je ne lui demandais pourtant pas grand-chose, juste de renier ses croyances. Ouais, je suis un bel idiot. Mon offre était ignoble, et c’était pourtant ma seule solution pour la sauver. Ne peut-elle pas comprendre tout ce que j’essaye de faire pour elle ? Mais évidemment, elle ne sait pas que c’est moi.

Je sens soudain une présence juste devant moi. J’ouvre les yeux et fronce les sourcils en reconnaissant Océane, complètement détachée, m’observant d’un regard profond.

— Comment…

Son doigt vient se poser sur mes lèvres.

— Chut… Ne dis rien.

Ses lèvres viennent remplacer son index et m’électrisent aussitôt. La saveur de ce baiser offert est si douce, et si obsédante. Je retrouve enfin mon Ellie, telle que je l’ai laissée il y a dix ans. Notre baiser se fait de plus en plus insistant alors qu’elle s’assoit à califourchon sur mes genoux, se nichant au plus près de moi. Je passe mes bras autour de sa taille, laissant glisser mes mains sur la peau nue de son dos, ressentant ses frissons de plaisir contre moi.

— Océane…

— Chut… répète-t-elle en plongeant son regard malicieux dans le mien.

Sa bouche dévie le long de ma joue, me couvrant de baisers, avant de venir mordiller le lobe de mon oreille. Je penche à mon tour mon visage dans sa nuque, respire le parfum de ses cheveux et de sa peau, et réfrène tant que je peux une nouvelle vague d’excitation. Bien que je ne puisse plus vraiment réfléchir, je sais que le moindre faux pas de ma part la fera fuir. Je ne le veux pour rien au monde.

Sa bouche revient se poser sur la mienne, sa langue retrouve la mienne. Elle va me rendre fou.

Sa main descend lentement le long de ma poitrine, caresse doucement mon ventre, se dirige avec assurance toujours plus bas. Un bruit de braguette rompt le silence.

Je rive mon regard sur le sien alors que ses doigts s’enroulent autour de mon sexe. Il révèle une profondeur que je n’arrive pas à identifier. Assurance ? Sa main glisse le long de ma verge, commençant son mouvement de va et viens. Défi ? Un grognement de plaisir m’échappe. Ma main vient se poser sur son sein, taquine son téton. Il n’y a pas de raison que je sois le seul à en profiter. Détermination ? Son rythme augmente. Tendresse ? Ma respiration se fait de plus en plus erratique ; l’extase approche. Amour ?

La délivrance ne m’apporte que le silence et le vide. Ma respiration se calme alors que je constate l’absence d’Océane dans mes bras. J’ouvre brusquement les yeux pour découvrir le lit complètement vide, et nulle présence d’Ellie dans la pièce.

Je me lève d’un bond et contemple la scène d’un air ahuri. Les trois gardes sont au sol, inconscientes. Sur le lit, les attaches sont grandes ouvertes, narguant ma stupidité.

Je lâche un juron furieux avant de m’approcher du garde le plus proche, de m’accroupir à ses côtés et de lui secouer l’épaule sans ménagement.

— Réveille-toi !

Après un gémissement, elle ouvre lentement les yeux, avant de se relever brusquement en me reconnaissant.

— Monsieur ! Je… Excusez-moi… je ne sais pas ce qui s’est passé…

— Manifestement. Où est la prisonnière ?

Elle fronce les sourcils avant de regarder le lit, puis de reporter ses yeux vers moi. Elle ouvre la bouche pour parler, hésite, la referme, avant de se décider et de raconter.

— Mais monsieur, c’est vous qui m’avez demandé de la détacher pour organiser le transfert.

C’est à mon tour de froncer les sourcils. Cette femme est apparemment en plein délire.

— Vous vous foutez de moi ? Je n’ai jamais rien dit de tel !

J’ai presque hurlé, réveillant du même coup les deux autres gardes. Elles se lèvent et observent la pièce avec stupéfaction. Leur collègue ne se démonte pas et répond avec assurance.

— Vous ne vous rappelez pas que le docteur Briffa et venu avec un détachement pour transférer la prisonnière jusqu’en Mongolie ? C’est à ce moment-là que vous m’avez ordonné d’ouvrir les entraves de la prisonnière.

Je ferme les yeux de dépit.

— Vous avez rêvé… ou plutôt, on vous a fait rêver. Elle vous a eues… Elle nous a tous eus, et en beauté.

Une nouvelle partie, un nouvel échec. Elle a plusieurs points d’avance ma petite Ellie, et elle m’en fait perdre plusieurs aux yeux des Numéros. Elle n’a fait que sauver sa peau, mais elle m’a royalement mis dans la merde.

 

.oOo.

 

Océane

La ville de Genève est apaisante. J’aperçois l’onde calme du lac Léman à travers les larmes qui brouillent ma vue. Ma respiration s’est faite peu à peu moins hachée depuis que je me suis assise sur ce vieux banc en bois. Un sanglot remonte doucement mais sûrement du fond de mon ventre. Je tente de le réprimer mais n’y parvient pas. Il s’échappe, entraînant avec lui de nouvelles larmes et le réveil de la douleur dans mon abdomen. Je pose la main sur ma blessure en grimaçant. Maudite crise d’appendicite, tout est de sa faute !

Je ne suis pas passée loin cette fois. Ça me servira de leçon, il faut que je me montre plus prudente. Et il faut que je me repose, je n’arriverai à rien dans cet état. Bon sang, Yanael, pourquoi m’as-tu choisie, moi ? De tous les Lasmoniens, je suis certainement la moins capable. Ils sont nombreux à te l’avoir dit dans ton fichu peuple… « Elle a été élevée parmi les Terriens ; il n’y a rien à sauver en elle. ». Cette phrase que tu crois que je n’ai pas entendue, est pour autant terriblement véridique. Tu aurais pu faire de si meilleurs choix.

Le découragement s’abat sur moi, immense, implacable. À quoi bon ? À quoi bon après tout sauver les humains quand on voit de quoi ils sont capables ? À quoi bon me sacrifier ?

Une nouvelle crise de sanglots me secoue, me laissant seule, démunie, stupide. Dans un mouvement saccadé, j’attrape mon sac que j’ai récupéré à la CMJ et en sors mon cellulaire. Allez réponds… Réponds. Sa voix rauque retentit, apportant immédiatement un certain réconfort.

— Allo, oui ?

Ma voix tremblotante lui répond.

— Fred ?

Il comprend aussitôt que quelque chose ne va pas.

— Océane ? Qu’est-ce qui t’arrive ?

Je renifle. Une part de moi se sent lamentable, mais une part beaucoup plus importante a besoin de soutien.

— J’ai besoin d’aide, Freddy. Je veux que tu viennes me chercher, s’il te plait.

Je l’entends grommeler dans sa barbe avant qu’il ne se décide.

— Où es-tu ?

— Genève.

— Bon, j’arrive. Et ne fais pas de conneries !

Un faible sourire étire mes lèvres.

— Promis.

Il raccroche. Je n’ai plus qu’à l’attendre. Rester là à regarder le lac et ne plus penser à rien, et surtout pas à Devon… Mark… Devon… Qui qu’il soit.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez