Partie 2 - chapitre 21

Par Edorra

William

La sonnerie n’en finit pas de résonner dans le vide. Aucune réponse. Bon sang, Devon ! Mais qu’est-ce que tu fous ? Ce n’est pas normal. Après un tel événement, il aurait déjà dû prendre contact pour recevoir ses ordres. Avec moi, Sarah, ou n’importe qui du CEBY. Nous n’avons rien d’autre que le silence radio depuis qu’Ellie a été capturée. Si l’USIY ne me certifiait pas que Mark traînait dans les parages, je craindrais vraiment pour la vie de mon frère. Mais son silence m’inquiète. Sa façon d’agir ces dernières semaines est plus que préoccupante. Les mots de Sarah me reviennent en mémoire : « Avec ta solution, tu vas à la fois détruire ton frère et ta sœur ». Peut-être avait-elle raison.

Je mets fin à mon appel vain avant de composer un nouveau numéro, direction le CEBY. Je dois poser quelques questions au docteur Hale. Au moins, cet interlocuteur répond.

— Hale.

— Bonjour, docteur. William Lippman à l’appareil.

— Oh, bonjour monsieur, je ne m’attendais pas à votre appel. Que puis-je faire pour vous ?

Je réfléchis de longues secondes, pesant le pour et le contre, choisissant au mieux mes mots. Le docteur Hale est le psychologue de Devon ; celui qui le suit une fois par an, pour s’assurer de sa santé mentale. La dernière visite de mon frère a eu lieu fin juillet.

— Je voulais savoir si vous aviez remarqué quelque chose de particulier chez Devon lors de votre dernière séance.

— Vous m’avez déjà posé cette question à la fin de celle-ci.

Je grogne.

— Je m’en rappelle très bien, mais d’autres détails auraient pu vous revenir depuis, des propos inquiétants qu’il aurait tenus, n’importe quoi…

Je l’entends soupirer.

— Il était agité, certes. Cela se comprend après ce qu’il avait fait subir à l’héritière. Mais il savait où se trouvait son devoir et il était en voie d’acceptation. Il se maîtrisait parfaitement.

— Devon se maîtrise presque toujours…

… mais quand il perd le contrôle, ce n’est pas beau à voir. Un frisson d’inquiétude parcourt mon corps. Je contracte mon poing libre.

— Lors de son prochain séjour au siège, j’aimerais que vous organisiez une nouvelle séance.

— Mais ce n’est pas prévu avant des mois !

— Je suis au courant, mais je pense qu’il en a besoin.

— Dans ce cas, ce sera fait.

— Merci, Hale. Et si vous vous rappelez de quoi que ce soit à ce sujet, contactez-moi.

— Bien monsieur.

Je coupe la communication. Mon portable vient se coller contre mes lèvres alors que je sombre dans mes pensées. Les propos de Hale sont censés être rassurants, mais j’ai un sombre pressentiment. Puisque mon frère ne veut pas répondre à mes appels, je lui envoie toutes mes ondes. Surtout Dev, ne fais pas de conneries !

Je me retourne quand j’entends la porte derrière moi s’ouvrir et vois Ian entrer.

— Vous avez du nouveau ? me demande-t-il.

— Non… Je crains qu’il ne vous faille vous débrouiller seuls pour cette mission.

— Votre contact est injoignable ?

J’acquiesce. Il soupire de contrariété, mais un éclair de compréhension passe dans ses yeux.

— Je vois… Alors espérons que nous aurons assez de temps pour agir. Notre contact n’est pas à Munich mais il va tenter de joindre la base.

Je fais la moue.

— Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider.

— Je vous crois, je sais ce que cette mission représente pour vous.

Mes lèvres s’étirent en un pauvre sourire. Ian pose sa main sur mon épaule dans un geste réconfortant, auquel il met vite fin.

— Vous êtes le bienvenu au QG si vous voulez assister aux événements.

 

.oOo.

 

Maxine

— Je suis le super-héros et toi, tu es la demoiselle en détresse.

Cette remarque de mon neveu Jimmy parvient à m’arracher un sourire. Il s’agite autour de moi, heureux dans son costume de Superman. À sept ans, il est fou des super-héros et ne parle quasiment que de ça.

— Allez, viens jouer avec moi ! renchérit-il.

— Jim, laisse Tata Maxine tranquille, intervient mon frère.

Il fronce les sourcils, arborant cet air d’autorité propre aux parents. Je dissimule un sourire.

— Tout va bien, John. Finalement, j’ai envie de jouer moi aussi.

J’adresse un clin d’œil à Jimmy et John lève les yeux au ciel.

— Si toi aussi, tu t’y mets… Le dîner sera prêt dans une heure.

— D’accord, Papa ! s’exclame le garçonnet en m’attrapant par la main.

Il m’incite à me lever et m’entraîne vers sa chambre. Aussitôt qu’on y est, il déclare.

— Tu serais prisonnière des vilains méchants, et moi j’arriverais pour te délivrer.

Tout en parlant, il ouvre la porte de son placard. Je hausse un sourcil circonspect.

— Tu veux que je rentre là-dedans ?

— Bah oui, c’est là que tu es enfermée. Et puis, tu as la place pour t’asseoir.

Un léger rire amusé s’échappe de mes lèvres. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour le bonheur des enfants ?

— OK, c’est toi le chef.

Je rentre dans l’espace étroit et m’assois contre le mur. Une chance que je ne sois pas claustrophobe !

— N’aie pas peur du noir, Tata. Les monstres, ça n’existe pas.

Un sourire sarcastique fleurit sur mes lèvres.

— Merci de me l’avoir dit.

— De rien !

Sur cette exclamation, il ferme la porte, me plongeant dans l’obscurité. Je replie mes jambes contre ma poitrine, histoire d’être installée un peu plus confortablement.

Je pousse un soupir. Si depuis mon arrivée ici j’ai pu réussir à oublier le boulot, il n’en est plus rien maintenant que le silence m’entoure.

Ces enfoirés m’ont retiré l’enquête ! Si ma colère est moins forte, l’amertume est toujours là. Cette affaire de vol est vraiment plus importante que nous ne le pensions au départ. Je ne sais pas qui est impliqué exactement mais il doit y avoir de grosses huiles. Peut-être même des membres du gouvernement. Je dois découvrir la vérité. Mais comment ? Et suis-je seulement de taille ? Mon informatrice semble le penser. Pourquoi m’aurait-elle aidé sinon ? J’aurais bien besoin de son aide, mais elle est aux abonnés absents depuis quelque temps. Après tout, je n’ai pas encore utilisé les derniers éléments qu’elle m’a fournis. Quelque chose me retient. La peur ? Peut-être… mais en même temps, je n’ai plus rien à perdre désormais.

Je soupire à nouveau. La porte s’ouvre soudain, laissant filtrer un rayon de lumière. La petite tête boudeuse de mon neveu s’affiche dans l’ouverture. Zut, tout à mes problèmes, je n’ai pas été très active au jeu.

Jimmy m’observe quelques instants, avant de déclarer.

— T’as une drôle de tête. T’as des soucis ?

Ce petit a toujours été trop perspicace pour son propre bien. Je lui adresse un sourire tendre.

— Ce sont des problèmes de grandes personnes, mon chéri.

— Mais je suis grand ! J’ai sept ans et demi, maintenant ! s’insurge-t-il sincèrement.

— C’est vrai. Disons simplement que je dois découvrir quelque chose d’important, mais on m’a interdit de chercher.

— Pourquoi ?

— Parce que ça ne plait pas à certaines personnes.

Il ouvre de grands yeux incrédules.

— Mais ce n’est pas méchant de chercher ?

— Non.

— Alors tu devrais le faire quand même, et tant pis pour ceux à qui ça ne plait pas.

C’est un raisonnement enfantin, mais réaliste. Jimmy n’a certes pas conscience du danger, mais moi, oui. Et s’il se présente, je saurai l’éviter. Il ne doit pas m’empêcher de découvrir la vérité.

— Tu as raison. Je vais suivre tes conseils, mon grand.

Un large sourire ravi se dessine sur ses lèvres.

— Bon, tu joues pour de vrai, maintenant ?

— Je joue pour de vrai.

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