Partie 2 - chapitre 19

Par Edorra

Maxine

La salle du secrétariat du chef : l’antichambre de l’enfer. Noah est là à se tapoter les doigts les uns contre les autres, regardant fixement devant lui. Moi, j’ai la bougeotte. Je remue sur ma chaise : à gauche, à droite, tournée vers l’arrière, vers l’avant. Je déteste attendre, surtout quand c’est pour voir une tête de nœud comme le chef Stewart. À m’écouter, vous vous dites sans doute que je n’ai pas une grande estime pour mes supérieurs. Ce n’est pas tout à fait vrai, je sais donner mon admiration et mon respect à qui les mérite, et il faut reconnaître qu’à un certain niveau de hiérarchie, ils se font plutôt rares.

À son bureau, le secrétaire continue de rédiger son rapport, ou sa lettre, ou quoi que ce soit, consciencieusement. Un éléphant pourrait piétiner son bureau qu’il ne s’en rendrait même pas compte.

Je pousse un long soupir et me réinstalle droite sur ma chaise. Mon coéquipier me jette un coup d’œil impassible, quoique agrémenté d’un soupçon d’amusement.

— Calme-toi, il ne va pas te manger.

— Encore heureux, il n’est pas du tout mon type.

Il lève les yeux au ciel avant de les reporter sur le mur. J’adore mon collègue, mais parfois il me tue à être aussi peu bavard. Je croise les bras et prends mon mal en patience. Une dizaine de minutes plus tard, le téléphone sonne, puis le secrétaire nous dit que nous pouvons entrer. Je me lève comme un ressort. Ce n’est pas trop tôt !

Je m’avance d’un pas déterminé jusqu’à la porte que j’ouvre en grand. J’entre directement pour aller m’asseoir devant le patron. Noah me rejoint d’un pas plus courtois.

— Salut, chef !

M. Stewart me fusille du regard mais ne fait aucune nouvelle remarque sur mon sens de la communication. Bah quoi, je n’ai jamais aimé les courbettes et l’hypocrisie.

— Pourquoi vouliez-vous nous voir, monsieur ? demande Noah à mes côtés.

Notre supérieur se pince les lèvres avant de déclarer de but en blanc.

— Je dois vous parler de votre affaire en cours. J’ai reçu des ordres ; elle est classée.

La stupéfaction se peint aussitôt sur mes traits. Qu’est-ce qu’il me raconte là ? On est encore loin de l’avoir résolue. Au contraire, on n’en est qu’au début.

— Excusez-moi, monsieur, mais qu’est-ce que c’est que ces ordres stupides ?

Il plisse les yeux. Apparemment, je l’ai vexé.

— Ils viennent de très haut. Stupides ou non, vous n’êtes rien pour les remettre en question. Suis-je clair ?

Je serre les dents. Quelle tête de con ! Il n’a pas besoin d’en dire plus, j’ai compris. Mon informatrice a raison, j’ai vraiment mis le doigt sur quelque chose de gros.

Sans attendre les prochaines explications de mon supérieur que je sais bidon, je me lève de ma chaise et sors d’un pas furieux. Ils ne m’arrêteront pas aussi facilement. Je les arrêterai, qui que soit ces « ils ». Je découvrirai cette foutue vérité.

 

.oOo.

 

William

Je regarde attentivement par la fenêtre la rue au-dehors, écoutant moins distraitement qu’il n’y paraît les propos de mes confrères américains. Ils se titillent pour un rien. L’ordre du jour ? Est-ce l’USIY ou le CEBY qui doit financer le transfert des artefacts ? Tellement peu constructif… Nous avançons à pas de fourmis… Mais telle la fourmi, je resterai obstiné jusqu’à ce que mon but soit atteint.

Ce n’est pas l’inconsistance de cette réunion qui me préoccupe pour le moment. Je n’ai toujours pas de nouvelles de Sarah depuis son dernier coup de fil, celui où elle m’a confié qu’Ellie était en grand danger.

Je lève sans pouvoir m’en empêcher ma main jusqu’à ma bouche et me ronge l’ongle du pouce. Je suis habituellement maître de moi-même, mais l’anxiété me fait perdre mon self-control. La situation actuelle est un vrai paradoxe. Je sais qu’il nous faut arrêter Océane, le mieux serait qu’elle rejoigne le CEBY ; mais je suis en même temps heureux qu’elle ait de telles capacités pour pouvoir échapper à ses poursuivants... jusqu’à aujourd’hui. Que lui est-il arrivé bon sang ? Tout ce que Sarah sait est qu’elle a mis fin abruptement à la conversation en poussant un cri de douleur.

Quel besoin a eu aussi Sarah de lui téléphoner en présence de nos supérieurs ? Cela devrait rester une affaire de famille... pour le moment. Je soupire. La réponse, je la connais. Nos chefs lui sont tombés dessus ; ils commencent à s’impatienter.

Derrière moi, mes confrères sont toujours sur leur dilemme financier. Ian s’approche discrètement de moi et chuchote.

— Vous semblez ailleurs

— Hum ? Désolé, affaire personnelle.

— Vous feriez mieux de la mettre de côté pour le moment.

Je soupire profondément, puis acquiesce avant de retourner m’asseoir à la table. La discussion reprend, berçante d’ennui. Malgré ces quelques réunions infructueuses, nous avançons bien, mine de rien. Tout devrait être au point d’ici une ou deux semaines. Je pourrai enfin retrouver ma famille et Bruxelles.

Brusquement, un secrétaire entre en trombe dans la pièce et s’exclame :

— Monsieur Hensley ! Je dois vous parler immédiatement !

Ce dernier hausse un sourcil à peine surpris.

— Ça ne peut pas attendre ?

— Non monsieur, c’est une nouvelle importante. L’héritière a été capturée.

Tous les regards se posent sur lui, ahuris. J’avale difficilement ma salive mais parvient à prononcer.

— Qui la détient ?

Il pince les lèvres d’un air gêné.

— La CMJ, malheureusement.

Mon cœur manque plusieurs battements. La CMJ s’obstine. Il ne me reste plus qu’à espérer que Devon soit aux côtés de notre Océane. Une nouvelle question franchit mes lèvres.

— Comment l’avez-vous appris ?

L’homme se fige et adresse un regard hésitant à Ian. Évidemment, il ne veut pas parler en ma présence. Son chef lui donne l’autorisation.

— Allez-y James. Après tout, l’USIY et le CEBY sont sur le point de s’unir. Nous n’avons plus rien à cacher.

Le dénommé James acquiesce avant de s’exécuter.

— Nous tenons ces informations de notre homme infiltré. La CMJ détient l’héritière dans leur base de Munich.

— Comment ces enfoirés ont-ils réussi à lui mettre la main dessus ? l’interrompt Ian.

— Elle a fait une crise d’appendicite qui l’a affaiblie ; ils en ont profité. C’est le fameux Mark Espanza qui est en charge de sa détention.

Je retiens avec peine un soupir soulagé. Devon a su tirer son épingle du jeu pour pouvoir s’occuper d’elle. Nul doute qu’il va venir chercher ses ordres. Je vais enfin pouvoir réparer mon erreur et lui dire de la ramener auprès de nous. Mais les hommes autour de moi ne savent pas qu’il est Mark. Et union ou pas, nous n’allons pas commencer à confier ce genre de secrets. Il en va de la sécurité de nos agents.

Ian passe un index songeur sur ses lèvres.

— Peut-être pourrions-nous organiser une mission de récupération... Elle serait mieux entre nos mains qu’entre les leurs, non ? ajoute-t-il en levant un sourcil interrogateur à mon intention.

— C’est évident.

— Nous allons contacter notre agent. Peut-être pouvez-vous également prendre des mesures qui nous aideraient.

J’admire sa diplomatie pour me demander de contacter l’agent du CEBY, sa façon de me laisser une porte de sortie pour ne rien dévoiler.

— Ce sera fait.

— Bien. Terminons ici cette réunion et occupons-nous de cette affaire. William, nous nous retrouvons d’ici deux heures.

Les membres de l’USIY se lèvent et quittent peu à peu la pièce, me laissant seul. C’est parti pour la ronde des appels téléphoniques.

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Schumiorange
Posté le 27/07/2020
Salut Edorra !

Tu décris très bien l'impatience et l'agacement de Maxine, et je compatis entièrement avec elle !! Elle ne va clairement pas lâcher l'affaire... Mais à quel prix ? Je commence à sérieusement m'inquiéter pour sa survie !

Et c'est intéressant de savoir qu'il y a aussi un agent américain infiltré dans la CMJ. Est-ce que je n'ai pas vu les indices ? Ou il n'y en avait pas ? En tout cas, j'espère pour eux que ce n'est pas cet idiot que Mark / Devon a tabassé ; )

Pas de coquilles, juste un point qui s'est envolé après la réplique de Ian : "Vous semblez ailleurs".

Ce nouveau rythme de mise en ligne me convient bien ! Et ça limite le risque que je perde le fil entre deux chapitres, surtout qu'ils sont assez courts.
Edorra
Posté le 29/07/2020
Salut Schumiorange !

C'est chouette si ce nouveau rythme te convient !

Merci pour ton commentaire et à bientôt !
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