Partie 2 - chapitre 18

Par Edorra
Notes de l’auteur : CW : tentative de viol, agression

Devon

Depuis mon retour d’Arizona, j’ai l’impression d’assister aux évènements sans y participer. Je vois, j’entends, je ressens, mais Mark a pris le contrôle de mon corps. J’ai l’impression d’être paralysé. Je ne savais plus quoi faire, Mark a pris les devants pour agir.

Nous étions dans la navette pour la Mongolie quand nous avons appris la capture de l’héritière. J’ai aussitôt fait changer le pilote de destination. Je devais être au plus tôt auprès d’elle. Quand nous sommes arrivés, il était déjà trop tard. Elle était prise au piège et moi aussi. Mark en a profité.

Et maintenant, il est là, à jouer avec elle comme un chat avec une souris. Son sourire… Mon sourire s’agrandit alors que je sens la terreur sous-jacente en elle. Mark lui explique d’une voix calme.

— Vous avez fait une crise d’appendicite. C’est tombé plutôt mal pour vous, nous avons des agents à votre recherche dans tous les aéroports. Ils vous ont vite repérée quand vous n’avez plus eu de contrôle sur vos… dons. Vous récupérer a été plutôt simple après ça. Oh, rassurez-vous, nous avons des médecins efficaces ; et une appendicectomie est une opération assez simple après tout. Ça n’en reste pas moins douloureux, n’est-ce pas ?

Elle reste silencieuse, me fixant de ses yeux bleus électriques de colère et de rage contenues. Elle fait moins la maligne maintenant, se réjouit Mark à l’intérieur de moi.

Il se lève soudain, m’entraînant avec lui, et soulève les draps, révélant le corps d’Océane, seulement vêtue d’une courte chemise d’hôpital. Un sourire concupiscent étire ses lèvres… mes lèvres.

Ma main caresse sa cuisse, soulevant sa chemise, dévoilant sa peau nue, et remonte vers son bassin. Je la dévore du regard, je ne peux m’en empêcher.

— Joli tatouage, la cicatrice n’est pas passée loin. Dis-je en dessinant de mon doigt les contours de la rose pourpre gravée sur son abdomen.

Ses muscles se contractent alors qu’elle essaye de se libérer de ses entraves. C’est peine perdue. Ses attaches sont en métal solide. À moins d’avoir la clé, elle ne pourra pas se détacher.

Mes yeux remontent le long de son corps pour s’arrêter sur son cou. J’ai toujours craqué sur la courbe de sa nuque gracile et sensuelle. Un grognement de désir s’échappe de mes lèvres alors que je me penche pour venir les poser sur la peau tendre de sa gorge.

Sa poitrine se soulève dans le but de me repousser mais je la plaque entre moi et le lit, ignorant son refus. Mark et la passion me contrôlent. Plus de place pour autre chose que mes baisers fiévreux, que son parfum fruité que je retrouve enfin.

La porte s’ouvre soudain, créant un courant d’air dans la pièce. Je ne bouge pas, quel intérêt ? La voix de Cyril s’élève soudain.

— Bonne idée, chef. Je me demandais combien de temps vous alliez mettre avant de vous décider.

Je me redresse brusquement, le dardant d’un regard assassin. Sur son lit, Océane tire à nouveau sur ses entraves avec impuissance alors que mon subordonné la couve d’un œil gourmand. Son sourire de requin s’agrandit.

— Alors, vous préférez comment ? Moi derrière, vous devant ?

La colère s’empare de moi.

— Sors d’ici, enfoiré !

Il ne réagit pas, continuant son manège.

— Vous n’êtes pas partageur, je suis sûr qu’elle ne demande que ça, insinue-t-il en lui adressant un clin d’œil.

Une fureur assassine me prend soudain. Je me jette sur lui, propulsant mon poing fermé contre sa mâchoire. Je crois que je n’ai jamais frappé aussi fort. Il se remet à peine de sa surprise que j’enchaîne déjà avec le prochain coup, direct dans son estomac. Il se courbe en deux, puis se relève vivement, tentant de me frapper à son tour. J’esquive facilement et lui porte un nouveau coup sur le crâne. Un croche-patte et il se retrouve au sol, à la merci de mes coups de pied, toujours plus forts et plus nombreux. Les bleus et les fractures s’accumulent sur son corps, ne calmant en rien ma folie.

— Tu croyais vraiment que je te laisserais faire, espèce de chien !

Le sang s’écoule, couvrant mes chaussures. Cyril ne se débat plus, recroquevillé sur lui-même. Je lui ai toujours dit que je finirais par lui faire sa fête.

 

.oOo.

 

Océane

La folie est en lui, poursuivant son œuvre destructrice aussi sûrement qu’un virus le ferait. Je n’avais pas assisté à une telle explosion de violence depuis longtemps, et encore moins avec Devon en principal protagoniste. Non pas que Cyril mérite ma sympathie. Je ne le plains pas vraiment, c’est juste que… Devon me fait peur. Je crains à la fois pour moi et pour lui. Allez chercher le paradoxe !

Il s’acharne toujours sur Cyril, l’esprit rempli d’images de haine et d’agressivité. Il cesse d’un coup et me jette un regard terrifiant. Le regard d’un prédateur hors de lui sur sa proie. Je déglutis difficilement. Au sol, Cyril a cessé de bouger, mais Mark ne s’intéresse déjà plus à lui.

Il se rapproche de moi alors que ce sourire que j’abhorre fleurit sur ses lèvres. Il pose un doigt sur les miennes.

— Chut. Reste sage et je ne te ferai aucun mal.

Ses lèvres remplacent son index ; sa langue force l’entrée de ma bouche, venant s’enrouler autour de la mienne avec autorité. Son corps vient se coller au mien alors qu’il s’allonge complètement sur moi, faisant à peine plier le lit. Je me débats autant que je peux, ce qui malheureusement ne sert à rien. Sa bouche quitte la mienne, me mordant au passage la lèvre inférieure, puis descend contre ma gorge. Devon hume mon parfum et mes cheveux tel un drogué en manque. Je tente une nouvelle fois de lui faire lâcher prise, en vain. Seuls les mots pourront me sauver, du moins je l’espère. L’illusion sera mon dernier recours. Un recours éphémère tant que je serai aussi faible physiquement.

— Arrêtez !

— Tu n’as pas dit le mot magique, souffle sa voix près de mon oreille.

Ses mains remontent sous ma chemise, caressent ma peau jusqu’à mes seins.

— J’ai envie de toi depuis longtemps, mais je suppose que tu le sais depuis le début.

Je grimace, roulant d’un côté, puis de l’autre, espérant le voir se lasser, puis finis par trouver l’idée qui j’espère lui fera reprendre ses esprits.

— Violer les femmes, quel bel exemple. Vos parents doivent se retourner dans leur tombe.

Mon ton froid et mes mots font lentement chemin jusqu’au plus profond de lui, faisant resurgir l’image d’Élisa et David, rappelant le vrai Devon au cœur de l’action.

Il se redresse et se lève vivement, s’éloignant du lit d’un air horrifié. Il secoue lentement la tête sans y croire. Finalement, il se reprend, plutôt rapidement au vu des circonstances.

Il jette un regard au corps de Cyril toujours immobile au sol. Il se penche et contrôle son pouls, puis attrape son téléphone.

— C’est Mark. Il y a eu un problème avec l’héritière. On a besoin d’infirmiers et d’une civière. Ainsi que trois hommes pour monter la garde… Non plutôt trois femmes.

Il se tait quelques instants, écoutant son interlocuteur, puis reprend.

— Non, elle va bien. Elle est sous le choc, mais on peut le comprendre. Cela dit, de l’antalgique pour la douleur ne serait pas un luxe… Très bien, je vous attends.

Il raccroche avant de plonger son regard dans le mien et de soupirer.

— On a besoin de vous vivante et en bonne santé. C’est une chance pour vous.

— Pardonnez-moi si je ne vous crois pas sur parole.

Il sourit, se rappelant les mots qu’il a lui-même formulés l’avant-veille.

— Copieuse…

Il se détourne alors que l’équipe qu’il a demandée arrive dans la pièce. Un des infirmiers fronce les sourcils.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ici ?

Devon répond calmement.

— Cyril est devenu fou, j’ai dû le maîtriser.

— Vous n’y êtes pas allé de main morte.

— Pourquoi aurais-je retenu mes coups ?

L’infirmier ne rétorque rien. Apparemment, Cyril n’est pas apprécié par grand monde. Il s’approche ensuite de moi alors que les trois gardes entrent davantage dans la chambre, me jetant un coup d’œil supérieur.

— Comment vous sentez-vous ? s’enquiert l’infirmier.

— À votre avis ?

— Vous souffrez ?

— C’est supportable…

Il regarde ma perfusion.

— Bon, alors vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que je garde ce calmant ?

Derrière lui, Devon s’énerve.

— Arrêtez ce manège et injectez-le-lui. Elle a besoin de se détendre.

Il s’exécute. Je pousse un léger soupir de soulagement. J’ai besoin de reprendre des forces, j’ai besoin que cette maudite douleur cesse si je veux pouvoir m’échapper d’ici.

Les deux infirmiers se sont désintéressés de moi pour allonger Cyril sur une civière. L’un d’eux se retourne vers mon frère.

— Le doc veut vous voir. Il est en vidéoconférence avec les chefs.

— J’arrive.

Il se retourne vers les gardes.

— Gardez-la bien à l’œil et méfiez-vous. Elle est maligne. Et surtout, si vous la touchez, vous êtes mortes. Compris ?

Elles acquiescent. Il me jette un dernier regard dans lequel je suis la seule à déceler la désolation qui s’est emparée de lui.

Tous les hommes sortent de la pièce. Je vais enfin pouvoir prendre un peu de repos.

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Schumiorange
Posté le 25/07/2020
Wow, c'était un chapitre qui retourne ! Mais très bien écrit, bravo, car ça n'a pas dû être facile.

Tu décris très bien la dualité avec Devon qui raconte ce que fait Mark comme si ce n'était pas lui, puis qui se laisse complètement submerger et ne revient à la surface que lorsqu'Océane mentionne ses parents. C'est un tourbillon interminable dont j'ai l'impression qu'il aura beaucoup de mal à sortir... S'il en sort un jour... Tu le pousses vraiment au bout du bout, ses chances de redevenir lui-même s'amincissent à chaque chapitre.

A bientôt pour la suite ! (et pas de coquilles !!)
Edorra
Posté le 26/07/2020
Salut Schumiorange !

J'avais hâte de lire ton ressenti sur ce chapitre très particulier.
C'est un sujet difficile. Je suis soulagé si tu le trouves bien écrit.
Je trouvais important qu'on voit la dualité de Devon et son état psychologique au moment des faits.
Comme tu le dis, il est pris dans un tourbillon, mais peut-être que ces actes étaient l'électrochoc dont il avait besoin. La suite te le dira.

Merci beaucoup pour ton commentaire et à bientôt !
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