Partie 2 -chapitre 14

Par Edorra

Maxine

Les vols ont repris avec plus de force. Déjà trois depuis le début de la semaine, autant dire un par soir. On dirait bien que cette voleuse a le feu aux fesses. S’agit-il de la femme de la photo ? J’ai encore des doutes. Après tout, aucune preuve n’est encore venue étayer cette théorie. Des tonnes d’interrogations tournent dans ma tête, reliées par ce mot lancinant : Yanael. Je suis tenace quand ma curiosité est piquée, et je continue de croire qu’il existe un ou plusieurs éléments anormaux dans toute cette affaire. Et cette impression persistante d’être suivie par moments n’arrange pas mon sentiment.

J’ai mis le pied dans un panier de crabes, mais je n’ai pas l’intention d’en sortir tant que je n’aurai pas découvert le pot aux roses.

Et pour commencer, il me faut arrêter cette cambrioleuse. Elle devrait pouvoir répondre aux questions que son existence a soulevées.

Il existe onze musées sur notre territoire possédant un artefact portant la marque Y qui intéresse notre cible. Sept d’entre eux ont déjà été cambriolés. Il reste donc quatre musées potentiels pouvant être visités ce soir. Nous avons placé une équipe dans chacun de ces lieux. Notre cible ne pourra pas en réchapper cette fois.

Pour ma part, j’ai choisi de préparer le terrain dans le célèbre MAM, Musée d’Art Moderne de Miami. Non pas que j’étais en mal de soleil, mais mon sixième sens me dit que j’ai toute les chances de rencontrer notre fameuse voleuse ici. « Encore ton intuition féminine ? », comme n’a pu s’empêcher de remarquer Noah. Il n’a pas tort.

Monsieur Langford, le conservateur du musée, toussote soudain derrière mon dos. Je serre les dents avant de me retourner. Ce type m’a été antipathique d’emblée : trop sérieux, trop froid, trop hypocrite. Il a tout du politicien mielleux qui vous sourit par devant pour mieux vous entuber par derrière. Encore heureux qu’il ne soit que conservateur… Quoique j’ai entendu dire qu’il voulait se présenter pour être gouverneur. Comme quoi la politique est une vocation dès le berceau…

Je baisse un regard impassible vers lui (eh oui, je suis plus grande que lui, ce qui a été dur à avaler pour lui lors de notre rencontre).

— Que puis-je faire pour vous, monsieur Langford ?

Il toussote à nouveau avant de m’adresser son sourire de serpent.

— J’ai quelques questions à vous poser à propos de votre mission ici.

— De nouvelles questions ? Vous faites fort, j’avais cru que vous les aviez épuisées lors de notre dernière entrevue.

Son regard s’assombrit légèrement, mais Langford ne se départ pas de son rictus.

— Comprenez-moi, madame, je suis chargé de la sécurité de la collection du musée. Je veux être certain que tout est parfaitement organisé.

Je réprime un soupir. Je n’ai pas besoin des inquiétudes de cet abruti dans mon enquête. Je lui réponds du ton le moins acrimonieux que je peux.

— Je suis inspecteur, monsieur Langford, je vous saurais gré de m’appeler ainsi quand vous vous adressez à moi. Et pour l’organisation, je vous propose de faire le tour du musée avec moi afin que je vous explique tout en détail et que je réponde à vos questions. Qu’en dites-vous ?

Il se dandine légèrement d’un pied sur l’autre avant d’accepter.

— Ça me va. Je vous suis.

Je m’éloigne aussitôt de la rambarde donnant sur le hall du rez-de-chaussée. Langford se met en route pour rester à mon niveau. Je lui jette un coup d’œil railleur avant d’expliquer :

— Nous avons une équipe d’une vingtaine d’hommes. Ils seront placés tout le long du trajet menant à l’objet concerné. Ils seront évidemment plus nombreux autour de ce dernier. Croyez-moi, vous n’avez rien à craindre, cette voleuse ne nous échappera pas.

— Mais j’ai entendu dire que dans les autres musées, personne ne l’avait remarquée au moment des faits ?

Je serre les dents. J’avais oublié que les rumeurs et les commérages couraient très vite, d’autant plus quand ils étaient saupoudrés d’une touche de paranormal. Je réponds avec une pointe de sarcasme.

— Je n’ai jamais cru à la magie, monsieur Langford. Et vous ?

 

.oOo.

 

William

Ça fait un bail que je n’ai pas mis les pieds dans un musée. Le Musée des trouvailles inconnues et mystérieuses de Baltimore n’est pas plus intéressant qu’un autre, mais c’est un des derniers qui a été cambriolé par Ellie. Ma petite sœur fait des siennes ces derniers temps. J’ai du mal à admettre qu’elle soit capable de tels actes, mais les faits sont là. Je ne connais qu’une personne pouvant modifier les perceptions d’autrui avec autant de brio. Oui, ma petite sœur a bien changé depuis ses dix-sept ans.

Nous marchons d’un pas soutenu le long des couloirs d’exposition, Ian à mes côtés ; chacun plus concentré sur ses propres pensées que sur les œuvres qui nous entourent. Notre entrevue avec le conservateur ne nous a rien appris de plus que ce que nous savions déjà : l’héritière est derrière tout ça. Le gardien, que tout le monde prend désormais pour un fou, n’a pas tout à fait tort : « L’objet a disparu d’un coup, tout seul, sous mes yeux. Ce sont des extraterrestres, j’en suis sûr, c’est la seule explication ! ». Le pauvre aurait mieux fait de garder ses opinions pour lui, ça lui aurait peut-être permis de conserver son travail.

La voix de mon compagnon me surprend soudain. Je relève les yeux vers lui.

— Il serait bon de régler cette affaire avant de mettre le point final à notre alliance.

— Et vous avez des idées pour ça ?

Il me jette un coup d’œil où brille l’agacement.

— Je vous ai déjà fait part de mon idée, vous l’avez rejetée aussitôt.

Je m’apprête à riposter, mais il m’interrompt aussitôt.

— Ne le niez pas, William, je ne suis pas si stupide.

— Je n’ai jamais prétendu que vous l’étiez.

Il m’observe un long moment, songeur, avant de reprendre sa marche.

— Certes, vous êtes sûrement le moins condescendant de vos compatriotes.

Je le rattrape en quelques enjambées.

— Soit, je parlerai à ma sœur. Laissez-moi juste le temps de trouver quoi lui dire. Et puis, rien ne vous certifie qu’elle m’écoutera.

— Ça, vous ne le saurez jamais si vous ne passez pas à l’action.

— Hum…

Mon grognement provoque un sourire amusé sur ses lèvres. Notre progression nous entraîne enfin hors du musée, où nous retrouvons notre berline dans laquelle nous nous installons. Le chauffeur démarre aussitôt. Tout en prenant ses aises, Ian continue :

— Abordons le problème n° 2.

Je fronce les sourcils.

— L’agent Sweeney ?

— Exact. Elle continue ses recherches. Et elle et son équipier ont trouvé la liste des musées contenant un artefact.

— Ça, ce n’est pas le plus important.

— Sauf s’ils capturent votre sœur avant nous. Elle pourrait leur parler.

— Aucune chance, pour l’un comme pour l’autre. Ils ne mettront pas la main sur elle. Du nouveau sur l’informateur ?

— Non. Il est bien caché, ce salaud. Mais avec ou sans lui, cette Sweeney semble décidée à avoir le fin mot de l’histoire.

— Il faut lui retirer l’affaire.

— C’était bien mon intention.

Je hausse un sourcil.

— Je vous en conjure, Ian, n’agissez pas à l’américaine.

Son regard se fige sur moi, tel un poignard.

— Que voulez-vous dire par là ?

— Je vous demande simplement d’agir avec diplomatie. Cette jeune femme n’a rien demandé. Ce n’est pas de sa faute si cette enquête lui est tombée sur le coin du nez.

— Évidemment, je ne suis pas un monstre, William.

Je hoche la tête en signe d’assentiment et m’adosse de nouveau contre la banquette.

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Schumiorange
Posté le 25/07/2020
Salut Edorra !

Tu as accéléré le rythme de mise en ligne, j'ai pris du retard ! ; )

J'aime vraiment bien Maxine, elle a tellement de détermination que je me demande si elle ne va pas finir par découvrir quelque chose qu'elle n'est pas censée savoir... Je me demande aussi pour qui elle pourrait être une alliée : William ou Océane ?

Une seule petite coquille :
- « mais mon sixième sens me dit que j’ai toute les chances… » -> toutes

Et je passe à la suite : )
Edorra
Posté le 26/07/2020
Coucou Schumiorange !

En effet, j'ai augmenté le rythme de publication car j'aimerais finir de publier ce tome en août pour commencer le suivant à la rentrée de septembre. Du coup, ça me fait publier un peu plus de trois chapitres par semaine.

Maxine est un personnage que j'aime bien aussi, même s'il est secondaire. Elle va se révéler petit à petit. Son parcours est loin d'être linéaire !

Merci pour ton commentaire.

A bientôt !
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