Partie 1 : Enfance // Chapitre 1

Par Flammy
Notes de l’auteur : Ce chapitre est totalement nouveau. Au final, l'ancien premier chapitre rendait pas ce que je voulais, du coup je tente autre chose, un peu bizarre aussi, en espérant que ça se passe plus comme je l'espère =D

Quand je me réveille, je reconnais pas la pièce. Elle est toute blanche, pleine de lumière et le lit me paraît immense. Je me redresse, comme dans un rêve. Y a personne d’autre, aucun bruit, sauf le bip bip familier d’une machine étrange à côté de moi. Les électrodes sur mon torse et l’aiguille dans mon bras me grattent, mais je sais que je dois surtout pas y toucher. Je m’assieds juste dans le lit. J’entends des gens passer à l’extérieur, des paroles et parfois même des cris. Je les ignore tous.

 

J’attends.

 

~0~

 

Quelqu’un rentre dans la pièce. Je la connais pas, cette femme habillée d’une blouse blanche. Avec une expression étrange, les lèvres étirées, elle me demande comment je vais. Je la fixe sans comprendre, sans savoir ce qu’elle veut comme réponse. Dans le doute, je préfère rester silencieuse. Les blouses blanches, il faut pas les contrarier, juste qu’elles fassent leurs trucs, attendre que ça passe.

 

Après un moment d’immobilité, elle finit par se rapprocher. Elle vérifie plusieurs choses, m'ordonne de bouger. Je m’exécute sans un mot. Elle recommence à parler, à me poser des questions. Est-ce que je ressens une douleur ? Une gêne ? Est-ce que je peux remuer tous mes membres ? Est-ce que j’ai soif ou faim ? Je réponds à chaque fois d’un signe de tête. Elle me fixe longuement avant de marquer quelque chose que j’arrive pas à lire sur une tablette et l'accrocher au pied de mon lit. Elle repart, laissant un plateau de nourriture derrière elle.

 

Affamée, je me jette dessus. Je mange rapidement, sans prendre le temps de savourer ni rien. Je reconnais aucun plat, aucun goût, mais tout ce qui compte pour le moment, c’est de… de rien gaspiller. Sinon, on va encore me disputer. Une fois fini, je range tout sur la table.

 

Et là…

 

Là…

 

Je recommence à attendre.

 

Y a rien d’autre à faire de toute façon.

 

~0~

 

Les lumières de la pièce perdent brutalement en intensité. Je sursaute et, méfiante, je regarde à droite à gauche. Rien de particulier. Ça… Ça doit être juste pour symboliser la nuit. Je hoche la tête pour moi-même. L’explication me plaît.

 

Une clarté inattendue vient éclairer les draps de mon lit. Je me tourne vers la gauche et remarque la vitre qui laisse entrevoir l’extérieur. Je me fige, totalement prise au dépourvu.

 

De l’autre côté, il y a des volutes blanches qui dansent, paressent, m’adressent des petits signes que je réussis pas à décrypter. Je les fixe, fascinée. Y a des lumières orangées qui se reflètent dessus. Parfois, je peux distinguer au loin quelque chose d’un peu étrange, difficile à discerner, de sorte d’immense structure dont je vois pas la base ni le sommet.

 

Je reste le regard perdu dehors, jusqu’au moment où j’arrive plus à résister au sommeil.

 

~0~

 

Le matin, la dame en blanc revient. Elle réagit un peu étrangement en me voyant allongée n’importe comment sur le lit, hors des draps. Elle m’a regardée sous tous les angles, a vérifié la machine qui bipe sans fin. Est-ce que j’ai mal dormi ? Est-ce que j’ai mal ? Est-ce que j’ai froid ? Est-ce que j’ai fait des cauchemars ? Je réponds toujours par des signes de tête. Son expression s’assombrit. Il y a quelque chose que je fais pas bien, mais quoi ?

 

Je me recroqueville sur moi-même et je jette un coup d’oeil vers la vitre. Les volutes blanches m’apaisent. La femme suit mon regard. Elle se précipite vers la fenêtre pour tirer le rideau et cacher la vue. Elle revient me demander comment je me sens. Je réponds rien, je vais encore gaffer.

 

Elle sort de la pièce sans un mot de plus.

 

~0~

 

— Elle n’a pas parlé depuis qu’on l’a récupérée… Elle est muette ?

— Les médecins ont vérifié, a priori, il n’y a pas d’atteinte au niveau de la gorge.

— Peut-être le traumatisme d’avoir été prise dans l’attaque… Elle est si jeune, à peine une dizaine d’années… D’après les secours, il s’agit probablement de la personne la plus proche du Yokai encore en vie… Pauvre gamine.

— Ça peut aussi être les miasmes… À… À chaque fois, on a des patients qui ne s’en remettent jamais et perdent la raison à vie… En plus, celui-là était immatériel… On a aucune idée des conséquences d’un Yokai immatériel sur la santé…

 

La dame en blanc et un homme discutent doucement dans le couloir. Je les entends parfaitement mais je n’interviens pas, je ne comprends pas à quoi ils font référence. Quelle attaque ? Je sais juste que je dois attendre qu’ils partent pour libérer la fenêtre sans que quelqu’un revienne remettre le rideau.

 

J’aime regarder les volutes dehors. C’est réconfortant, ça me fait du bien. Je trouve ça rassurant, mais la dame en blanc n’apprécie visiblement pas. Je saisis pas trop pourquoi.

 

— Il lui faudrait de quoi s'occuper.

— Oui, une activité la sortirait peut-être de sa léthargie, bonne idée.

— Si seulement nous en savions plus sur sa vie avant, mais nous n’avons pas encore retrouvé sa trace dans les archives…

 

Les voix deviennent de plus en plus faibles dans le couloir. Une fois que je suis certaine qu’il y a plus personne près de la porte, je me lève sans un bruit et tire le rideau.

 

Les volutes blanches me saluent immédiatement.

 

~0~

 

— Tu peux changer de chaîne en appuyant sur ce bouton ou celui-là. Tu n’as accès qu’aux programmes pour enfants, donc ne t’inquiète pas, tu peux regarder tout ce qui te plaît !

 

Je fixe sans comprendre l’écran de la… télévision puis la dame en blanc. Les couleurs criardes, le bruit agaçant, la lumière trop vive… J’aime pas ça. Je saisis la télécommande pour l'arrêter. Immédiatement, la femme la récupère et rallume.

 

— Non, comme ça. Fais attention à ne pas appuyer sur le bouton rouge, sinon tu vas encore l’éteindre.

 

Je déteste ce bazar, mais j’ose pas me plaindre. On reste immobile un moment. Une expression étrange sur le visage, elle se détourne, attrape une… peluche et me la fourre dans les bras. C’est doux, mais à part ça… Ça sert à quoi ?

 

— Tu pourras dormir et jouer avec ! Il a des pouvoirs, il est capable de soigner n’importe quelle blessure !

 

Quelque chose sonne faux, forcé, et je me tends aussitôt. J’aime pas ça. C’est agréable le machin, mais ça prend de la place dans le lit et c’est pas pratique avec les électrodes et la perfusion.

 

Je comprends pas.

 

Après quelques explications de plus, elle me laisse une tablette avec des jeux dessus. J’y touche même pas, ça m’intéresse pas.

 

J’ai juste hâte de pouvoir tirer les rideaux.

 

~0~

 

Assise en tailleur sur le lit, je fixe les volutes à l’extérieur. Le reste existe pas, la télévision est facile à ignorer, comme les bruits qui agitent le couloir. À part attendre, j’ai rien à faire. La dame en blanc reviendra toujours m’apporter de la nourriture, me poser des questions et c’est tout.

 

Tant que ça continue tranquillement, ça me va.

 

Je suis fascinée par l’extérieur lorsque des sons étranges s’élèvent à la place de l'habituel brouhaha énervant. Je porte les mains à ma poitrine sans comprendre. J’ai mal d’un coup. Je tourne les yeux vers l’écran. Un blondinet à peine plus vieux que moi est devant un gros instrument bizarre.

 

Plus les notes retentissent et plus ma vue se brouille.

 

— Pourquoi pleures-tu ?!

 

J’ai même pas remarqué l’arrivée de la dame en blanc. Elle crie, je comprends pas pourquoi. Elle éteint la télévision et me regarde sous tous les angles. Moi, je continue de fixer l’écran noir. La mélodie résonne dans mes oreilles.

 

Je… C’est important. Cette musique est importante. Mais je sais plus pourquoi.

 

J-Je me souviens de rien.

 

~0~

 

La dame en blanc est repartie avec la télécommande. L'écran reste maintenant tout le temps éteint. C’est pas grave. C’est mieux.

 

Il me suffit de fixer les volutes pour que la musique me revienne. C’est pas la même que celle de la télévision mais… C’est celle-là qui compte. Elle me donne envie de pleurer, mais elle me réconforte surtout. Quand elle est là, je suis moins vide, ça me réchauffe.

 

Et les volutes blanches continuent de danser pour moi…

 

Petit à petit… Ça va mieux. Je sais pas pourquoi ou ce qui allait pas mais… ça va mieux.

 

~0~

 

— Je… Je suis désolée, je n’ai pas pu venir plus tôt.

 

Dans le couloir, une nouvelle femme avec des cheveux décoiffés et de larges cernes sous les yeux. Je peux la voir à travers la porte ouverte. Elle parle avec la dame en blanc sans m’avoir remarquée. Sa tenue est soignée, mais je distingue des plis et elle met parfois un peu de temps à répondre. Elle paraît épuisée, totalement à bout de nerfs. Le genre de personne dont il faut se méfier.

 

— J-Je devais aider mon mari à gérer les conséquences de l’attaque et mon fils est dans un autre hôpital…

— Oh, je suis navrée pour vous. Comment se porte-t-il ?

— Beaucoup de coupures à cause de l’explosion d’une vitre, dont certaines assez profondes. Mais… à part son oeil… il ne devrait pas garder de séquelles.

— C’est déjà cela, il a eu de la chance.

 

La dame en blanc attrape les mains de l’inconnue pour les serrer. Elle paraît à deux doigts de se mettre à pleurer, mais elle se force à étirer faiblement les lèvres et à redresser la tête.

 

La discussion continue entre elles deux mais je me détourne. Je fixe les rideaux. Si seulement elles s’éloignaient, je pourrais regarder les volutes tranquillement. Malheureusement, elles restent. Elles baissent même la voix et parlent de moi. L’inconnue me jette régulièrement des coups d’oeil. Cette façon de me surveiller me tord le ventre. J’aime pas ça. Pas ça du tout.

 

— Elle… Elle n’a pas prononcé le moindre mot depuis qu’on l’a récupérée, après l’attaque. A priori, c’est psychologique. Elle ne fait jamais de difficulté mais… elle ne réagit jamais aux stimulations, elle se contente de manger et de dormir. Il… Il faudra probablement prévoir un suivi à cause des miasmes. Si vous le souhaitez, je pourrais vous conseiller un spécialiste pour ce genre de cas.

— Je… Vous savez son nom au moins ?

— Non, hésita la dame en blanc. Nous espérions que vous…

 

Un soupir épuisé parvient jusqu’à moi.

 

— Je ne la connais pas. Il s’agit… Il s’agit juste des ordres de la famille de Palladium que mon mari et moi servons en tant qu’Intendants. Nous… Nous n’avons pas eu plus d’informations ou d’instructions.

 

Le silence retombe dans le couloir. Cela me permet d'entendre les notes de musique. Si seulement je pouvais détailler les volutes blanches, je sais que je les percevrais mieux. Toujours la même mélodie, rassurante. Ça me donne envie d’allumer la télévision pour essayer de retrouver le blondinet qui jouait de cet instrument, mais la télécommande a été confisquée.

 

L’inconnue entre dans la chambre. J’ai vu pas mal de gens défiler dans le couloir, parfois vraiment pas en bon état. Mais celle-là… J’ai l’impression qu’elle est pas loin de s’écrouler, que le poids sur ses épaules est beaucoup trop lourd pour elle. Elle s’assit sur le bord de mon lit et cherche ses mots. À côté d’elle, la musique devient plus forte. Je crois que les notes essaient de me faire passer un message. Cette femme-là, je peux lui faire confiance. C'est une certitude, elle me fera pas de mal.

 

Elle garde le silence. Je sais pas comment réagir aussi je me contente de la fixer dans les yeux, totalement immobile. On reste un moment comme ça. J’attends qu’elle agisse, je veux pas faire de gaffe.

 

— Comment t’appelles-tu ? interroge-t-elle dans un souffle, d’une voix douce.

 

Ma respiration se coupe dans ma poitrine. C’est la première fois qu’on me demande ça. D’habitude, la dame en blanc me pose que des questions auxquelles je peux répondre par oui ou par non. J’ai jamais eu besoin de parler jusqu’à maintenant, mais là j’ai pas le choix. Sauf que je sais pas. Je jette un coup d’oeil à droite et à gauche, un peu perdue. Lorsque mon regard tombe sur le rideau, j’ai l’impression d’entendre au loin quelqu'un qui m’interpelle, masqué au milieu de dizaines d’échos.

 

Je fixe de nouveau l’inconnue. J’essaie de répondre, mais ma voix est tellement rauque que je dois m’y reprendre plusieurs fois.

 

— A-Ariane.

 

Au niveau de la porte, la dame en blanc écarquille les yeux. L’inconnue pose doucement sa main sur la mienne.

 

— Bien Ariane. À présent, c’est moi qui vais m’occuper de toi, d’accord ?

 

Je hoche la tête. Ça me paraît bien comme ça. J’ai aucune raison de ne pas croire la mélodie et les volutes.

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Andrea
Posté le 15/04/2021
Bonjour Flammy !

Coïncidence assez sympa : je viens de lire une nouvelle de "embrun 13" parue ce jour sur PA, "le sein de l'autre", où le narrateur est aussi un enfant (un bébé même). Je t'en conseille la lecture du coup !

Je rejoins AnonymeErrant : c'est ambitieux. Je ne connais pas encore l'ensemble de ton histoire pour savoir si prendre ce point de vue y a un intérêt particulier, ça, c'est à toi de voir, mais en tout cas le résultat peut être très intéressant.

Je te conseille aussi des romans que j'ai adorés où le narrateur est un enfant, ça peut te donner des idées sur la manière de le faire s'exprimer : "Pourquoi j'ai mangé mon père" de Roy Lewis, et de "la vie devant soi" de Gary => ce dernier en particulier car tu as pris le parti de faire parler ton narrateur enfant de manière très enfantine :-)

En tout cas bravo pour t'être lancé dans cette réécriture ! Courage !

A bientôt !
Andrea
Flammy
Posté le 17/04/2021
Bonjour =D

Merci beaucoup pour tous les conseils de lecture, j'irai regarder ça à l'occasion, c'est sûr que ça peut toujours servir, surtout pour quelque chose d'aussi particulier qu'un narrateur aussi jeune ^^"

Pour "l'intérêt", je dirai que, de mon point de vue, ce que je voulais faire, c'était suivre le personnage principal à trois moments de sa vie, d'où trois âges et trois parties ^^ Dans la partie 2, c'est plus l'adolescence qui est suivi =D Je trouvais ça intéressant de voir l'évolution au cours du temps, surtout qu'à chaque fois il y a des événements marquants/importants à traiter ^^

Merci beaucoup pour ton retour et ta lecture ! =D
AnonymeErrant
Posté le 03/01/2021
Oh, pour le coup, je m'attendais pas à me retrouver dans la tête d'une enfant. Un choix narratif et un exercice pas évident ! Sacré challenge à mon sens.

L'emploi du présent aide au ton, le "ya" qui semble volontaire y contribue également et la mention des personnes par des surnoms du genre "la dame en blanc" fonctionne bien aussi, parce que c'est un truc qu'on fait étant gamin. Désigner ainsi les gens. Tout ça pour dire que tu t'en sors bien ;-)

Il y a tout de même parfois un contraste entre le fait qu'Ariane semble ne pas comprendre à quoi servent certaines choses, comme la peluche, mais qu'elle identifie par exemple les électrodes et la perf.

Reste à savoir pourquoi ses souvenirs se sont carapatés et la raison pour laquelle les brumes l'attirent autant.

A bientôt pour la suite !
Flammy
Posté le 03/01/2021
Pour l'histoire, ça me paraissait intéressant de partie de l'enfance, même si dans la suite, dans les parties 2 et 3, on va faire des bonds dans le temps avec l'adolescence et l'âge adulte ^^

Le "ya" est en effet totalement volontaire x) Ainsi que l'absence de "ne" dans les négations et des trucs du genre ^^ Et pour le fait qu'elle sache ce qu'est- une perf/intraveineuse mais pas une peluche, c'est volontaire ;)

En tout cas, je suis contente que la voix enfant semble fonctionner avec toi =D Merci beaucoup pour tes retours ! J'espère que la suite te plaira aussi ^^
Sophie_Colomes
Posté le 27/12/2020
Bonjour,
Début assez intriguant, qui pose de nombreuses questions.
Je trouve que le choix d'une narratrice enfant est intéressant, mais du coup il est difficile de maintenir le registre de langue, parfois il y a des petites incohérences sur ce plan (parfois c'est familier et soudain c'est très correct).
On a envie de lire la suite en tous les cas!
Flammy
Posté le 27/12/2020
Bonjour ! =D

Tout d'abord, merci pour ta lecture et ton commentaire !

Contente que le début intrigue et donne envie de lire la suite, c'est exactement le but de la première partie ^^

Pour les incohérences de niveau de langue, va falloir que je refasse un passage j'ai l'impression ='D C'est ce qu'il y a le plus compliqué avec le côté enfant, de rester crédible niveau ton sans non plus partir dans 1000 répétitions ^^" Mais je trouve ça intéressant à travailler donc bon, suffit juste d'améliorer =D
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