Partie 1 - Chapitre 10

Par Edorra

David

Un œil étranger qui m’observerait ne verrait qu’un homme d’affaires serein rentrant chez lui, mais en vérité, je fulmine. Mes pas claquent sur le pavé de l’allée qui mène jusqu’à l’entrée de ma demeure.

Les fêtes de fin d’année approchent, et ça fait plus d’un mois que le disque dur de Yanael nous a échappé à Saint-Pétersbourg. Cette maudite nuit où nous avons dû fuir devant le surnombre de nos adversaires, alors que le disque dur était juste sous nos yeux. À partir de ce moment-là, il est évident que le PA était au courant de nos intentions. S’ils sont intelligents, ils ont déménagé le disque dur Dieu seul sait où. Nous n’avons pas retrouvé sa trace depuis. Nous avons eu beau travailler et enquêter jour et nuit, nous n’avons rien trouvé. Rien de rien. C’est comme si l’objet et le PA avaient purement disparu. Je n’ai jamais cru à la magie. Il est forcément quelque part. Je devrais être au centre à étudier les derniers indices. J’y serais si mon chef ne m’avait pas gentiment ordonné de rentrer chez moi.

— Vous êtes épuisé, David. C’est normal, vous travaillez d’arrache-pied depuis des années. Reposez-vous. Rentrez prendre quelques douces vacances en famille.

J’ai toujours détesté ce ton condescendant, mais j’ai obéi. De cette manière, j’aurai plus facilement les coudées franches quand je reviendrai.

Après avoir déverrouillé la porte, j’entre avec lassitude dans le hall. Aussitôt l’atmosphère de la maison me serre la gorge comme un étau. C’est une autre des raisons pour lesquelles je ne rentre pas souvent. Il y a tellement de souvenirs dans cet endroit, tellement qu’ils suintent de partout, se jetant sur moi, dès que je pénètre dans la moindre pièce. J’aurais dû déménager depuis longtemps, mais paradoxalement, je ne voulais pas me séparer des dernières choses qu’il me reste d’Élisa. Sans oublier le mystère de sa pièce secrète du premier. Personne n’a jamais pu y entrer, ma femme y avait fait apposer un système de reconnaissance digitale qu’elle seule pouvait actionner. Nous avons tous essayé d’y pénétrer, sans jamais y parvenir. Les premières années, notre curiosité était à son comble, puis le temps passant, elle s’est atténuée. Aujourd’hui, nous passons devant la porte sans guère y penser. C’est une sorte de légende de la famille, un autre point qui nous fait chérir plus tendrement le souvenir d’Élisa. Chacun a sa théorie qu’il garde jalousement pour lui.

J’enlève mon imper et l’accroche au portemanteau. La soirée promet d’être interminable. Je ne sais pas encore comment je vais occuper ces longues minutes. Je n’ai jamais été particulièrement mélomane, et déteste les émissions insipides que les réseaux radiophoniques ou télévisuels diffusent. Je vais plutôt profiter de ce temps libre pour discuter avec Devon et vérifier son travail scolaire. Je m’inquiète de plus en plus pour lui, j’ai l’impression qu’il se relâche beaucoup trop.

J’entends soudain des éclats de rire provenant de la cuisine. Je fronce les sourcils et m’y dirige de mon éternelle démarche silencieuse. Mes yeux s’écarquillent de stupeur quand j’arrive sur le pas de la porte et découvre le spectacle. Ce n’est plus une cuisine, mais un saladier où une multitude d’ingrédients se mélange. De la farine recouvre les meubles et le sol. Des œufs cassés dégoulinent sur la faïence murale. Une bouteille de lait se répand sur le sol. Et au milieu de ce capharnaüm, Dev et Océane en sont toujours aux hostilités, riant et criant comme s’ils avaient toujours cinq ans. Et à mon grand malheur, je remarque que les boîtes d’œufs ne sont pas encore vides.

— Espèce de garce, provoque Devon, tu ne me battras jamais en cuisine, c’est mon domaine.

— Tu ne m’attraperas jamais, je suis plus souple et plus endurante que toi, rigole Océane en faisant agilement le tour de la table et en lui tirant la langue.

Elle se décale à temps sur la gauche pour éviter un projectile. La moutarde me monte au nez. Pourquoi les seules personnes sur Terre capables de me faire perdre mon sang froid sont mes propres enfants ? Je rugis.

— Qu’est-ce que c’est que ce chantier ?

Ils se figent aussitôt, comme s’ils venaient d’apprendre qu’un astéroïde allait frapper la planète et que la fin du monde était pour demain. Je suis si terrifiant que ça ? Ils jettent un coup d’œil dans ma direction, avant de baisser les yeux. Je les observe tour à tour avec suspicion.

— Est-ce que l’un de vous deux peut m’expliquer ? Devon ?

Il tousse pour dissimuler sa gêne, avant de répondre.

— On a simplement voulu faire un gâteau pour ce soir.

Je continue à les étudier, comme si je pouvais lire en eux. Malheureusement, plus les années passent, plus ils deviennent indéchiffrables, l’un comme l’autre.

— Seigneur, mais quel âge avez-vous ? Et dire que vous êtes censés obtenir votre diplôme de fin d’études en juin… M’auriez-vous caché que vous vouliez reprendre votre cursus à partir de la maternelle ?

Le rouge leur vient aux joues. Ah quand même, ils se rendent compte du ridicule de leur comportement. Océane murmure :

— On voulait juste s’amuser un peu…

Je la fusille du regard.

— Tu n’es plus une petite fille, Océane, il serait temps que tu trouves ta place et que tu t’y cantonnes !

Elle me fixe furieusement. Bon sang, qu’est-ce qu’elle attend de moi ? Je ne lui ai jamais rien promis, elle devrait avoir compris depuis le temps ! À moins qu’elle ne soit complètement idiote.

— Arrête de faire les gros yeux, on dirait une adolescente qui pique sa crise. Si tu veux qu’on te prenne pour une adulte, comporte-toi en tant que telle.

— Tu es injuste, Papa, intervient Dev en serrant les mâchoires, ce n’est pas Ellie qui a commencé, c’est moi.

— Au lieu de défendre ta sœur, va plutôt me chercher ton carnet de note.

Il plisse les paupières. Je déteste quand il fait ça. Il ressemble à un chat qui hérisse les poils et s’apprête à sortir ses griffes.

— Toujours ce maudit carnet. Pour toi, nous ne sommes que des chiffres. Vivre avec toi, c’est comme passer un entretien éternel, on a toujours l’obligation du résultat.

— Arrête de râler et obéis.

Il reste un moment à me clouer du regard puis s’exécute. La  voix d’Océane s’élève.

— Tu veux voir le mien aussi ?

— Si je le voulais, je te l’aurais demandé. Commence donc par nettoyer ce bazar et va prendre une douche. Tu es dégoûtante. Encore heureux que je ne reçoive personne ce soir.

Elle accuse le choc, soupire profondément, et s’apprête à mettre en marche le robot ménager. Je l’arrête.

— Hors de question que le robot nettoie à votre place. C’est toi et Dev qui vous êtes amusés à salir. C’est vous deux qui nettoierez. Il est temps que vous appreniez les vraies valeurs.

— Pourquoi est-ce que tu es si dur avec nous ?

— Parce que vous le méritez.

— Il y a des fois où je te déteste.

Elle relève le regard et me défie. Si elle croit gagner à ce jeu-là… Elle n’a que dix-sept ans, qu’est-ce qu’elle connaît de la vie ? Devon nous rejoint et me tend son bulletin en pinçant les lèvres. Je lui arrache des mains et me penche dessus, ce qui ne m’empêche pas d’intercepter le tendre sourire rassurant que mon fils adresse à sa sœur. Le sang se fige dans mes veines. J’avais raison, il se relâche. Je relève un regard froid sur lui.

— Tu te fiches de moi ?

Il se dandine d’un pied sur l’autre.

— Les derniers devoirs étaient plutôt compliqués.

— Je dirais plutôt que tu n’es plus si concentré qu’en début d’année. Bon, il est temps que je reprenne en main ton éducation. Viens avec moi dans le salon, je vais te donner un cours privé. Océane, prend un balai et lave tout ça.

Elle se révolte.

— Tu m’avais dit que Dev m’aiderait !

— Il est occupé maintenant.

— Dans ce cas, la cuisine attendra.

Elle s’échappe de la pièce en courant. Peu après, j’entends une porte claquer. Je hais son fichu caractère.

 

.oOo.

 

Devon

Comment voulez-vous que je réussisse à me concentrer après la scène qu’il vient de nous faire ? Je crois bien que je n’avais jamais vu mon père aussi furieux… et que je n’avais jamais eu aussi peur. Encore heureux qu’Océane et moi n’ayons pas été dans une situation plus compromettante. Je n’ose pas imaginer sa réaction. Il est temps qu’elle et moi nous montrions plus prudents. Papa nous avait donné l’habitude de ne jamais être là, on en a un peu trop profité. Je ne veux pas perdre ma belle Océane. Depuis notre retour de Londres, je l’aime davantage jour après jour, et malgré tous les obstacles, je n’ai jamais été aussi heureux.

Notre père l’a blessée. Une nouvelle fois. Il la traite comme si elle était une moins que rien, je m’en rends compte de plus en plus. Elle m’en parlait encore hier. Elle se confie plus facilement quand elle est blottie dans mes bras. C’était la première fois qu’elle m’avouait espérer encore qu’il la remarque et soit fier d’elle, mais qu’elle avait peur d’être déçue à nouveau. Et d’ajouter que ce n’était sûrement pas avec notre amour incestueux qu’elle allait gagner son estime, mais que c’était mieux que garder un espoir vain.

Elle aurait besoin de moi à cet instant, raison pour laquelle je n’ai aucune envie de m’intéresser à la troisième guerre mondiale comme me le demande mon père.

— Concentre-toi ! résonne sa voix, tranchante comme une guillotine.

Je lui lance un regard noir. Il n’en a rien à faire.

— Au lieu de faire les gros yeux, réponds plutôt à ma question.

— Qui était ?

— Tête de pioche ! Tu le fais donc exprès ?

Je retiens avec peine un sourire sarcastique. La fureur de mon père est bien réelle, il vaut mieux ne pas le pousser à bout. Et plus tôt j’obéirai, plus tôt il me laissera tranquille. Je capitule.

— D’accord… La troisième guerre mondiale a été initialement déclarée le 26 novembre 2029.

— Par ?

— J’allais le dire. Tu pourrais éviter de m’interrompre.

Il grogne, et me fait signe de continuer de la main.

— Elle a donc été déclarée par les USA, via leur président de l’époque, envers la dictature de la Corée du Nord. Tout le monde s’est étonné de cette déclaration de guerre. La raison mentionnée était la défense de la liberté d’expression et des droits de l’homme. C’est stupide, tout le monde sait que les USA n’avaient de démocratique que le nom à cette époque.

— Je ne te demande pas ton avis.

Je hausse les sourcils, étonné.

— Tu ne veux pas que je développe mon esprit critique ?

Nouveau grognement.

— Garde le pour tes profs.

Je soupire. Avant, on avait des discussions plus intéressantes tous les deux, on partageait nos idées. Mais plus le bac approche, plus il devient rigide, nous enfermant dans des livres d’études… Il m’agace. Je reprends tout de même.

— Pour en rester aux faits, les missiles américains ont gentiment rencontré ceux nord-coréens, causant victimes et ravages. Le feu aux poudres était mis, et la dictature asiatique avait un prétexte en or pour commencer les invasions prévues : sud et est de l’Asie, puis l’Australie. Ce continent a été presque entièrement dévasté, jetant à la rue des millions de citoyens. Ces sinistrés se sont vus obligés de quitter leur île. La plupart se sont réfugiés en Europe, encore en dehors des combats. Ça n’a pas duré.

Je m’interromps pour reprendre mon souffle, mais apparemment, David a décidé de ne m’accorder aucun répit.

— Et ensuite ?

— Zorro est arrivé.

— Devon.

Son regard est glacial. Je pince les lèvres.

— Avec les réfugiés, la population européenne a quasiment doublé de volume. La situation, qui n’était déjà pas rose, a empiré. Les régimes à tendance fascistes qui étaient déjà en place ont gagné en force, se nourrissant de la crise. Et puis ça a pété comme une grenouille sur un poêle. Les différents pays européens se sont attaqués les uns les autres.

Soudain, la mélodie d’un violon s’élève. Je m’arrête de parler, écoutant les notes harmonieuses. Une complainte, évidemment. Je ne m’attendais pas à ce qu’Ellie joue une musique dynamique et enjouée. C’est fou ce qu’elle joue bien. Enfin, ce n’est que mon avis, pas celui de mon père. Il grimace. Son menton s’avance, tic qui prouve son énervement. Il hurle :

— Océane ! Ce n’est pas un peu fini ce boucan ? Il y en a qui travaillent dans cette maison !

Encore quelques notes, un grincement, puis le silence. Papa hoche la tête, satisfait.

— Reprenons.

Mon regard s’assombrit. Je ne tolère pas qu’on fasse du mal à mon Océane. Et le fait que ce soit lui ne change rien.

— Pourquoi es-tu aussi exécrable avec elle ?

— Je ne suis pas exécrable. Et ce ne sont pas tes affaires. Je gère l’éducation d’Océane comme cela me chante.

Je m’emporte.

— Tu appelles ça gérer ? Bon sang ! Tu n’as jamais un mot aimable pour elle, jamais de démonstration de tendresse ! Ce n’est pas ta fille, mais une étrangère qui vit sous ton toit !

Il se lève. Si c’était un personnage de dessin animé, on verrait de la vapeur s’échapper de ses oreilles.

— Je t’interdis de me parler sur ce ton. Je suis ton père. Respecte-moi.

Je lui lance un regard en biais.

— Tu me parais prêt à déclencher la quatrième guerre mondiale.

Son poing s’abat sur la table.

— Ce n’est pas un jeu, Devon ! Je me soucie de ton avenir, j’aimerais que tu en fasses autant. Je ne veux pas que tu finisses comme un moins que rien. Terminons cette leçon.

Je soupire. Et moi qui pensais passer une soirée tranquille dans les bras d’Océane…

 

.oOo.


Océane

Je sais bien que j’agis comme une petite fille, mais ça m’est égal. Pleurer me soulage, et ce n’est pas comme si quelqu’un m’observait. La tête contre l’oreiller trempé, mes larmes coulent silencieusement à présent. Les sanglots qui me pliaient en deux se sont calmés.

Il y a des fois où je ne sais plus quoi faire, comment me comporter pour être une chic fille, pour être ce que je veux être. Il paraît que c’est ça l’adolescence. Eh bien, j’en ai marre !  Pourquoi c’est si dur de se sentir bien ?

Je n’ai pas l’impression d’être un monstre horrible du genre de ceux qui peuplaient mon placard quand j’étais petite. Pourquoi Papa ne m’aime pas ? Qu’est-ce que je lui ai fait ?

Il y a des fois où j’envie les filles de ma classe, celles qui se plaignent que leur père est toujours sur leur dos, à les empêcher de sortir trop tard. Elles ne comprennent pas que s’ils le font, c’est parce qu’ils se soucient d’elles. Moi si je découchais une nuit entière et même davantage, Papa s’en ficherait comme de l’an quarante.

Dev a peut-être raison quand il parle de s’enfuir loin. Papa ne me regretterait pas, mais il le regretterait, lui. Son fils, il y tient. Et je sais très bien que Dev n’est pas vraiment sérieux quand il parle de changer d’identité et de partir en confédération américaine. C’est un projet insensé et impossible qu’on évoque seulement pour se sentir mieux. Je dois en plus avouer, que si ne plus voir Papa ne me dérangerait pas, Will me manquerait.

Je soupire profondément. Je déteste cette maison, je ne peux même pas jouer tranquillement du violon pour me consoler. Pourquoi est-ce que Papa ne retourne pas au boulot comme d’habitude pour nous laisser tranquilles ?

Une chose est certaine, je ne prendrai jamais d’assurance chez lui, il n’assure jamais. Une nouvelle vague de sanglots remonte du creux de mon ventre. Mon visage entre en contact avec le coton de l’oreiller pour les étouffer. Je ne devrais pas pleurer à cause de l’insensibilité de mon père. Je n’aime pas me mettre dans des états pareils, je préfèrerais rester toujours joyeuse et amusante.

Je frissonne légèrement quand je sens une main tendre caresser mes cheveux.

— C’est un imbécile, ne t’occupe pas de lui.

Devon. J’étais tellement concentrée sur mon chagrin que je ne l’ai pas entendu entrer et s’asseoir à côté de moi.

— Il me déteste…

J’ai dit ça sincèrement, mais quand les mots sortent, ça ne ressemble qu’à une plainte geignarde d’une gamine capricieuse. Dev prend son temps avant de répondre.

— Oublie-le. Moi je t’aime, c’est tout ce qui compte.

Je renifle et essuie mes yeux avant de me retourner vers lui, reposant mon dos sur la balustrade du lit. Je constate qu’il a refermé la porte.

— Tu n’aurais pas dû venir. Il est là.

Il esquisse un léger sourire.

— Un frère a encore le droit de consoler sa petite sœur. Et c’est lui qui m’a demandé de venir te chercher. La cuisine nous attend.

Je croise les bras.

— Ça m’est égal.

Il me caresse la joue.

— Ellie chérie, Papa ou non, on aurait quand même dû nettoyer.

— Ça aurait été plus amusant s’il n’avait pas été là.

Ses sourcils se froncent.

— Arrête. Ne me donne pas de raison d’être encore plus déçu. Papa est là ce soir, mais on le connaît aussi bien tous les deux, il ne supporte pas de rester plus de vingt-quatre heures ici.

Je hoche la tête, me rangeant à son avis. C’est énervant d’avoir un frère qui a toujours raison.

Sa main traîne toujours sur mon visage, effleurant ma joue, mon menton et mes lèvres. Je frissonne. Il esquisse un léger sourire.

— Je préfère nettement avoir juste à aller te chercher dans ta chambre pour te consoler.

Je hausse les épaules, repensant à ma fuite éperdue deux semaines plus tôt.

— Tu m’avais mise dans tous mes états.

— J’avais remarqué. Je ne pensais pas que ma jalousie t’énerverait au point que tu prennes une voiture sans avoir ton permis pour conduire jusqu’à ce que la mer te stoppe.

Ce jour-là, Dev était entré dans une rage folle quand j’étais revenue de mon cours de conduite avec Frank, criant et insistant pour que je change de moniteur. On s’était traités de tous les noms d’oiseaux avant que je craque et saute dans une des voitures de Papa. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais, j’avais juste un besoin vital de fuir. J’avais gagné la côte, la mer avait toujours un effet relaxant sur moi. Dev m’avait suivie en trombe dans notre deuxième voiture. Il m’a révélé plus tard qu’il était fou d’inquiétude, qu’il craignait que je n’aie un accident par sa faute. On s’est réconcilié sur la plage, face au soleil couchant, puis il m’a ramenée. C’était notre première crise, une sacrée crise.

— Je ne supporte pas que tu te mêles trop de ma vie privée, tu le sais. Mais ça s’est arrangé.

Il acquiesce en silence. Il plonge son regard dans le mien tout un moment, puis s’illumine comme s’il venait d’avoir une brillante idée et change de sujet.

— Je vais bassiner Papa pour qu’il accepte que tu joues un morceau de violon pendant le réveillon de Noël.

— Ce n’est pas la peine si je ne peux pas répéter.

— Tu pourras, je te le promets. On sera trois contre Papa. Et peut-être que la nouvelle petite amie de Will se rangera de notre côté.

Je souris à mon tour.

— Alors je jouerai.

— Entre ta musique et ma cuisine, ce sera une excellente soirée.

Un éclat de rire s’échappe de mes lèvres.

— Voilà. Je préfère nettement te voir rire que pleurer. Allez viens, je vais te prouver que balayer et récurer le sol et les murs peut être très divertissant.

Il m’attrape par les bras et tire jusqu’à ce que je me mette debout. Je me retrouve face à lui, les yeux dans les yeux. Je me mords les lèvres. Pourquoi est-il si séduisant ?

— Tu crois que Papa va rester là cette nuit ?

— J’en ai bien peur.

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Dédé
Posté le 16/03/2020
Il y a pas à dire, je suis révolté contre David ! Pauvre Océane, franchement… Même en étant dans sa tête, on a du mal à comprendre en quoi il se comporte comme un père envers elle. C'est terrible…

Je préfère nettement le David au travail que le David à la maison. Si bien que j'ai très envie qu'il reparte aussi.

La complicité Devon/Oceane est toujours aussi belle et je suis content que Devon soit là pour Oceane malgré la présence de leur père. Ils parlent à la fin de Noël. J'ignore si c'est un futur chapitre qui nous attend mais je vais surveiller ça de près.

A bientôt pour la suite, Edo !
Edorra
Posté le 15/04/2020
Salut Dédé et merci pour ton commentaire !

C'est sûr que le David à la maison est pas très aimable. Il ne sait pas comment agir avec ses enfants, et du coup, sa façon de faire est intransigeante.

Je suis ravie que tu apprécies la complicité de Devon et Océane !

A bientôt Dédé !
Schumiorange
Posté le 11/01/2020
J'ai battu Dédé pour le premier commentaire de ce chapitre, eh eh ; )

C'est toujours aussi intense ! Rien qu'en lisant les premières lignes, j'avais envie de crier à Devon et Océane de faire attention ! Le chat est rentré au manoir avec toutes ses griffes sorties… Jusque-là, il y avait eu très peu d'interactions entre eux et leur père, seulement des références à la situation, et cette situation est vraiment horrible. Il s'acharne sur eux, c'est impensable, j'étais tellement mal pour Devon et Océane, j'avais envie de hurler sur ce Papa frustré qui ne sait pas mieux que de s'en prendre à ses enfants !
J'ai eu un peu d'espoir au début de la scène, quand il arrive dans la cuisine et qu'il se rend compte de l'effet qu'il leur fait, mais après ça dégénère tout le long du chapitre… Une vraie descente aux enfers.

Quand tu parles de la troisième guerre mondiale, je suis retournée sur le résumé de ton texte pour retrouver la date à laquelle se passe l'action, et tout à coup j'ai trouvé que 2073 n'était pas si loin en vérité, surtout quand on regarde ce qui se passe dans le monde actuellement. Si seulement Zorro pouvait se dépêcher d'arriver…

Un peu plus de coquillettes dans ce chapitre, mais rien de gênant pour la lecture :
 - « Ce n’est plus une cuisine, mais un saladier où une multitude d’ingrédients se mélange. » -> se mélangent (suggestion pour l’accord, qui est aussi correct au singulier, mais je trouve que le pluriel est plus adapté, les ingrédients se mélangent mieux que la multitude)
 - « … va plutôt me chercher ton carnet de note. » -> de notes
 - « Je dirais plutôt que tu n’es plus si concentré qu’en début d’année. » -> aussi concentré
 - « Océane, prend un balai et lave tout ça. » -> prends (et elle a tout à fait raison de se révolter ! Quel dictateur, ce père !)
 - « Garde le pour tes profs. » -> Garde-le
 - « Les régimes à tendance fascistes qui étaient déjà en place… » -> fasciste (la tendance)
 - « On s’est réconcilié sur la plage… » -> réconciliés

Raah ! Je peux pas cliquer sur "suivant" !! Je n'ai plus rien à lire (quel mensonge !), comment vais-je faire ???
Tiens, mais j'aurais bien des chapitres du texte de Dédé qui m'attendent… : )
Edorra
Posté le 12/01/2020
Coucou !

Ce chapitre est très intense. C'est le genre de chapitre où je suis à fleur de peau quand je les écris. Et c'est loin d'être le dernier.

David, David... Toute la dualité du personnage d'un chapitre à l'autre. Dans celui-ci comme tu le dis, il est difficile de l'apprécier pour sa réaction vis-à-vis de ses enfants. Elle est clairement disproportionnée, comme s'il ne savait pas comment être père.

En effet, 2073 n'est pas si loin.
Pour l'histoire, j'ai écrit la première version de ce texte en 2008, et la troisième guerre était censée se passer en 2019. Donc il serait temps que Zorro arrive en effet.

Bien que j'approuve à 100% l'idée de lire les chapitres du texte de Dédé, je vais de ce pas aller publier la suite.

A bientôt et merci !
Vous lisez