Partie 1 : Chapitre 1

Notes de l’auteur : Début de mon histoire Indélébile, en espérant qu'elle vous tienne à cœur autant qu'elle me tienne à cœur.

Partie 1 : Respirer

 

 - Gabriel ! Debout mon grand !

Comme tous les matins, il se réveilla le cœur essoufflé, surpris d'affronter une autre journée. Le corps regorgeant de sueur, il prit une grande inspiration en une vaine tentative d’apaisement avant de se redresser contre le mur qui jouxtait son lit. Il écarta laborieusement le tissu de son torse luisant de sueur et inspecta la pièce avec une vision défectueuse. Gabriel repoussa mollement une mèche de son front avant de prendre les lunettes, posées sur sa table de chevet, et de les placer sur son nez.

À travers cette vision affûtée, il fut enfin capable de déchiffrer l'heure qu'affichait son réveil. 8H01. Sa mère, Gloria, était à l'heure, comme toujours. Le jeune homme, frustré d'être réveillé aussi tôt, laissa son regard divaguer tranquillement à travers la pièce. Tout était en ordre : il n'y avait pas un seul vêtement au sol. La chambre était rangée et propre. Rien d'étonnant quand on comptait les heures qu'il passait entre ces quatre murs.

Une brune élancée, aux traits sévères et fatigués, entra dans le refuge de son fils quand elle n'entendit aucun bruit venant de sa chambre. Depuis l'incident, elle préférait s'assurer elle-même de la sécurité du jeune homme. Elle pouvait paraître envahissante mais n'importe quelle mère le serait après ce qui lui était arrivé.

Gabriel ne put s'empêcher de souffler en la voyant préparer ses affaires. C'était chaque matin la même rengaine et comme à chaque fois, il la laissait agir comme elle l’entendait. Il savait que c'était une manière pour elle de se faire pardonner. Quand il était enfant, elle brillait par son absence et dorénavant, elle essayait de se rattraper autant qu'elle le pouvait. Il appréciait réellement les efforts mais cela ne le fera jamais oublier ces années de solitude. Le jeune homme était plutôt rancunier.

Ce dernier finit par quitter son lit quand Gloria sortit de sa chambre. Aujourd'hui, elle lui avait préparé un tee-shirt siglé de la série Friends et un jogging noir. Elle avait opté pour le confort, exactement comme il l'aurait fait. Elle avait enfin cessé de lui acheter des vêtements de marque. Il ne sortait pas de son antre de toute façon, à quoi bon lui mettre de beaux vêtements ? Il préférait largement profiter de sa journée dans un vieux jogging qui lui permettait de s'étirer à sa guise.

Il passe ensuite par la salle de bain familial pour se mouiller le visage. La pièce empestait tellement le parfum et le déodorant qu'il n'était pas nécessaire pour lui d'utiliser son eau de cologne, qu'il n'avait par ailleurs jamais ouvert. Ses parents continuaient de dépenser comme avant. Un geste futile pour la personne qu’il était devenue.

 

Depuis l'incident, ses yeux étaient constamment rivés sur le sol afin de n'affronter rien d'autre que le sol et ses pieds. Il ne pouvait plus supporter ces échanges visuels qui ne renvoyaient que pitié et jugement. Il n'avait plus la force depuis ces quelques jours désastreux au sein d'une école privée. Il n'avait pas supporté les moqueries dirigées à son encontre. Ses amis n'avaient plus rien éprouvé d'autre que du dégoût pour son nouveau visage. On l'avait même surnommé "gueule cassée" et depuis, il n'y était plus retourné.

Il était loin de faire honneur au nom que ses parents lui avaient donné, "force des Dieux", puisqu'il n'était rien d'autre qu'un lâche. D'ailleurs, il maudissait ses parents à chaque fois qu'il prononçait ce prénom qui lui renvoyait ses plus grandes faiblesses à la figure.

- Tu vas bien, mon chéri ? Demanda Gloria de l'autre côté de la porte.

Depuis un certain épisode, sa mère ne lui laissait pas plus de dix minutes à l'intérieur de la salle de bain. Au moins, maintenant, elle le laissait fermer la porte derrière lui. Il devait se sentir reconnaissant. Mais depuis quelque temps, il ressentait ce besoin d'espace, une notion que n'avait pas encore abordé sa mère.

- Oui, j'arrive.

Il reposa sa brosse à dent et la rejoignit dans la cuisine. Son petit déjeuner était prêt et il ne lui restait plus qu'à poser son derrière sur la chaise et à grignoter ce que la cinquantenaire lui avait préparé. Elle lui en préparait toujours beaucoup trop. Elle espérait lui faire prendre du muscle là où il restait malingre mais sans sport, cela relevait d'une mission impossible. Ses parents avaient essayé de l'inscrire dans un club de sport mais il s'y était toujours refusé depuis l'incident. Il ne donnerait qu'une mauvaise image au club qui l'accueillait. Au-delà de ça, il ne voulait pas faire honte à ses parents avec son visage dérangeant. Même si ces derniers affirmaient le contraire, il ne pouvait envisager cette éventualité et ces nouvelles moqueries à son égard. Il était faible.

- Tes cours se passent bien ? 

- Comme toujours.

Toujours ces mêmes questions qui avaient fini par rendre le jeune homme las. Ses journées se répétaient sans cesse et il n'y faisait rien pour changer ce quotidien barbant. D'ailleurs, il s'en voulait de faire subir cette vie à sa mère. À plusieurs reprises, il avait essayé de la repousser afin qu'elle puisse vivre sa vie mais elle s'était toujours résolue à rester accrocher à lui. Bien qu'il sache se débrouiller seul, il l'avait laissé faire ce qu'elle voulait.

Quand il eut fini son petit déjeuner, il déposa ses couverts dans le lave-vaisselle et regagna aussi vite sa chambre. Gabriel alluma son ordinateur qui se montrait capricieux en ce moment. Ce dernier faisait autant de bruit qu'un aspirateur et allait aussi vite qu'un escargot. La marque de l'appareil apparut sur l'écran puis plus rien. Il n'y avait plus ni bruit ni image. Il tente de le rallumer, en vain. L'appareil avait rendu l'âme, non sans lui déplaire.

À la place de prévenir sa génitrice, il se laissa tomber sur son pouf et alluma sa Playstation. Sa journée ne serait pas aussi mauvaise qu'il le pensait finalement. Au lieu de suivre bêtement ses cours particuliers, il se retrouvait à affronter des zombies. Il regrettait beaucoup cette situation, notez le sarcasme, mais il ne pouvait rien y faire. Il avait montré de la bonne volonté mais la machine ne l'avait pas accompagné dans cette démarche.

Le bruit des boutons ainsi qu'un arrière-fond de tir se faisaient entendre à travers la pièce. Ces sons étaient retenus sans problème par les murs bleus marines de la chambre. Et le jeune homme passa ainsi sa matinée devant la télévision, à abattre ces viles créatures et à combattre les nazis. À l'heure du repas, il avait le sentiment du devoir accompli : il avait enfin fini son jeu ! 

Ce fut donc la tête haute qu'il rejoignit la table regorgeant d'un délicieux repas. Il se prit une grande assiette de spaghettis à la bolognaise. Sa mère s'étonna d'ailleurs de le voir manger autant. Elle était ravie de découvrir la sauce rouge sur le menton de son fils, sans compter l'assiette vide qu'il lui offrit à la fin du repas. Son fils avait l'air heureux. Quand il remonta dans sa chambre, elle se dit qu'elle devait voir par elle-même les raisons de cette soudaine gourmandise et se rembrunit presque immédiatement à la vue de la console allumée.

L'origine de cette bonne humeur n'était pas dû à une quelconque bonne note mais à un stupide jeu vidéo.

- Je vois que les cours se passent bien, enchérit-elle à l'intention de son fils.

Ce dernier fut tellement saisi qu'il en lâcha la manette de jeu. Cette dernière s'écrasa contre le sol pendant que Gabriel essayait de calmer les battements déraisonnés de son cœur. Elle lui avait fichu une peur bleue ! 

- L'ordinateur ne marche plus, se justifia t-il en désignant son bureau.

- Et tu n'as pas pensé à me prévenir ?

- Je ne vais pas te faire un compte-rendu de mes moindres faits et gestes, maman. Je suis bientôt adulte. Et ces cours ne me serviront plus à rien de toute façon.

Il ne lui restait plus qu'une année à tirer. Il pouvait bien louper un ou deux cours. Sans compter qu'il ne comptait pas aller à l'université. Les leçons étaient déjà bien difficiles à suivre par courrier alors suivre ceux de la fac en ligne relèveraient d'une véritable épreuve. Il ne préférait pas s'y tenter.

- Tu ne comptes pas aller à l'université ?

En remarquant le regard que lui renvoyait sa mère, il comprit qu'il aurait dû garder ces derniers mots pour lui. Gloria avait fait de longues études et elle s'attendait à ce que son fils suive le même parcours. Cette information l'avait complètement bouleversée.

- Là n'est pas la question, maman.

- Justement ! Abordons ce sujet ! Qu'est-ce que tu comptes faire après les examens ? Rester à la maison ? Vivre tel un ermite dans cette chambre pendant le restant de ta vie ?! Alors là, certainement pas mon garçon. Les choses vont changer et dès à présent, affirma-t-elle avant de quitter son refuge.

Le gringalet la regarda faire, complètement bouche-bée par la montagne de sentiments qui venait de se déverser de la bouche de sa mère. Il ne pensait pas qu'elle serait aussi intraitable sur le plan de ses études. À vrai dire, il n'y avait pas réfléchi plus que ça parce qu'il n'avait pas encore envisagé la moindre perspective professionnelle. Vu les circonstances atténuantes de son passé, le jeune homme pensait qu'il pourrait continuer à vivre de cette manière, sans jamais sortir de sa tanière. Mais il semblerait que sa mère ne partage pas cet avis.

Sur la pointe des pieds, il se dirigea vers les escaliers et parvint à entendre Gloria discuter au téléphone. Ce coup de fil était loin de ses habituels appels professionnels. Cette fois-ci, elle appelait son mari, Marcus. Il le savait parce qu'elle n'oserait jamais parler aussi familièrement avec un collaborateur de l'entreprise.

- Je commence à lui en parler maintenant ou j'attends ton retour ?

Elle attendit la réponse de son père avant d’acquiescer légèrement de la tête. Quand ses parents se mettaient d'accord sur un point, cela ne se terminait jamais bien pour lui. La dernière fois qu'ils avaient pris une décision à son sujet, il avait effectué un bref séjour à l'hôpital psychiatrique. Et autant dire qu'il leur en avait voulu pendant des jours entiers.

Au lieu d'écouter à cette conversation des plus secrètes, il revint sur ses pas pour s'installer devant sa console. Il redoutait beaucoup cette discussion et les zombies parvenaient plus ou moins à garder ses mains occupées. Quand il était nerveux, il avait tendance à tortiller ses doigts dans tous les sens. Là au moins, ils étaient occupés à exterminer des morts-vivants.

L'après-midi passa de cette manière et le jeune homme espérait que ses parents avaient abandonné ce projet le concernant. Mais c'était sans compter sur sa mère qui, vers 18 heures, se présenta dans sa chambre avec une détermination farouche sur le visage. Cela ne signalait rien de bon pour Gabriel qui tentait par tous les moyens de se distraire avec sa manette.

- Tu sais que nous payons ces cours une fortune, Gaby.

- Je sais mais je n'y peux rien si cette vieille machine a passé l'arme à gauche.

Armé d'une mitraillette, le gringalet était sur le point de battre son record quand il l'entendit prononcer ces mots :

- Nous allons t'inscrire à l'école.

Peu après cette intervention, le jeune homme se faisait attaquer par une horde de zombies enragés.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
RaphaelleEviana
Posté le 28/03/2021
Bonjour. Sujet profond, intéressant. Attention dans le pitch du roman il y a des changements de temps passé/présent. Je vais lire la suite. A bientôt !
Audrey.L
Posté le 29/03/2021
Aah la conjugaison, mon point faible ^^ Merci de ton retour. A bientôt !
Taranee
Posté le 06/03/2021
Salut !
Tu présentes bien le personnage de Gabriel, on voit que ça fait un petit moment qu'il est dans cette situation et tu gardes bien le mystère sur son passé ! Je me demande ce qu'il lui est arrivé ? Pourquoi il est une "Gueule-cassée", a quoi il ressemble et comment il va réagir à cette annonce surprenante à la fin !
C05i
Posté le 01/03/2021
Bonjour !
J'aime beaucoup le cadre de cette histoire et la façon dont elle est écrite. On retrouve bien l'état d'esprit des parents :) (inquiétude, autorité,...) Mais qu'est ce que le personnage a subit pour qu'on le surnomme "gueule cassée" ? Qu'a t-il fait pour ne plus vouloir sortir de chez lui ? Quel est "l'incident" ? J'adore ce suspens qui plane et qui me fait me poser des questions dans ma tête. De plus l'humour discret qui plane dans ce chapitre m'a fait sourire à plusieurs reprises :)
J'ai repéré deux petites fautes : "pour la personne qu’il était devenu(e)." et "laissa son regard divagué(er)".
Dans cette phrase : "Cette fois-ci, elle appelait son mari, Marcus.", j'ai hésité : est ce que Marius est le père de Gabriel ou bien non ? J'aurais trouvé plus judicieux de dire "Cette fois-ci, elle appelait son mari, le père de Gabriel, Marcus."
Enfin, dans la phrase : "- Tu vas bien, mon chéri ? Gloria demanda de l'autre côté de la porte.", j'aurais plutôt inversé Gloria et demanda pour que cela donne "- Tu vas bien, mon chéri ? Demanda Gloria de l'autre côté de la porte."
Audrey.L
Posté le 01/03/2021
Merci beaucoup pour ton commentaire, ça me fait extrêmement plaisir ! Je vais corriger tout ça :)
Vous lisez