Partie 1 - Chapitre 1

Par Edorra

10 ans plus tard – Bruxelles

 

Devon

La porte automatique se referme derrière moi, sans un bruit. Enfin à l’air libre ! J’étouffais dans cette salle de classe. Je suis sorti avant la fin du cours, sous les yeux effarés du prof de géopolitique qui n’a pas esquissé un seul geste pour me retenir. Je n’y peux rien ; je ne supporte pas d’entendre parler du Panama. Les profs parlent de la crise politique comme s’ils savaient quelque chose. Moi je sais, j’y ai perdu ma mère. Les profs sont bien loin de la réalité.

Je pousse un soupir, je n’aime pas y repenser. La plupart du temps, ce souvenir est relégué dans les profondeurs de mon subconscient. Mémoire sélective, comme dirait la prof de psycho. Peu importe comment le phénomène s’appelle, il a intérêt à agir vite.

Je lève mes yeux vers le ciel, observant les nuages et laissant mon imagination s’envoler dans ces formes étranges. Ce qui ne m’empêche pas de sortir une cigarette de mon paquet et de l’allumer. Dès que je la porte à mes lèvres, son parfum me réconforte aussitôt. Dépendant moi ? Pas le moins du monde, mais pourquoi me priver de plaisir ?

— Papa te tuerait s’il te voyait, tu le sais ?

Sa voix est toujours aussi douce et cristalline. Elle ne fume pas, c’est évident. Je laisse échapper une volute de fumée avant de me retourner vers ma sœur.

— Il n’a aucun moyen de le savoir, à moins que tu ne caftes.

Elle lève les yeux au ciel.

— Sois pas stupide ! Même si je lui disais, il ne m’écouterait pas.

Elle a dit ça pour plaisanter, mais je sais que ça la blesse que notre père ne lui montre pas autant d’affection qu’à ses fils. J’aimerais la rassurer, lui dire que c’est une fausse impression, mais je l’ai aussi remarqué. Il semble être là pour elle seulement pour la réprimander. Ça n’a pas toujours été comme ça. Tout a changé depuis le Panama…

Elle s’approche de moi.

— Il ne va pas être ravi de savoir que tu as séché une partie du cours. Il suit ton parcours scolaire à la loupe.

— Et toi, alors ? Je te rappelle que tu es dans la même situation que moi ; la leçon n’est toujours pas terminée.

Elle fait un sourire sarcastique.

— Moi ? J’ai l’habitude. Il s’intéresse peu à moi. Ça ne lui a fait ni chaud ni froid quand j’ai sauté une année.

— C’est un imbécile. Will et moi on est fiers de toi.

Elle hausse les épaules. Personne d’autre ne le devinerait ; les signes sont infimes ; mais elle rougit. Les compliments lui ont toujours fait cet effet. Cette rougeur colore ses joues palies par le froid de l’automne. En toute objectivité, ma sœur est une jolie fille. Ses cheveux blonds comme les blés, tressés la plupart du temps, reflètent les rayons du soleil de façon magique. Ses yeux bleus sont terriblement expressifs, en toute occasion. En bref, elle a du succès. Il paraît que c’est de famille. Les enfants Lippman sont surnommés « Les beaux gosses blonds ». À peine réducteur…

 Je frissonne sous le vent glacé et relève les yeux vers le ciel en murmurant.

— De toute manière, on a une bonne excuse…

— Une excuse, oui ; bonne, c’est une toute autre affaire.

Je lui jette un coup d’œil. Ses poings que je devine serrés sont enfoncés dans les poches de sa parka ; sa mâchoire est contractée. La mort de maman est un thème à éviter avec elle. Ça a été un coup dur pour tout le monde, ça a été pire pour elle. Peut-être encore pire que pour mon père qui n’a pas échappé au cliché ; il s’est noyé dans l’alcool pendant quelques temps. Océane a dû grandir en l’absence d’un modèle féminin, et sans le soutien et l’amour d’un père. Heureusement, Will et moi étions là. Elle reprend soudain la parole, changeant de sujet.

— Tu comptes aller au cours de musique ?

Je souris.

— Oui, rien que pour avoir le plaisir de t’écouter chanter.

Elle me tape le coude en se pinçant les lèvres.

— Arrête ! Tu sais bien que te voir m’écouter me fait perdre tous mes moyens !

J’éclate de rire.

— C’est censé me faire arrêter ?

Elle me lance un regard noir. Je sais très bien qu’elle n’est pas vexée ; elle fait ça juste pour la forme. J’insiste.

— C’est d’ailleurs une chose que je n’ai jamais comprise. Pourquoi tu n’aimes pas ça ? Tu me connais non ?

— Justement ! Je perds plus si tu me juges mal. C’est un fléau d’être dans la même classe que toi !

Je soupire intérieurement. Elle ne l’a dit qu’à demi-mot, mais c’est toujours cette même peur d’abandon qui revient. Je passe mon bras autour de ses épaules et l’embrasse sur le front.

— Rien ne m’empêchera d’aimer ma petite sœur.

Elle me jette un regard surpris.

— Quoi ?

— C’est la première fois que tu as un geste d’affection pour moi au lycée.

Je me dégage.

— Ça, c’est uniquement parce qu’il n’y a personne. Tu imagines si les potes nous avaient surpris ? Attends, trop la honte d’être avec sa petite sœur !

Elle éclate de rire. J’aime la voir comme ça, insouciante, malicieuse. Et en même temps, ça me fait peur. Je déteste faire les frais de ses farces. Entre deux rires, elle déclare :

— Tu joues très mal la comédie.

— Menteuse. Je suis le meilleur, tu ne m’arrives pas à la cheville.

— C’est beau la foi aveugle.

Je serre les dents et la fixe attentivement. Elle m’interroge du regard.

— Je ne vais pas te quitter des yeux pendant le cours de chant.

Elle marmonne des insultes auxquelles je ne fais pas attention pendant que j’écrase mon mégot dans le cendrier mural prévu à cet effet. L’environnementalisme est une chose fondamentale dans la Confédération Européenne. Déjà que les fumeurs sont considérés comme des suppôts de Satan, laissez votre mégot au sol et vous serez poursuivi par des hordes en colère jusqu’aux frontières ukrainiennes. Mouais, j’exagère peut-être, un peu.

— J’ai hâte que le prof te fasse chanter que chacun profite de ta voix de crécelle, rétorque Océane avant de rentrer à nouveau dans le lycée.

Ah… les relations fraternelles, quel pied !

 

*   *

*

 

Océane

Les cours sont enfin terminés, la soirée est à moi ! Enfin, après ma leçon de conduite. Je soupire et m’adosse contre le mur de l’établissement, jetant un coup d’œil à ma montre. J’espère que mon moniteur d’auto-école ne sera pas trop en retard cette fois-ci.

J’aime bien conduire. Il faut dire que les véhicules ont fait un bond en avant, technologiquement parlant, depuis quelques dizaines d’années. Enfin, je dis ça, je n’ai jamais conduit les modèles archaïques et mécaniques des voitures du siècle dernier. Et, de toute façon, ça m’est égal. J’aime les modèles aéroglisseurs d’aujourd’hui. J’aime leur maniabilité souple et silencieuse. J’aime me sentir en sécurité, tout simplement. J’ai honte à me l’avouer, mais je suis peureuse, quelquefois. Ne me parlez pas de partir en Confédération Américaine par exemple, trop de mauvais souvenirs.

— Hey, Sweet heart ! crie Dev en surgissant devant moi.

Je ne peux pas m’empêcher de sursauter, ce qui est exactement la réaction qu’il attendait. Il me sourit malicieusement. Je grogne.

— Le cours d’anglais est terminé. Et tu ne pourrais pas arrêter de m’emmerder pour une fois ?

— Je t’en prie, ne me prive pas de mon loisir favori.

— Va te faire voir.

— Voyons, c’est comme ça qu’on parle à son frère préféré ?

Je lui lance un regard agacé.

— Si tu continues comme ça, je ne vais pas te préférer longtemps.

— J’abdique, déclare-t-il solennellement en faisant une révérence à la Louis XIV jusqu’au sol.

J’éclate de rire. Comment voulez-vous rester sérieuse avec un frère pareil ? Je reprends mon souffle.

— Sérieusement Devon, tu as sûrement mieux à faire que de passer ta soirée avec moi. Mon moniteur ne va pas tarder. Je te rends ta liberté.

Il perd son sourire et l’éclat de malice dans ses yeux.

— C’est gentil de ta part. Ellie, je sais très bien que je suis libre de faire ce que je veux, et pour le moment, je veux être avec toi, alors arrête tes conseils.

Je me rembrunis et détourne le regard. Je déteste quand il se vexe. Je ne lui ai pourtant rien dit de méchant. Les frères sont vraiment une nébuleuse inconnue, incompréhensible. Quelques instants de silence s’envolent avant qu’il ne dise :

— Tu as fait une fausse note pendant le cours.

Et c’est reparti ! Je grogne.

— Je sais.

Il fait un sourire en coin.

— C’est de la faute de l’archet, c’est ça ?

— Comme d’habitude…

— Il faudrait que tu apprennes à le régler convenablement.

Je lève les yeux au ciel.

— Mais bien sûr…

Je joue du violon depuis un peu plus de dix ans maintenant. J’avais commencé deux ans avant la mort de maman. Papa n’a plus voulu me payer de leçon après l’accident. Fort heureusement, ma prof de musique qui s’était entichée de moi a accepté de me donner des cours gratuitement. Je dis « entichée » dans un sens affectueux. À vrai dire, elle a été un peu comme une mère de substitution pour moi, jusqu’à sa mort il y a trois ans. Mes frères n’ont jamais compris tout ce qui me liait à elle. Pour eux, c’était un professeur comme les autres.

Pour en revenir au violon, Will dit souvent que je suis une virtuose ; Dev me taquine, pour changer ; Papa me hurle d’arrêter mon boucan infernal. La voix de Dev me sort de mes pensées.

— Au fait, tu as participé aux auditions pour la symphonie du spectacle de fin d’année ?

— J’y réfléchis encore.

— Qu’est-ce qui te retient ?

Je me perds dans le silence, le temps de la réflexion. Que lui répondre ? Que je ne veux pas être déçue une nouvelle fois ? Où est l’intérêt de répéter des mois et des mois, de suer sang et eau, pour me rendre compte le soir de la représentation que celui que je veux impressionner n’a pas fait l’effort de venir ? J’ai beau me répéter et me répéter que je ne fais pas de la musique pour épater mon père, je sais que c’est faux. Je recherche toujours, inlassablement, à lire de la fierté dans ses yeux. Parfois, je me dis que c’est un espoir vain.

Le klaxon d’une voiture me fait sursauter. Je relève les yeux pour voir mon moniteur garé sur le trottoir juste devant moi. Je mets mon sac sur mes épaules et me dirige vers le côté conducteur en adressant un coup d’œil à mon frère.

— Mon moniteur est là, j’y vais.

Il regarde mon professeur avec suspicion, ouvre la bouche pour parler, mais la referme sans dire un mot. Frank, le moniteur, me cède la place et en profite pour m’effleurer. Je me suis bien rendue compte qu’il me draguait, mais je fais semblant de l’ignorer ; mes leçons de conduite sont trop importantes pour moi.

Je m’assois sur mon siège sans prêter attention à son manège. Il va s’installer à la place du mort, mais au dernier moment, mon frère l’empêche de refermer sa portière. Frank et moi lui jetons un regard surpris. Devon esquisse un sourire froid.

— J’ai raté mon bus, vous pouvez me ramener ?

Je fronce les sourcils. Je sais qu’il ment, reste à savoir pourquoi.

— Je ne suis pas taxi, mon pote, rétorque Frank avant de tenter de refermer sa portière.

Dev ne cède pas.

— Je suis son frère, précise-t-il en me désignant d’un signe de tête, ça ne vous fera pas faire de détour.

Les deux hommes se défient du regard. Je jurerais voir des étincelles fuser entre eux. Frank finit par se retourner vers moi.

— Ça te dérange s’il assiste à ta leçon ?

Si ça me dérange ? Beaucoup moins que l’attitude possessive et incompréhensible de mon frère. L’obstination brûle dans ses yeux ; rien ne le fera changer d’avis. Je soupire.

— Non… Mais tu n’as pas intérêt à commenter ma conduite.

Il sourit, franchement cette fois-ci.

— Promis.

Il monte à l’arrière sans attendre l’accord de Frank. Je sens que ce cours va être mémorable, dans le mauvais sens du terme. Je fais rouler mes épaules pour me détendre. Après tout, je suis là pour conduire, autant m’appliquer. J’observe et étudie le tableau de commandes ainsi que mon espace de confort ; répétant les gestes qu’on m’a appris depuis un peu plus de huit mois. Frank me surveille attentivement. Je ne suis pas sûre que ce soit uniquement pour s’assurer que je mène à bien mes exercices ; je n’ai jamais conduit avec ma poitrine jusque-là. Je ne dois pas m’occuper de son attitude, et me concentrer sur la route. Le temps paraîtra plus court ainsi. Avant que je ne démarre le moteur, la voix du moniteur m’interpelle.

— Alors Océane, est-ce que tu veux écouter la radio aujourd’hui ?

Je saute sur l’occasion ; conduire en musique me détend.

— Bien sûr.

Je n’attends pas son assentiment et allume aussitôt le réseau radiophonique. Le moteur de recherche s’affiche aussitôt sur l’écran numérique. Je demande à la ronde :

— Vous avez une préférence ?

— C’est toi qui gères les commandes, se contente de répondre Frank.

Chouette !  Voyons voir, un peu de musique classique pour se détendre, ou de la musique enjouée et dynamique pour ne pas s’endormir au volant ?

Le réseau radiophonique est vraiment une invention merveilleuse. Enfin, ce n’est pas vraiment une invention à proprement parler, plutôt un système, une organisation. Pour faire simple, environ un demi-siècle plus tôt, les autorités de notre confédération ont décidé d’instaurer un réseau où toutes les nouvelles musiques, chansons, etc., sont disponibles à l’écoute. La base de données est gigantesque. Contre le prix d’une redevance annuelle, vous pouvez écouter n’importe quoi selon votre envie. Il suffit d’entrer votre recherche (multicritère, quelle joie !) dans le moteur de recherche.

C’est finalement la deuxième solution qui a ma préférence. J’opte pour de la musique tsigane. Ce style m’a toujours fait vibrer ; on pourrait croire que les violons des musiciens sont une partie de leur corps, de leur âme.

Sous l’invite de Frank, je mets le contact et m’engage dans les rues de la capitale. Si j’avais peur au début de mes leçons de me perdre dans les dédales de la ville, je me sens maintenant comme un poisson dans l’eau, démontrant ainsi que les femmes peuvent aussi avoir le sens de l’orientation.

Frank me fait quelques remarques de temps en temps, rien de bien méchant. Je crois que je conduis plutôt bien maintenant. Dev se penche soudain vers l’avant, adressant par la même occasion un regard assassin à Frank. S’il espérait que je ne le verrais pas, il se trompait ; rien ne m’échappe dans mon rétroviseur.

— Eh Ellie, tu ne veux pas changer de musique ? C’est lassant à force.

Je soupire.

— Je savais que tu me taperais vite sur les nerfs.

Frank me jette un regard curieux et reprend :

— Ellie ?

Il ne manquait plus que ça ! Je n’avais pas besoin d’un regain d’intérêt de sa part. J’explique :

— C’est mon surnom.

Il fronce les sourcils en réfléchissant.

— Ellie… Océane… Ce n’est pas très ressemblant.

— Notre mère s’appelait Élisa, révèle Devon d’un ton froid. Ellie est le diminutif.

Frank n’insiste pas, ce qui n’est pas le cas de mon frère.

— Et si tu nous mettais un peu de musique expérimentale ?

— Et si tu la fermais ?

— Il faut que je te supplie ?

Mon Dieu ! Mais qu’est-ce que j’ai fait pour avoir un frère pareil ? Reprenez-le, je vous en supplie !

— Dev…

Il comprend à mon ton que je suis à bout et a la décence d’arrêter ses plaintes. Il se laisse tomber contre la banquette, fixant Frank d’un œil lourd. Un silence si épais et pesant s’installe dans l’habitacle que même la musique n’arrive pas à le percer. Le stress et la tension s’emparent de moi, je sens presque de la sueur me couler dans le dos. La pression est l’ennemie des conducteurs. À tel point que je rentre presque dans un poteau au carrefour suivant. Je freine à temps sous le regard chargé de reproches de Frank.

— Attention ! Mais enfin, qu’est-ce qui te prend ?

— Désolée.

Je reprends ma route lentement.

— Tu n’auras pas ton permis si tu fais de telles âneries.

— Je vais faire attention.

— Ce serait mieux.

J’ai l’impression d’être une gourde ; et l’attitude silencieuse de mon frère à l’arrière n’arrange rien. Frank reprend :

— Tiens, en parlant de ça, je t’ai trouvé une date pour le permis. Le lundi 8 novembre, dans trois semaines, ça te va ?

Je grimace.

— Non, désolée.

Il fait la moue.

— J’ai fait des pieds et des mains pour  te l’avoir, cette date.

— Je ne serai pas là.

— Tu ne peux pas remettre ?

Il m’agace à insister. Dev intervient :

— Notre classe part à Londres à ce moment-là. Vous ne voulez tout de même pas empêcher ma sœur de partir en voyage pour la première fois en six ans ?

Le ton est toujours aussi froid, mais ça a le mérite de faire taire Frank. Enfin, j’aurais préféré que Dev ne dévoile pas autant de ma vie privée.

La fin de la leçon se déroule dans un silence absolu. Je finis par me garer devant la grille de la demeure de notre famille. Le manoir se dessine en contre-jour, derrière le jardin.

Frank étudie son cahier de rendez-vous.

— Je te propose une autre leçon jeudi prochain.

Je soupire.

— Je ne sais pas encore si j’aurai les moyens. Je vous rappellerai.

— Rien ne me ferait plus plaisir, rétorque-t-il avec un sourire charmeur.

Je sors et claque la portière après avoir adressé un signe d’au revoir au moniteur qui prend ma place au volant. Dev me suit tranquillement, mais je sais qu’il est en colère ; ses yeux bleus sont froids comme la glace de l’Antarctique, sa mâchoire est serrée. Bon sang, mais pourquoi est-ce qu’il est aussi caractériel ? Il ne s’est rien passé de spécial. Il marche à mes côtés avant de lâcher.

— Tu vas me faire le plaisir de changer d’auto-école.

— Non.

Il s’emporte carrément ce coup-ci et se poste devant moi, me barrant le passage.

— Ce mec fantasme sur toi ! Il te reluque comme si tu étais une prostituée !

Je roule des yeux.

— Si tu crois que je ne m’en suis pas rendue compte… C’est le moins cher de la ville ; je n’ai pas les moyens de m’en offrir un autre, et je veux apprendre à conduire.

— S’il n’y a que ça, je te paierai tes cours.

Il m’agace à jouer les frères surprotecteurs. Et puis, ce n’est pas son rôle. J’aurais compris et accepté que papa finance mes cours, mais c’était peine perdue. Selon lui, je n’étais pas prête à conduire et ne le serais jamais.

— Dev, ce n’est pas à toi de faire ça.

— Je ne veux pas que tu revoies ce type, il pourrait être dangereux.

Je le contourne et reprends mon chemin jusqu’à la maison.

— Je suis capable de me défendre.

Je l’entends soupirer dans mon dos.

— Je ne veux pas qu’il t’arrive du mal, c’est tout.

— Je sais, mais ce n’est pas ma première leçon de conduite, et il n’a jamais rien tenté jusque-là.

Il me rattrape.

— D’accord, n’en parlons plus. Vivement que tu passes ton permis et que tu sois débarrassée de ce minable.

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Isapass
Posté le 03/12/2020
Bon, là, à part les aéroglisseurs, je me sens en terrain plus connu !
Encore une fois, tu joues sur le contraste en passant d'un point de vue à l'autre. Le truc, c'est que je pense que j'ai un a priori à cause de ta mise en garde sur l'inceste, alors je surinterprète peut-être le point de vue de Devon. Pour un grand frère, c'est vrai qu'il a l'air particulièrement admiratif de sa sœur, sans aucun signe d'agacement. Mais vu ce qu'ils ont traversé, ça peut jouer aussi, ainsi que l'attitude du père.
Dans le point de vue d'Océane, on voit qu'elle, elle trouve effectivement que Devon dépasse les bornes (ce qui, objectivement, parait vrai). Et je ne parle même pas du père qui ne veut même pas l'aider pour son permis !
Bref, ces différences de perception sont vraiment étranges...
Dernière chose : dans le point de vue de Devon et aussi dans le surnom qu'il donne à sa sœur, on sent l'ombre de la mère qui plane de façon... un peu malaisante.
Encore une fois, tout ça est intrigant.
Rien à dire sur la forme : c'est efficace, ça se lit bien, un plaisir !
Je poursuis !
Schumiorange
Posté le 10/01/2020
Quel changement de décor !

Les relations fraternelles sont très bien décrites et on sent vraiment que le lien est très fort entre Océane et ses deux frères, probablement renforcé par le retrait du père… J'espère que la seule raison pour laquelle il ignore sa fille est qu'elle est le portrait craché de sa mère. Sinon, je vais mettre le père dans la catégorie des pas très gentils…

Le changement de point de vue est intéressant aussi ! J'ai trouvé Devon attachant pendant la première moitié du chapitre, et un peu moins pendant la deuxième : ce côté possessif et hyper protecteur… Il a l'air aussi un peu impulsif, je suis curieuse de voir ce que ça donnera dans les chapitres suivants !

Tu poses bien les bases en tout cas, on découvre aussi l'environnement petit à petit, j'adore les voitures : ) et tes descriptions sont précises et facilitent la visualisation.

Quelques petites coquilles pour finir :
 - « Pourquoi tu n’aimes pas ça ? Tu me connais non ? » -> Tu me connais, non ? (avec virgule)
 - « J’ai hâte que le prof te fasse chanter que chacun profite de ta voix… » -> virgule entre chanter et que
 - « J’ai honte à me l’avouer, … » -> J’ai honte de me l’avouer
 - Papa et Maman ou papa et maman ? -> idem prologue
 - « Je me suis bien rendue compte qu’il me draguait… » -> rendu compte
 - « Si tu crois que je ne m’en suis pas rendue compte » -> idem, rendu compte

Je passe à la suite !
Edorra
Posté le 12/01/2020
Salut !

Contente de te voir sur la suite !

La fratrie Lippman s'est en effet très soudée après la mort de leur mère. Tu as bien cerné leur passé, ainsi que le caractère de Devon d'ailleurs.

Merci pour ta lecture et ton commentaire.

A bientôt !
Dédé
Posté le 19/11/2019
J'aime beaucoup ces deux points de vue qui se complètent bien. On apprend là à connaître Devon et Océane. Et je dois dire que j'aime beaucoup leur relation. Ils se cherchent, se taquinent, s'agacent mais on sent qu'ils s'aiment bien au fond. Aussi, on voit leurs failles notamment liées à la mort de leur mère.

On a une vague idée de comment est le père et je trouve ça triste pour Océane… S'il faut, elle ressemble beaucoup à sa mère et elle en paie le prix. La pauvre…

Parlons maintenant de Franck… Franck… Je vais rester poli mais c'est très difficile. Franchement ! J'étais scandalisé par son comportement ! Et encore… "scandalisé", le mot est faible. Son comportement est inacceptable et Devon a raison de réagir. Seulement, il aurait dû le faire sur le moment. Pas après. Parce qu'il n'a pas tort, ça peut très vite dégénérer. J'ai bien compris qu'Océane veut être indépendante, ne pas dépendre de son frère notamment. Même si elle a encore ce réflexe de chercher à plaire à son père. Mais j'espère qu'il ne se passera rien d'ici le passage de l'examen…

De manière générale, je trouve ce premier chapitre très réussi. On n'est pas encore dans la quête de Yanael mais c'est normal. Il faut le temps de poser le décor, les personnages. Et tu réussis ça super bien ! Bravo !

Vivement la suite ! :P
Edorra
Posté le 19/11/2019
Oh merci Dédé !
Ravie de te voir poursuivre l'aventure Yanael :)
Ça me fait bizarre de replonger dans le début de cette histoire alors que je suis actuellement tout près de la fin.
Ah... la relation Devon/Océane et la colonne cérébrale de cette histoire. Je suis contente de voir que tu l'apprécie et espère que tu ne sera pas déçu par son développement.

Pour la quête de Yanael, tu en sauras un peu plus dans le chapitre suivant. Ton commentaire me rappelle d'ailleurs qu'il faut que je le poste.

A bientôt !
Vous lisez