Paris

Par Maud14
Notes de l’auteur : Hello tout le monde! Alors que pensez-vous de cette histoire jusque là? Vos avis m'intéressèrent grandement, n'hésitez pas à les partager avec moi :)!

Le nez collé à la grande fenêtre du TGV, Alexandre regardait défiler les paysages de la campagne Française, les mains sur les genoux. Assise en face de lui, Hyacinthe voyait ses iris danser frénétiquement dans ses yeux, comme si elles tentaient de capter tout des scènes qui se déroulaient sous elles. Des petits villages, de grandes étendues d'arbres, de champs, de plaines, des rivières, des hameaux, de longs sentiers qui se perdaient sur l'horizon. Les nuages, aussi. Gonflés, bancs, aux formes biscornues, singulières, parfois familières. Le soleil qui se levait au loin, diffusait une douce lumière feutrée sur la peinture au sein de laquelle roulait à toute vitesse le train. La tête collée contre la vitre, Hyacinthe sourit devant l'émerveillement à peine dissimulée du grand brun. Stoïque, il resta ainsi de longues minutes, inattentif et imperméable au léger brouhaha du train et de ses usagers.

Puis, les paysages plus peuplés des alentours de Paris s'incrustèrent, et le décor changea. La campagne laissa place à la ville. Les champs se mutèrent en buildings et bitume et ciment envahirent l'espace. Un long tunnel noir les priva de la vue, et le regard indéchiffrable d'Alexandre se tourna enfin vers Hyacinthe. 

Ils descendirent sur le quai de la gare Montparnasse après s'être emparé de leur grosse valise, et incorporèrent la file frénétique des voyageurs jusqu'au ventre de la station. La haute silhouette imposante du géant guidait la jeune femme à travers la foule, leur frayait un chemin, ouvrait la mer à leur pied. Une fois sortis de la rame, Hyacinthe revêtit la casquette de guide et les entraîna dans les entrailles de Paris, en direction du métro. Les pupilles d'Alexandre s'étaient remises à inspecter ce qui l'entourait, avides. Ils prirent la ligne 13 bondée dans laquelle Hyacinthe se colla contre le poteau de soutien. Alexandre fit rempart autour d'elle de sorte à ce qu'elle puisse respirer tranquillement sans être agglutiner aux autres passagers. Puis, ils changèrent de ligne et descendirent à Maubert Mutualité où ils avaient pris un hôtel. Leur vol pour la Tanzanie était prévu pour le lendemain matin aux aurores, et c'était la seule façon de ne pas le manquer. Ali n'avait pas la place de les accueillir tous les deux chez lui. 

Ils venaient d'entamer un périple de trois jours avec une escale prévue à Amsterdam pendant une dizaine d'heures avant d'arriver enfin à l'aéroport de Kilimandjaro. 

Le petit hôtel sentait la cannelle et le clou de girofle. La réceptionniste les mena à leur chambre. Dans un soucis d'économie, ils avaient opté sur une seule chambre avec deux lits simples. Le bleu roi semblait maître de la pièce. Dessus de lit, rideaux, chaises en velours, oreillers, il conférait à l'ensemble une note précieuse. La moquette damée étouffa leurs pas et Hyacinthe alla ouvrir la fenêtre. Le bruit ce la rue s'immisça soudainement dans la chambre et elle grimaça. Au dessus des lits, des photos de la capitale ornaient les murs, rappelant à chaque instant le prestige de Paris.

Le grand corps d'Alexandre s'allongea sur le petit lit et il soupira longuement. Il était resté silencieux la plus grande partie du voyage. Hyacinthe se demanda s'il était déjà venu ici, s'il s'en souvenait. 

« Je comprends pourquoi tu es partie », dit-il soudain, les yeux fermés. 

Dehors, les nuages avaient foncés, et le vent s'était levé. 

« Et encore, tu n'as pas tout vu »

« Je le devine »

« Tu veux visiter un peu? Tu penses être déjà venu? »

« Non je ne pense pas, mais oui, ça peut être intéressant de voir la ville ». 

Ils reprirent la route, cette fois moins chargés, et déambulèrent dans les rues du quartier latin. Les voitures filaient près d'eux, les sirènes de pompiers et de police éclataient par moment leur tympans. Fenêtres et portes d'immeubles défilaient au gré de leurs pas. Devantures de boutiques, carrefours... puis, ils émergèrent sur un pont. Le vent fouetta le visage de Hyacinthe. C'était ce qu'elle préférait à Paris, les ponts. Là, la vue se faisait belle. On y respirait. La perspective n'était pas prise en étau. Le regard pouvait voguer au loin, se libérer des entraves des rues étriquées. Le ciel apparaissait. 

Elle fit part de sa réflexion à Alexandre, et celui-ci acquiesça, les yeux perdus au loin, caressants sans doute la conciergerie, l'hôtel de ville, les autres ponts surplombants la Seine. Les mouettes venues de la côte, de Finlande, du Danemark ou encore de Pologne virevoltaient dans le ciel gris de Paris, se laissant porter par les courants d'air. Parfois, elles amorçaient des plongeons vers les lampadaires pour s'y poser quelques instants avant de repartir dans de grands battements d'ailes. Hyacinthe pensa à Pierrot. 

« Cette odeur... », remarqua Alexandre. 

Hyacinthe ricana.

« Quoi, tu n'apprécies pas le doux parfum des pots d'échappement? »

Ils reprirent leur pérégrination et montèrent jusqu'à la butte de Montmartre. Cela faisait deux ans que Hyacinthe n'avait pas remis les pieds dans la capitale. Un voile fumeux recouvrait d'une fine pellicule la ville à leurs pieds. Rien n'avait changé. Les politiques avaient tenté de piétonniser certaines rues du centre-ville, mais s'étaient heurtés aux automobilistes, et autres défenseurs des moyens de locomotions individuels. La propriété et la liberté ne s'achetaient pas. Paris n'était pas prête à changer. Les gens pas prêts à renoncer à leurs privilèges de disposer de leur corps quand bon ils leur semblaient, plutôt que d'emprunter les transports en communs avec d'autres individus de leur espèce. Plutôt mourir. Leur voeu d'indignation n'avait jamais été si susceptible d'être réalisable. La population de France n'avait fait que croître, et celle de Paris suivait. On avait construit toujours plus en hauteur dans la banlieue proche. Les constructeurs semblaient désirer toucher le ciel. Les immeubles immondes avaient continué de pousser comme d'affreuses tours de Babel, encerclants Paris. L'étouffant un peu plus. De Montmartre, on devinait leur silhouettes de géants au loin. 

« Combien de gens vivent ici? », demanda Alexandre. 

« 3 millions dans Paris intra-muros, et 13 millions pour le grand Paris »

« Pourquoi ils viennent tous vivre ici? »

« Parce que c'est la capitale, et que c'est plus facile de trouver du travail ici, puisque tout est concentré. C'est le poumon économique de la France. Il y a les instances de gouvernement, des médias, des sièges sociaux des grandes entreprises... la culture »

« Pourquoi tout concentrer ici? »

« Ah ça... décision historique des politiques. Ils ont bien voulu essayer de décentraliser, de répartir sur les autres grandes villes... Mais ça n'a jamais vraiment fonctionné ». 

Leurs pas les ramenèrent à l'hôtel alors que la lumière descendait dans le ciel. Le visage alerte d'Alexandre, ses mouvements d'épaules maladroits, son front soucieux, renvoyèrent à Hyacinthe l'image du naufragé qu'il était. Perdu dans cette marée parisienne. Dans cet océan de béton. Dans ces flots incessants et infernales de circulations. Elle aussi, crut un moment se noyer à nouveau. Dans cette effervescence grisâtre de novembre. Elle repensa à sa vie d'il y avait deux ans. Ce cercle vicieux noir, destructeur, malsain dans lequel elle s'était retrouvée. Elle avait perdu pied dans ce marécage parisien. Elle avait plongé dans les mondes alternatifs des addictions. Elle s'était fait peur, avait eu le vertige. Une sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale. 

Les yeux bleus ancrés dans le réel d'Alexandre qui se tournèrent vers elle lui redonnèrent de l'oxygène. 

« Ça va? », dit-il en s'arrêtant. 

« Oui », murmura-t-elle en accélérant le pas, le regard rivé au sol.

Quelques minutes plus tard, ils regagnèrent leur chambre. Ils avaient rendez-vous avec Ali à 7 heures à l'aéroport de Charles-de-gaule le lendemain matin. Aussi, ils dînèrent ensemble dans l'étroitesse de la pièce, assis sur leur lit respectif. Revenir à Paris s'avérait plus compliqué pour Hyacinthe que ce qu'elle s'était imaginé, et elle s'était muré dans un silence inhabituel tout en picorant machinalement dans son assiette.

« Tu es étrange » , remarqua Alexandre.

Sa voix sortit Hyacinthe de ses pensées sombres et elle tourna un regard hagard vers lui. Allongé sur son lit, la main derrière la nuque, l'autre reposant sur son torse, il l'observait d'un air songeur.

« Je... non. Ça me fait juste bizarre de revenir ici »

« Pourquoi tu es partie ? »

« Parce que j'en pouvais plus de cette ville, de cette routine, j'étouffais »

« Pourquoi tu es vraiment partie? ». Sa voix grave se détacha lentement dans la chambre. Hyacinthe tressaillit sans le vouloir. C'était la première fois qu'il lui posait une question personnelle. D'habitude, leur relation était basée sur le quotidien, les choses utiles, et raisonnées, les faits. Là, il était question d'émotions et de sentiments. Peut-être parce qu'il apparaissait à ses yeux comme vierge émotionnellement parlant ou bien apathique, mais elle se sentit soudain déstabilisée. 

« Je... Je... bégaya-t-elle en détournant les yeux. Je te l'ai dit. J'étouffais »

Son regard céruléen la transperça.

« J'étais sur une mauvaise pente. Il fallait que je parte, alors quand j'en ai eu l'occasion, je l'ai fait »

« Une mauvaise pente? »

Diantre, il ne paraissait pas vouloir lâcher l'affaire. Honteuse, Hyacinthe balaya la question de la main et se leva. 

« Je vais prendre une douche ».

Elle referma la porte de la salle de bain derrière elle et soupira. Seuls Ali et Erin connaissaient sa période sombre parisienne. D'ailleurs, c'étaient eux qui l'avaient aidé à s'en sortir. Ali avait débarqué chez elle un petit matin et l'avait bousculé, engueulé, ébranlé. Elle s'était fissurée pendant trop longtemps. Le gouffre n'était plus loin. 

L'eau chaude sur sa peau lui fit l'effet d'une caresse et Hyacinthe ferma les yeux, laissant les gouttes inonder son corps. Depuis deux ans, elle avait laissé ce côté obscur, cette attirance pour l'excès et l'extrême disparaître petit à petit. Sa vie avait retrouvé stabilité, équilibre et harmonie. Moins torturée, elle s'était apaisée. Ces pensées altérées disparurent en même temps que l'eau à travers la bonde de la douche. 

Lorsqu'elle ressortit de la salle de bain en legging et t-shirt de nuit, elle tomba sur Alexandre qui fixait le plafond, toujours allongé. 

« Tu n'as pas confiance en moi? », demanda-t-il alors. 

Calmée, Hyacinthe s'assit sur son lit.

« Si. Mais je ne suis pas prête à en parler. Je n'ai pas fini de digérer »

Il tourna lentement la tête vers elle, ce qui fit rouler quelques boucles ébènes sur son front. Puis, fronça les sourcils.

« Quoi? », fit-elle en s'immisçant sous les draps. 

« Je ne sais pas... je ne comprends pas ».

Il fixa à nouveau le plafond.

« Tu ne comprends pas quoi? »

« Pourquoi je suis autant intrigué, pourquoi je n'arrive pas à penser à autre chose, et pourquoi ça me perturbe »

« Ce n'est rien »

« Je n'ai pas envie que tu sois triste »

« Je ne le suis pas », rétorqua Hyacinthe en plongeant son visage dans l'oreiller moelleux, soudain fatiguée, mais touchée malgré elle par les mots qu'elle entendait. 

« Tu es une piètre menteuse »

La bouche d'Alexandre, pleine, se pinça légèrement, alors qu'il fermait les yeux. Le silence s'abattit sur la chambre, et ils accueillirent la nuit et le sommeil sans un mot de plus. La respiration profonde de l'homme près d'elle la berça et sa carrure imposante qui se dessinait dans la nuit la rassura. 

Une vive excitation mêlée à un sentiment profond venant des entrailles la tinrent éveillée de longues minutes avant qu'elle ne retrouve le royaume de Morphée.

 

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joanna_rgnt
Posté le 05/05/2021
Ca devient chauuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuud ahah Il faut vraiment qu'elle arrive à briser sa carapace ! Il est tellement adorable avec elle ! J'espère vraiment que tu ne va pas nous en faire un psychopathe bouffeur de photographe ahah
Je continue !
Maud14
Posté le 05/05/2021
Ahahahaha non rassure-toi !
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