N'est pas détective qui veut

Par Bleiz
Notes de l’auteur : Bonjour à tous ! Encore une fois, dû à la longueur infernale de mes chapitres, j'ai dû couper celui-ci en deux. Dites moi donc si la fin est trop abrupte.
Bonne lecture !

Des fois, lecteurs, je me sens un peu perdue. Que ce soit par ma propre faute ou celle des autres, il y a des moments où je me retrouve dans des situations complètement alambiquées et parfois même, franchement déplaisantes. Et il se trouve que je suis en plein dans l’un de ces moments.

—Je ne comprends pas, répéta Gemma pour la centième fois. Je ne sais pas d’où ils sont sortis, mais ils devaient nous attendre, pour sûr ! 

Après la baignade du Barde et du Voleur, nous étions retournés à l’hôtel. Tristan et Charlotte étaient partis de leur côté. Une fois secs, l’une s’était assise sur la moquette, l’autre sur le rebord du lit, et le reste sur des chaises récupérées de je-ne-sais-où.  Depuis, ce n’était que râlements et murmures plaintifs, réglés comme du papier à musique. L’un gémit, l’autre grogne, répétez. D’ailleurs, Martin, emmitouflé dans un plaid vert sorti de la valise de Baptiste, s’y remettait :

—Ce type m’a jeté à l’eau comme si je ne pesais rien. Je courais, je courais… pourtant, je ne me suis pas rendu compte qu’il était derrière moi, jusqu’au moment où il m’a attrapé sous les aisselles et balancé à la flotte !

—Comme vous l’aviez prédit, Pythie, Élias avec un demi-sourire.

Sa remarque sembla agiter grandement Gemma. Sa tête vrilla dans ma direction et elle s’exclama, ses yeux lançant des éclairs :

—À ce propos, je suis la seule à trouver étrange que notre devineresse ait vu Martin se noyer, mais pas la course-poursuite auparavant ? 

-Eh, intervint aussitôt Élias, sa bonne humeur retombée. C’est quand même grâce à elle que tu as pu t’en sortir vivante.

Je grimaçai. Évitant soigneusement le regard de Froitaut, je répondis avec une amertume plutôt sincère :

—Croyez-bien que je sois aussi désolée que vous du tour des évènements. Seulement, mes visions ne sont pas d’une clarté absolue…

—On n’en demande pas autant, me coupa le Barde, tendue comme une corde. Juste qu’on soit au courant quand on va risquer nos vies. Ces abrutis nous ont tiré dessus, pour la deuxième fois depuis le début de cette maudite Quête !

—Pourquoi, d’ailleurs ? intervint Baptiste.

Adossé contre un mur, il fixait le paysage étoilé à travers la fenêtre. Perdu dans ses pensées, il continua, comme s’il déroulait le fil de ses réflexions de peur de s’y perdre :

—Qui sont-ils ? Pourquoi cherchent-ils à nous tuer ? Et surtout, comment se fait-il que la Pythie n’ait pas prédit un tel danger ? 

Tous les yeux se posèrent sur moi d’un coup, et je sentis mes joues me brûler. Ah, ces Héros, toujours à se poser les bonnes questions au mauvais moment ! Je n’avais vraiment pas besoin de devenir la cible de la rage de Gemma, et certainement pas celle de la suspicion des autres ! C’est pourquoi je m’empressai de répondre avec un calme que j’étais loin de ressentir :

—Je n’ai pas encore le « qui », en revanche je peux vous donner le « pourquoi ». Il semble évident que nous avons un ennemi qui cherche à nous empêcher de mener la Quête à bien.

—Oui, mais pour quelle raison ? demanda Martin d’une voix étranglée.

Gemma lui prit la main et la serra un instant, compatissante, avant de se tourner vers moi, plus effrayante que jamais. C’est elle, que j’aurais dû prendre pour l’Assassin ! Elle va finir par avoir ma peau avant qu’on ne découvre qui tente de nous mettre des bâtons dans les roues ! Face à tant de pression, je pris une décision. Je sautai du haut de ma chaise et m’écriai :

—Écoutez, puisque c’est comme ça, je vais faire de mon mieux pour découvrir qui se cache derrière ces attaques-surprises ! Je vais travailler sur mes visions passés et, qui sait, peut-être qu’avec un peu de chance et d’effort, une illumination me tombera dessus ce soir. 

L’attaque, lecteurs, est la meilleure défense. Gardez ça à l’esprit ! Je me dirigeai donc vers la porte, l’ouvrit en grand et déclarai :

—C’est pourquoi je vous demande poliment, et ne vous le demande qu’une seule fois : débarrassez-moi le plancher !

—Quoi ? fit Baptiste, pris au dépourvu.

—Vous m’avez entendu : cassez-vous de ma piaule ! J’ai besoin de calme absolu pour voir l’avenir. Conclusion : du balais ! expliquai-je en les poussant les uns après les autres hors de la pièce.

—Dis donc, c’est aussi MA chambre, je te signale ! dit Gemma, en se laissant faire néanmoins.

—Pas cette nuit ! Dors sur leur canapé. À demain tout le monde ! conclus-je en claquant la porte derrière eux.

Je restais plantée là quelques instants. Ils avaient raison : je n’avais pas été assez prudente. J’avais négligé de continuer mes calculs au fur et à mesure, pensant que mon travail d’avant la première Étape suffirait. Et évidemment, il fallait que l’Univers se jette sur l’occasion ! Ça m’apprendrait à dormir sur mes lauriers, tiens. Dans ma valise, j’avais mon ordinateur, ma calculatrice d’urgence, deux cahiers dont un intact et douze stylos. Au moins, j’avais tout le matériel nécessaire. J’enlevais mes lunettes et me frottais les yeux, déjà agacée par la masse de travail qui m’attendait. Ç’allait être une longue nuit…

5 Mars : J’allais retrouver les zigotos qui avaient canardé mes Héros et leur faire regretter d’être nés. Par leur faute, j’avais passé six de mes huit heures de sommeil à cravacher ! La seule chose qui m’empêchait de hurler des grossièretés à quiconque croisant ma route était mon rôle de Pythie. En tant que devineresse, j’étais censée être calme, un peu ailleurs en sortant de mes visions. Apaisée, presque. Sauf que je n’étais pas calme : j’étais sur le sentier de la guerre.

Ce fut un Baptiste encore à moitié endormi qui vint m’ouvrir après que j’ai tambouriné à leur porte.

—Pythie ? Tout va bien ? demanda-t-il en étouffant un bâillement.

—Oui, oui. Je voulais juste vous prévenir que j’ai du travail aujourd’hui, donc je vous reverrai ce soir. Restez bien en groupe, d’accord ?

—D’accord… acquiesça le Chevalier avec lenteur. Des conseils si on retombe sur les fous d’hier ?

—Pas besoin, vous ne les croiserez pas avant la prochaine étape. Mes visions me l’ont assuré ! lui promis-je en mettant les poings sur les hanches.

Il hocha la tête silencieusement, l’air songeur. Derrière lui, Élias murmura des mots inintelligibles avant de replonger dans son oreiller. Il valait mieux que je me dépêche : si l’Assassin se réveillait, jamais il ne me laisserait seule dehors. Pas après ce qui avait manqué d’arriver à Martin et Gemma. Je tapotais donc la main du jeune homme et tournais les talons en agitant la main.

J’avais, aux alentours de minuit, envoyé un message à Charlotte et Tristan pour qu’ils me rejoignent devant l’hôtel. Heureusement que mon agent ne dormait jamais : elle m’avait répondu presqu’aussitôt. Ils m’attendaient, assis dans l’entrée, et Tristan bondit de son fauteuil en me voyant.

—Enfin ! On commençait à se demander ce qui t’était arrivé.

—Je suis seulement cinq minutes en retard, Tristan, dis-je en levant les yeux au ciel.

—Il peut se passer tout un tas de catastrophes en cinq minutes, insista-t-il.

—Bref ! nous interrompit Charlotte en claquant dans ses mains. Tout le monde est là, on peut y aller. On commence par où ?

—Je suis pas sûre. On va devoir y aller à tâtons, pour commencer. D’après mes calculs, les personnes qui nous ont attaqué ont déjà quitté la ville. Trop risqué après hier, surtout avec la police traînant dans les parages… 

—Qu’est-ce qu’on cherche, alors ? demanda Tristan en trottinant pour rester à notre hauteur.

Il est vrai que Charlotte est très grande et que moi-même, je marche vite. Le malheureux Tristan n’a aucune de ces caractéristiques. Je ralentis donc le pas avec magnanimité et répondit :

—Des informations. Il est impossible que personne ne sache quoi que ce soit. En plus, les gens qui apparaissent et disparaissent dans un Pouf ! de fumée, ça n’existe pas.

—Comme les voyantes, tu veux dire ? lança Charlotte en souriant.

Je claquai ma langue contre le palais, mais ne dit rien. Autant garder mon énergie pour plus tard : j’allais en avoir besoin.

Après une heure à tourner en rond dans Marseille, sans succès, nous finîmes par laisser tomber. Enfin, je dis « nous » par politesse. Je refusais catégoriquement de baisser les bras, mais mes deux amis voulaient déjà renoncer. Tristan s’était assis, collé contre un mur pour profiter du peu d’ombre qu’il y avait. Charlotte, elle, buvait les dernières gouttes de sa gourde comme si nous avions couru un marathon. Je tentai de les encourager :

—Allez, faut pas se laisser abattre ! On vient à peine de commencer.

—M’en tape, fit Charlotte en secouant sa bouteille vide au-dessus de sa bouche. C’est pas une façon d’enquêter. Heureusement que personne n’est mort parce qu’en tant que détectives, on vaut peau d’balle !

—Elle a raison, Ingrid, renchérit le gratte-papier en s’essuyant le front. Il faut changer de méthode.

—Mais allez-y, donnez-moi vos idées ! m’exclamai-je en tapant du pied. Vous croyez que c’est facile d’organiser des Quêtes tout en poursuivant des ennemis ? Non, cela ne l’est pas, alors surtout, sentez-vous libres de partager vos brillantes suggestions ! 

Ils commençaient à sérieusement m’énerver, les deux. Geindre ne nous mènerait à rien. J’avais besoin de deux assistants, pas de deux pleurnichards détruisant ma confiance en soi ! Je haussai d’un ton :

—Alors, elles sont où vos idées de génie ? J’attends ! Vous croyez qu’il suffit de, je ne sais pas, moi, fis-je en gesticulant des bras, demander à l’Univers bien gentiment de nous mettre sur la piste des types qui veulent nous tuer ? Essayez donc, et vous verrez les résultats !

—Moi, j’ai peut-être des infos qui vous intéresserait, déclara une voix grave dans mon dos, cachant le soleil et me plongeant dans l’ombre.

Je fis volte-face avec un petit cri -de surprise, pas de peur ! Tout d’abord, je ne vis rien d’autre qu’un T-shirt vert. Je relevais lentement la tête, rencontrant finalement deux yeux gris, enfoncés dans un visage à la mine patibulaire. Je n’aurais pas su dire si ses sourcils étaient froncés ou simplement touffus ; ils recouvraient presque ses paupières supérieures. Je déglutis avec quelque difficulté. Je dus rassembler tout mon courage pour ne pas reculer face à la masse qui me surplombait. Il devait faire quoi, deux mètres ? 

—Vraiment ? Voilà qui est intéressant, déclarai-je avec aplomb. Quel genre d’infos ? 

Je sentis Charlotte marmonner des insultes par-devant elle. Visiblement, elle n’approuvait pas mon attitude face à l’étranger à l’air dangereux. Quel dommage, franchement, je m’attendais à mieux de sa part. Si on ne trouvait pas d’informations, autant se réjouir que les informations viennent à nous ! Et puis, l’habit ne fait pas le moine. Ce n’est pas parce qu’il semblait assez fort pour casser une pierre avec sa tête qu’il était forcément animé de mauvaises intentions ! J’ignorais donc mon agent et tournais mon attention vers mon interlocuteur :

—Eh bien, je ne sais pas où ils sont. En revanche, mon patron sait qui a attaqué les deux Héros hier…

—Votre patron ? s’écria Tristan avant de me prendre immédiatement à part. Ingrid, c’est de la folie ! Ce mec est super louche, je n’ai même pas les mots pour le décrire !

—Plutôt triste pour un amoureux de la littérature, persiflai-je en dégageant mon bras de son emprise.

—Si ça vous intéresse, je peux vous mener à lui… pour le bon prix ? proposa l’homme.

—Hors de question ! s’écria Charlotte.

—Ça marche ! répondis-je.

J’emboitai donc le pas rapide notre informateur tout neuf. Mon amie m’attrapa par ma chemise et me chuchota furieusement :

—Cette fois, tu as vraiment perdu la tête. Pour tout ce qu’on sait, il pourrait aussi travailler pour eux ! Ta mère ne t’a jamais dit de pas t’approcher des inconnus ?

—S’il te plaît, écoute-là, me supplia Tristan en serrant ma manche entre ses doigts tremblants. Je suis trop jeune pour mourir !

Je m’ébrouai jusqu’à ce qu’ils lâchent prise. Une fois libre, je murmurais à mon tour :

—On n’a pas le choix ! C’est notre seule piste. Au pire, si ça tourne mal, on appellera les Héros. L’hôtel n’est pas si loin, ils arriveront en un rien de temps.

—On aura eu l’occasion d’y passer dix fois, le temps qu’ils soient là, remarqua Tristan amèrement. 

—Si vous avez peur, vous n’avez qu’à rester ici. Moi, j’ai promis aux autres de trouver qui se cachait derrière ces attaques, insistais-je en levant le menton, suivant toujours l’homme.

—Je crois que c’est ta deuxième pire idée du jour, lâcha Charlotte. J’ose même pas imaginer ce qui se passerait si on te laissait seule. Marseille exploserait, sans doute. 

J’émis un reniflement indigné mais ne la contredis pas. J’étais trop contente qu’ils m’accompagnent pour risquer de les décourager.

Nous marchâmes, l’inconnu quelques mètres devant nous, pendant une bonne vingtaine de minutes. Tristan fouillait désespérément les rues du regard, comme pour apprendre par cœur le chemin, tandis que Charlotte trafiquait je-ne-sais-quoi sur son téléphone. Quant à moi, je tentais en vain de calmer les battements de mon cœur paniqué en calculant à voix basse toutes les façons possibles dont pouvait se terminer cette affaire. Moins de cinquante pourcent de mourir, je trouvais ça plutôt rassurant ! Pas beaucoup moins, certes, mais ça reste moins d’une chance sur deux ! Et puis vous savez, la vie est un pari, il faut parfois prendre des risques… J’avoue que j’espérais toutefois ne pas mettre tromper. Mon instinct n’était pas aussi affuté que je l’aurais souhaité. Même un génie comme moi pouvait faire des erreurs. Je croisais les doigts pour qu’il ne s’agisse pas d’une de ces rares occasions…

Finalement, le géant s’arrêta devant une maison délabrée, coincée entre deux autres bâtiments dans un état similaire. Il toqua à la porte et ce faisant, des écailles de peinture rougeâtres s’en décrochèrent. Charlotte me décocha un regard qui en disait long et, quand je lui offris un sourire hésitant, elle tourna la tête, balançant sa longue natte noire par-dessus son épaule. Encore une chose dont je n’allais pas finir d’entendre parler…

—Par ici, dit soudain l’homme en nous tenant la porte ouverte. Mon patron vous attend au fond.

—On va se faire dépecer et jeter dans la mer, sanglota Tristan en s’accrochant au dos de ma chemise.

Je voulais pas le reconnaître, mais je commençais également à avoir sérieusement les jetons. C’est dans ce genre de moments que je regrettais d’avoir concentré ma recherche sur la prédiction de l’avenir. J’aurais pu tenter de développer des supers-pouvoirs autrement plus intéressant, comme lancer des lasers avec mes yeux ou me transformer en titan coloré doté d’une force monstrueuse ! Mais non, j’avais choisi les visions prophétiques. Quelle idiote je faisais !

Une seule ampoule, misérablement pendu au plafond par un cordon électrique en mauvais état, éclairait la pièce d’une lumière blanche et crue. Il y avait bien des fenêtres, mais elles avaient été condamnées à renfort de larges planches de bois et de clous. Au milieu de la salle, assis derrière une table branlante et encadré de deux armoires à glace en chemises blanches aux manches retroussées, se tenait le fameux patron. Il semblait âgé d’une cinquantaine d’années, avec ses cheveux poivre et sel plaqués en arrière. Son visage était flasque, pendant comme des bajoues aux coins de ses mâchoires. Ses yeux balayèrent avec une lenteur délibérée notre petit groupe avant de se poser sur moi. Je soutins son regard sans faillir. Trop tard pour faire demi-tour : autant faire face. Je sentis Charlotte se crisper dans mon dos, et j’aperçus son poing serrer son téléphone. J’aurais aimé la rassurer, hélas j’allais devoir m’occuper de notre problème d’abord. Je relevais le menton et dit d’une voix claire :

—Il paraît que vous savez qui a tenté de se débarrasser des Héros, hier, au Vieux Port. 

—Mademoiselle la Pythie, pas la peine d’aller si vite, me coupa le vieil homme. Vous ne m’avez même pas laissé le temps de me présenter, ou de vous dire ce que j’attendais de vous, en échange de ces informations… 

Tristan laissa échapper un couinement qui passa heureusement inaperçu. Quant à moi, je me contentais de hausser les sourcils et croiser les bras. Voyons voir ce qu’ils allaient nous proposer… L’homme se leva et ouvrit d’une chiquenaude une petite boite en métal. Il en sortit un cigare qu’un de ses hommes alluma, prenant grand soin de pas rapprocher la flamme tremblante du briquet trop près du visage de son patron. Je me retins de soupirer. J’avais vraiment un don pour attirer les personnes les plus dramatiques du pays. Dans deux minutes, ce type allait nous présenter une main couverte de bagues faites de rubis et d’émeraudes et nous demander de les embrasser un par une. Fort heureusement, le Destin fut suffisamment généreux pour nous épargner cette scène. En revanche, nous n’échappèrent pas à un grand discours dans lequel il se présenta, ainsi que ses acolytes, et nous raconta en long, en large et en travers ses divers méfaits au cours de sa carrière de malfrat. Je vous donnerais bien son nom, mais je ne m’en souviens plus. Peut-être est-ce dû au stress, à moins que ce ne soit l’ennui : entre nous, ce n’est pas une grande perte. L’important est que, au bout de plusieurs minutes interminables, je réalisai que c’était un piège et que j’étais tombé en plein dedans. Je m’exclamai alors :

—Attendez, je ne comprends pas. Comment saviez-vous qu’on cherchait des informations sur l’attaque d’hier ? Votre gars est arrivé pile au bon moment de notre discussion…

—Ah oui, c’est parce qu’il vous suivait depuis que vous aviez quitté l’hôtel, répondit nonchalamment l’homme en prenant une bouffée de son cigare.

—Depuis tout ce temps ? répétai-je, incrédule. Wouah. Je suis assez impressionnée. Je ne m’étais rendue compte de rien !

—Pierre fait du très bon travail, généralement.

—Je voudrais pas vous embêter, intervint Charlotte en tapant du pied, mais quand est-ce qu’on arrive à la partie négociations de la discussion ? Je sais pas vous, mais perso, j’ai pas envie de m’éterniser dans ce taudis. 

L’homme fut secoué d’un rire épais, qui agita tout son corps en petites vagues. Tout à coup, il donna un grand coup de poing contre la table, renversant la boîte de cigares et faisant glisser des feuilles de papier au sol. Je sursautais malgré moi et je crois qu’il le vit, car il dit d’une voix doucereuse :

—J’ai une offre à vous faire, Mademoiselle la Pythie. Votre don de prophétie est bien pratique, et ce serait du gâchis de ne pas l’exploiter. Que diriez-vous de travailler pour mon patron ?

—Je suis quelqu’un de très occupé, Monsieur… répondis-je en me forçant à garder un ton égal. Je crains donc que ce ne soit pas possible. Votre patron est sans doute quelqu’un de très bien, mais je suis débordée en ce moment !

—C’est dommage. Surtout parce que vous n’avez pas vraiment le choix. 

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez