Ne restait que l'amour

Par Yvaine

L’amour est plus ancien que le monde.

Les âmes sœurs sont liées à travers les vies. Même la mort ne peut les séparer. Mais si le nœud est défait, si le lien est brisé, l’un d’entre eux meurt définitivement. Le plus faible, en général.

Ils vivaient heureux. Il enseignait les mythes aux enfants, et elle transmettait les livres de mains en mains. Ils n’avaient besoin de rien de plus que leur cabane au fond de la campagne, leurs histoires et leur amour. Ils n’avaient jamais voulu d’enfant, par peur qu’il ne soit pas heureux avec eux. Ils n’étaient pas égoïstes. Ils ne cherchaient pas à avoir toujours plus. Mais le monde est injuste, et la mort avait eu un enfant, elle.

Cet enfant avait vécu plusieurs vies à chercher deux âmes sœurs à séparer. Il voulait savoir si sans lien, les couples les plus forts pouvaient survivre. Il avait trouvé le couple assez fort pour son expérience. Alors il avait attendu les deux amants lors de leur traditionnelle promenade en forêt. Ils s’étaient perdus, par sa faute. La nuit était tombée. Et il s’était approché.

Le garçon avait hurlé lorsqu’il avait senti le lien se briser. Il s’était effondré, tremblant de froid, croyant à la mort. La fille l’avait enlacé. Ce n’est pas le fils de la mort qui va nous séparer, avait-elle murmuré.

Il s’était écoulé de longues minutes avant qu’elle ne soit certaine qu’il resterait en vie. L’enfant de la mort avait poussé un cri de joie. Il avait vécu assez d’années pour apprendre qu’on ne faisait pas mal sans contrepartie, mais il n’avait pas appris.

La fille avait hurlé. Le briseur d’âmes sœurs avait vu les paillettes d’or de la vie se dessiner sur sa peau. Si leur amour était si fort, c’est parce que la vie avait eu un enfant, elle aussi. Le pouvoir s’était déchaîné. Il avait attisé sa colère, et il se retrouvait pris dans un tourbillon de rage. Le fils de la mort, tué par la fille de la vie.

Elle s’était calmée en sentant deux vies s’échapper. Elle s’était tournée vers l’homme qu’elle aimait. Son cœur était recouvert de poussière d’or. Elle s’était laissée tomber à genoux près de lui, tentant de se convaincre qu’elle n’était pas coupable. Mais elle l’était. La mort pouvait laisser l’amour, et la vie pouvait le réduire à néant.

La fille attrapa le poignard du briseur. C’était la seule chose qui pouvait l’aider. Comment aurait-elle pu vivre avec le poids de la mort ? Comment aurait-elle pu vivre sans l’amour qu’elle avait toujours connu ? Elle se sentait vide. Ses mains étaient couvertes d’or, mais c’était du sang à ses yeux. Elle se fichait d’être la fille d’une allégorie.

Elle enfonça la lame dans son ventre. Son cri résonna dans la forêt déserte. Elle vit son sang se répandre sur le corps de son amant, sur la terre, dans les confins de la planète. Elle sentit la vie et la mort déchirées par la douleur. Elle ferma les yeux. Elle vit, à l’autre bout du monde, la vie reproduire son geste. Une lame grise dans une peau d’or. Comment aurait-elle pu exister si elle n’avait pas réussi à faire vivre sa propre fille ?

La mort mit le feu à la forêt. Elle regarda les corps brûler, les âmes mortes disparaître et se mêler à la poussière. Et elle se jeta dans la mer. Tout disparut. Ni vie, ni mort, rien. Le vide. La planète avait disparu.

La vie, la mort, l’amour.

Ne restait que l’amour.

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Phil Wayne
Posté le 31/03/2020
Ce premier chapitre est très bien ecrit et très agréable à lire. Je suppose que tu nous embrouilles volontairement en restant flou sur l'identité des personnages. À mon avis, c'est bien géré. Tu prends le risque de perdre ton lecteur, cependant, donc attention à ne rien laisser au hasard. La plupart des lecteurs n'auront pas forcément la patience de te lire deux fois pour tout comprendre. Je t'avoue que j'ai trouvé le tout un peu étrange et que j'ai du mal à te suivre à certains endroits. Si je ne reprocherai jamais l'étrangeté, je préfère t'avertir sur la difficulté de lecture. Bon courage pour la suite ! ;)
Yvaine
Posté le 31/03/2020
Bonjour !
Petite précision, il s'agit d'un recueil, ce n'est pas un chapitre puisqu'il n'y a pas de suite à ce texte ^^
Oui, le but du texte est d'être métaphorique et trouble, mais dans une certaine limite sur ce dernier point.
Alors s'il a fallu lire deux fois, c'est un gros problème >< Merci pour ton commentaire, je prends conscience que la relecture, c'est important, mais je n'ai pas l'habitude de le faire et je suis paresseuse sur ce point-là (disons plutôt que je n'ai pas envie de retravailler mes chouchous).
Merci beaucoup ! J'y repenserai pour une éventuelle réécriture ^^
Espelette
Posté le 31/03/2020
Salut Yvaine. Mon commentaire rejoint celui de ShangaÏ. Il y a en effet une belle matière à histoire mais je me suis un peu embrouillée également dans les personnages. J'avais bien pensé que la fille du couple était la fille de la vie mais sans en être sûre non plus car, vers la fin, ça donne vraiment l'impression qu'il y a un personnage de plus. Et j'ai trouvé le mot "vie" répété un peu trop souvent.
Une petite remarque syntaxique :
- l’un d’entre eux meurt définitivement : on parle des âmes-soeurs, ça devrait donc être "l'une d'entre elles meurt". J'ai bien aimé l'ajout de "la plus faible en général".
Ca vaut vraiment la peine de retravailler un peu ton histoire je trouve parce qu'elle est chouette.
Yvaine
Posté le 31/03/2020
Bonjour !
Je comprends, je t'avoue que j'ai écrit cette nouvelle assez vite sans la retravailler, donc c'est assez brouillon. Pour les répétitions de "vie" et "mort", c'est compliqué à changer, parce que 1) ça montre l'opposition ; 2) "la fille de la chose magnifique qui nous permet d'avoir des expériences" ou autre chose du genre, ça le fait moins.
A propos des âmes soeurs, je n'ai pas précisé mais dans ce que tu relèves, c'est au masculin pour les esprits ^^
Il y a beaucoup à travailler dessus, ce n'est juste pas une de mes priorités pour le moment. Mais je garde vos commentaires pour une éventuelle réécriture !
Yvaine
Posté le 31/03/2020
(et merci beaucoup)
Shangaï
Posté le 29/03/2020
Bonjour.
Un bien joli texte ! Je pense même qu'il pourra avoir le mérite d'être un peu creusé pour donner naissance à une belle et complète histoire avec ces personnes aux symbolisme fort !
La fin est peut-être un peu trouble à mon goût cependant.
Merci pour cette lecture :)
Yvaine
Posté le 29/03/2020
Bonjour !
En effet, je pourrais en faire une histoire. Même si j'aimerais beaucoup en écrire une, j'ai toujours eu du mal avec les histoires de fantasy, alors je préfère me roder aux OS pour m'entraîner :)
Pourrais-tu préciser en quoi la fin est trouble ? Histoire que je puisse m'améliorer ^^
Merci à toi !
Shangaï
Posté le 29/03/2020
J'ai eu l'impression de me mélanger les pinceaux entre les personnages... Pour moi au départ il y avait le couple et le fils de la mort. Et à un moment donné la fille de la vie arrive et et j'ai été un peu perdu !
Je ne sais pas si je suis très clair.
J'ai tout de même trouvé cela très joli mais peut-être un peu trop métaphorique :)
OS ? Je suis novice sur la Plume d'Argent et je ne connais pas encore tout les terme d'usage ahah
Yvaine
Posté le 29/03/2020
La fille de la vie est la fille du couple, c'était juste gardé secret jusqu'à la mort du fils de la mort ^^
C'est un pari à prendre. Le côté métaphorique est ce qui fait tout le texte, mais je comprends que ça déplaise à certains. Pari risqué !
Dans le jargon de l'écriture, OS signifie One Shot, un texte qui ne fait partie d'aucun roman, qui n'aura pas de suite, un texte seul ;)
Shangaï
Posté le 29/03/2020
Ok, c'était donc la subtilité que je n'avais pas totalement saisi (disons que je me suis posé la question mais je n'en étais pas sure...).
Je n'ai pas dis que cela m'avait déplu non plus ! J'ai trouve ton texte agréable et joli :)
Yvaine
Posté le 29/03/2020
Je comprends :)
Oh mais je comprends tout à fait, ne t'en fais pas ^^ En tout cas merci beaucoup pour ton commentaire ❤️
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