N.4

Notes de l’auteur : J'avais ce petit bout de chapitre dans le tiroir haha et comme j'ai décidé de souffler un peu, beh j'ai pu le finir donc le voilàà

— Vous êtes ? 

— Ah... Euh...

— Ne m'obligez pas à me répéter. Cette nuit commence suffisamment mal pour qu'en plus je n'ai pas à me farcir votre tête de chou au dîner.

— Je suis le stagiaire serveur intérimaire... Madame.

— Bien. Vous, là-bas ?

— Oui, Madame ?

— Allez évacuer le cadavre du mort dans ma chambre. Vous ne pouvez pas le manquer, il est épinglé avec un couteau. Et enterrez-le pour le ressusciter dans trois jours. Je veux comme épitaphe "Ci-gît Accusé, suspecté d'être pas fini, condamné à ne jamais l'être."

— Bien, Madame.

— Et vous, le stagiaire-pétaouchnok, apporte le flan.

— Le voici, juste sous cette cloche. Souhaitez-vous que je vous le découpe ?

— Je vous déconseille de me donner un couteau si vous ne voulez pas finir comme l'autre abruti consanguin.

— Je le découpe alors.

— C'est ça, ça commence à prendre là-dedans. De toute façon, c'est ça ou je te découpe moi. 

— Alors je vais le découper avec d'autant plus d'attention et d'amour.

— Contente-toi d'être attentif, ça devrait déjà être beaucoup pour toi. Tiens, voilà l'intendant. Bien, il a enfilé un pantalon. Je n'aurais jamais cru devoir dire ça d'un zombie de deux siècles.

— Oui, Madame, j'espère que ma tenue est plus à votre goût.

— Stagiaire !

— Madame ?

— Vous aimez son pantalon ?

— Non, Madame. Je n'apprécie pas le tweed vert en fil de laine. Le rouge me semble plus seyant.

— Parfait. Vous avez entendu le serveur, intendant ? Allez enfiler un pantalon de tweed rouge en fil de laine et ne revenez qu'après, même si pour ça vous devez tondre les moutons du patelin et le tricoter vous-même.

— Cela ne vous dérange pas d'être seule avec un stagiaire comme moi, Madame ?

— Non. De toute façon, ce flan n'est pas à la bonne température. Puis, j'en ai marre. Marre de ce château, marre de vous tous. Je ne mangerai pas.

— Mais... si vous ne mangez pas...

— Oui, je sais. Si je ne mange pas, vous n'êtes pas foutu de lever le petit doigt. Tant pis, vous vous débrouillerez bien une journée sans moi. Je ne mangerai pas.

— Même pas une bouchée ?

— Le flan est trop froid. Je ne sais pas qui est celui qui l'a monté dans l'escalier, mais un vrai traînard. Il a dû descendre des marches au lieu de les monter. Ce n'est pas compliqué, pourtant !

— Oh, vous savez, une erreur est si vite arrivée. Puis une fois que l'on arrive chez Jean-Pierre...

— Jean-Pierre ? Jean-Paul Deux vous voulez dire ?

— Non, non, Jean-Pierre le concierge. Fort sympathique au demeurant. Je vous conseille d'aller goûter son blend d'excréments de chiroptères, un régal pour les papilles.

— Vous, si vous êtes allé chez Jean-Pierre... Est-ce que vous étiez en charge du transport de ce flan par hasard ? 

— Moi ? Transporter un flan ? Flanchement, enfin, je ne fais que découper. Regardez comme je découpe bien, Madame !

— J'm'en fous.

— Allez, il faut manger une bouchée du flan, Madame.

— Il est tiède.

— Comme un cadavre frais oui, votre température préférée.

— Je ne mangerai pas.

— On va faire un jeu, Madame, une bouchée pour maman...

— J'ai pas de mère. La dernière que j'ai connue, c'est la tienne.

— Que...

— Et elle était bonne.

— Qu'est-ce que vous dites ?

— Gratinée avec de la sauce samouraï.

— J'ai une mère ?

— Et un père. 

— Je ne suis pas née d'une vierge immaculée, comme tout stagiaire-intérimaire ?

— Oui. Et rangez-moi ce flan.

— Je suis un miracle ! Ma naissance est unique ! Il faut que j'aille raconter ça à mes amis !

— Rapportez le... ah, il est parti. Bon, pas grave. Nan, mais c'est incroyable quand même. Merde. Cette nuit, je fais grève. Puis les autres aussi. Tiens, j'avais jamais remarqué que la cuillère était aérodynamique en catapulte. Et si je fous du flan dessus ?

— Madame ! J'ai trouvé le pantalon en tweed rouge ! Et j'ai aussi la cuisse d'humain brûlé pour hérésie, le goût des larmes et de l'injustice, comme vous l'aimez ! Oh ! Mon pantalon !

— Navrée d'avoir fait voler le flan. Je ne pensais pas que vous reviendriez me tenir la jambe aussi vite.

— Je laverai le pantalon, je peux remettre le string si vous voulez ?

— Pitié. Non.

— Et je vous tiendrai cette jambe d'humain aussi longtemps que vous le désirez. J'ai toute la mort pour ça. 

— Et un de ces quatre, il va falloir qu'on invente un nouveau terme pour un génocide que je vais perpétrer sur tous les morts de ce foutu château.

— Vous dites ?

— Rien. Posez la viande. Et cassez-vous. 

— Ah, mais non, madame ! Nous avons un problème avec un pervers qui fait la poussière dans la bibliothèque. Et vous avez une réunion syndicale avec le Cercle des Pierres À l'Usage de Fondations Souterraines. Elles se plaignent du manque de mouvement et de perspective d'évolution dans leurs fonctions. 

— C'est tout ? 

— Non, vous avez aussi votre croque-mort qui vient s'assurer de votre état de délabrement. Et il va vraiment falloir régler le cas de la porte de Jean-Pierre, tous ces humains morts à se dessécher dans la fumée de crottes de chauve-souris, cela commence à ne pas sentir très bon. Et les goules se plaignent qu'à cause de ça, elles ont du mal à entretenir leur potager. 

— Et alors ? Y'a que les goules pour persister à faire des compositions florales, la moitié du patelin les bouffe en pensant qu'il s'agit de snacks.

— Mais, madame, les goules sont garantes de l'âme artistique du château.

— Je m'en fous. Je ne mangerai pas de flan. Ce soir, pas de malédiction, rien.

— Vous ne pouvez pas dire cela, Madame ! Regardez, ce bon flan tout appétissant !

— Allez coller ce flan dans le cul du Basilic et foutez-moi la paix, merde !

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Rimeko
Posté le 06/12/2020
Yo Alice !
C'est... fleuri ? original ? Bon, je sais pas comment décrire cette bestiole, mais j'ai bien rigolé, pardon, soufflé du nez avec un sourire débile sur le visage xD
Le chapitre 2 m'a pas mal confusée, c'est un pari de faire du full dialogue avec trois personnages à la fois, mais en vrai une fois que j'avais compris qui étaient ces nouveaux personnages, ça allait mieux ! Non vraiment, tu gères les dialogues comme ça, pas une seule fois je me suis perdue sur qui disait quoi, même avec trois persos comme dans le 2 (une fois la confusion dépassée) ou le 4 :P

Une p'tite remarque : quand tu abrèges "il y a" en "y a", faut pas mettre d'apostrophe, c'est pas une contraction comme "j'suis... ^^ (genre :
"Tiens, y'a le concierge qui arrive !" (chapi 1)
"— J'aime pas la peau des prunes, y'en (y en) a trop" (chapi 2)
"Y'a (y a) que les goules pour persister à faire des compositions florales" (chapi 4))

Au niveau de quelques trucs que j'ai trouvés confusants : (après, 1) je suis vite confusée j'ai l'impression, 2) c'est de l'absurde et du full dialogue, donc c'est déjà un tour de force de rendre la majorité de l'histoire claire mdr)
(1) "— ... Je croyais que j'avais bien donné ma réponse et que non, je voulais pas tringler les rideaux du donjon avec toi" -> déjà, en plus du petit temps à comprendre que nettoyer, c'est l'équivalent d'un acte sexuel, je vois pas ce que ça fait là ; la réplique avant parlait de sport / de tête-à-tête / de brainstorming, à quel moment on est passé aux dérives perverses xDD
(1) "— Mais il a une blette sur le nez !
— Mais non, c'est l'autre 2. D-E-U-X. Deux" Ton perso dit qui le montrera le concierge "autre 2", celui qui n'a pas de blette sur le nez, et là il lui montre... un concierge avec une blette sur le nez ? hum ?
(2) et donc le chapi 2 : en fait, je m'attendais à retrouver les deux clampins du premier chapitre, vu qu'il finit sur "le concierge arrive", on appuie sur "suivant" et paf, un concierge. Du coup, y a p'têt moyen d'expliciter que c'est trois nouveaux persos qui arrivent en même temps et parlent entre eux ?

Voilà voilà, j'sais pas trop quoi ajouter sur une histoire comme ça, mais en tous cas c'est un plaisir à lire ! Tu écris toujours la suite ?
Alice_Lath
Posté le 09/12/2020
Hahahaha merci beaucoup pour tes corrections, je vais me pencher là-dessus, et vraiment ravie d'avoir réussi à illuminer un poil ta journée hahaha
Raza
Posté le 05/12/2020
"Pitié. Non." Ah que j'ai aimé cette réplique ! J'ai aimé tout le reste aussi, mais celle là... Celle là ! Quel suspense, que ce passe-t-il après ? Quand j'ai commencé, je n'ai pas fait attention que c'était en cours. Bien mal m'en a pris, me voici donc dans l'expectative.
Au plaisir de te lire bientôt !
Alice_Lath
Posté le 09/12/2020
La suite arrivera, je te rassure, en tout cas, merci beaucoup pour ton soutien haha et pour l'info, je m'inspire un peu de convs réelles pour l'articulation et l'absurde