Maelden

Par Maud14

Hyacinthe se réveilla aux aurores, une curieuse sensation tapie quelque part en elle. Comme un trou, une distorsion qu’elle ne pouvait pas localiser et dont elle n’arrivait pas à en identifier l’origine. L’aube diffusait une lumière bleue veloutée sur la clairière et le lac. Ses pas la menèrent sur le ponton où les clapotis tranquilles de l’eau formaient le seul son un peu audible qui se détachait du silence apaisant du petit matin. Elle assista à l’éveil des oiseaux et des petits écureuils. Une marmotte fila entre deux troncs à la recherche d’un casse croûte. Les libellules venaient en ballets de deux ou trois, frôlaient la surface du lac et repartaient en battant frénétiquement des ailes, provoquant de minuscules ondes dans leur sillage. Les branches des arbres ployaient leurs branches tout autour sur le lac.

La jeune femme bu tranquillement son café les pieds dans l’eau, profitant de cette atmosphère sereine, encore libre de la chape de chaleur qui allait probablement s’abattre une fois de plus sur eux. Il n’était pas huit heures mais la météo indiquait déjà 26 degrés, ressenti 28. Hyacinthe fit se mouvoir ses pieds dans le lac, appréciant la caresse fraîche. Juin affichait déjà un triste record au compteur du Canada. Une dizaine de feux dans l’Ouest s’étaient déclarés dans le mois, et deux départs d’incendie avaient été rapporté au Québec.

Marco devait leur servir de guide pour leur montrer les effets du réchauffement climatique sur les écosystèmes des forêts, de la biodiversité et des modes de vies. Ils avaient prévus de se rendre dans un sanctuaire d’animaux avant de visiter un des parcs nationaux du coin.

Les yeux de Hyacinthe s’ouvrirent brusquement. Une longue plainte lointaine s’était élevée d’entre les arbres. Interminable, pénétrante, mystérieuse. Quelque part, un loup hurlait. Puis, une seconde lamentation la rejoignit, suivit d’une troisième. La jeune femme se leva subitement, manquant faire tomber son café. Des oiseaux s’envolèrent brusquement de leur nid, frappant les feuilles des arbres au passage. Le chant se fit plus puissant, comme s’il s’était rapproché. Le sang de Hyacinthe se glaça. Quelque chose n’allait pas. Elle retourna rapidement sur le porche du chalet et aperçut au fond de la clairière plusieurs marmottes détaler dans les fourrés. Derrière la porte, Archie aboyait, jappait, grattait le bois. Puis, les loups se turent.

Elle tendit l’oreille, haletante. Les hurlements perçants et lugubres éclatèrent à nouveaux, plus proches, bien plus proches. Hyacinthe se réfugia dans le chalet. Ali traînait le pas hors de sa chambre les yeux encore collés de sommeil, la marque de l’oreiller sur la joue, la main frottant sa nuque.

« C’est quoi ce bordel? », grogna-t-il en l’avisant.

Marco sortit en trombe de sa chambre, le téléphone à la main.

« Un incendie s’est déclaré à 25 kilomètres d’ici », lâcha-t-il, le visage grave.

Ali et Hyacinthe s’échangèrent un regard.

« On y va », déclara-t-il avant de faire demi tour et de claquer la porte derrière lui.

Ils se douchèrent rapidement, avalèrent un petit déjeuner sur le pouce et Hyacinthe vérifia que la caméra était bien chargée. Des images d’un incendie étaient plus fortes que mille mots, ils le savaient pertinemment. Montrer la réalité des choses, au plus près de l’action, montrer la gravité, les conséquences. Voilà ce qu’ils cherchaient à faire!

Ils sortirent dans la clairière, mais le chant des loups s’était évanoui.

« C’était quoi ça? Pourquoi les loups se sont mit à hurler? », demanda Hyacinthe en fermant la portière derrière elle. Ils avaient récupéré toutes leurs affaires au cas ou.

Manu lui jeta un coup d’oeil dans le rétroviseur.

« Ils ont probablement senti les flammes »

A côté de lui, Marco acquiesça gravement.

La voiture s’engagea sur une petite route bordée d’arbres, et ils prirent la direction du lieu d’où s’était déclaré le départ de feu. Très vite, ils aperçurent des volutes de fumées s’élever au dessus des arbres, noires, grises et nébuleuses. La sirène stridente d’un camion de pompier éclata derrière eux, les forçant à se ranger sur le bas côté. Le véhicule les dépassa à toute allure.

Ils le retrouvèrent à quelques centaines de mètres plus loin, barrant la route.

« Ils nous laisseront jamais passer, même si on dit qu’on est journaliste, souffla Marco. Il vaut mieux tenter un autre chemin »

Manu qui connaissait la région, fit demi-tour et tenta de contourner le parc. Le manteau d’arbres masquait la localisation de l’incendie, mais bientôt, Hyacinthe distingua des nuées de fumées à travers les tronc d’arbres. La forêt flambait!

« Oh, les gars, ça crame là! »

Manu tourna vivement la tête, manquant de se faire un torticolis et enfonça la pédale d’accélération. Un brouillard grisâtre se répandait petit à petit au dessus de l’asphalte, grignotant la vision, s’enroulant autour de la végétation. Puis, la brume se teinta d’éclats rougeâtres. Ils s’échangèrent un regard, et Manu arrêta la voiture.

« Ostie d’câlisse d’tabarnak! Ok guys on ferait mieux de trouver un autre way ». Il fit marche arrière à toute vitesse alors que Hyacinthe tentait de trouver une position pour caler sa caméra sur le bord de la fenêtre. Ils prirent un troisième chemin avant de déboucher sur le flanc d’un petit mont, dégagé sur la droite, et boisé sur le flanc gauche. La jeune femme retint son souffle. D’immenses serpents de flammes s’érigeaient dans les hauteurs, engloutissant les arbres, mordant leurs écorces, ôtant leur vie pour les recracher carbonisés. La fumée montait vers le ciel en gigantesques ronds de suie superposés les uns aux autres, cachant le soleil et inondait les alentours d’une pluie de cendres. Ils étaient près. Trop près. Les mains tremblantes, Hyacinthe enclencha la caméra sous les jurons répétitifs d’Ali. De l’autre côté, le flanc nu du mont descendait en pique jusqu’à la vallée.

« Ok, c’est bon j’ai quelques images, on peut y aller », indiqua la jeune femme.

« J’ai pas une bébitte dans la tête fake j’pense qu’on d’vrait faire demi tour si ça vous achale pas! », s’exclama Manu. Une goutte de sueur perlait sur sa tempe.

Sans vraiment comprendre l’ensemble de sa phrase, Hyacinthe approuva. L’incendie impressionnant sous leur yeux ne semblait pas maîtrisé, et elle n’avait pas envie de mourir cramée comme Jeanne D’Arc. Le québécois effectua un demi tour qui fit crisser ses pneus et rebroussa chemin. Mais bientôt la fumée rendait impossible de voir à plus de deux mètres devant eux.

« Marde! », jura Manu.

« Fuck », souffla Marco.

« On tente l’autre côté? »

« Bout de la marde! On y voit rien avec la boucane, on se branle dans l’manche mais ça va pas faire notre affaire! »

« Tu veux que j’aille voir à pied? », proposa Ali.

« Mais t’es tu crackpot! »

Ils firent demi tour mais Manu stoppa net le véhicule. Des flammes léchaient le bord de la route un peu plus loin alors que les cendres tombaient mollement au dessus de leur tête, envahissant le parc-brise. Manu enclencha les essuies-glace.

« Est-ce qu’on s’essaye? », demanda-t-il d’une voix tendue.

« Vas-y! », s’écria Ali.

Le Québécois accéléra et la voiture fonça près des flammes qui tanguaient dangereusement vers le goudron. Ils les dépassèrent, mais bientôt une masse s’écrasa sur le sol devant eux et Hyacinthe hurla. Manu pila violemment et la tête de la jeune femme fut projetée contre le siège avant où elle s’écrasa avec force. Sonnée, elle distingua les jurons des hommes près d’elle. Puis les portières s’ouvrirent, laissant entrer la fumée. Les yeux commencèrent à la piquer, sa gorge à la gratter.

On lui ouvrit la sienne et le visage d’Ali apparut au dessus d’elle, inquiet.

« Ca va? »

Elle hocha doucement la tête en se massant le front. Le reporter farfouilla dans le sac près d’elle et lui enroula un foulard autour du cou avec lequel il lui couvrit la bouche et le nez. Il remonta son t-shirt jusque sous ses yeux pour empêcher la fumer de s’engouffrer dans son corps et la tira dehors. Marco et manu inspectaient les lieux. Un grand arbre était couché sur la route, la barrant de son tronc à moitié calciné. Une chaleur monstrueuse enveloppait l’air, étouffait la moindre brise. On aurait dit qu’ils se trouvaient dans un gigantesque fourneaux. Un brasier grondait sur leur gauche, menaçant de les attraper dans ses bras rouges. Les cendres continuaient de pleuvoir et de se déposer sur les cheveux, les vêtements, recouvraient maintenant entièrement la voiture…

« Ok on laisse le char ici », déclara Manu avant de leur faire signe de les suivre. Ils se mirent à courir sur la route

Le ciel rougeoyait et on ne percevait que le cercle de feu du soleil, à moitié masqué par l’écran de fumée. On ne voyait pas à quelques centimètres devant soi, et malgré le foulard, Hyacinthe inhalait les vapeurs ardentes de l’incendie. Elle toussait, se frottait les yeux. Comment leur feu s’était-il répandu aussi vite? Autour d’eux, la nature se faisait dévorer, le vert des plantes noircissait, les petits animaux périssaient, l’air suffoquait…

« On est pas loin, on va pouvoir descendre le mont! », entendit-elle devant elle.

Soudain, Hyacinthe s’arrêta net. La main crispée sur le foulard recouvrant son nez, les cendres lui collant aux cils, elle se rendit compte qu’un mur de flamme s’était érigé devant eux depuis tout à l’heure. Son estomac chuta dans ses chaussures. Ils étaient pris au piège. Comment avaient-ils fait pour se retrouver dans cette situation? Par quel concours de circonstances en étaient-ils arrivé là?

« Hyacinthe! On va descendre dans la foret sur la droite », cria Ali. Ils voulaient éviter le barrage de flammes en descendant directement dans la vallée par le bois. La jeune femme se rua dans leur direction mais son pied buta contre quelque chose au sol et elle s’affaissa sur l’asphalte, faisant tomber son foulard. Sans s’en rendre compte elle prit une longue inspiration de terreur et une nappe de fumée s’insinua dans sa gorge et son nez, la brulant au passage. Ses mains prirent tant bien que mal appuie sur la route, et tentèrent de la relever. Le vent s’était soudainement levé et les flammes frôlaient ses jambes.

« Maelden », entendit-elle murmurer.

A ces mots, l’air autour de Hyacinthe sembla se purger de sa chaleur brûlante et l’oxygène se purifier. Hébétée, elle releva les yeux et tomba sur deux orbes bleues cerclées de suie, qui la contemplaient. Son coeur se mit à battre tellement vite que cela en fut presque douloureux.

« Mon fils a besoin de toi ». Mais c’était elle qui avait besoin de lui. Un soulagement intense se déchargea dans tout son corps et elle trouva la force de se relever. Pourquoi l’avait-elle repoussé? Pourquoi lui avait-elle demander de partir? Pourquoi la vision de sa crinière charbonneuse et aérienne, de sa silhouette massive et de sa posture ancrée dans le sol, lui étaient si réconfortante?

La fumée se dissipait, les flammes se tarissaient, l’air redevenait respirable. Les grandes paumes d’Alexandre se baissèrent légèrement alors que ses yeux ne quittaient pas Hyacinthe. Son visage semblait imperméable à toute émotion.

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joanna_rgnt
Posté le 07/08/2021
Olalaaaaaaaaaaaaaa la fin ,nvjsdnnjfckjqz,smgvjqeoshjdfnls !!!!!!!!!!!

Je suis partagée entre le suspens de l'incendie qui est hyper bien décrit , et l'envie de rigoler quand je vois comment tu as trop bien écrit la façon de parler québécoise MDRRRRRR

On sent l'influence Canadienne dans ce chapitre ! ( d'où cela peut-il bien venir je me le demande Mdrrrr)
Maud14
Posté le 09/08/2021
Ahahaha c'est vrai que ça aide d'être immergée !!
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