Lui

La première chose que j'ai appris d'elle, en dehors du fait qu'elle ne tenait pas l'alcool, c'était qu'elle se mettait rapidement en colère.
Plusieurs jours désormais que mon bureau était séparé du sien par un couloir, et nous avions toujours œuvré à nous éviter. Et lorsque nous nous croisions, je sentais son regard posé sur moi et je craignais, autant que j'espérais, que nous abordions le sujet du dernier soir.

Finalement, c'était mieux que nous n'en parlions pas, allais-je vraiment être capable de mentir en lui disant que ce n'était rien de grave.

Rien de grave ?

Elle était donc en colère ce jour-là, une colère qui se déversait sur tout ce qui était sur son passage, à commencé par ma propre porte-parole, qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.

Puis ce fut mon tour.

J'ai remarqué assez vite comment ses yeux brillaient lorsqu'elle explosait, cette façon qu'elle avait de ne pas tenir en place, comme si elle était poursuivie, mais par quoi au juste ?
J'étais resté là à ne rien dire, la laissant grimper lentement les échelons de la rage. Elle pensait sans doute que je ne l'écoutais pas, la vérité, c'est que j'étais bien trop occupé à la voir et à l'écouter pour tenir compte du reste. J'écoutais sa voix, j'observais son visage et ses expressions si marquées. Elle semblait fatiguée, cela se voyait au creux de ses yeux. Sans doute la charge de travail qui pesait sur ses épaules, car cela aussi, je l'avais vu, son acharnement à faire les choses bien. Rien ne semblait lisse, ni son visage, ni son esprit.

J'admets l'avoir provoquée sur ses chaussures, mais au fond, n'avait-elle pas engagé la conversation comme cela la dernière fois ? C'était de bonne guerre. Elle fut saisie par le contraste, je l'ai sentie déstabilisée, lançant un regard sur ses baskets, qui étaient en soi très jolies, avant de me fusiller du regard. J'ai levé les yeux au ciel, je ne voulais pas que mon cœur sorte de ma poitrine.

Elle m'a dit ; Pourquoi parlez-vous de mes chaussures bon sang ? Elle avait envie de dire autre chose, je l'ai vue hésiter sur le terme, cela m'a fait sourire. Je lui ai dit que c'était visiblement notre principal sujet de conversation, les chaussures. Elle a levé les yeux au ciel, à son tour, en sifflant, ajoutant qu'elle n'avait jamais vu pires chaussures que les miennes, que cela n'était pas le sujet. J'ai simplement haussé les épaules avant de lui répondre que c'était du journalisme de campagne, de porter ce genre de paires au travail.
J'ai dû mal m'exprimer, car ensuite, elle a critiqué mon accent, ce n'était pas la première fois non plus qu'elle le faisait. Aussi l'a mis-je au défi de me parler dans ma langue aussi bien que je parlais dans la sienne. Elle était nerveuse, je le voyais bien à la façon dont elle triturait ses doigts ou comment elle pinçait sa lèvre inférieure. Mais elle ne perdit pas de temps avant de me répondre, en néerlandais cette fois.
J'éclatai de rire, car je ne sus quoi faire d'autre.
La réalité, c'était que cet éclat de rire n'était pas moquerie, il était simplement là pour cacher à quel point cette voix et cet accent m'avait déstabilisé, il était là pour ne pas entendre ce que je pensais.


Pour qu'elle ne voit pas à quel point elle m'avait, une fois encore, déstabilisé.

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